mercredi, 01 juillet 2009

Quand la solidarité devient un délit

Immigration.jpgDans le langage de la classe politique, l'emploi du terme "solidarité" signale la levée d'un nouvel impôt pour financer une clientèle électorale ciblée. Mais dans le langage du peuple, il désigne l'aide libre et spontanée apportée à son prochain. Qu'il soit français ou non. Or, le nouvel article L. 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ouvre dorénavant la porte aux condamnations de citoyens pour «l’aide à l’entrée, à la circulation, ou au séjour irrégulier d’un étranger en France». Dérive fort inquiétante, les moyens déployés pour lutter contre ce prétendu fléau, vigoureusement combattu par le gouvernement, sont comparables à ceux destinés aux terroristes. Le "délit de solidarité" est né, que dis-je, le crime ! Quoi qu'en pense Eric Besson.

 

Héros de la gauche progressiste hebergé à l'UMP, Besson vient de se faire prendre par Libé en flagrant délit de mensonge (qui, lui, n'est pas puni par la loi). Il a en effet défendu le fait qu' « il n’y a pas de bénévole, d’humanitaire, ou de particulier qui ait, en France, en soixante-cinq ans, une seule fois été condamné pour avoir aidé, hébergé, nourri, conduit dans sa voiture, etc. un étranger en situation irrégulière. ». Or, une peine d’au moins cinq mois de prison avec sursis a pourtant été requise, le 17 juin, au tribunal correctionnel de Rodez contre un ressortissant guinéen avec papiers, au motif qu’il a occasionnellement hébergé, de temps en temps nourri et en tout cas conservé quelques documents administratifs de son compatriote, lui sans papiers. Lire l'analyse précise de Me Eolas. On attend le verdict avec impatience. Au mieux, Besson fait preuve d'incompétence en ne sachant pas ce que couvre son Ministère. Au pire, il ment effrontément. En tout cas, sans s'en rendre compte, par simple ambition carriériste, il se Lepenise à vive allure en prolongeant la politique de Brice Hortefeux.

 

Notre modèle social nous impose de ne pas accueillir tout le monde, même si nous devons prendre notre part de la misère du monde. Mais les blocages actuels sont iniques et économiquement contreproductifs. Surtout, rien ne justifie qu'on assimile des clandestins à de vils terroristes. "En fait, bouc émissaire facile d'un problème difficile, l'immigré clandestin présente des avantages que n'a pas l'immigré régulier" comme l'explique bien Gérard Bramoulé, professeur d'économie à l'Université d'Aix Marseille III. Il va jusqu'à rendre hommage à ces individus dans sa belle tribune. A la question de savoir si l'immigré clandestin ne viole pas les règles de vie en société, il répond : "Pas nécessairement, car s'il est vrai qu'il ne respecte pas les règles définies par l'État, il est faux de croire que ces règles étatiques recouvrent toutes les règles de la vie en société. La législation n'est pas le Droit, comme la légalité n'est pas la légitimité, et comme aucune loi ne fixe les principes de la politesse." 

 

Avec la la loi LOPPSI ("loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure", retenez-bien), la situation ne va pas s'arranger. Elle autorisera la police à mener toute toute action visant à « faciliter la captation à distance de données numériques se trouvant dans un ordinateur ou transitant par lui », ce qui suppose l'utilisation de mouchards informatiques et l'instauration de la perquisition numérique. Présentée par MAM le 27 mai dernier en conseil des ministres, elle est décrite comme « un dispositif d’exception pour un sujet d’exception ». Terroristes, traffiquants et pédophiles tremblent déjà. Ce projet de loi est intrinsèquement porteur de risques de dérive graves. Comme le raconte l'agence de presse du gouvernement :

"Concrètement, la police judiciaire pénétrera chez le suspect aidée d'un serrurier, de jour comme de nuit. Elle posera sur sa machine une clé de connexion, sorte de clé USB qui s'enfiche à l'arrière ou, mieux, à l'intérieur, sur l'un des ports disponibles. Et le mouchard renverra les données vers les ordinateurs des autorités. Rien n'empêchera désormais la police d'installer à distance des logiciels pirates, sortes de chevaux de Troie, qui la renseigneront en temps réel sur tout ce qui entre et sort d'un PC ou d'un Mac.

