mercredi, 12 mai 2010

L’Europe a rendez-vous avec Thatcher, mais elle ne le sait pas encore

Le gigantesque plan de sauvetage de l’Europe et du FMI ne va pas apaiser longtemps les marchés financiers. La remise en cause de l’indépendance de la BCE risque même d’amplifier la défiance à l’égard de l’euro. Quoi que nous pensions de nos atouts, la France n’échappera pas durablement à cette spirale correctrice. L’épargne mondiale perd confiance en la capacité du vieux continent à rebondir et à sortir de l’engrenage de la dette. De l’aveu même de Papandreou, l'utilisation des "fonds publics" et "des subventions européennes", "au lieu d'être utilisés pour le développement, ont fréquemment servi à acheter des maisons, des voitures, et à vivre dans le farniente". La crise financière, bien que née aux Etats-Unis, menace dorénavant les illusions européennes.

 

Seule à rassurer, l’Allemagne risque de payer cher sa caution offerte à la zone euro. Un sondage récent publié par die Welt montrait déjà que 91 % des Allemands souhaitent la sortie de la Grèce de l’euro. Après sa cuisante défaite en Rhénanie Westphalie, combien de temps la chancelière allemande parviendra-t-elle à défendre la cohésion européenne face à une opinion publique de plus en plus rétive ? Il en va pourtant de la survie de l’euro, ainsi que des banques européennes aux bilans lourdement chargés de dettes publiques. Si on la laisse seule entretenir la confiance des marchés, n’excluons pas qu’elle se désolidarise des pays qui se sont trop longtemps abrités derrière elle pour festoyer à crédit. Nous devons donc l’aider à convaincre les Allemands que la France redeviendra le partenaire fiable d’une dynamique européenne seule capable de surmonter la crise. Cette confiance ne sera pas restaurée avec des mots creux mais avec des mesures ambitieuses, à la hauteur des attentes de nos voisins outre-rhin.

 

Depuis plus de trois décennies, la France connaît des déficits publics ininterrompus. De plusieurs dizaines de milliards d’euros avant la crise, ils atteignent dorénavant près de 150 milliards d’euros en rythme annuel. Les déséquilibres de nos comptes sociaux provoqués par le papy boom ne vont pas contribuer à inverser la tendance. Pour revenir à un excédent primaire, la réforme de l’Etat et des collectivités locales est nécessaire mais non suffisante. Les efforts vont devoir porter sur le cœur de notre dépense publique. En 20 ans, notre protection sociale est passée du quart au tiers du PIB de la France sans diminuer la pauvreté. Au contraire, elle aboutit au sentiment de paupérisation des classes moyennes et à la panne de l’ascenseur social. Elle a ajouté un fardeau sur les épaules des actifs stressés, et engendré un assistanat pervers. Le nombre de rmistes a ainsi régulièrement augmenté de 400.000 en 1989 à 1,2 million en 2008. Le moment est venu de tenir un discours de vérité aux Français. Leur réticence est naturelle lorsqu’ils subissent une avalanche de mesures dont ils ne comprennent pas le sens. Mais devant les évènements actuels, leur lucidité permet la tenue d’un véritable débat sur le recalibrage de notre protection sociale afin qu’elle soit mieux ciblée et moins coûteuse.

 

A côté de cette baisse structurelle de la dépense publique, la croissance doit être la priorité absolue de la France. Diminuer les aides sans libérer le marché du travail et le développement de nos entreprises nous mènerait en effet à un désastre social. Comme ligne directrice, il suffit de reprendre les préconisations jusqu’ici ignorées des rapports Camdessus, Cahuc-Kramarz, ou encore du plan Attali, fameuse actualisation du plan Armand Rueff. Réduire le chômage passe, plutôt que par la protection des emplois existants, par un allègement sensible des charges sociales et par une libération du marché du travail. Une première piste consiste à distinguer ce qui devrait constituer une assurance santé ou une épargne retraite individuelle de ce qui relève réellement de la solidarité nationale. Cette part devrait être financée par l’impôt, par exemple la TVA sociale, et non alourdir le coût du travail. Il n’est plus non plus acceptable que notre bureaucratie oblige un entrepreneur à consacrer le quart de son temps aux démarches administratives. Notre fiscalité dissuasive incite aussi de nombreux employeurs à limiter l’énergie qu’ils consacrent au développement de leur affaire, et donc les embauches. Les talents étouffés, les réservoirs de croissance et d’emplois sont ainsi considérables. Le gouvernement doit réactiver ce capital humain inexploité, source de toute croissance.

