vendredi, 07 mai 2010
La crise, faute à pas de chance bien sûr
Les bourses dévissent, les gouvernants paniquent et les doigts tremblent. François Fillon a fait une annonce tonitruante avant de se raviser : "pas de plan de rigueur", mais un simple gel absolu des dépenses publiques les trois prochaines années. La classe politique française ne comprend pas l'injustice qu'on lui fait. Quoi, on ne peut plus dépenser deux fois plus que les recettes fiscales, déjà les plus élevées de l'OCDE ? Remontons les impôts, chassons les vilains spéculateurs, sanctionnons les agences de notation, critiquons la prudence de l'Allemagne qui nous a fait perdre un précieux temps dans la dilapidation des derniers fonds publics que nous n'avons pas. Mais surtout, ne regardons pas les causes du mal, on risque de se faire mal. Il faut sans doute réformer le fonctionnement des Etats membres de l'euro, mais rien à voir avec l'avalanche de réglementations qui tombe sur les banques : "aucun des pays membres n'est prêt à accepter les conséquences de ces vertueuses intentions. La France veut garder la liberté de dépenser avec insouciance pour calmer ici ou là les prurits corporatistes." Bref, la leçon n'est pas encore passée.
Ceux qui prêtaient leur argent aux Etats européens étaient de gentils investisseurs. Maintenant qu'ils le retirent, les mêmes cont devenus de vils spéculateurs, des lâches disons-le carrément. Ils doivent comprendre qu'il y a des priorités nationales comme "acheter des maisons, des voitures et vivre dans le farniente", il faut faire confiance aux différents gouvernements qui ne s'endettent pas pour rien. En France, une bonne partie à l'origine de nos déficits chroniques vient de notre protection sociale qui représente un tiers du PIB. Résultat : les cuisines de nos restaurants et les chantiers de BTP sont surtout occupés par des immigrés moins exigeants que les Français sur les conditions de travail et la rémunération, et les classes moyennes ont une vie de plus en plus moyenne pour faire vivre ce système partiellement parasitaire. Hélas, la fin de la récré approche.
Lorsque la défiance des acteurs qui ont prêté jusqu'ici l'argent aux Etats fera exploser le coût de la dette et ne couvrira plus les besoins déficitaires de ces pays, le délai de réflexion pour les réformes sera beaucoup plus court, et beaucoup beaucoup plus contraignant. Mais à force d'avoir des élus déconnectés des réalités, notamment économiques, il ne faut pas être surpris de voir une facture colossale nous retomber dessus un jour. Nous avons les élus que nous méritons.
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| Tags : crise, bourses, krach boursier, panique, marches, speculation |
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lundi, 08 mars 2010
Grèce : aide-toi, l'Europe t'aidera
En fragilisant l'euro, la crise grecque menace onze ans de construction de notre devise commune. Dans ces difficultés, les Etats membres de l'euro doivent afficher une solidarité sans faille avec la Grèce. Sinon, la défiance des investisseurs viendrait vite saper l'euro en visant successivement l'Espagne, le Portugal et, qui sait un jour, la France. Ce contexte périlleux impose aussi de réaffirmer avec force les principes constitutifs de l'euro, notamment les critères de Maastricht. Seul un discours de grande fermeté est en mesure de rassurer les investisseurs, non seulement sur la dette grecque, mais sur l'ensemble de la zone euro.
La Grèce a toutefois le devoir de racheter des années de mensonges et de montrer l'exemple par respect pour ses partenaires européens. Elle y parviendra à assainir ses comptes en réduisant sa dépense publique et libérant la croissance par une modernisation de son économie. C'est d'ailleurs à cette condition seulement que l'Europe doit proposer sa caution, voire son aide financière, à la Grèce. Cette crise nous concerne tous en Europe. Pour la France, c'est le moment de choisir son camp : rester, par son laxisme budgétaire, dans le club des mauvais élèves de l'euro, ou rejoindre l'Allemagne sur une ligne responsable. La préservation de l'euro et la poursuite de la construction européenne impliquent que notre pays s'engage sur la seconde voie.
