mardi, 26 mai 2009

Ah les vaches, le lait baisse !

white.JPGUn nouveau drame menace notre pays cette semaine : la baisse du prix du lait. Alors que les exportation de lait baissent, l'entente semi légale qui régnait sur le prix du lait a sauté sur décision de l'autorité de la concurrence...qui voulait étrangement davantage de concurrence. On ne peut pas punir Intel d'un côté, et laisser les producteurs de lait fixer arbitrairement leur prix dans un marché fermé de l'autre. Enchantée par la flambée des prix hier, la filière se dit aujourd'hui menacée et exige le retour à l'encadrement des prix du lait, et du blé ou de l'oseille des généreux contribuables solidaires. Tout le monde en profite pour dénoncer les dégâts d'un libéralisme prétendument débridé. Michel-Edouard Leclerc, qui sait bien user et abuser des règles tordues actuelles, analyse un peu la réaction court-termiste de la profession pour qui : "les frontières de l’Europe commencent à la sortie du département." Dans tout ceci, on oublie qu'entre les producteurs et le consommateur final, un secteur continue à fonctionner en "bonne entente" en tondant ses partenaires des deux côtés : la grande distribution a tant fait pour le monde politique en France, qu'elle a bien été récompensée en retour.

 

D'abord, la loi Royer (alourdie par la loi Raffarin jusqu'à ce que la LME revienne dessus) protège une oligopole de 6 ou 7 groupes de grande distribution qui ont quasiment cartellisé le secteur, et qui font régner leur loi aux consommateurs mais aussi aux producteurs (et aux politiques). Leurs marges sont considérables, et Lidl et autres hard discounters n'ont aucun moyen de s'installer pour faire chuter les prix. Bref, nous ne nageons pas franchement dans un monde libéral, mais plutôt dans une version dirigiste et sur-réglementée qui interdit la régulation du marché. Que les économistes de gauche comme de droite dénoncent cet état de fait depuis des lustres n'y change rien, même pas les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle. Les enjeux politico-financiers sont bien trop importants pour que nos gouvernants laissent ce marché à sa "spontanéité".

 

Allons-nous donc voir les producteurs de lait diminuer leur production et leur nombre, comme cela se produit dans tous les secteurs, redoubler d'énergie pour attaquer les marchés extérieurs ou innover (vaches nourries à la vodka et au kahlua pour traire directement du white russian, par exemple) ? Nous en avons la capacité et le talent. Mais la facilité, c'est de ne rien changer et de faire porter les efforts aux autres. Comme le dit le grand connaisseur Michel-Edouard Leclerc : "Quel paradoxe que ces comportements, quand on sait la contribution de l’agroalimentaire français à notre balance commerciale, et la performance de nombreux groupements de producteurs (porcs, volailles, vin, etc…) sur les marchés étrangers. Quelle fracture culturelle au sein même du monde paysan. " Non, notre spécificité nationale, c'est qu'on ne change rien et qu'on monte les prix arbitrairement, au mépris des règles élémentaires de la concurrence. Et oui, comme on le constate souvent, le principal ennemi de la concurrence est bien le capitaliste lui-même (au point de vendre la corde pour le pendre ?). L'UMP pleure pour ses électeurs ruraux qui, comme les mdecins ou les chauffeurs de taxi, sont des soutiens essentiels, concitoyens dans le bousin. A commencer par Michel Barnier qui compte âprement sur les voix des 100.000 personnes qui travaillent dans le secteur agricole élargi en Ile de France. Sale Europe qui fait baisser les prix et oblige à devenir plus performant !

 

C'est simple, comme l'expliquent Francis Kramarz et Pierre Cahuc : "Dans de nombreuses circonstances, les acteurs du jeu politique peuvent retirer des bénéfices substantiels à protéger les victimes potentielles de la concurrence en la limitant, voire en l’empêchant, par l’intermédiaire d’une réglementation adaptée." Et le grand public, même un peu éclairé,  pense que ce type d'intervention de reréglementation est le seul moyen de reréguler le marché qui, laissé à lui-même, mène l'économie à la ruine. Nos deux auteurs exposent ce mécanisme : " L’économie de marché, au sens où l’entend Fernand Braudel, est un système très fragile et menacé en permanence car, si la concurrence bénéficie au plus grand nombre, les pertes qu’elle peut occasionner à quelques uns ou à quelques groupes sont, pour ceux-là, infiniment plus grandes que les gains des autres. A titre individuel, personne ne fait d’énormes profits à défendre la concurrence, ce qui limite fortement la formation de coalitions en faveur de la concurrence. A l’inverse, les perdants, comparativement peu nombreux mais subissant de fortes pertes, ont au contraire de fortes incitations à se coaliser."