 

En envoyant le message clair d’un changement de cap important par rapport aux pratiques du passé, en réduisant de manière drastique les dépenses publiques et en misant sur les entreprises, la France pourrait lancer un mouvement bénéfique à tous ses partenaires européens. Un choc aussi salutaire constituerait non seulement l’occasion de redresser notre économie depuis trop longtemps moribonde, mais aussi de relancer la construction européenne par une action concertée dans ce sens. Le gouvernement a les cartes en main pour transformer cette crise en mue salvatrice pour notre pays. Nicolas Sarkozy a été élu pour mener cette réforme, il faut maintenant le courage de la mettre en œuvre en dépit des corporatismes.

lundi, 17 novembre 2008

Le G20 accouche d'une souris...libérale

Si les médias français traitent d'abord du désastre de Reims, c'est que le G20 n'a accouché que d'une souris (alors que le le PS, de 2). En revanche, le reste du monde place ce G20 en tête de ses priorité, et analyse sobrement ce sommet qui marque peut-être la fin au G8. Au final, nous sommes loin de la "refonte du capitalisme" tant prônée par Nicolas Sarkozy. Au contraire, le sommet réaffirme la volonté de maintenir le cap libéral de la mondialisation : relance du cycle de Doha, défense du libre-échange, avec toutefois l'autorisation de procéder à des relances monétaires et fiscales et, enfin, de revoir les mauvaises règlementations. Rien de fondamental. Les fameux "paradis fiscaux" ne sont pas abordés, les hedge funds n'apparaissent quasiment pas dans les échanges. Le FMI disposera de fonds supplémentaires, mais continuera à imposer ses conditions draconiennes : équilibre budgétaire et ouverture des frontières. Alain Lambert parle même de kermesse (Sarkozy appréciera). Une fois de plus, la France s'est marginalisée en ratant son coup. Heureusement pour nous tous.

 

Pire, la France devient une menace pour l'harmonie européenne lorsque Nicolas Sarkozy invite Medvedev à renégocier avec l'Europe et l'Otan sans prévenir nos partenaires européens, et prenant les Américains de haut. Si les Russes sont des enfants de choeur, c'est surtout des choeurs de l'Armée Rouge. Medvedev voit sûrement là une occasion de diviser davantage un occident en proie au doute. En plus de ses propres erreurs, Nicolas Sarkozy se transforme malgré lui en agent de déstabilisation de la diplomatie des grandes démocraties. Effet boomerang inattendu.

jeudi, 13 novembre 2008

Les Gracques : constat réaliste, propositions utopiques

Les Gracques, « groupe de réflexion et de pression » à la  modernisation intellectuelle de la gauche et du centre gauche en France, rassemblent de prestigieux intellectuels issus du monde politique ou de la société civile. Ils viennent de publier une longue tribune dans le Monde : La Bourse ou la vie, le chantage des marchés. Leur constat diffère peu du constat des libéraux : "Ce n'est même pas seulement une crise de la dérégulation. Elle n'est née ni des hedge funds (fonds spéculatifs), ni des paradis fiscaux, mais aux Etats-Unis et sur un segment de marché assez régulé, les crédits hypothécaires."

