jeudi, 25 juin 2009

De l'exotisme du financement de la vie politique

Marches.jpg"C'est ridicule, c'est grotesque. Respectons la douleur des victimes , qui peut croire à une fable pareille ?" s'est exclamé Nicolas Sarkozy à l'évocation de cette vieille affaire. Une vulgaire histoire de pots de vin considérables en faveur du clan Balladur/Sarkozy, interrompus par Chirac (quel rancunier !), se serait terminée avec un acte de représaille de l'armée pakistanaise causant la mort de 11 Français et 3 Pakistanais à Karachi. Ca fait cher la colle à affiches et les agences de communication. Interprétation farfelue ? Les magistrats qui avancent cette thèse sont très sérieux.

 

Peu de temps auparavant, Giscard avait moqué Chirac qui, lui, touchait de l'argent d'Omar Bongo. Le bon Juppé, un habitué de ce genre de questions bassement matérielles, s'est empressé de rappeler à Giscard que lui aussi en avait croqué en son temps. Au moins, cela fait deux continents contributeurs à la vie politique nationale. Ajoutons à ces ressources exotiques celles tirées des chantiers publics nationaux, des grandes surfaces et de tout ce qui a pu (et peut encore) irriguer une classe politique très attirée par l'argent occulte (la transparence, c'est pour les autres, et la moralisation, c'est pour le capitalisme). Dernier (Ségoliste) planté par ses pairs (Eléphantistes) : Juju maître horloger. Il est tout de même important de noter que cette affaire de Karachi, comme de nombreux dossiers de corruption grave, est postérieure aux deux autoamnisties votées par notre classe politique. Ces scandales avaient pourtant été accompagnés de promesses "croix de bois, croix de fer...", beaucoup iront manifestement en enfer.

 

L'élection présidentielle de 1988 avait permis une première amnistie de plusieurs cas douloureux de financements politiques illicites. Une première loi encadre alors le financement de la vie politique et des campagnes électorales. Mais les affaires latentes sont explosives, il faut aller plus loin pour sauver les partis et la classe politique en place. La notion de "financement politique" commence à être subtilement exploitée pour distinguer ces actes gravement répréhensibles du simple enrichissement personnel sans objectif de carrière. Non, l'acquisition de villas, d'antiquités, les vacances de luxe et la constitution d'une épargne importante, sans parler de l'embauche de tout le petit personnel nécessaire au déroulement d'une belle carrière politique, tout ça n'est fait que dans le but de servir le bien national. Alors que la vilaine corruption visant le simple enrichissement personnel est toute autre. Rien à voir avec ces pratiques généralisées pas bien graves et qui méritent qu'on passe l'éponge gentiment.

 

Le 22 décembre 1989, les députés votent une première loi d’autoamnistie pour les auteurs des fameuses fausses factures destinées à alimenter les caisses des partis politiques (qui financent les cadres, les réseaux pour servir de trempli vers le pouvoir). 272 députés socialistes et cinq non-inscrits (dont Bernard Tapie) votaient l’amnistie. Seuls les 26 membres du groupe communiste et un élu réunionnais non inscrit votaient contre. Abstention de la droite. Un amendement du groupe socialiste amnistiait aussi les délits antérieurs au 15 juin 1989 en relation avec le financement des partis ou des campagnes électorales. Gérard Longuet avait été le seul député UDF à voter cet amendement : « Certains de mes collègues souhaitent voter contre l’amendement ; ils auraient le sentiment, en acceptant l’amnistie, de couvrir autre chose ». Trop fort, le Longuet; en plus, il faisait le malicieux.

 

Comme si cela ne suffisait pas, le PS vote une seconde loi d'autoamnistie en janvier 1990 avec la complicité de la droite. En avril 1991, Pierre Mauroy lance des commissions d’enquête parlementaires, chargées de se pencher sur le financement des campagnes électorales avant cette nouvelle autoamnistie des parlementaires, surtout depuis que celles-ci « sont médiatisées ». Suprême hypocrisie, Mauroy place cette initiative sous le signe de la Le PS place cette initiative sous le signe de la « contre-offensive face à l’opération politicienne orchestrée par la droite et l’extrême droite ». Mauroy bat Longuet en ajoutant une couche de mauvaise foi. C'était une autre époque. La presse nous sortaient encore de bons scoops de temps à autre.