 

La baisse du prix du lait de quelques centimes par litre ne se répecutera que peu sur le prix final puisque ces centimes ne représentent qu'un faible poids dans l'ensemble, et que les distributeurs sont les maîtres de toute la chaine. C'est à ce maillon que nous devrons un jour nous attaquer pour y introduire la juste concurrence qui fait tant défaut aujourd'hui.

 

  • Note : proposition à court terme pour relancer la consommation de lait : grande campagne nationale pour promouvoir le "white russian" et tous les cocktails alcoolisés à base de lait au bureau et à l'école.

15:23 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lait, prix, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 02 mai 2007

L'harmonisation fiscale menace toujours l'Europe

Ca chauffe à la Commission Européenne. Le commissaire politique chargé des affaires fiscales, Laszlo Kovacs, pousse son grand projet d'harmonisation fiscale, pendant que le commissaire chargé du marché et des services, l'irlandais Charlie McCreevy, se bat pour empêcher ce désastre. Le premier n'est pas un socialiste (hongrois) pour rien. Ses études d'économie dans la Hongrie occupée par l'armée soviétique ont laissé des séquelles : hélas, le mur n'est toujours pas tombé dans sa tête. Bref, deux cultures s'affrontent. Celle de la centralisation bureaucratique et celle de la concurrence, bien imparfaite mais tellement plus saine.

 

La concurrence fiscale est le meilleur rempart contre l'accroissement sans limite de l'Etat. Il est essentiel qu'elle soit maintenue pour entretenir cette incitation permanente à diminuer les impôts...et, de temps en temps, les dépenses. L'impact de cette concurrence est particulièrement forte dans un monde ouvert qui voit individus et capitaux profiter facilement de leur liberté. Action - réaction.

 

Devinez qui sont les alliés du commissaire  Laszlo Kovaks ? La France et l'Allemagne bien entendu, deux Etats mammouths qui ont le plus de mal à se réformer eux-mêmes. Argument de façade : simplification des administrations. Quand on regarde comment se sont passées les simplications de cette nature dans nos deux pays, rien ne laisse augurer qu'une harmonisation aura des effets positifs sur ce point. Pourtant, ces deux pays souhaitent qu'une loi soit votée l'année prochaine pour prendre effet en 2011, c'est à dire demain. Alors qu'aujourd'hui, il faut l'unanimité pour modifier la fiscalité, TVA mise à part pour une raison technique qui interdit aux candidats de promettre des taux à 5.5 % pour la restauration en l'état. Amusant que ces mêmes candidats qui appellent à cette harmonisation sont ceux qui pestent contre l'impossibilité de modifier nos taux de TVA !

 

En attendant,  Charlie McCreevy utilise un argument de principe et un argument technique qui ont leur poids. Une telle harmonisation porterait atteinte à la souveraineté fiscale de chaque pays, principe fondamental que rien ne justifie de remettre en cause. Ensuite, ce mouvement exigerait une somme de bouleversements dans chacun des pays concernés. Niches, exemptions et bases de calcul sont partout différents et ne peuvent être ainsi modifiés radicalement d'un coup de baguette magique (ou plutôt de braquemart magique !). Car en cas d'harmonisation, ce ne sont plus les pays mais Bruxelles qui déciderait des taux applicables à tous les pays. Ce qui signifierait une prise en main des budgets des différents Etats, compte tenu des critères de Maastricht. Quel pays accepterait de perdre le contrôle de ses recettes et de son budget ?

 

Bref, l'utopie centralisatrice n'est pas pour demain. Et en cas de coup de force, un cercle important de pays, notamment ceux qui ont l'économie la plus prospère, sortirait du club ainsi formé. Je vous laisse alors imaginer le sens migratoire des talents et des fortunes...

mercredi, 08 novembre 2006

Quand le Monde fait la promo de la privatisation du fret SNCF

Le Monde, repère anti-libéral par excellence, nous sort des analyses qui me laissent parfois pantois. Dans le numéro daté du 8 novembre, sur une page entière, Anne Pélouas et François Bostnavaron nous font rêver d'un frêt dynamique, moderne et répondant aux attentes. Bref privatisé et concurrentiel.