La première mission d'une bonne gouvernance de la zone euro, c'est d'assurer le respect strict des principes fondateurs de l'euro concernant les déficits publics et la dette. Nous en sommes loin. Les critères de Maastricht ont été fixés dans une logique de stabilité économique et monétaire. Nous constatons aujourd'hui que leur non-respect risque de nous entraîner dans une crise dramatique. Derrière les évènements inquiétants actuels se profile l'explosion de la bulle des dettes publiques. Après la Grèce, dont la dette publique promet de grimper entre 2009 et 2011 de 116 à 137 % de son PIB, il y a l'Espagne (55 à 72 %), l'Italie (114 à 121 %) et, peut-être un jour, la France (78 à 91 %). L'Espagne, le Portugal, l'Italie, et peut-être un jour la France, risquent à leur tour de vivre le scénario grec et d'être menacés d'insolvabilité pour leur gestion calamiteuse des finances publiques. La fragilité de l'euro vient de ce constat lucide des investisseurs internationaux. Les pays membres de l'euro ont perdu le contrôle de leurs finances publiques. C'est pourquoi nous devons anticiper sur l'avenir et engager l'Europe dans une thérapie collective de choc : réduction massive des dépenses publiques de ses Etats membres et mise en œuvre des mesures de libération de la croissance. C'est la condition pour préserver notre économie et notre qualité de vie.
Dans l'immédiat, comment soutenir la Grèce ? Rien ne justifie que les Français cotisent deux ans de plus pour financer les préretraites des Grecs promises par leurs gouvernements successifs tous aussi irresponsables les uns que les autres. Nous ne voulons pas cautionner le trucage massif de ses comptes par la Grèce, ni sa gestion exécrable des finances publiques. Nous ne voulons pas que cette aide lui permette de repousser d'autant les réformes essentielles. Enfin, la perspective que chacun des états de la zone euro puisse se défausser de sa dette publique sur les autres pays membres suscite la crainte d'une gabegie généralisée. La construction européenne repose avant tout sur la transparence et la confiance que les Etats membres s'accordent l'un à l'autre. La zone euro n'y fait pas exception, bien au contraire. Agissons en responsabilité et exigeons de chaque Etat membre qu'il fasse de même. La Grèce prouver à l'Europe sa volonté de réellement agir dans le respect des règles communes en annonçant des mesures concrètes.
L'OCDE a calculé que pour ramener le poids de 120 % du PIB à 60 % dans les quinze ans, la Grèce devrait revenir à l'équilibre budgétaire avant 2015 puis rester en excédent les années suivantes. Cet objectif est réaliste. Le gouvernement peut diminuer le poids de la bureaucratie grecque, estimé à 6,8 % du PIB par la Commission européenne contre 1,5 % en Suède. Son effort devra aussi porter sur la baisse des salaires de la fonction publique, ou tout au moins leur stabilisation après des années d'augmentation insensée. Qui peut comprendre que les Grecs échappent aussi massivement au devoir de payer l'impôt ? La collecte efficace des prélèvements obligatoires par l'Etat grec est un moyen essentiel de réduire la part de l'économie parallèle, valorisée à 30 % du PIB, et d'augmenter ses ressources récurrentes sans augmenter les taux d'imposition.
Ensuite, les seules retraites du seul secteur public passeront de 11 à 24 % du PIB dans les prochaines décennies. C'est pourquoi la Grèce doit aligner l'ensemble des régimes de retraite sur l'âge de départ commun en Europe, 67 ans.
Enfin, la corruption généralisée place la Grèce en 72e position mondiale selon le classement de Transparency International. En plus des gaspillages qu'elle implique, il n'est pas étonnant que la Grèce reste le dernier pays de l'OCDE en terme d'environnement favorable aux affaires, selon le classement annuel de la Banque mondiale. Il est donc essentiel que la Grèce modernise son économie en simplifiant le marché de l'emploi et les réglementations trop nombreuses, sources de chômage et de corruption.
Certes, la responsabilité est partagée. Ce pays a menti sur ses comptes depuis la préparation de son entrée dans l'euro, mais les fondateurs de l'euro l'ont accepté depuis l'origine, pour des raisons politiques injustifiées. Nous en mesurons aujourd'hui le coût. En outre, si ce pays n'a pas respecté les critères de Maastricht en laissant exploser ses déficits publics, la France n'a pas fait beaucoup mieux. La Grèce n'a pas réformé son modèle pour libérer ses forces vives et le rendre productif, la France non plus. La défiance qui frappe la Grèce aujourd'hui menace de nous arriver demain.