 

Ces deux autoamnisties ne modifient pas les pratiques de nos hommes politiques. A la fin de sa présidence, Chirac a amnistié le député UMP Guy Drut, effaçant sa condamnation du 26 octobre 2005 pour un scandale majeur de financement illégal des partis. Dans le cadre d'un pacte de corruption, les entreprises attributaires des marchés de construction en Ile-de-France devaient reverser au début des années 1990 (après les deux lois d'autoamnistie) 2% des montants de ces marchés aux partis politiques, la plus grosse part du « racket » revenant au RPR, alors dirigé par Jacques Chirac. Rien de très grave, en tout cas rien ne méritant de la prison ferme pour les principaux prévenus - Michel Giraud, ex-président du Conseil régional d'Ile-de-France et Michel Roussin, ex-directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Simple condamnation à quatre ans de prison avec sursis.

 

Petit rappel de quelques unes des affaires qui ont pu défrayer la chronique :

1987 : affaire " Luchaire ", la toute première, liée à des exportations d'armement et touchant au financement du PS ;
1989 : début de l'affaire " URBA " mettant en cause de nombreux dirigeants du PS et ayant abouti à plusieurs condamnations dont celle de H. Emmanuelli ;
1989 : affaire " Carrefour du Développement " mettant en cause C. Nucci qui bénéficia ensuite de l'amnistie ;
1990 : affaire M. Noir, maire de Lyon ;
1994 : affaire A. Carignon, maire de Grenoble, ayant abouti à sa condamnation ;
1994 : début de l'affaire dite " des HLM de Paris ", dont l'instruction vient d'être rouverte après les confessions posthumes de J.-C. Méry ;
1995 : début de l'affaire des emplois fictifs du RPR ;
1995 : affaire Dugoint/Xavière Tibéri dans l'Essonne ;
1996 : l'affaire Urba-Gracco, révélant un système de "commissions" sur les marchés publics, aboutit à la condamnation d'Henri Emmanuelli, ancien trésorier, à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de privation des droits civiques.
1996 : affaire Destrade, député PS des Pyrénées-Atlantiques ;
1996 : affaire du financement du PC par la CGE dont le procès vient d'être interrompu pour irrégularité de procédure ;
1996 : affaire du financement du PR par le " Fondo " ;
1997 : début de l'affaire dite des " lycées d'Ile de France ", relative au financement des principaux partis du conseil régional (RPR, PR, PS) ;
1997 : début de plusieurs affaires " Elf International ", dont certaines impliquent Roland Dumas ;
1998 : affaire de la MNEF mettant en cause D. Strauss-Kahn et divers membres du PS.

etc.

mardi, 02 janvier 2007

Collectivisation forcée du logement : mauvaises réponses à une bonne question

medium_Squat.jpgLa crise du logement est réelle en France. Bien qu'il y ait plus de logements que de besoins en France, le manque de fluidité du marché du logement, la pénurie dans les zones proches des centres urbains et la forte hausse des prix dans les secteurs au confort de vie élevé (bonnes écoles, architecture agréable, bonne desserte des transports en commun, vie culturelle animée) et les blocages du marché locatif expliquent le sentiment général. Les réponses actuelles, une fois de plus, désespérément absurdes, promettent d'alourdir encore davantage cette crise. Alternative Libérale est le seul parti qui propose la mise en oeuvre des solutions qui ont fait leurs preuves partout dans le monde. Mais la classe politique au pouvoir, une fois de plus, persiste à suivre les modèles qui mènent à la faillite.  A croire que la pénurie et la pauvreté sont leur fond de commerce !

Ceci explique pourquoi le logement est en voie de collectivisation rapide. Entre le "droit de préemption urbain", le HLM, les aides au logement et, bientôt, le "droit opposable au logement", la propriété devient de moins en moins privée et de plus en plus collectivisée. Sarkozy participe largement à ce mouvement depuis son discours de Périgueux en octobre dernier à l'occasion duquel il déclara : "les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables". Depuis, pas de changement de cap de sa part.

 

Tout d'abord, le droit opposable au logement est-il une bonne chose ? Apparemment, il répond au besoin élémentaire des individus et des familles : disposer d'un toit. Le principe de ce "droit à" est simple : tout le monde "a droit à" un toit. Mais il y a ce qu'on ne voit pas : qui aura l'obligation de financer ces toits, pour qui et pourquoi ? Certainement pas l'Etat en soi, mais ceux qui le font vivre, c'est à dire nous, les contribuables. Nous serons tous contraints de financer le logement d'autrui, ainsi que la bureaucratie qui se mettra en place pour gérer leurs besoins. Quels seront les critères de sélection ? Quels seront les critères de logement ? Ces questions seront un jour le fait d'administrations obscures, pléthoriques et incontrôlables. Le coût alourdira encore davantage les charges pesant sur les personnes actives et les entreprises. Derrière un joli principe se dissimule une menace pour notre pouvoir d'achat, qui devra être rogné un peu plus, pour les entreprises, qui embaucheront de moins en moins, et pour l'équité, les uns bénéficiant d'un bien pour lequel ils n'ont fait aucun effort, sur le dos des autres.

