mercredi, 10 septembre 2008
Jeff Koons à Versailles
Ce soir, 150 VIP fêtent l'entrée du loup dans la bergerie culturelle. C'est ainsi que les technocrates de la culture considèrent Jeff Koons et les VIP internationaux qui festoieront dans le saint des saint grâce à Jean-Jacques Aillagon. Cet ex-président du centre Pompidou,qui a ensuite été Ministre de la Culture sous Raffarin, s'est reconverti dans le privé au service de François Pinault avant de prendre récemment la direction de l'établissmeent public du grand Versailles. Fort de cette expérience, il sait désormais comment fonctionne la culture, cet écosystème formé par des artistes, des collectionneurs, des marchands, des critiques et des conservateurs. Aucun rôle de ces différents acteurs n'est définitif, comme le prouve le parcours d'Aillagon lui-même.
Il est aujourd'hui coupable d'introduire les oeuvres de Jeff Koon, ex-trader (sic !) et fils d'un décorateur d'intérieur, (re-sic !) dans un haut-lieu de la culture nationale : le chateau de Versailles. Quoi qu'en pensent les défenseurs du conservatisme patrimonial du site, Versailles fut pourtant en son temps un lieu expérimental au service du Prince. Il le redevient bizarrement aujourd'hui. A part un microcosme local contestataire, qui va en souffrir ? Pas les Français. A part de larges contingents d'étrangers frustrés de ne pouvoir dépenser plus dans ce paradis du tourisme, à cause du manque de structures commerciales, alimentaires ou culturelles, ce sont toujours les mêmes Franciliens qui viennent et qui reviennent au chateau. Cette fois-ci, la donne devrait changer, pour la simple et bonne raison que le marché des expositions a évolué, ses organisateurs en sont bien conscients. La publicité faite autour de son côté sulfureux devrait lui assurer un succès considérable auprès des Français. Et augmenter dans la foulée la valeur des oeuvres de Koons ! Difficile d'estimer la valeur de la collection d'oeuvres de Jeff Koons de François Pinault. Mais lorsqu'on sait que le Hanging Heart de Koons, coeur rose géant chromé, a été vendu 23,6 millions de dollars par la maison Sotheby's, en novembre 2007, il est probable que l'expo versaillaise aura un bel impact sur son patrimoine... artistique. De quoi le motiver à prêter cinq de oeuvres de sa collection et à verser entre 800.000 et 1 million d'euros au budget de l'expo.
Cela représente une bonne part des coûts de l'évènement, estimé entre 2 et 3 million d'euros et financé pour l'essentiel par des contributions extérieures à l'établissement. Hélas, pas l'intégralité : le conseil général des Yvelines a versé 200.000 euros (de trop). La galerie Jérôme de Noirmont, qui joue dans la cour des grands, est du coup, on la comprend. Alors, simple affaire d'argent ? L'art est un marché. Il l'a été du temps de Titien, il l'a été du temps de Rubens. Picasso était un grand homme d'affaire concernant la vente de ses oeuvres. Il faut l'accepter si nous voulons voir la France redevenir un acteur majeur dans la création contemporaine.
Cela vous choque ? Même l'Huma a un petit faible pour Koons, et son article vaut le coup d'être lu :
Pour autant l’oeuvre de Koons, clairement rattachée au courant initié par Marcel Duchamp avec ses ready-made et ses prolongements dans le pop art, n’est certes pas en dehors de la scène de l’art. Au-delà, il souligne ses références classiques, il vit entouré, dit-il, de Manet, Dali, Poussin et Courbet « dont je suis fou ».
En novembre dernier, notre confrère Philipe Dagen avait visité avec lui la grande expo Courbet à Paris et citait son commentaire devant le Renard dans la neige pris au piège. « C’est un héros mort. Pire que mort. Humilié, mort dans l’humiliation. C’est encore une scène sexuelle, mais du côté tragique cette fois. »
Un homme qui comprend ainsi Courbet, qui fait des sculptures de jouets de douze mètres de haut et qui, à huit ans, reproduisait des toiles de maîtres pour le magasin d’antiquités de son père ne peut pas être entièrement mauvais.
Maurice Ulrich
Il faut préciser que les 17 oeuvres sont imposantes : le seul "Split-Rocker" est composé de 90.000 à 100.000 pétunias et géraniums ! Autant dire que les frais de transport des oeuvres, assurances et installation, coûtent bonbon. Pas les bonbons signés Koons à plusieurs millions de dollars l'unité, mais bonbon quand même. Mais si le public en sort gagnant, ces mécènes aussi. Le prix moyen d'une oeuvre de Jeff Koons, l'artiste contemporain le plus cher au monde avec Damien Hirst, avoisine les plusieurs millions de dollars. Ce passage à Versailles devrait garantir sinon une hausse conséquente, une résistance à la baisse en cas d'une correction du marché de l'art entraînée par les crises financière et immobilière actuelles.
Nous ne verrons pas les oeuvres pornartistiques (j'ai les noms de tous ceux qui cliqueront sur ce lien sulfureux) réalisées avec le travail très professionnel de son ex-femme la Cicciolina, qui datent du début des années 90. En revanche, les dernières oeuvres, kitschissimes, sont à l'honneur : un gros homard en aluminium rouge (Lobster, 2003) pendu au plafond du salon de Mars, tel un jouet gonflable ; un bouquet de fleurs en bois polychrome (Large Vase of Flowers, 1991) dans la chambre de la Reine ; un lapin en acier (Rabbit, 1986), considéré comme l'un des chefs-d'oeuvre de Koons, dans le salon de l'Abondance ; un miroir en acier poli (Moon) dans la galerie des Glaces, etc.
Allons allons, oublions les quelques dizaines de manifestants et articles grincheux. Rejoignons les probables centaines de milliers de curieux qui iront voir ce show...so shocking ! L'art est devenu un marché mondialisé, Aillagon l'a bien compris. Au nom des artistes français qui bénéficieront un jour de ce retour de la France sur la scène artistique internationale, merci François Pinault.
23:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : jeff koons à versailles, chateau versailles, françois pinault, marché culturel |
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