mardi, 11 janvier 2011
Tunisie : silence, on tue
Ben Ali est un grand ami de la France. A droite comme à gauche, le dictateur fait l'unanimité. Il est éclairé, nos gouvernants sont convaincus qu'il limite l'émergence d'un islamisme confusément perçu comme terroriste et qu'il maintient un ordre bienvenu vu de notre rive de la Méditerranée. Soyons réalistes, aucun régime n'est parfait, et nous avons besoin de conserver des relations d'ouverture avec nos partenaires naturels, malgré tous leurs défauts.
Mais à l'instar de Nicolas Sarkozy et de tous ses prédécesseurs de droite comme de gauche, devons-nous aller jusqu'à vanter les mérites de Ben Ali et sa « volonté de continuer à élargir l'espace des libertés », et voir dans la Tunisie, un "pays engagé depuis un demi-siècle sur la voie du progrès, de la tolérance et de la raison", un exemple possible "pour tous les peuples menacés par le fondamentalisme et l'obscurantisme" ? N'est-ce pas au contraire le meilleur moyen d'aboutir au rejet de nos valeurs par les nouvelles générations en quête de liberté et d'égalité ? Ne sommes-nous pas en train de faire le lit de l'islamisme comme unique voie de contestation réellement crainte ?
Les jeunes Tunisiens sont bien plus lucides, et ils voient depuis longtemps leur pays d'un autre œil, Lisez cet article de l'excellent média Nawaat.org :
Je fais partie de la nouvelle génération qui a vécu en Tunisie sous le règne absolu de Ben Ali.
Au lycée, et au collège, on a toujours peur de parler politique : “Il y a des rapporteurs partout” qu’on nous dit. Personne n’ose en discuter en public. Tout le monde se méfie. Votre voisin, votre ami, votre épicier, est un rapporteur de Ben Ali, voulez-vous être emmené de force vous ou votre père vers un lieu indéfini, un soir à 4h du mat ?
Conclusion de ce jeune homme :
La Tunisie, la corruption, les pots de vin, on a simplement envie de partir d’ici, on commence à candidater pour aller étudier en France, au Canada…On veut tout quitter. On est lâche et on l’assume. On leur laisse le pays.
On part en France, on oublie un peu la Tunisie, on y revient pour les vacances. La Tunisie ? C’est les plages de Sousse et de Hammamet, les boîtes de nuits, et les restaurants. C’est ça la Tunisie, un club med géant.
Et là, Wikileaks révèle au jour ce que tout le monde se murmurait.
Et là, un jeune s’immole par le feu.
Et là, 20 Tunisiens sont tués en un jour.
Et pour la première fois, on y voit l’occasion de se rebeller, de se venger de cette famille royale qui s’est tout approprié, de renverser l’ordre établi qui a accompagné toute notre jeunesse.
Une jeunesse éduquée, qui en a marre, et qui s’apprête à immoler tous les symboles de cette ancienne Tunisie autocratique, par une nouvelle révolution, la révolution du Jasmin, la vraie.
Derrière les indéniables réformes de Ben Ali visant à libéraliser l'économie et à libérer l'initiative et les talents, il y a la mainmise d'un clan sur le monde des entreprises, ce que la Banque Mondiale appelle les « interventions discrétionnaires du gouvernement » et le « pouvoir des initiés » qui affaiblissent le climat des affaires et les éventuelles prises de risque des investisseurs étrangers (non initiés, c'est à dire non proches du pouvoir). Il y a aussi le tyran, adepte des arrestations arbitraires des opposants politiques et de la torture, ce Ben Ali que RSF qualifi de « prédateur de la liberté de la presse ». Les jeunes Tunisiens vivent entre la peur de s'exprimer et l'absence d'espoir de réussite économique et de promotion sociale.