Une fois de plus, un effort supplémentaire des uns devra porter l'absence d'effort des autres ainsi que l'absurdité d'un système corrompu par l'interventionnisme de l'Etat. Les classes moyennes se serreront un peu plus la ceinture, les ultra-riches continueront à fuir, les entreprises réduiront la voilure, délocaliseront ou disparaîtront purement et simplement.

 

 

Article 2 des Droits de l'Homme et du Citoyen - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.
 

 

Dimanche soir, la première victime collatérale du discours accablant de Chirac sur le droit au logement opposable, principe soutenu aussi bien par Sarko que par Ségo, fut un immeuble inoccupé du CIC, au 24 rue de la banque. Le DAL, Jeudi Noir et Macaq sont les artisans de ce viol de propriété privée. Les clefs des coffres vides ont été cachées, les murs ont commencé à être recouverts de tags et les dégradations en tout genre ont commencé. Pour rappel, l'immeuble proche squatté plusieurs années, place de la Bourse, a dû subir une lourde restauration tant les dégradations étaient lourdes. Quant aux voisins, bon courage pour affronter l'ambiance festive et citoyenne des prochaines années. Surtout à 3 heures du matin lorsque les fêtards avinés hurleront dans la rue (rappelez-vous le squat de la Bourse !). L'occupation illégale des 1.000 m2 a été fêtée au taboulé-bière. Les militants du DAL, groupuscule d'extrême gauche qui instrumentalise les plus fragiles (et les met parfois en danger, notamment dans des hôtels insalubres), sont traités par les médias comme des héros. Leur appel aux réquisitions ne choque personne, même si d'autres suggestions sont plutôt fondées.  Le banditisme immobilier, encouragé implicitement par les candidats de l'UMP et du PS, est en voie de devenir légal. Cette soviétisation du marché immobilier va certainement rendre ce marché encore plus difficile et accentuer la crise.

 

Pour rendre le logement plus accessible, pour que les SDF disposent enfin d'un toit, il faut au contraire fluidifier le marché, stopper l'expansion du HLM et convertir le gigantesque parc actuel en logements réellement sociaux destinés à ceux qui en ont réellement besoin, libérer la construction pour faire tomber les prix du foncier dans les logements neufs, rassurer les propriétaires qui louent, simplifier la gestion des syndics afin d'attirer les investisseurs institutionnels et faciliter l'accession à la propriété, notamment des locataires anciens de HLM. Comme slogan, c'est moins sexy mais autrement plus juste et plus efficace !

lundi, 23 octobre 2006

Mairie de Paris : les rois du liquide englougloutis

Les 4.960 bouteilles dont je vous avais parlé ont explosé les compteurs : 1 million d'euros récupérés, contre 550.000 euros estimés, presque de quoi financer la Nuit Blanche !

Les stars de la vente, Romanée Conti 86 et Petrus 90, sont parties entre 3 et 4 fois la mise, autour de 5.000 euros pièce. Les acheteurs étaient venus des Etats-Unis, de Russie ou d'Asie (où se trouvent aujourd'hui parmi les plus belles caves du monde).

 

Bravo à Bernard Bled qui, sous les mandats de Jacques Chirac et Jean Tiberi, a consituté une collection aussi exceptionnelle, digne des Palaces les plus réputés. le pauvre semble presque deprimé qu'on vende son joujou.

Ah là là ! C'était le bon vieux temps. La Mairie de Paris savait vivre avec notre argent, nous en sommes plus convaincus que jamais. On imagine ce qui a été bu si on considère que ces 7.000 bouteilles sont les miettes dernières gouttes de l'ahurissante cave dont les caisses partaient tous les jours en festins de VIP. La sagesse a parlé : "Servir 10 bouteilles de château pétrus lors d'un repas, c'est mettre 25.000 euros sur la table, et ce n'est pas forcément très raisonnable", plaide Claude Maratier. Aujourd'hui, nous favorisons "les cocktails debout", et donc le champagne, a précisé le chef du protocole de la mairie de Paris, vendredi matin, à l'antenne de RTL.

 

Le liquide, grands crus ou petites coupures, a vraiment été au coeur de la politique RPR !

 

Qu'on se rassure, l'équipe qui tient la mairie de Paris est tout aussi dépensière. Simplement, elle ne boit pas et a d'autres préférences. Nous saurons, au prochain changement de majorité, ce qui traine actuellement sous les dorures de l'Hôtel de Ville.

12:40 Publié dans La vie à Paris, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, encheres, mairie de paris, chirac, rpr | | | Digg! Digg |  Facebook