En bref, pour que cette crise ne se propage pas, les dirigeants de la zone euro ont le devoir de coordonner un plan commun de réduction des dépenses publiques et de modernisation de leur économie. C'est à ce prix qu'ils relanceront la construction européenne et transformeront nos économies fragiles pour en faire des partenaires crédibles des Etats-Unis et de la Chine.
21:09 Publié dans Dans le monde, Economie, Publiées dans la presse | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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lundi, 22 février 2010
Quelle est l'utilité de la finance honnie ?
Si une profession pouvait être interdite au suffrage universel, celle d’opérateur de marché en serait la première victime. Déjà en 1987, En pleine crise économique, le fameux film « Wall Street » décrivait un grand méchant trader capable de vendre père et mère pour étendre son pouvoir destructeur sur le monde et accroître son bonus. Cette caricature illustrait bien cette schizophrénie associant fascination et appréhension. A chaque grande crise, cette incompréhension se transforme en haine. Ce n’est pas un hasard si depuis le 19eme siècle, la gauche marxiste et l’extrême droite ont vu dans ce vecteur essentiel du capitalisme l’ennemi à abattre.
La finance fait tomber les frontières en libérant la circulation des capitaux. Elle remet en question les privilèges, et sa recherche continue de performance économique se réalise au détriment de choix politiques ou de stratégies mal conçues. Aujourd’hui, la plupart des gouvernants politiques y voient un bouc émissaire idéal pour se défausser de leur propre responsabilité dans la crise. Pourtant, ces Etats sont de très gros consommateurs de finance. La dette publique mondiale s’élève à 32 trillons de dollars (32 mille milliards de dollars), et la tendance est à la hausse avec le doublement des émissions obligataires annuelles cette année par rapport à 2007.
D’abord, la finance est un terme bien flou. S’agit-il de la banque, ou bien des marchés financiers sachant que la plupart d’entre elles n’ont pas d’activité dans ce domaine ? Si nous parlons de ces marchés financiers, devons-nous inclure les fonds de pension ou mutualistes, ces mastodontes qui gèrent l’épargne de centaines de millions de familles ? Dans ce cas, pourquoi ne pas ajouter à la liste tous les acteurs qui cherchent sur ces mêmes marchés leurs ressources, grandes entreprises et Etats ? Concentrons-nous sur les salles des marchés bancaires, cibles de la vague actuelle de réglementations, de pénalités et de taxes supplémentaires. Cette activité récente est devenue l’un des principaux métiers des grands établissements bancaires internationaux au cours des dernières décennies en réponse à une demande nouvelle.
Pour poser le décor, un trader de grande banque ne travaille pas dans un grand bureau avec vue sur l’Hudson ou vue sur l’Arc de Triomphe. Surmonté de 4 à 8 écrans, son bureau fait 1m20 sur 1m dans un espace ouvert (souvent sans lumière du jour) où travaillent plusieurs centaines de ses congénères. Il ne s’agit pas de le plaindre, mais de faire comprendre que la première qualité demandée dans cet environnement, c’est d’aimer le bruit, le stress et la promiscuité. Un opérateur passe la journée sur son mètre carré, téléphones vissés à l’oreille et sans quitter les écrans de ses yeux. Toute l’activité d’une salle est orientée clients. Comment répondre le mieux et le plus vite possibles à leurs attentes, mais aussi comment les anticiper pour vendre conseils et opérations avant les concurrents ? D’ailleurs, les traders sont souvent des vendeurs qui ne font pas de trading et ne prennent donc pas de positions à risques. Leur rôle, c’est d’élaborer des montages en vue de propositions commerciales collant au plus près aux besoins de leurs clients. Eux aussi professionnels, ils n’hésitent pas à comparer les prix et les produits qu’on leur propose auprès des banques concurrentes pour avoir les prix les plus agressifs.