Soutenir cette dictature constitue-t-il un rempart efficace contre la dérive de l'extrémisme religieux ? Le désespoir est le meilleur terreau de la violence, qu'elle soit nationaliste ou à connotation religieuse. L'occident n'est pas responsable du régime corrompu et destructeur de Ben Ali. Pour autant, un pays comme la France ne peut nier sa part de responsabilité dans la situation de la Tunisie. Tout en s'enorgueillissant d'une prétendue mission universelle de défense des Droits de l'Homme, elle a contribué au maintien de Ben Ali et de son régime au pouvoir. Comme dans d'autres pays du monde arabo-musulman, l'extrémisme religieux (souvent teinté de nationalisme) s'est transformé auprès des couches populaires de la société en recours institutionnel, en voix d'opposition organisée et crainte. A la fin des années 80, l'opposition islamiste a ainsi atteint 14 % des voix en Tunisie, un score énorme qui a fait trembler ce pays où les dirigeants se font habituellement réélire à 98 %. Un attentat meurtrier de nombreuses années plus tard, qui peut nier l'existence d'une gangrène islamiste alimentée par le rejet de la dictature en place ? Heureusement, la Tunisie n'est pas l'Algérie, ni l'Egypte (également sclérosées par leur dictature nationaliste et socialiste en place). Le pays est plus petit, plus ouvert sur le monde.
Mais les Tunisiens attendent toujours que s'ouvrent les portes de la liberté, au point de recourir à la pire des extrémités : s'immoler. Tous attendent que soient instaurées la liberté de créer et de développer son entreprise sans se faire racketter par la famille et les proches de Ben Ali, la liberté de penser et de d'exprimer librement sans risquer la prison, la liberté de croire en soi et de poursuivre sa voie vers le bonheur.
22:17 Publié dans Dans le monde, Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : tunisie, ben ali, libertés, corruption |
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mercredi, 30 juin 2010
La peau d'Eric Woerth ne vaut pas cher
Alors que le ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique (comment peut-on mettre ces trois responsabilités dans le même sac sans penser à une blague ?) bénéficie plutôt d'une bonne réputation, il a été victime de dommages collatéraux dans une affaire qui le concerne vaguement. Mais du vague on est passé à la vague, et même au tsunami médiatique. Le peuple gronde un peu, surtout après plusieurs affaires remontées sans qu'aucune démission n'y réponde. Aujourd'hui, il faut livrer des têtes à la vindicte populaire, fussent-elles bien faites. Dommage, ça tombe sur l'un des rares membres sérieux du gouvernement. Il fait partie du clan qui a le plus déféndu la rigueur et les réformes; bref, quelqu'un qui n'a pas que des amis. Le Monde lui consacre des enquêtes approfondies comme il n'avait plus osé en lancer depuis longtemps. Le Canard Enchainé a sonné l'halali. Et aujourd'hui, son passé trouble de trésorier de l'UMP le rattrappe, avec son lot de fréquentations douteuses, de situations sulfureuses et d'affaires proches. Nous saurons bientôt jusqu'à quand il a porté des couches, et quand il a su lire.
Après le soutien indéfectible les premières 48 heures, le front s'est vite fissuré. Alain Juppé a balancé un tacle au techno, à croire que Woerth est un peu embarrassant pour lui : un techno aussi intelligent que lui, mais sympathique en plus. A suivi l'uppercut de François Sauvadet qui enfonce un coin supplémentaire, et plusieurs retraits dans le front uni à l'intérieur de l'UMP. Bref, ses jours sont comptés, voire ses heures. Les lièvres levés le justifient hélas. Et nous sommes loin de la tolérance zéro.
Pourtant, cela n'est pas pour me rassurer. Les Christian Blanc aux notes pharaoniques de cigares, les Christine Boutin (dont le bureau et les assistantes inutiles ont été maintenus) et les Alain Joyandet sont tous saufs. Pire, les conjoints des politiques auront intérêt à être fonctionnaires pour ne pas risquer de se retrouver un jour dans une situation compromettante. Et puis cette affaire pose, il est vrai, de nombreuses questions. Le salaire faramineux d'avocat de Jean-François Copé, déjà député et président du groupe UMP à l'assemblée nationale, se justifie-t-il autrement que pas l'accès à un réseau de pouvoir et un pari sur un présidentiable pour son employeur ? La vie politique frise en permanence avec ce genre de relations troubles. Il n'y a pas de réponse simple, sauf à éradiquer totalement les derniers élus qui viennent du privé, ou dont le conjoint fait une belle carrière dans le privé, et veulent garder cette culture distincte de la majorité de leur univers politique : la fonction publique.