 

Tout le monde sait que le fret est le cauchemar de la SNCF. Déficit abyssal, perte de parts de marché, ce n'est vraiment pas son métier. De plan coûteux en plan horriblement coûteux de sauvetage bricolé, le fret s'enfonce inexorablement. Depuis le 1er avril de cette année, la concurrence est ouverte ! Six opérateurs ont obtenu une licence et exploitent leurs trains sur nos rails. Pour le dire avec tact : "L'arrivée de la concurrence a confirm un handicap de compétitivité très important". Plus clairement, des branleurs incompétents ne foutent rien depuis des années et coûtent la peau des fesses au contribuable scalpé. Heureusement que la SNCF nous a habitués à plus de compétitivité et de réactivité ailleurs.

 

Un tableau comparatif placé bien en vue, avec de gros caractères, vient confirmer cette analyse tranchée :

Nombre de jours travaillés par les cheminots :

- Fret SNCF : 200 jours

- Concurrence : 220 jours

 

Nombre de salariés par convoi :

- Fret SNCF : 3 salariés

- Concurrence : 1 salarié qui fait la vérification, la livraison et le technico-commercial

 

Temps d'utilisation d'une locolmotive de fret :

- Fret SNCF : 6 à 7 heures par jour

- Concurrence :  18 heures par jour

 

Délai moyen d'acheminement des marchandises :

- Fret SNCF : 8 jours

- Concurrence : 3 jours

 

 

C'est clair, il faut vendre le fret SNCF, à l'image du fret canadien qui a vécu la même crise. Le Monde nous raconte une magnifique histoire qui confirme que les privatisations, c'est formidable.

 

Il y a des jours où j'ai presque envie de m'abonner !

19:10 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Fret SNCF, grève, provatisation, concurrence, Veolia | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 29 septembre 2006

Thomas Piketty : concurrence scolaire contre "structures soviétoïdes et relations infantilisantes"

medium_piketty131x180.jpgLe fameux économiste de la branche moderne du PS (eh oui, elle existe même si elle se cache bien), Thomas Piketty, exprime dans Libération une position intéressante, quoi que fragile, sur la concurrence scolaire. Déjà, oser traiter ce thème sous cet angle est une grande nouveauté. Il fallait s'appeler Pascal Salin, il y a quelques années, pour s'engager dans cette voie tabou et exprimer dans un canard de gauche : "Il n'existe aucune activité pour laquelle les forces de la concurrence n'ont pas quelques vertus. L'idée selon laquelle certains secteurs (éducation, santé, culture, etc.) pourraient s'en dispenser est une aberration. ". Et pourtant, c'est bien le brillant normalien du PS qui nous expose pareille vision !

 

Evidemment, une fois le principe posé, les doutes reviennent : "Encore faut-il analyser convenablement les forces et les limites du jeu de la concurrence. ". Ici commence le grand déballage de tout l'arsenal paléolithique de la gauche française, certes un peu dépoussiéré. Pour commencer, "lorsque le bien ou service produit est relativement homogène et uniforme, alors les vertus de la concurrence sont limitées". L'enseignement serait donc un produit "homogène et uniforme" dans les petites classes. Les profs seront contents d'entendre qu'ils font un travail sans variation, uniforme. Ouvriers à la chaine, quoi ! Normal Sup' serait-il déconnecté des réalités de l'enseignement ? Bien que son CV ne le précise pas, Thomas ne doit pas avoir d'enfant, ou alors il n'a pas dû parler aux maitresses/maitres ! Chaque classe, chaque élève est un parcours différent. Tout au long d'une année, parfois de plusieurs lorsque les enseignants suivent une classe, il faut trouver la bonne méthode pour chacun ET pour l'ensemble. La coopération au niveau de l'école est un plus lorsqu'apparaissent des difficultés. Ce qu'on perçoit dans les "petites classes", c'est que le travail d'enseignement varie énormément d'une année à l'autre, que chaque enseignant est unique dans sa perception, dans son traitement de l'information et dans les solutions mises en oeuvre. Nous sommes très loin d'une situation dans laquelle "les marges de différentiation sont réduites".

 

L'exemple utilitariste des vouchers américains peu satisfaisants est hors sujet. Nous parlons de principes, pas de leur application. Les exemples de mise en oeuvre sont nombreux, avec des échecs mais aussi de beaux succès. En tout cas, nous ne pouvons introduire pareil argument dans un raisonnement sur le fonctionnement  l'organisation générale de l'enseignement.

