vendredi, 13 juin 2008

Dîner blanc aux chandelles sur les Champs-Elysées

Danse.jpgHier soir, j'ai eu le bonheur de pique-niquer sur les Champs-Elysées avec un groupe d'amis. Jusque là, rien d'exceptionnel. Si je vous dis que nous avions nos tables, nos chaises, nos chandeliers,  nos petits plats et nos bons vins, nos musiciens et que nous étions plus de 8.000 ainsi installés sur la plus belle avenue du monde, on commence à sortir de l'ordinaire. Il s'agissait du dîner blanc annuel, évènement bien mystérieux et formidablement organisé.

Difficile de savoir qui organise l'évènement, ni comment. Une fois parrainé par des participants vétérans, nous recevons de leur part un mail quelques jours avant la date. Ce message est extrêmement précis concernant les règles de la soirée et le rendez-vous pour les cars qui nous emmèneront sur le lieu prévu pour le dîner,  il ne donne toutefois aucun indice sur celui-ci.

Bref, nous voilà deux ou trois cents personnes derrière Roland Garros à 20h30, tout de blanc habillés, les femmes arborant de magnifiques chapeaux blancs, munis de tables de bridge, de chaises pliantes (blanches de préférence) et de paniers bien composés. Les premières coupes de champagne circulent en attendant de monter dans les six cars de notre groupe. Les soutes sont remplies avec nos tables et nos chaises pèle-mêle. 21h00, nous sommes en route vers le lieu convenu, rideaux tirés, progressivement rejoints sur le chemin par des dizaines d'autres cars similaires.

Le plan d'assaut, car il s'agit d'un assaut pour ne pas laisser le temps à la police de nous bloquer, est minutieusement préparé. Chaque car doit s'arrêter à un endroit bien précis, chaque participant dans le car dispose d'un numéro de rangée et, dans cette rangée, de table, afin que tous, nous nous installions vite et dans l'odre. A l'arrêt du car, les hommes récupèrent une table et deux chaises au hasard et se précipitent pour occuper leur place dans l'ordre, les femmes suivent avec les paniers et installent aussi rapidement la nappe blanche et les couverts (argenterie acceptée) et les coupes et verres (cristal aussi), les bouteilles et les mets.

En 15 minutes, voilà des dizaines de cars qui déversent les participants sur les deux rives des Champs-Elysées. Au terme de ce quart d'heure, trois rangées de tables blanches superbement ornées s'allongent de la place de l'Etoile au Rond-Point des Champs-Elysées. Près de 10.000 personnes en blanc sabrent le champagne (millésimé autorisé), confortablement installées sous les rangées d'arbres et sous le regard ébahi des touristes...et de la police. Pas à dire, ça a de la gueule.

Au cours du dîner, nous faisons connaissance avec les amis de nos amis, les cercles s'élargissent, les plats circulent : foie gras maison des uns contre saumon fumé des autres, salades et plats sophistiqués passent d'une table à l'autre (notre rangée compte 30 tables). Si les chandeliers ont de l'allure, les bougies ont du mal à résister au vent. Plusieurs olas accompagnent cars et curieux qui descendent les Champs-Elysées, parfois en klaxonant en retour.

Champs.jpg

Vers 23h00, des musiciens viennent jouer entre les tables, la foule se lève et commence à danser sur le rythme endiablé de notre groupe cubain. Franchement, ambiance exceptionnelle qui fait oublier le froid de cette soirée (je vous confirme que nous ne vivons pas un réchauffement mais bien un refroidissement climatique !). A minuit, un camion sono avec un groupe rock (en blanc siouplai) vient monter l'ambiance d'un cran. Une partie de l'avenue de remplit d'individus en blanc qui suivent la sono en dansant.

Et puis le coup de sifflet est donné. Les cars sont revenus tranquillement. En cinq minutes, tout le matériel et les restes sont chargés dans les paniers, tout le monde recharge les soutes avec les tables et les chaises et nous quittons les lieux. Une heure du matin, les Champs-Elysées sont vides et propres, comme si rien ne s'était passé. C'est irréel. Vivement l'année prochaine, et un grand bravo aux bénévoles qui ont consacré tant d'énergie à organiser cet évènement réglé au cordeau (sans un centime d'argent public, il fallait que je le place !).

