mercredi, 04 juin 2008

Les junkies du pétrole se rebiffent

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Le Grenelle de l'Environnement a soulevé l’enthousiasme populaire en proposant de faire payer l'énergie au prix fort. La hausse spectaculaire du prix du pétrole nous a tout de suite fait passer à la pratique. Et là, tout le monde déchante. Au point que les professions "protégées", qui ne payent pourtant pas de TIPP comme vous et moi, ont l’indécence de réclamer leur dose de subventions. Difficile d'accepter qu'il n'y a rien à faire.

Alors le gouvernement arrose pour éviter la question principale, celle de la reconversion des métiers menacés : quelques centaines de millions d’euros pour l’achat du fuel à la cuve, pour les marins pêcheurs. Demain, taxis et routiers passeront à la caisse retirer leur chèque. Avec quel argent ? Celui des Français bien entendu, et des 32 milliards d'euros de TIPP et de TVA qu'ils payent chaque année à la pompe. Le peuple gronde contre le marché et l’Etat joue les sauveurs alors que la charge fiscale représente toujours deux tiers du prix de l’essence, quelle belle manipulation de l'opinion !

Premier bouc-émissaire de la gauche : Total. Elle propose de prélever une taxe exceptionnelle sur ses profits prétendument "indécents". Non seulement son activité est respectable et déjà fort rentable pour l’Etat français, mais elle est aussi essentielle au bon fonctionnement des économies occidentales. Alors que le groupe déclare déjà une charge d’impôt de plus de 13 milliards d’euros, il ce vol pur et simple des actionnaires est d'une démagogie consternante. Delanoë, réagis ! Personne n'ose rappeler que l’Impôt sur les Société que le groupe verse en France couvre des bénéfices réalisés à 90 % hors de France. Voulons-nous voir Total suivre l'exode annuel de nos talents et délocaliser son siège social dans un pays plus respectueux de la règle de la loi ?

Et puis on attaque la vile spéculation alors que les experts savent pertinemment qu'elle ne joue qu'un rôle mineur dans la crise actuelle. Arrêtons d'appeler "spéculation" les mêmes comportements que nous appelons "investissements" lorsqu'ils nous arrangent. Les liquidités massives libérées par les banques centrales pour  amortir la crise des subprimes ont certainement facilité le report de capitaux sur ce marché, amis pas suffisamment pour expliquer le mouvement actuel qui vient notamment de la forte demande asiatique.

 

Comment expliquer la hausse actuelle ? Les stocks restent importants, nous savons qu'il existe encore de vastes quantités d'énergies fossiles à découvrir. Il faut chercher les raisons du pic actuel ailleurs.

D'abord, l'offre est soumise à des contraintes physiques de capacité d'extraction et de raffinage, et à des complications géopolitiques. Quand on sait que 85 % des énergies fossiles appartiennent à des Etats souvent instables, on comprend mieux quels acteurs peuvent perturber le marché. Ensuite du côté de la demande, 50 % des consommateurs de pétrole dans le monde l'achètent à un prix subventionné. Ils ne reçoivent pas le vrai signal du prix réel qui les incite à ajuster leur comportement lors de tensions entre l'offre et la demande. Heureusement, plusieurs de ces pays sont en train de revoir ou de supprimer ces subventions coûteuses. Le dilemne du citoyen contribuable-consommateur apparait bien dans ce cas de figure. En tout cas, le renchérissement mécanique du pétrole devrait calmer leur ardeur à l'achat. Parallèlement, le moment n'est sans doute pas opportun pour relâcher la pression fiscale sur notre propre consommation, afin de ne pas envoyer un message clair aux pays producteurs en ce moment précis. Ceux-ci seraient alors bien tentés d'anticiper une hausse de la demande des pays riches pour justifier une hausse supplémentaire...

 

En revanche, la question de la taxe colossale de la TIPP reste posée à terme. Initialement conçue pour favoriser le diesel et les petites cylindrées françaises face aux méchants industriels américains de l'automobile, elle pénalise lourdement le pouvoir d'achat des 8 ménages français sur 10 qui ont une voiture. Mais l'Etat sera-t-il capable un jour de réduire sa dépense comme il l'exige des ménages ou des entreprises par les charges qu'il leur prélève ? En attendant, il ne peut se passer de cette manne récurente.

Dans un mois, six mois ou un an , la demande de consommateurs assagis par la fin des subventions pourrait contribuer à faire refluer le prix du Brent.  En attendant, l’argent du pétrole alimente un certain nombre de fonds souverains, notamment ceux qui viennent au secours des banques occidentales fragilisées par leurs investissements dans les subprimes. Le pic actuel a au moins cet effet inattendu de redistribution des richesses (peut-on parler de nationalisation partielle ?).

 

Cette crise a enclenché un processus beaucoup plus important et durable. Le niveau actuel du prix des énergies fossiles et l’incertitude que la crise a fait naître accélèrent la recherche pour produire et stocker des énergies nouvelles : biocarburants, solaire, nucléaire de Xeme génération, thorium, hydrogène, piles... On prévoit déjà une division par trois ou quatre du prix de l'électricité produite par des piles photovoltaïques dans les prochaines années, ce qui la rendrait enfin compétitive pour une production à grande échelle. Les projets de véhicules motorisés roulant avec moins, ou sans essence ou gazole, se multiplient et avancent vite.

Bref, qui sait si la consommation d'énergies fossiles ne sera pas marginalisée demain ?