Ils ne dénoncent pas mieux le laxisme monétaire de la Fed que ne l'aurait fait Milton Friedman, ils ointent du doigt la mauvaise obligation faite aux banques de prêter aux ménages défavorisés, le soutien des agences semi-publiques Fannie Mae et Freddy Mac, les mauvaises normes comptables. Rien de nouveau, mais ce soutien inattendu à l'analyse des libéraux si décriés venant de la "gauche éclairée", cela rassure. La solution réside dans une bonne analyse de la crise. Avec beaucoup de bon sens, ils reconnaissent la nécessité économique de disposer d'un secteur financier dynamique.

 

A partir de là, les divergences apparaissent clairement. D'abord avec une petite tirade dans la ligne tiers-mondiste des années 60. Nostalgie de jeunesse...

Mais si les gouvernements avaient retrouvé le goût d'investir ensemble 2 500 milliards pour sauver le monde, ils auraient peut-être eu d'autres priorités que le renforcement des principales banques d'investissement. Si l'on n'oublie pas la vie, après avoir sauvé la Bourse, les idées ne manquent pas au rayon de la fraternité : éradiquer la faim dans le monde (300 milliards de dollars sur dix ans) ; construire "la grande muraille verte" de Dakar à Djibouti pour stopper la désertification du Sahel et l'équiper en bassins de rétention (200 milliards ) ; doter d'ordinateurs les écoles du monde, etc. Les projets existent.

 

Comparer les investissements des Etats dans les fonds propres de leurs banques, cessibles à terme, avec des dons sans retour pour les citoyens, cela revient à proposer de ne pas ravaler le logement dont nous sommes propriétaires et dont la façade menace de s'effondrer, pour donner le montant des travaux au Secours Populaire. Cela ne signifie pas qu'il ne faille pas aider le Secours Populaire, mais la sauvegarde de son bien le plus essentiel est un investissement qui valorise un bien qui nous appartient. Or, nous parlons ici de l'argent des contribuables. Il est beaucoup plus légitime de les laisser effectuer leurs dons caritatifs directement, et nonpas à leur place. Par ailleurs, les Etats, mauvais gestionnaires, ont laissé filer leurs déficits tout au long des belles années au point de mettre nos pays en danger aujourd'hui. Et sur ce point, la lucidité des Gracques mérite d'être entendue. Je n'aurais pas mieux parlé :

Ce qui peut provoquer la prochaine crise globale, c'est le risque que les Etats, soucieux de "relancer la machine", fassent déraper leur dette. Aujourd'hui, les liquidités affolées se réfugient dans les emprunts d'Etat. Cela ne durera pas toujours ; ne les laissons pas créer une nouvelle bulle sur les emprunts d'Etat, après les quatre précédentes ! La crise bancaire doit au contraire servir de signal d'alerte.

 

Mais de là, les propositions restent un peu superficielles... et profondément dirigistes : l'encadrement de tous les hauts revenus par une hyperfiscalité est aussi absurde que de vouloir bloquer la circulation des capitaux. La réflexion mérite toutefois d'être menée  au niveau des acteurs financiers. Par exemple, les gérants de hedge funds, ces organisations très peu régulées, doivent investir une partie de leur patrimoine dans leur fond, pour les rendre solidaires de leurs résultats. En fait, une double préoccupation domine dans les propositions des Gracques : s'attaquer à la "Mauvaise régulation, mais aussi [à l']excès de gloutonnerie". "Ce ne sont pas des considérations morales qui doivent guider les régulateurs. Il n'y a pas d'un côté les gentils industriels, de l'autre les méchants financiers ; d'un côté, les salariés, dont les hauts salaires devraient être plafonnés, de l'autre, les capitalistes qui pourraient s'enrichir sans limites. La question est d'aligner les intérêts à long terme de l'économie, des actionnaires et du management." Vision de technocrate trop brillant qui croit pouvoir maitriser le risque. Les banques, trop encadrées et contraintes, ont failli à apprécier correctement le risque. Les technocrates sont-ils mieux placés pour le faire à leur place ?