Quelque part se trouve un tabouret blanc perdu dans le mouvement.

14:01 Publié dans La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : diner blanc, champs-elysees | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 28 décembre 2006

Les Champs-Elysées : contrôle d'identité

Les élus UMP, PS et verts sont à la recherche de l'identité de l'ex-"plus belle avenue du monde". Ils savent que "L'avenue des champs Elysées est sur le fil. Elle n'est plus exceptionnelle, pas encore banale" comme l'avoue le maire du 8eme arrondissement. Certes, elle a encore son charme. Si vous souhaitez vivre un peu d'exotisme en observant les femmes d'émir etles bimbos débarquées du monde entier , ou alors vous ennivrer de foule, rêver de luxe ou aller faire votre shopping : cette avenue est faite pour vous. D'un côté, Quick, Pizza Vesuvio, Mac-Do, Benetton et Naf-Naf (et puis le Virgin Megastore : peu de choix, mais chouette ambiance et belle déco). De l'autre, Ladurée, le Fouquet's et la navire amiral de Vuitton (une merveille soit-dit en passant). La boutique du PSG pour les amateurs de jeux violents, le Queens pour les jeux plus coquins.

Champs Elysees Mais voilà. Les prix des baux commerciaux n'arrêtent pas de monter. A l'échéance de leur contrat, les commerces doivent s'aligner sur la demande ou partir. Les loyers atteignent parfois 10.000 euros le m2 par an ! Esprit a repris un espace au prix fort : 9.100 euros le m2. les propriétaires sont aux anges et laissent les demandes grimper. tant pis pour ceux qui ne peuvent plus suivre.

Résultat : les cinémas de l'avenue menacent de partir. Virgin Megastore, malgré ses 80 millions d'euros de chiffre d'affaire annuels, commence à souffrir. La fringue gagne comme la gangrène. 39 % des commerces sont déjà dévolus au textile. Pour les élus, c'est le seuil à ne pas dépasser, eux qui aimeraient concilier activités de luxe et populaires, secteurs marchand et culturel, Virgin Megastore et Club du PSG. Mme Cohen Solal pense qu'"au-delà, il n'y a plus de diversité commerciale". Je suis certain qu'elle passe beaucoup de temps sur cette avenue, c'est bien son genre. Cette élue pense avec arrogance savoir à leur place ce que souhaitent les millions d'individus qui défilent sur les Champs et leur assurent un succès commercial constant, année après année.

 

En tout cas, la vague spoliatrice a commencé. H&M, que les volumes de vente permettent de faire monter les enchères, a proposé de s'installer au 88, versant 20 millions d'euros pour la reprise. Mais le couperet est tombé : la reprise a été annulée par la Commission Départementale (Paris est un département) d'Equipement Commercial, au nom doucement stalinien. H&M fait appel, mais le compteur tourne. Le débat peut reprendre de plus belle : les politiques veulent imposer leur vision et leur loi aux échanges, et tant pis pour les droits légitimes des acteurs en jeu. Tant pis pour les goûts et les préférences des citoyens moyens qui apprécient ce type de commerce et viennent pour ça.

 

Or, les élus, au-delà de la spoliation effective des acteurs économiques en présence, sont-ils qualifiés pour choisir l'identité d'une avenue aussi populaire ? Les prix ne sont que le reflet d'une forte demande...et même terriblement forte. Les commerces qui peuvent suivre sont ceux qui répondent le mieux aux attentes du public qui se déplace sur l'avenue. Il n'est pas choquant que les cinémas, vieux et peu achalandés, doivent se déplacer vers des lieux plus favorables. Qui peut vraiment juger des goûts des gens, sinon les gens eux-mêmes ? Les commerces qui sont prêts à investir des dizaines de millions ne le font que parce qu'ils connaissent mieux ces goûts que des technocrates ou des politiques qui voient Paris depuis leur voiture de fonction. Etrangement, ces interventionnistes qui veulent contrôler l'identité des Champs bénéficient d'un soutien inattendu : le patron du Virgin Megastore, pour assurer ses marges confortables, appuie dans ce sens : "Nous ne devons pas laisser le marché s'autoréguler. Les politiques doivent intervenir". Le capitalisme est parfois bien collabo !