Pour le moment, la chasse est ouverte, il faut éviter de se prendre du plomb au passage.
19:21 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : eric woerth, alain juppe, jean-francois cope, christine boutin, christian blanc, cigares, corruption, bettencourt |
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mercredi, 01 avril 2009
L'association "Contribuables Associés" réussit un beau coup
Ce n'est pas une blague. En ce 1er avril, Anticor et Contribuables Associés sont parvenus à faire ouvrir une enquíte préliminaire visant les conditions de la nomination de François Pérol à la tête du groupe Caisse d'épargne-Banque populaire. L'enquête confiée à la brigade financière fait suite aux plaintes pour "prise illégale d'intérêt", délit passible de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, déposées en mars par ces deux associations. Rubin en avait un peu parlé. Premier point important, le combat de Contribuables Associés va gagner en médiatisation. Deuxième point, le sujet est politiquement porteur. Contribuables devrait gagner des points dans l'opinion publique.
Champagne pour cette petite victoire de Contribuables.
21:08 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : perol, contribuables, corruption |
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samedi, 17 mai 2008
L'argent sale des syndicats
Ce livre a peu fait parler de lui. Il touche un point névralgique dans notre pays : le syndicalisme. Tout le monde s'accorde à le dire malade, archaïque et essentiellement tourné vers la défense d'intérêts corporatistes. Peu osent le déclarer corrompu. Pourtant, deux journalistes qu'on ne peut soupçonner d'anti-syndicalisme primaire, Roger Lenglet, Jean-Luc Touly (ancien délégué CGT chez Vivendi), viennent de lancer un pavé dans la mare.
De l'affaire de la CGT et du CE d'EDF à la "fluidification des relations sociales" par l'UIMM, plusieurs dossiers avaient déjà défrayé la chronique. Ils restaient ponctuels. Ce livre dresse un tableau beaucoup plus sombre du syndicalisme dans son ensemble. Espérons que les médias français oseront s'appuyer sur cette bombe pour ouvrir le débat...malgré le risque de rétorsion du syndicat du livre. Même si les fameux "partenaires sociaux" ont esquivé le scud au moment de se partager le gateau en négociant un compromis de représentativité syndicale en avril.
Après s'être un peu attaqués aux pratiques mafieuses du monde politique, nos "petits juges" ne devraient pas tarder à étudier de près celles des syndicats officiels. En faisant tomber ce tabou, ils ne changeront sans doute pas les règles du jeu ni ses acteurs principaux (pas plus qu'en politique), mais ils faciliteront le débat de fond sur le rôle et l'utilité du syndicalisme dans notre pays.
10:04 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
| Tags : argent sale, corruption, syndicats |
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lundi, 30 juillet 2007
Chirac avoue publiquement la corruption générale du monde politique
Au tournant des années 1970, avant l'explosion des besoins de communication des formations politiques et par voie de conséquence des nécessités de leur financement, aucune disposition juridique n'encadrait ce sujet. C'était le temps où le droit était beaucoup moins présent qu'aujourd'hui.
Des particuliers, militants ou non, des entreprises, voire des budgets publics, contribuaient ainsi au financement des formations politiques, à la prise en charge de leurs coûts ou au financement proprement dit des campagnes par le biais de financements directs, de prise en charge de frais, de mise à disposition de personnel ou de rémunération de permanents.
Il a fallu passer, en quelques années, d'un monde d'usages et d'arrangements à un régime clairement fixé par la loi.
19:50 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : Jacques Chirac, vie politique, corruption |
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