 

L'appel est intéressant, mais il s'enlise dans des propositions utopiques ou, pis, bien peu originales. On en attendait plus d'eux. Mais dans un monde où domine le populisme le plus primaire, à commencer par celui du gouvernement, il est tout de même positif de lire une tribune aussi mesurée et objective venant de la gauche !

dimanche, 19 octobre 2008

La crise de confiance menace aussi les Etats

L’inquiétude générale ne facilite pas l’analyse de la crise actuelle dans toute sa complexité. Qu’on y voie l’échec du libéralisme ou celui des interventions publiques, le constat est clair : nos économies, nos gouvernements et le monde de la finance sont indissociables. Face à la coordination des grands pays, les marchés doutent désormais ; la crise de confiance pourrait s’étendre aux Etats. Pour faire face à ce danger, nous devons envisager avec pragmatisme les réformes nécessaires, en gardant à l’esprit la distinction essentielle entre la gestion de l’urgence et l’après crise.

 

Faussés par l’effet cumulatif d’un ensemble de facteurs, les marchés ont failli. La gestion du risque par les banquiers n’y est pas pour rien. Mais le laxisme de la Fed est autant en cause. Il a alimenté la bulle immobilière et la course au surendettement des ménages. Les crédits subprimes se sont développés avec l’obligation faite aux banques par Bill Clinton, en 1995, de prêter aux ménages défavorisés. Les agences parapubliques américaines Fannie Mae et Freddy Mac ont accéléré ce processus en reprenant plus de la moitié des nouveaux crédits aux banques. Parmi les plus réglementés au monde, le secteur bancaire américain n’a pas évité la catastrophe lors du retournement du marché immobilier. Pire, en fixant l’horizon des banques à un jour, les normes comptables ont accéléré et amplifié la crise.

 

Une fois de plus, la planche à billets se trouve donc être l’un des facteurs déterminants de la crise. Aujourd’hui, les vannes monétaires sont grandes ouvertes pour assurer la liquidité vitale pour les banques, et cette intervention est sans doute nécessaire à très court terme pour mettre fin à la panique des marchés. Si nous parvenons à maîtriser la crise et à en sortir, le retour à la rigueur sera toutefois indispensable pour éviter le risque d’une inflation explosive ou d’une nouvelle bulle de grande ampleur. Nous allons devoir apprendre à vivre avec un coût du crédit élevé. Or, loin d’avoir compris les dangers d’une occultation des risques du crédit par la garantie de l’Etat, la France développe avec Oséo, l’extension du « Pass Foncier » et l’agence de garanties interbancaires des mécanismes qui ressemblent à ceux qui ont conduit les banques à prêter sans discernement aux Etats-Unis. Nous aurons dorénavant nos Fannie Mae et Freddy Mac français. Devons-nous renouer avec les erreurs américaines ?

 

Notre pays, comme l’Europe, se trouve confronté à deux risques majeurs que pourraient entraîner une tentation politicienne démagogique : l’abandon des mécanismes de marché et l’endettement public. Nous l’avons vu, cette crise n’est pas celle du seul marché mais d’un ensemble de facteurs qui le dépassent très largement. Bien que Nicolas Sarkozy ait réaffirmé son attachement au capitalisme, sa volonté de brider l’économie financière pourrait coûter cher à notre économie en figeant l’innovation financière et la circulation des capitaux. C’est au contraire le moment d’accroître la concurrence entre banques en faisant sauter les mesures protectionnistes qui protègent les oligopoles nationaux. Pourquoi interdire aux capitaux étrangers de se porter au secours de banques fragilisées, et demander alors au citoyen de payer deux fois la facture, une fois en tant que contribuable pour les renflouer, l’autre en tant que consommateur captif ? En outre, n’oublions pas que la confiance ne se décrète pas. A trop vouloir réglementer, on favorise l’opacité et son corollaire, le contournement.