Les vendeurs sont donc constamment incités à innover pour remporter des opérations rémunératrices. Bref, rien de très différent d’autres industries sauf qu’ici, la matière première est l’argent. Pas de l’argent virtuel, abstrait, mais des flux économiques bien réels : dette, trésorerie, fonds propres, flux de devises, couvertures contre différents types de risques, etc. Les qualités attendues des traders, en plus de leurs compétences techniques et, dans le cas de vendeurs, commerciales, c’est l’accès à l’information. Un trader est meilleur s’il a des informations que ses concurrents n’ont pas. Son réseau de clients, de traders et d’analystes, sa capacité à aller trouver des informations pertinentes dans le chaos permanent de données et de nouvelles, voilà où il doit faire la différence.
La valeur d’embauche d’un trader dépend essentiellement de ce talent-là. Chaque activité, dans une salle des marchés, draine des volumes considérables des grands acteurs financiers que sont les Etats, les entreprises, les institutions financières. Les commissions et gains qui doivent en être retirés, dérisoires si on les ramène aux volumes en jeu, restent importants pour chacun des opérateurs qui les reçoivent. Les traders sont donc rémunérés en conséquence, et la compétition est rude entre ceux qui sont en activité. Une fois retiré des affaires, la « côte » d’un trader tombe vite, même si elle ne disparaît jamais totalement, puisqu’il décroche de ce flux constant d’information qui es le plus valorisé.
Si la presse retient les exemples les plus exceptionnels, celui des bonus des stars qui atteignent plusieurs millions de dollars, l’essentiel des traders reçoit des rémunérations certes élevées, mais comparables à celles d’autres professions : consultants seniors ou avocats d’affaires associés. Leur carrière commence plus tôt mais est en revanche très aléatoire, à l’instar des joueurs de foot. La gestion des ressources humaines de la finance est aussi brutale que les mouvements de marchés. Tous les ans, une proportion importante des salles de marché quitte, de gré ou de force, ce secteur d’activité. Si ces niveaux de rémunération attractifs entraînent un effet d’éviction des meilleurs sur les autres industries, ils correspondent à un marché de l’emploi très spécifique, aussi réactif à la hausse…qu’à la baisse.
Pourquoi ce secteur a-t-il pris tant d’importance dans la vie économique réelle ? L’allongement de l’espérance de vie a vu se constituer une épargne considérable. Cette tendance s’est renforcée avec la mondialisation et sa première conséquence : l’émergence d’une classe moyenne se comptant en centaines de millions puis en milliards d’individus. Eux aussi se sont mis à épargner. Aujourd’hui, l’ensemble des fonds de pensions, des fonds mutualistes, de la gestion privée, et des assurances approche l’équivalent de 100 trillions de dollars dans le monde. Les actifs bancaires des 1.000 plus grandes banques mondiales, qui regroupent les crédits, les participations et les titres qu’elles détiennent, atteignent un montant du même ordre de grandeur. Face à ces capitaux, Etats, entreprises, ménages ainsi que les banques cherchent à financer leur dette ou leurs fonds propres. Manifestement, ils ne les trouvent plus seulement du côté des banques. Si ce mouvement de désintermédiation a fait sortir l’essentiel des flux financiers du bilan des banques, ces dernières se sont adaptées en proposant leurs services à ces acteurs non bancaires. C’est la mission première de leurs salles de marchés.
Pour la remplir correctement, cela exige de lourds investissements. L’effet de seuil ne laisse pas de place aux petits acteurs. Les banques doivent disposer d’une couverture mondiale pour offrir une palette transversale de la plupart des produits financiers pour rester compétitives. L’achat de systèmes d’information et de haute technologie ne constitue pas le coût principal. Le plus cher, c’est l’embauche de traders expérimentés en Asie, en Europe et en Amérique. Pour chaque opérateur de marché, il faut ajouter 2 à 3 personnes pour couvrir les besoins en informatique, en back-office chargé de traiter les opérations, en déontologie et en contrôle des risques, etc. Les fonds propres nécessaires sont aussi importants pour pouvoir décharger les entreprises clientes de leurs risques. Une salle de marché ressemble à une fourmilière qui assimile et reformate des opérations de clients dont les besoins aux deux extrémités ne sont pas exactement complémentaires. Ce processus d’adaptation et de recalibrage permet une circulation fluide des capitaux de ceux qui en disposent vers ceux qui en cherchent. Son efficacité trouve sa confirmation dans la rémunération que ces clients acceptent de laisser aux activités de marchés des banques qui servent d’intermédiaires.