Ce superpouvoir, que s'arrogent les services secret, sera bien sûr accordé à la PJ uniquement dans les affaires les plus graves (terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d'armes et de stupéfiants, enlèvement, séquestration, proxénétisme, extorsion, fausse monnaie, blanchiment et aide à l'entrée et séjour d'un étranger), [...]"

 

De la science fiction ? Les moyens actuels mis en oeuvre font déjà peur. Une gentille dame de 59 ans près de Béthune, Monique Pouille, vient de passer une journée en garde à vue pour avoir rechargé les portables de clandestins. Elle risque gros aux termes de la loi. Comme le raconte Nord Eclair, elle a été mise sur écoute pendant plusieurs semaines pour ce simple motif, jusqu'à ce que les policiers débarquent chez elle à 7h45 du matin. Ce n'est rien. Demain, la police pourra poser des mouchards à votre domicile, à votre insu, sur la simple suspicion d'aide à des clandestins.

 

Au fait, vous avez une nounou étrangère ?

15:29 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : clandestins, loppsi, besson | | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 24 mars 2007

Leçon de choses pour nos enfants : rafle près de l'école, arrestation de la directrice

Tout a commencé avec l'arrestation d'un vénérable papy chinois la semaine dernière dans un café du XIXe arrondissement, juste avant la sortie de l'école alors qu'il attendait la sortie de ses deux petits-enfants de l'école élémentaire Rampal du 77, boulevard de Belleville dans le XIXème. Connaissant l'appétence de notre ministère de l'Intérieur pour les rafles de clandestin, rien de surprenant jusque là. Réaction musclée des habitants du quartier : dans un sentiment naturel et spontané, le public présent a vivement réagi en s'opposant à cette arrestation grotesque. Parmi eux, plusieurs parents d’élèves de la fameuse école. La police avait alors répondu par une bonne saucée de gaz lacrymogène, gaz qui a atteint l'école et les enfants. Remarquez, à cet âge, il faut bien que nos enfants, futurs manifestants potentiels, habituent leurs yeux et leurs narines au doux picotement du gaz lacrymo. Cela relève presque du parcours initiatique imposé dans notre pays !
 

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Cette semaine, c'est la directrice de la fameuse école qui a été placée en garde à vue. Convoquée dans la matinée au commissariat, Valérie Boukobza était accusée "d'outrages et dégradations de biens publics en réunion". Après plusieurs heures d'interrogatoire, le parquet a ordonné sa remise en liberté. A la Justice de juger si cette femme a réellement agressé les policiers et endommagé leur véhicule comme certains l'attestent. Le quartier est toutefois sous le choc. Une école, ce sont avant tout des familles, une vie sociale importante. Autant dire que l'erreur n'est pas légère.
 
 
Si les activistes, pour l'essentiel très marqués à gauche, parlent beaucoup des violences policières et des soucis judiciaires, justifiés ou non, de la directrice, le sujet principal, lui, n'est jamais abordé :
 
Qu'est-il arrivé au papy chinois et à ses petits-enfants ?
 
 
La loi est la loi, même si la loi est inique. Reste à savoir si on garde le cap et si on continue avec les mêmes pour voir jusqu'où ils nous emmènent. A titre personnel, je reconnais que le débat sur l'immigration est extrêmement sensible, complexe. Mais ce genre d'incident détestable ne facilite pas les choses. Les pays les plus dynamiques ont ouvert leurs frontières assez largement. Question de respect des droits fondamentaux des individus, mais aussi parce qu'une économie prospère repose sur la croissance des échanges, donc pas l'ouverture à de nouvelles cultures, à de nouveaux ponts avec des marchés étrangers.