 

Au-delà de la crise financière actuelle, une nouvelle menace se dessine pour l’Europe : celle de voir les Etats être les cibles d’une prochaine crise. L’Argentine faisait faillite il y a dix ans. Avec le cas islandais plus récent, le tabou de l’infaillibilité des Etats est tombé. La zone euro pourrait se trouver déstabilisée si l’un de ses membres, affaibli par un endettement public important, se trouvait fragilisé dans son financement. Nous ne devons pas oublier que nous sommes tributaires des marchés financiers - tant décriés aujourd’hui - qui assurent non seulement le financement des entreprises, mais aussi celui des Etats. Une forte dette créé une forte dépendance.

 

Si la gravité de la situation exige sans doute des mesures exceptionnelles dans l’immédiat, l’Etat français n’a pas les moyens de se lancer de grands projets publics à fonds perdus. Compte tenu de sa dette officielle et de ses « engagements hors bilan », plus élevés encore, il doit s’engager au contraire sur la voie du désendettement. L’annonce de la fusion des régions et des départements en 2009 est positive, mais insuffisante. L’Etat doit aussi réduire son périmètre de compétences et accélérer la réforme de la fonction publique. Et à terme, le grand danger reste le déséquilibre explosif de la retraite par répartition et de la sécurité sociale.

 

Si la tentation est grande pour notre gouvernement de se concentrer sur la crise actuelle, il ne faudrait surtout pas que celle-ci devienne un prétexte pour laisser filer la dépense publique et oublier les réformes de fond dont a besoin notre économie. La reprise économique reposera essentiellement sur le dynamisme de nos entreprises. C’est donc le moment de libérer la croissance de ses entraves par une vraie politique libérale.

 

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mardi, 30 septembre 2008

Crise du libéralisme ou crise de l’interventionnisme ?

Restructuration bancaire.jpgL’accélération de la crise financière a abouti au plus grand plan interventionniste de l’histoire des Etats-Unis. Après la nationalisation de Fannie Mae et Freddy Mac et la quasi-nationalisation de l’assureur AIG, le gouvernement américain cherche à mettre en place un fond de reprise des actifs douteux avec 700 milliards de dollars d’argent public. La vague de nationalisations de banques atteint aujourd’hui l’Europe. Nicolas Sarkozy annonce la fin d’un prétendu « laissez-faire », notion pourtant inconnue dans notre pays. Ce retour en force de l’Etat marque-t-il la fin du libéralisme ?

 

Personne ne peut nier la responsabilité des banques dans les excès des dernières années. Elles le payent au prix fort par une restructuration brutale du paysage bancaire : liquidation de Lehman Brothers et Washington Mutual, dépeçage de Merril Lynch, de Wachovia, etc. Hélas, l’ampleur du choc va aussi avoir des répercussions sur notre vie à tous. Comment ne pas comprendre la colère du citoyen qui subit les erreurs d’un univers qu’il ne connaît  pas ? A y regarder de plus près, le premier responsable de cette crise est-il vraiment ce fameux « marché libre » si décrié par Nicolas Sarkozy ? Que penser du rôle des mauvaises interventions publiques et des mauvaises réglementations ?

 

Pour commencer, le laxisme de la banque centrale américaine est partiellement responsable de « l’exubérance irrationnelle » du crédit. Cet argent facile, trop abondant, a grisé les banques ainsi que les particuliers et les entreprises qui se sont collectivement surendettés. En 1980, la dette du secteur financier représentait 21 % du PIB américain et celle de l’ensemble de l’économie américaine, 163 %. En 2007, ces chiffres étaient de 116 % et 346 % ! Si Alan Greenspan a su gérer les crises qu’ont traversé les Etats-Unis pendant son long mandat à la tête de la Fed, il n’a hélas pas eu la sagesse de resserrer le robinet monétaire en période de croissance. Les Américains vont devoir ajuster leur comportement au resserrement nécessaire du crédit. L’envolée du crédit n’a rien à voir avec le libéralisme mais relève bien de la responsabilité de la banque centrale, un monopole public.