Cette industrie d’innovation permanente au service des grands clients traditionnels des banques reste minuscule à l’échelle de la sphère financière. Pour avoir une idée de son poids réel, le revenu annuel brut des départements de banques d’investissement a atteint 66 milliards de dollars en 2008, une goutte d’eau comparé aux presque 200 trillions de dollars de capitaux en circulation dans le monde, à peine 0.04 %. Pas de quoi susciter l’ire des médias.
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| Tags : finance, marchés financiers, banques, pénalités, crise |
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vendredi, 20 novembre 2009
Préparez-vous au pire, c'est votre banquier qui vous le dit
Pendant que les Français discutent de la fessée et de l'identité nationale, la marée monte. Et la marée de dettes les menace de noyade. Qui peut ainsi avoir intérêt à détourner leur attention de la menace qui pèse sur eux ? En tout cas, une banque française a choisi de conseiller à ses clients, en octobre, de se préparer à des moments difficiles. L'expression employée dans le document est carrément "global collapse" (effondrement global). Ce "scénario du pire" se fonde sur le niveau encore alarmant de la dette. Le "dé-leveraging" qui consiste à rembourser la dette en cours et à reconstituer une épargne, risque d'entraîner un nouveau choc économique. Surtout que nous n'asistons pas clairement à un mouvement franc de "dé-leveraging". La dette privée a partiellement été nationalisée, ce sont donc les Etats qui continuent à accroître leur endettement, pas les entreprises ni les ménages.
Dans ce contexte, l'inflation n'est donc plus la première menace première pour cette banque. française LPour elle, les taux d'intérêt longs promettent de rester bas longtemps...et le dollar risque, toujours selon elle, de dégringoler (2 dollars pour un euro ?). Contrairement au Japon, qui a vu sa dette passer à 200 % du PIB en 20 ans sans aucun effet positif sur sa croissance, l'explosion incontrôlée des dettes publiques risque d'aboutir, en Europe ou aux Etats-Unis, à des défaillances d'Etats plus fragiles que les autres, ne serait-ce que pour tester la solidarité entre Etats. Le risque domino, c'est le principe qu'un petit Etat qui tombe peut en entraîner d'autres dans sa chute. Les autres , conscients de ce danger, auront donc intérêt à venir au secours du premier pour stopper la dynamique de faillite généralisée. Bref, ça va être open bar pour les marchés financiers dont les Etats, en faisant exploser les compteurs de la dette, deviennent de plus en plus tributaires.
Les banques centrales vont certainement être appelées en renfort pour acheter la dette publique des Etats irresponsables et incontrôlables en faisant tourner, comme elles le font depuis des mois, la planche à billets. Le risque inflationniste est donc bien réel. Et une bulle est bien en train de grossir sous nos yeux.
A la veille du grand emprunt, quitte à ruiner un peu plus les Français, il faut peut-être investir dans un secteur qui se redresse légèrement et dont l'impact sur le moral des gens, et donc sur la croissance, est bien réel. Aux Etats-Unis, le roi du porno, Larry Flynt, avait officiellement demandé un plan de sauvetage de 5 milliards de dollars pour l'industrie pornographique dés janvier, en s'appuyant sur un argument parfaitement recevable et rationnel. Partant du constat que les gens sont déprimés et manquent de sexe ("People are too depressed to be sexually active,"), il a insisté sur le danger que cette déprime représente pour son pays : "This is very unhealthy as a nation. Americans can do without cars and such but they cannot do without sex." On devine mal pourquoi nos jeunes symboles de l'avenir de la France, Juppé et Rocard, n'ont pas proposé d'investir dans cette activité rentable et d'intérêt public avec une partie de nos 35 milliards. Si la france coule, nous aurons au moins de quoi nous amuser.
20:04 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : banques, crise, reprise, banquier |
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lundi, 21 septembre 2009
10 à 13 % dans les sondages : forte progression des libéraux
Nous ne sommes pas en France, pas encore. Eux aussi sont traités par la gauche de "néo-libéraux, radicaux du libre marché qui veulent éradiquer la protection du travail et tailler dans l'Etat providence". Pourtant, ils ont la côte. A la différence de notre pays, la droite conservatrice leur fait les yeux doux...et tente même de s'inspirer de leurs propositions. Baisses d'impôt, réduction de la dépense publique et assouplissement du marché du travail pour protéger non pas le travail, mais l'emploi.
