mercredi, 02 février 2011
Elle suscite de la méfiance (39%), du dégoût (23%), de l'intérêt (15%) et de l'ennui (12%)
Une étude du Cevipof, brillamment commentée par H16, nous révèle plusieurs paradoxes étonnants :
- L'état d'esprit des Français, c'est d'abord la lassitude (34 %), la méfiance (28 %) et la morosité (28 %). En même temps, ils sont 84 % à se déclarer heureux, c'est à n'y rien comprendre. Srtout que moins de la moitié se dit optimiste ! Sans doute parce que 69 % pensent que nos enfants auront un avenir moins radieux que le nôtre.
- Dans un pays où la moindre discrimination est honnie et où la laïcité et l'harmonie sociale sont censées régner, l'appartenance religieuse est un critère de défiance pour un Français sur quatre. Bon, 69 % des Français avouent ne pas avoir confiance en autrui, ça vise plus large alors que dans le même temps, 61 % pensent que les autres cherchent à se conduire correctement.
- Le monde politique n'inspire pas, mais alors pas du tout confiance. La politique suscite de la méfiance (39%), du dégoût (23%), de l'intérêt (15%) et de l'ennui (12%). Pourtant, 11 % pensent que s'engager en politique permet de changer les choses, et 67 % de voter. Difficile de les suivre dans leur logique. Le maire passe tout juste la majorité de confiance, mais les autres niveaux exécutifs sont laminés par le sondage. Plus on monte, plus la confiance baisse. A 83 %, les Français pensent que les politiques ne se préoccupent pas de ce qu'ils pensent. Ils n'ont pas tort, mais pourquoi diable être tout de même 58 % à s'intéresser à la vie politique ?
- Amusant de voir que ceux "qui ont toujours eu confiance en Ségolène Royal" sont 2 % de plus que la dernière fois. Il y a des petits coquins chez les sondés,et particulièrement chez les Royalistes.
- Les hôpitaux inspirent le plus confiance, suivis de près par la police (et la morgue ?). Et dans les dents : les syndicats inspirent moins confiance que les grandes entreprises, c'est étonnant, non ? En revanche, les politiques figurent bons derniers, juste derrière les banques. Moi, je suis banquier ET politique. N'arrêtez pas de me lire pour ça, j'aime aussi le golf.
- Plus d'un Français sur trois juge qu'il y a trop d'immigration, ce qui est cohérent avec le fait que quasiment 30 % des Français ne font pas confiance à quelqu'un d'une autre nationalité que la leur. Frédéric Mitterrand qui est Tunisien, par exemple ? La gauche a d'ailleurs un séreux problème car son discours antimondialisation a pour corollaire fréquent le rejet de l'immigration; ce n'est pas un hasard si Marine le Pen vient débarquer sur ses platebandes.
- La France doit s'ouvrir au monde pour 27 % des sondés (potentiellement des libéraux), contre 40 % qui veulent au contraire qu'elle se replie sur elle-même. Mais 32 % ne savent pas s'il faut ouvrir ou fermer, laisser entrouvert peut-être.
- 96 % des sondés veulent réformer le capitalisme : pour le désétatiser ou, au contraire, donner aux politiques qui n'inspirent pas confiance davantage de pouvoir sur lui ? On ne saura pas cette fois.
Eh ben on est bien avancés avec cette gloubiboulga de contradictions.
22:50 Publié dans Société, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : confiance, vie politique, optimiste, sondage |
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mercredi, 12 juillet 2006
Libéral, et alors ?
Régulièrement, des observateurs de renom semblent découvrir que des libéraux existent en France. A côté des nombreux Français qui le sont sans le savoir, la population des « libéraux assumés » vit et prospère pourtant sur un vaste réseau de sites, de forums et de blogs à forte audience. Hélas, le discours antilibéral persiste à opposer une prétendue « vision solidaire » à celle qui privilégierait, selon lui, les valeurs de l’individu et de l’argent. Face à l’altruisme évident des premiers, les libéraux manifesteraient une indifférence aux autres. A l’instar de Jacques Chirac, ce tribunal de la pensée classe le libéralisme comme un mal pire que le communisme. Après l’omniprésence du discours anti-libéral de nos « élites » lors du referendum sur le TCE, tant du coté du OUI que du NON, il serait peut-être temps de ne plus réserver exclusivement le privilège de présenter la pensée libérale à ses détracteurs.
Pour commencer, 1789 marque une grande étape dans l’avancée des idées libérales. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen constitue l’un des textes libéraux les plus aboutis. Hélas, 1793 détourne cet idéal de liberté et d’égalité de droit pour plonger la France dans l’horreur. Si nous, libéraux, nous méfions des fausses « espérances collectives » qui ont souvent mené à des drames historiques de cette nature, nous avons toujours été d’ardents défenseurs des projets collectifs. Mais à la grande différence des idéologies collectivistes, nous n’envisageons l’action collective que dans l’adhésion volontaire, qui seule implique ses membres. L’approche coercitive d’un projet collectif entraîne naturellement le repli sur soi, la méfiance et l’égoïsme, ce que confirment les symptômes attristants de la société française actuelle. A l’opposé de ces dérives malsaines, une société libérale repose sur les trois piliers suivants : la liberté, la responsabilité et la confiance.