 

Deuxième coupable, les institutions parapubliques Fannie Mae, créée par Franklin Roosevelt en 1938 en réponse à la crise de 1929, et Freddy Mac son petit frère apparu en 1970. Ces dernières ont repris aux banques 56 % des nouveaux crédits hypothécaires en 2007, portant leur part de l’ensemble des crédits immobiliers américains à 40 %. Pire, elles l’ont fait sans évaluation appropriée de la qualité des emprunteurs.  Dans ces conditions, était-ce bien sage de laisser ces GSE (Government Sponsored Enterprise) conserver un portefeuille d’une valeur de $ 5.200 milliards pour seulement $ 80 milliards de fonds propres? Elles l’ont fait sous la pression d’objectifs politiques qui leur étaient assignés par le gouvernement américain, en échange d'avantages fiscaux et comptables. Cette opacité intrigue d’ailleurs les parlementaires américains depuis de nombreuses années, sans qu’aucun ne parvienne jamais à ouvrir une enquête sur leurs comptes jusqu’au scandale récent. Le fait que ces institutions pilotées par l’Etat aient financé les camps républicain et démocrate n’y est sans doute pas pour rien. L’Etat a donné sa caution morale et financière à des comportements irresponsables dans des proportions gigantesques. Nous sommes loin du « marché libre » tant décrié.

 

Les marchés assurent une gestion responsable du risque …tant qu’aucune institution d’Etat ne vient fausser sa perception en le délestant partiellement des risques encourus ou en les incitant à prendre des risques excessifs. Critiquer le pilier financier du capitalisme nous fait revivre la montée des populismes dans les années 30. L’affreux spéculateur était alors désigné comme responsable de tous les maux pour mieux dissimuler la responsabilité des Etats. N’oublions pas que les marchés financiers constituent le moteur de la croissance mondiale. Tenir des propos démagogiques sur cette dynamique d’innovation et d’allocation des capitaux présente des dangers pour le monde. Les marchés sont imparfaits, tumultueux. Ils se corrigent parfois dans la douleur. Mais ils ne peuvent faillir dans une telle ampleur sans intervention majeure de  l’Etat.

 

Le secteur bancaire des Etats-Unis est le plus réglementé de tous, et l’empilement des textes (Sarbanes-Oxley, nouvelles normes comptables, Bâle II etc) n’a pas permis d’éviter le désastre. Plutôt que d’augmenter l’opacité de cette stratification, attaquons-nous aux sources de cette crise. Nous devons féliciter Jean-Claude Trichet pour sa rigueur monétaire et encourager la BCE à garder ce cap une fois la crise passée, malgré les assauts répétés de Nicolas Sarkozy. Cette sagesse a évité aux banques européennes de connaître les excès de leurs concurrentes américaines. Nous devons aussi garder à l’esprit que les acteurs économiques doivent rester pleinement responsables de leurs risques, sans être partiellement déchargées de cette responsabilité par des instances publiques dont la caution, au final, est le contribuable.

 

Le plus importants, pour les Français, c’est de garder à l’esprit le fait que cette crise internationale rend les réformes plus nécessaires que jamais. Alors qu’elle risque d’aggraver encore les difficultés de financement que connaissent depuis plusieurs mois entreprises et particuliers en France, le gouvernement doit agir rapidement. Au lieu de multiplier les taxes en tous genres qui asphyxient notre économie (financement du RSA, Grenelle de l’environnement, etc.), il doit libérer au plus vite les entreprises et les investisseurs des contraintes administratives et financières excessives qui les pénalisent. A défaut, nous risquons la récession  et une probable remontée du chômage et un appauvrissement général.