Les libéraux allemands sont portés par la crise. Leurs préconisations apparaissent de plus en plus sérieuses par des Allemands lucides qui admettent que l'origine de la crise ne doit pas grand chose au marché. C'est même ce dernier qui a stoppé (certes sans ménagements) l'emballement de la bulle du crédit. La réponse, c'est de ne pas laisser les Etats poursuivre ce dérapage du surendettement, réformer la fiscalité pour soutenir les investissements en capital plutôt que les créances, et libérer les talents. En Allemagne, ce message passe bien, très bien même.
Au point que les libéraux allemands espèrent être la clé d'une nouvelle majorité avec des estimations qui vont de 10 à 13 % des votes. Ce week-end, le président du FDP, Guido Westerwelle, a clarifié les choses en annonçant que son parti n'envisagerait pas d'alliance de gouvernement avec la gauche sociale démocrate après le scrutin dans une semaine. Ni avec les verts. Son partenaire privilégié, c'est le CDU-CSU d'Angela Merkel. Ce positionnement est facilité par les prises de position passées de Merkel...et de son ministre des finances Karl-Theodor zu Guttenberg.
En France, la droite conservatrice au pouvoir ne défend clairement aucune option libérale. Qu'il s'agisse des libertés individuelles, sociales ou économiques, la majorité présidentielle va dans le sens d'un dirigisme étatique croissant, alliant contrôle et la répression. Cette tendance lourde entretient la défiance dans notre société, et bride les talents. Enfin, elle renforce dangereusement la pression fiscale et la dette. C'est pourquoi il est essentiel qu'une formation libérale émerge au centre, visible sur des positions fortes et populaires comme la dette. Comme en Allemagne, elle doit trouver des alliances locales ou nationales afin de pousser ses hommes et ses idées. Comme en Allemagne, c'est plutôt du côté de la droite que les libéraux trouveront des alliés naturels à court terme.
Mais nous avons hélas une différence avec l'Allemagne, la gauche allemande est en soi plus libérale que la droite française. Rappelez-vous, c'est elle qui a engagé les premières réformes assouplissant le marché du travail, responsabilisant les chômeurs et allongeant la durée de cotisation pour la retraite. Dans notre beau pays, la frustration des cadres frustrés du parti au pouvoir me confirme dans l'idée que les libéraux ont un boulevard devant eux. Encore devons-nous gagner en crédibilité pour les faire basculer sur un échiquier verrouillé. Si je ne cache pas que la route est encore longue, la mobilisation croissante que je constate est encourageante.
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mardi, 09 juin 2009
L'Europe doit beaucoup au Ministre des Finances allemand
Nous devons une fière chandelle à Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jacob Philipp Franz Joseph Sylvester, baron de Guttemberg. Ministre des Finances allemand depuis février de cette année après avoir été Secrétaire Général du CSU (il a été élu au Bundestag à l'âge de 30 ans), ce jeune homme de 37 ans a sans doute eu un rôle décisif dans les positions récentes d'Angela Merkel. Ce libéral assumé défend avec talent le principe d'une réduction de la dette allemande et le maintien d'une politique monétaire rigoureuse de la part de la BCE. Voilà qui explique mieux le courage des déclarations de la chancelière allemande la semaine dernière. Sur le plan électoral, elle joue aussi une crédibilité que les Allemands lui reconnaissent aujourd'hui.
thxIl s'est récemment opposé avec force au plan de sauvetage d'Opel avec l'argent des contribuables, ce qui lui a attiré les foudres d'un SPD plus démago que jamais, bien loin de l'époque de Schroëder et des réformes courageuses. Visiblement, les électeurs apprécient sa ligne. Les sondages le placent en seconde position de la figure politique la plus appréciée depuis 3 mois...juste derrière Merkel.
Comme quoi on peut être pour le libre marché, anti-interventionniste, pour des impôts faibles et en faveur des entreprises et bénéficier d'une aura élevée.
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lundi, 18 mai 2009
La crise du siècle...aura duré 3 ans ?