 

 

Autre argument mis en avant : "les coûts de la mise en concurrence peuvent être clairs et immédiats, en particulier pour les medium_31643.jpgécoles défavorisées qui s'enfonceront encore davantage dans la ghettoïsation sociale". Quand on sait que l'organisation actuelle de l'Education Nationale octroie 30 % de moins par élève en ZEP que la moyenne nationale, on se dit que le principe d'une allocation égale par élève aurait des répercussions surprenantes : Louis le Grand contraint à se serrer la ceinture ou à trouver des partenaires financeurs, les écoles en ZEP avec un budget augmenté de 50 % par élève ! Imaginez un peu la différence... Cela permettrait par exemple de laisser les écoles choisir la répartition des classes, afin de diminuer le nombre d'élèves par enseignant lorsqu'ils ont un retard à rattrapper, de multiplier le nombre d'heures de cours ou/et de moduler le rythme d'apprentissage des fondamentaux. Ici, nous parvenons à un élément clef, un point pivot de la concurrence : lorsque Thomas évoque "une politique de ciblage des moyens", il reste dans une perspective Etatiste, vue d'en haut, pensée par de brillants esprits comme le sien. La concurrence se réalise d'en bas, par des structures autonomes, vivantes et responsables.

 

A ce stade, il commet la même erreur que Claude Allègre (qu'il critique à juste titre, au passage, pour  avoir "gaspillé inutilement son capital politique en partant en guerre contre le «mammouth» alors que la priorité devrait être la réforme de l'enseignement supérieur"). Il comprend la complexité de ce qu'il connait, luiapplique une logique de liberté, sans octroyer cette même ouverture au reste de l'enseignement. Il constitue une caste "supérieure", noble, qui peut prétendre à la liberté. Et puis les petits, "l'école d'en bas" qui doit obéïr et appliquer des règles strictes : "contrairement au primaire (et dans une large mesure au secondaire), le supérieur se compose d'une infinie diversité de filières en perpétuel renouvellement, suivant les besoins des étudiants, les transformations du marché du travail, les avancées de la recherche, par nature imprévisibles. L'enseignement supérieur s'apparente davantage au secteur de la création artistique. Il s'accommode mal des structures soviétoïdes et des relations infantilisantes et bureaucratiques actuellement en vigueur entre Etat et établissements d'enseignement supérieur. "

 

Le libéral n'est pas loin. Sous la dernière croute de l'expert technocrate, on sent pointer une aspiration forte, malgré des formules rassurantes pour son entourage politique : "Ce n'est qu'en organisant une concurrence régulée entre établissements responsables et autonomes que l'on pourra se doter d'un enseignement supérieur envié dans le monde, comme l'est notre système de santé, secteur où l'on a su s'appuyer intelligemment sur les forces de la concurrence.". La santé n'est pas vraiment organisée dans un cadre de concurrence libre et ouverte; c'est plutôt un modèle de chaos bureaucratisé à la "Brazil". Thomas a encore des progrès à faire pour traiter des modèles et formes de concurrence. Mais la santé relève d'un autre débat.

 

Enfin pour finir, nous nous rejoignons totalement dans ce propos : "Le chemin sera long, et il est plus que temps que ce sujet central entre dans le débat présidentiel."

Alternative Libérale est à la pointe de l'avant-garde sur ce sujet !!!

17:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Piketty, ecole, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 14 septembre 2006

Suède : modèle socio-démo...craque !

La Suède, merveilleux pays exemplaire, modèle de la social-démocratie, est en train de craquer. Pas pour des raisons financières, bien que le taux de prélèvement obligatoires y soit le plus élevé au monde à 55 % du PIB. Mais bien pour des raisons de moral.

 

medium_suede.jpgDans les années 80, les réformes avaient bouleversé ce pays. Les socialistes occidentaux y avaient alors vu un bel exemple de collectivisme accepté. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu, qui pouvait atteindre 80%, fut rapidement ramené entre 56% et 59% (de quoi se plaignent les Français ?). Mais de là, il fut difficile d'aller plus loin, les Suédois gardant une mauvaise image des baisses d'impôt ! Jusqu'à aujourd'hui.

Le pays est allé très loin dans des domaines essentiels : école, santé, retraites, transports, énergie... En 1991, le ministre de l'Education a transféré la compétence en matière d'enseignement scolaire aux communes, bel exemple de décentralisation totale ! En 1994, ils permit le développement d’une offre d’écoles privées largement diversifiée. Les Suédois ont toujours apprécié l'autogestion et les profs restent proches de la sensibilité libérale sur ce point. La concurrence règne sainement entre les écoles.