 

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jeudi, 18 septembre 2008

Tempête entre deux nouvelles taxes

Si le monde tremble en découvrant le poids bien réel des banques et des marchés financiers dans l’économie, la crise financière actuelle a un bon côté : pour la première fois depuis un an, on ne parle pas de Nicolas Sarkozy. Ne boudons pas notre plaisir dans ce moment difficile. Surtout que dés que ça ira mieux, nous découvrirons la masse de nouvelles taxes que le gouvernement est en train de nous concocter  Son trop fameux dynamisme, appliqué à l'innovation fiscale, nous reviendra vite en pleine figure. Il est bien dommage qu’il ne mette pas autant d’énergie et d'imagination à réformer l’Etat et à en réduire le train de vie. Non, il passe son temps à inventer des nouvelles taxes et des nouvelles usines à gaz telles que la future « prime transport » aux frais des entreprises (qui n’attendaient que ça). A côté de ce « happening » permanent, Damien Hirst qui bat tous les records avec sa vente du Veau d’Or (tout un symbole en ces temps troublés), ça reste de la gnognotte.

 

Bon, nous le constatons tous les jours depuis quelque temps : le monde bancaire international se restructure dans la douleur. Des dizaines de milliers de banquiers sont, ou seront, sur le carreau, des établissements fermeront. Comme disait très justement Jean Monnet : « Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. ». Pendant que les mastodontes anglo-saxons font leurs courses en rachetant à prix bradé les fleurons de Wall Street mis à genoux par leurs concurrents, les Chinois eux-mêmes s’y mettent : la Bank of China a pris 20 % (c’est modeste) de la Compagnie Financière de Rothschild ! La fameuse (et cruelle) roue de la destruction créatrice tourne à plein régime.

 

Certes, personne ne peut nier les excès de certaines banques d’affaire et de leurs dirigeants ces dernières années. Personne ne peut nier non plus la contribution du formidable dynamisme des marchés financiers à la croissance mondiale des 30 dernières années et à la sortie de la pauvreté de centaines de millions d’individus qui ont eu un meilleur accès au capital. Enfin, face à cette part de responsabilité de certains acteurs qui en payent durement le prix aujourd’hui, personne ne doit ignorer le rôle des règlementations, des banques centrales laxistes et d’institutions semi-publiques telles que Fannie Mae et Freddy Mac, ces pousse-au-crime qui ont grisé les banques avec de l’argent largement trop abondant, et qui les ont parfois forcé à augmenter leurs risques.

 

Aujourd’hui, la grande purge a lieu. Le Secrétaire au Trésor « Hank » Paulson pilote le navire avec  un talent  incontestable dans cette tempête historique, laissant chuter naturellement un monstre sacré comme Lehman Brothers, sanctionné pour son orgueil, mais nationalisant Fannie Mae et Freddy Mac et soutenant temporairement AIG dont la chute aurait précipité celle de nombreux établissements financiers dans leur sillage. Le contribuable américain paiera une partie de cette facture dont les acteurs publics sont partiellement responsables. Sans doute aurait-il perdu bien plus sans l’action de Paulson.  Cela dit, la crise n'est pas terminée. Au terme du jeu de recomposition brutal, le paysage bancaire et financier international n'aura sans doute pas grand-chose à voir avec celui que nous connaissions encore il y a quelques semaines. Soyons un peu positifs. Pendant que les grands établissements financiers travailleront à réparer la casse et à intégrer leurs acquisitions récentes, espérons que les banques centrales et les Etats sauront remettre en cause leurs mauvaises pratiques passées.

 

Espérons que les Etats-Unis mettront progressivement fin à l’activité de Fannie Mae et Freddy Mac, qui a consisté à blanchir les crédits engagés par des banques. Le plus légalement du monde et avec l'encouragement des politiques inconscients. Cette garantie déresponsabilisante a largement contribué à la crise des subprime en transférant le coût du risque à ces entités hybrides mi-privées mi-publiques (au final, le contribuable américain). Le laxisme monétaire, péril que les libéraux ne cessent de dénoncer, doit être combattu avec bien plus d’ardeur. La BCE, l’une des banques centrales les plus sages, mérite d’être encouragée dans cette voie plutôt que d’essuyer les attaques injustifiables de Sarkozy. Les règlementations du type Bâle II devront certainement être revues et renforcées afin de mieux garantir la solidité des grands établissements financiers. Enfin, les nouvelles normes comptables IAS méritent d’être débattues pour leur effet amplificateur de crise.

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