Nous pourrions avoir passé le pire de ce qui devait être la crise du siècle...que dis-je, du millénaire. L'immobilier repart déjà à la hausse en France, quoi qu'en pensent les plus beaux esprits de notre pays (en évoquant les Etats-Unis, certes). Les bourgeons qui annoncent le retour du printemps se multiplient partout dans le monde. Belle revanche du sud sur le nord, les pays qui composent le fameux BRIC sont heureux de vous annoncer que, dorénavant, la croissance se fera peut-être sans nous, mais qu'elle ne pourra s'envisager sans eux : "la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil, détrônant les Etats-Unis." En effet, les optimistes reprennent le pouvoir. Et les grincheux anticapitalistes qui depuis des lustres prédisent la fin du capitalisme tireront la gueule. Bien fait pour eux, ces vautours qui se nourrissent de la misère du monde. Qu'ils se rassurent, la France ne renouera pas avec une forte croissance. Les poches de pauvreté, nous les conserverons grâce au formidable modèle siocial que le monde nous envie tant. Depuis plus de trente ans, nos gouvernements successifs ont choisi la dette et le renforcement de l'Etat sur le dynamisme du secteur privé et sur la concurrence réelle.
Il est fortement probable qu'une fois de plus, la reprise nous passe sous le nez, tout ça par la faute de l'Europe, de la mondialisation et, plus généralement, "des autres". Mais malgré ce choix national pour l'échec, défaussé sur la responsabilité d'autrui, le monde repartira assaini après les spasmes que nous avons connus ces derniers mois. Car le capitalisme reste la source la plus sûre de prospérité. Mais bon, après tout, nous nous sommes habitués à des taux de chômage élevés et à une croissance molle.
Nous aurons la chance de conaître d'autres crises. Peut-être les grands fautifs seront-ils plus explicitement les Etats qui, à force de s'être goinfrés trop longtemps sur notre dos, ont constitué une bulle autrement plus nocive que celle de l'immobilier. Quoi qu'en pensent les plus brillants cervaux de la planète, le risque est inhérent à toute activité humaine. Le réglementer ne l'enlève pas mais ne fait que le déplacer.
22:46 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 28 avril 2009
Logement : crise publique, remèdes privés
Pour élever le débat après les aboiements frontistes en réaction à mon dernier post, voici le contenu de l'intervention de Vincent Bénard, président de l'Institut Hayek et en charge des questions concernant le logement et l'urbanisme au sein du Parti Libéral Démocrate. Auteur d'un livre remarquable sur la question, cet expert d'un aspect central de la vie des Français ose remettre à plat notre système pour ouvrir des pistes intéressantes. A défaut de lire dans la semaine qui vient cette bible qui vous ouvrira les yeux sur les raisons qui expliquent que vous payez si cher votre logement minuscule, vous pouvez entendre une synthèse rapide en vidéo.
La voici, alors qu'il était invité par le comité Liberté Chérie d'Aix pour son café liberté :
Vous trouverez bien d'autres analyses et propositions sur le site de Vincent : objectif liberté
08:41 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : logement, crise |
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vendredi, 24 avril 2009
Rappel : Dan Mitchell le 30 avril au soir
Jeudi 30 avril au soir, je vous rappelle que Dan Mitchell nous exposera la dérive socialisante des Etats-Unis et les risques qu'elle nous fait encourir. J'invite ceux que le sujet intéresse à nous retrouver au "Coup d'Etat" (et oui !), proche du Conseil d'Etat.
Cet économiste travaille pour le Cato Institute, l'un des meilleurs think tanks libéraux américains. A l'occasion d'un passage à Paris fin avril, la fédération parisienne du Parti Libéral Démocrate, le Café Liberté et Un Monde Libre ont l'honneur de le recevoir. Il exposera son analyse de la dérive actuelle des Etats-Unis avant d'ouvrir les débats. N'hésitez pas à vous plonger dans ses écrits, nombreux mais clairs et solidement argumentés. Non seulement sa production écrite est remarquable, mais c'est aussi un excellent orateur. Echantillon :
A cause du nombre limité de places, l'inscription est recommandée. Et pour ceux qui souhaitent prolonger la soirée autour d'un bon dîner, prévenez les organisateurs.
18:50 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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vendredi, 03 avril 2009
Guide du routard : suivre le G20 à Londres
Il y a la façon mondaine. Une ex-journaliste française nous raconte sa journée avec un bonheur qui détonne dans la déprime actuelle. Dire que nous avons la chance de partager en "live" les sentiments de l'une des plus grandes figures du journalisme politique de notre pays ! L'analyse en profondeur de cette fine observatrice est pleine de surprises :
Evidemment, tous les regards se portent vers le couple vedette, Barack et Michelle. Certains me reprocheront une absence d’impartialité, mais comment ne pas dire qu’ils étaient beaux, sympathiques, naturels ? Ils saluaient tout le monde, venaient directement à vous comme s’ils vous connaissaient, écoutaient leurs interlocuteurs comme si ce qu’ils disaient les intéressaient au plus haut point… Lui, détendu comme on le voit à la télé, large sourire, poignée de main généreuse. Elle, plus jolie qu’à l’écran, très grande, visage expressif, l’air chaleureux.
On en frissonne presque. Passionnant récit ponctué d'appréciations personnelles ("moi, j’aime l’agneau à la menthe"), de rencontres étonnantes ("Mais j’ai échangé quelques mots avec Naomi Campbell, somptueuse comme toujours dans une sorte de tutu en tulle noir impossible à porter par toute autre"). On est heureux pour Anne, après tous les ennuis qu'elle a eus. Elle plane d'autant plus sur son nuage que son mari qui n'a rien vu ni rien fait devant la crise, dispose dorénavant de 750 milliards de dollars pour sauver la planète...et coup de chance, Stéphane Guyon n'était pas là pour mettre l'ambiance.
La manière festive dans la rue. Bris de glaces, attaques de banquiers, course à pied et lancer de pavé, tout y était, même si certains avaient des regrets : "I remember the [1990] poll tax riots - that was much more fun" (ça devait vraiment être chouette à l'époque). Les défenseurs de la planète, les pacifistes, les anticapitalistes, les décroissants et les marginaux qui ne savaient pas très bien ils étaient là se sont éclatés, quand ce n'est pas la police britanique qui s'en est chargée. Ces jeunes désoeuvrés sont les enfants de la mondialisation heureuse : ils ont pu voyager pas cher en avion grâce au ciel libéralisé, ils ont pu échanger facilement grâce aux blackberry et à Internet. Et le matériel militant, "Made in China" (peut-être même par des enfants dans des camps ?), n'était financièrement accessible que grâce au libre-échange. Quand jeunesse s'amuse avec l'argent des parents, on se dit que c'est pas si mal vu la dette qui l'attend... Mais s'amuse-t-elle vraiment avec ses airs de clown triste ?
Dans le Telegraph, le maire de Londres, Boris Johnson, proposait dés le 24 mars une lecture amusante des évènements de cette semaine :
In student bedsits and in terrace Kensington houses, the alienated children of the middle classes are planning to subvert the G20 summit. Across the desolate wastes of the Leftie internet, their wrathful campfires are already burning, and when April dawns they will surge like the orcs of Mordor in the general direction of the Bank of England.
Après le carnage attendu, Boris posait alors la vraie question :
Somewhere in the crowd, a nose-ringed twerp will drain a mouthful of cider and call to his comrades. "What do we want?" he will demand. And at that moment, a great silence will fall in the carnival of cretinous crusties. The papier mâché horsemen of the Apocalypse will turn their heads inquiringly in his direction. "What do we want?" he will demand again, a shade more hysterically, and by this time the rioters will be looking at their feet and coughing. Er. What do they want? The embarrassing truth is that they haven't a clue.
Pour le maire de Londres, ce G20 dissimulait en fait un repli égoïste des grands leaders occidentaux. Et il jugeait avec ironie que les manifestants feraient mieux de défendre une belle cause, la grande idée du libre-échange, plutôt que de casser sans rien proposer pour soi-disant sauver la planète. Hier, les grands dirigeants ont en effet tous affirmé défendre "les intérêts de leur pays" alors qu'ils protégeaient en fait les intérêts de leur gouvernement destabilisés par la plus grosse bulle jamais constituée : celle des dettes publiques.
Lire l'excellente analyse de Hashtable. Ah, au fait, le G20 a trouvé le coupable : le Costa Rica et l'Uruguay.
14:22 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : g20, capitalisme, crise |
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