A la fin des années 80, le débat sur la fourniture de services de santé par des groupes privés avait ouvert les esprits. Déjà, les premières initiatives visant à recourir à des entreprises privées pour fournir des services de crèche ou d’assistance aux personnes âgées étaient venues des municipalités. Le transfert des compétences en matière de santé vers les 21 régions a ouvert la porte à des expérimentations libérales de plus en plus étendues. Dans la région de Stockholm, le grand hôpital Sankt Göran a été privatisé et deux autres hôpitaux sont devenus des sociétés de droit privé contrôlées par le conseil régional de Stockholm.

 

En 1998, le système des retraites s'est ouvert à la capitalisation. Le mécanisme de la répartition s'ajuste depuis automatiquement selon des critères démographiques et de conjoncture économique, afin de ne pas risquer la faillite financière. Le système, dans son ensemble, incite à repousser le départ à la retraite le plus tard possible.

 

Depuis le milieu des années 90, la Suède est devenue le marché le moins régulé d’Europe dans les transports, les télécoms et l’énergie. Ces mutations très largement inspirées des modèles Thatcher. La transformation du réseau postal suédois, le plus ancien en Europe, est un exemple de réforme structurelle conduite paisiblement dans un souci d’efficacité. 2.500 bureaux de poste fermés, 3.100 nouveaux points de services postaux dans les commerces de proximité. Les syndicats ont soutenu cette réforme en invoquant le principe simple selon lequel « il ne sert à rien d’utiliser de l’argent public pour produire des services que trop peu de gens demandent ». Même les centrales nucléaires et les métros urbains sont privés !

 

Mais voilà, tout craque. Le "parti des travailleurs" menace de gagner les prochaines élections, après 70 ans de social-démocratie, sur des questions de principe. La gauche social-démocrate use de l'argument habituel "ça va servir les classes supérieures". Effectivement, il s'agit de faire revenir les riches qui ont fui depuis longtemps, de redynamiser l'économie qui vit sur ses lauriers fanés. L'immigration, qui compose 12 % de la population, commence à agacer car elle pèse lourdement sur le généreux système social du pays. Pourtant, l'obsession sécuritaire et l'utopie collectiviste sont encore encore bien présentes. La politique du "zéro accident", du "zéro risque" et de l'égalitarisme forcené asphyxie un pays qui n'a plus vraiment de projet. Une partie de la population en a assez de discuter pour savoir si les hommes doivent uriner assis, pour ne pas se distinguer des femmes, s'il faut obliger les hommes à un partage des taches ménagères à la maison par une loi, si la vie doit s'effacer derrière le dogme "tous pareils !" et de la prévention absolue, aseptysée. Le pays s'est momifié.

 

Le slogan de la droite : Nous voulons rendre le pouvoir aux gens, nous voulons que le malade, l'écolier, les individus redeviennent importants.

Réponse du peuple très bientôt.

10:15 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Suède, social démocrate, privatisation, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 13 juillet 2006

Avec Renaud Dutreil, l'UMP va encore plus loin !

Alors que Romano Prodi s'attaque courageusement aux corporatismes en Italie, l'UMP se déclare vaincue d'avance.

 

Pourtant, l’économiste Francis Kramarz a proposé d’ouvrir en France l’accès à plusieurs professions réglementées, dont celle des chauffeurs de taxis. En vain. Aujourd'hui, il tire son chapeau au chef du gouvernement italien, Romano Prodi : « S’attaquer ainsi aux lobbies qui bloquent la situation et empêchent la création de richesses, c’est un vrai signal réformiste. »

 

 

medium_Dutreil.2.jpgLe ministre des PLE, Renaud Dutreil, confirme qu’un tel projet « n’est pas à l’étude », et préfère avancer d’autre arguments pour justifier le statu quo. Il dénonce « les effets dévastateurs de l’hyper-concurrence » que ne manqueraient pas, selon lui, de provoquer ces « vieilles recettes ultralibérales ». Se disant soucieux de préserver le pouvoir d’achat de « gens qui travaillent 50 à 60 heures par semaine », il invite ceux qui prônent l’ouverture à la concurrence à « regarder plutôt du côté des banques ».  Voudrait-il déréglementer ce secteur pour mieux faire respirer la concurrence ? CALYON, CDC, les caisses d'Epargne, la Poste, le Crédit Foncier seraient sur les rangs de la privatisation ? Ce n'est sans doute pas dans ce sens qu'il l'entendait.