Etrangement, le mot « liberté » n’apparaît jamais dans les réquisitoires anti-libéraux. Pourtant, toute la philosophie libérale se fonde sur cette grande idée : l’homme est un être libre. Même la démocratie est subordonnée à un droit supérieur qui protège la liberté de chacun. En théorie. Aujourd’hui, le citoyen français a le droit de voter, mais pas de procéder à des choix importants tels que celui de l’école de ses enfants, de son assurance chômage ou de sa retraite. Pris entre un grand nombre d’obligations, de réglementations et de prélèvements obligatoires accablants pour obtenir, en retour, des prestations douteuses, le citoyen s’est vu progressivement infantilisé « pour son bien » par l’Etat nurserie. Pourtant, un courant profondément collectiviste réclame toujours plus de démocratie afin d’étendre le « pouvoir de la majorité » au détriment des droits fondamentaux des minorités et, notamment, des individus. Un certain nombre de lois sont déjà venues brider progressivement nos libertés individuelles, à commencer par la liberté d’expression (loi Gayssot, loi Taubira loi sur le génocide arménien, etc.). Internet est le sujet d’assauts de plus en plus inquiétants de la part des autorités publiques. Est-ce là un aperçu de « l’intérêt général » en action ? Comme on le découvre, derrière l’Etat nurserie se cache l’Etat inquisiteur. La dernière étape de ce processus insidieux de collectivisation de la vie sociale, c’est l’Etat policier qui traque ceux qui sortent de la norme imposée. Les minorités n’ont alors plus qu’à se cacher. Les libéraux, qui considèrent que la liberté n’est pas négociable, constituent aujourd’hui le dernier rempart de résistance face à cette extension menaçante de l’Etat.
La responsabilité découle naturellement du principe de liberté, tout simplement parce que « la liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ». Celui qui ne respecte pas les droits d’autrui doit assumer les conséquences de ses actes. Voilà pourquoi une bonne justice, qui ne peut se concevoir sans égalité des droits, constitue le socle de toute société libérale. Les libéraux sont d’ailleurs les premiers à se battre contre « la loi de la jungle », aussi bien celle du plus fort qui, par ses réseaux, obtient privilèges et passe-droits d’un pouvoir complice, que celle des intérêts et corporatismes qui entendent soumettre la communauté à leurs privilèges. Notre pays a, hélas, constaté une banalisation des subventions clientélistes aussi bien aux électeurs qu’aux entreprises, des amnisties et grâces indues, des autoamnisties de nos élus et des dossiers enterrés. Le cynisme populaire actuel résulte de cette longue tradition de domination de la raison d’Etat sur l’Etat de droit. Là encore, la pensée libérale reste la référence pour retrouver le droit chemin. Loin d’inciter les individus à devenir égoïstes et indifférents au sort des autres, ce grand principe de responsabilité, qui passe par l’instauration d’une justice forte, constitue le préalable nécessaire à l’instauration de rapports de confiance entre les hommes.
Aucune société ne peut avancer, aucun progrès ne peut être réalisé, aucune fraternité ne peut exister sans la confiance. Confiance en l’avenir, confiance en soi et, finalement, confiance en l’autre. La vie sociale ne s’impose pas d’en haut, elle se construit d’en bas. Tous les acteurs de cette vie sociale ne s’impliquent que parce qu’ils portent en eux cette confiance qui donne le goût du risque, de l’initiative et de l’association avec son prochain. Associations, fondations, entreprises, coopératives, mutuelles, syndicats, les formes de ce fourmillement spontané sont infinies. Tout au long de ce processus évolutif se forment ainsi de multiples espaces d’échange consacrés à la vie culturelle, à la pratique sportive, à l’engagement caritatif ou, autre exemple, aux projets entrepreneuriaux créateurs de richesse. Depuis la loi le Chapelier hélas, l’Etat français n’a eu de cesse de contrôler cet univers afin de ne pas voir émerger de contre-pouvoirs naturels d’une société civile émancipée. Des monopoles syndicaux aux associations subventionnées, la sphère sociale a toujours été captive du pouvoir politique et administratif. Compte tenu de cette histoire pesante, comment ne pas avoir en soi cette soif d’ambition collective et indépendante du pouvoir ? Les grands mouvements collectifs, s’ils sont nés de belles revendications et de nobles projets, ont souvent remplacé des chaînes par d’autres chaînes en guise de victoire. Au lieu d’émanciper les hommes des pouvoirs établis et de fonder de nouveaux rapports sociaux, ils se sont terminés en lois, en monopoles et en institutions nouvelles qui ne laissaient aucune part à la confiance dans les rapports sociaux.
Aujourd’hui, le projet libéral consiste à aller bien au-delà de cette tradition jacobine afin de laisser les individus recréer du lien social, construire des projets collectifs dans un environnement assaini où règne le droit. Certes, il peut paraître étrange aux plus hermétiques que les libéraux ne proposent pas un nouveau schéma centralisé, de nouvelles solutions collectives « clé en main » qui s’imposent à tous. Sommes-nous allés si loin sur la route de la servitude qu’il semble bien incongru de promouvoir la liberté ? Ou bien est-ce sa vision de la vie sociale qui est à ce point étriquée?
Allons, parions qu’il s’agit davantage d’un malentendu, d’une méconnaissance de l’autre. Cette peur de la différence est courante dans nos contrées hostiles aux projets collectifs spontanés, libres et indépendants. Cette phobie passera si un vrai débat s’engage sur nos projets de société respectifs et que nous apprenons tous à nous connaître.
12:45 Publié dans Journal de campagne, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : politique, liberalisme, libéral, confiance, responsabilité |
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