 

M. Kramarz ne pense pas « le président ou le premier ministre soient convaincus des bienfaits de la concurrence », peu amène pour « ces énarques qui ont eux-mêmes bénéficié de rentes ». Nous, nous le en avons la certitude.

 

 Il y a des coups de boule qui se perdent.

 

 

16:40 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, UMP, concurrence, corporatisme | | | Digg! Digg |  Facebook

Les "Class Action" débarquent en France : quels risques pour le consommateur ?

Depuis l'affaire d'entente illégale dans la télephonie mobile (en grande partie dues aux licences exclusives accordées aux opérateurs sélectionnés par l'Etat), les "Class Action" reviennent dans les débats. Cette idée, apparemment noble, ne peut que séduire chaque consommateur que nous sommes. Pourtant, la France est déjà à l'avant-garde de la protection du consommateur face au vendeur. N'y aurait-il pas des risques d'effets pervers dans ce projet ?

 

Notre droit autorise les actions collectives de consommateurs ou d'actionnaires depuis longtemps. Aussi, l’instauration de l’action de groupe ne vise pas la création de droits substantiels nouveaux, mais plutôt la mise en œuvre des droits existants. Alors qu'aujourd'hui l’association agissante doit constituer un dossier de procédure distinct pour chaque victime représentée et transmettre à cette dernière toutes les informations relatives à l’avancement de la procédure. Trop complexe, trop lourd, trop encombrant pour notre justice déjà débordée. C'est un bon point !

 

Mais c'est ici que la Class Action menace d’étendre la vision collectiviste destructrice dont nous souffrons tant aujourd’hui. Demain, des associations pourront prétendre défendre de supposées victimes sans leur avoir demandé leur avis. En défendant notre bien sans nous demander notre avis, nous devrons tous en subir les conséquences malgré nous.

medium_Massacre.jpg

Notons aussi que les poursuites semblent être exclusivement réservées aux associations dans le projet discuté, pas aux avocats dont c'est le métier. Etrange, non ? S’agirait-il de protéger un secteur économique particulier ? Ces associations de consommateurs doivent être agréées par l'Etat. Par ailleurs, ce dernier les subventionne souvent largement. L’UFC Que Choisir, dont les propos sont souvent implicitement idéologiques, constitue un allié de poids aux mouvances anti-capitalistes. De quoi se poser des questions sur le système en train de se mettre en place.

 

Un aspect de la perversité de ce processus ne parait bien plus inquiétant. Tous ceux qui n’ont pas pris l’initiative d’une procédure judiciaire, souvent parce qu’ils n’ont pas de sentiment d’avoir subi un préjudice ou que celui-ci reste bénin, ne vont plus hésiter à s’engouffrer dans la brèche ouverte par les succès judiciaires. "Et pourquoi pas moi ?" se dira chaque consommateur dont les 35 heures offrent un temps libre dont on ne sait plus que faire.

Avec cette incitation à une judiciarisation des relations économiques, dont l'effet multiplicateur peut se révéler monstrueusement coûteux pour les entreprises, ces associations spécialisées n’hésiteront pas à exercer un chantage sur les entreprises, surtout dans un environnement juridique qui leur est largement favorable (d'autant plus qu'on devine les juges plutôt favorables aux consommateurs dans leur interprétation des règles). La négociation deviendra incontournable, même lorsque l'entreprise estime l'affaire infondée, tant les frais de ces affaires grimpent vite et tant le risque pécuniaire est élevé. On sait ce qu'on paye, on ne sait pas ce qu'on risque.

 

Insidieusement, c’est le consommateur qui paiera les surprimes occasionnées par ce risque colossal. L’effet multiplicateur des dédommagements exigés sera tout simplement répercuté sur le prix de vente des biens et prestations susceptibles d’être l’objet de poursuites demain. Tous ceux qui, jusque là, ne voyaient pas de raison de poursuivre des entreprises, devront payer ce surcoût entraîné par la loi sur les Class Actions.

 

On le voit, la France est toujours en retard de 30 ans. Alors que les Etats-Unis remettent en cause ce principe dont ils ont pu constater les effets dévastateurs, nos dirigeants s’enferment dans cette vision archaïque des relations humaines qui divise le monde en classes dominantes, les entreprises, et dominées, les consommateurs. Comme toujours, l’Etat vient sauver les faibles presque malgré eux. En procédant ainsi, il entretient ainsi un climat de défiance défiance généralisée à l’égard des entreprises et de la concurrence qu’il s’applique lui-même à fausser tous les jours.

09:40 Publié dans Economie, Libertés individuelles, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook