jeudi, 31 août 2006
Ecoles (semi)privées : un business qui marche
Comme à chaque rentrée scolaire, un grand nombre d'élèves se voient refuser un siège dans les classes excessivement demandées des écoles dites "privées" (avec des programmes imposés et des profs payés par le ministre de l'EN, ça limite un peu l'autonomie de ces établissements). Il faut parfois attendre un an avant d'obtenir une place dans ce secteur libre qui attire manifestement de plus en plus la faveur des familles. Il faut dire que le classement annuel, organisé par un hebdo réputé, trouve un écho retentissant chez les parents inquiets. Quelques établissements publics mis à part (et souvent à partir du lycée seulement), les bons résultats sont surtout le fait du secteur dit "libre". Il n'y a que dans la bouche de quelques enseignants syndicalistes que "tout va bien dans le public"; d'ailleurs, leur(s) enfant(s) ont souvent accès aux rares bons établissements publics.
Bref, la demande est bien plus forte que l'offre de places dans le semi-privé. Hélas, ces écoles ne peuvent pas ouvrir de nouvelles classes comme elles l'entendent. C'est bien dommage, car leur savoir-faire permettrait de répondre aux maux que le secteur public ne parvient pas à traiter convenablement. Mais voilà, l'Etat soigne d'abord ses ouailles en leur garantissant 80 % de nos bambins. Les riches se servent les premiers, les autres prennent ce qu'il reste. Parmi ces malchanceux qui n'ont pas la combine ou l'argent pour sortir du public en échec, de plus en plus de familles font le choix de s'adresser aux professionnels libres de l'enseignement complémentaire.
Cet effet pervers est typique du planisme centralisateur (carte scolaire + centralisation de la gestion des ressources). Un fait me choque toutefois. Les écoles actuellement en semi-liberté sont quasiment toutes catholiques. Pourquoi ne seraient-elles pas athées, protestantes, juives, musulmanes ou boudhistes ? Ne faudrait-il pas ouvrir ce marché sur une sorte d'appel d'offre aux associations qui ont un projet pédagogique ? Après tout, nous sommes là en présence d'un privilège octroyé il y a longtemps que rien ne nous interdit de remttre en cause. Cela dit, l'appel d'offre ne ferait que répartir arbitrairement la pénurie de places, au détriment d'acteurs ayant fait leur preuve et apportant satisfaction depuis longtemps aux familles.
A ce stade, il me semble important d'ajouter que nombre d'enseignants ne sont pas heureux dans le système actuel. Même s'ils n'ont pas de vocation particulière pour l'enseignement, même s'ils sont plutôt à gauche, ils constatent que le mammouth écrase l'esprit. Malgré une certaine autonomie de l'enseignant, rien ne lui permet de mettre en oeuvre une initiative pédagogique ambitieuse, de s'associer avec d'autres profs pour monter une structure ou de "prendre du galon" pour apporter un savoir-faire, une expérience, des idées aux autres enseignantsplus jeunes ou moins audacieux. Bref, la liberté pédagogique n'existe hélas pas alors que les attentes sont bien présentes. Les profs, plus de 1 million pour rappel, ne sont pas des matricules robotisés sans aucun sens de l'initiative ! Nombre d'entre eux, au contraire, ont des idées et une envie de sortir de ce carcan étouffant. Les familles, justement, sont demandeuses de propositions ambitieuses nouvelles. La diversité, la recherche de résultats et de méthodes adaptées au type d'élèves accueilli.
Il m'apparait essentiel d'introduire la liberté dans le secteur de l'éducation. Les établissements existants, transformés en institutions autonomes disposant d'un budget propre, pris en charge par le budget de l'Etat en fonction du nombre d'élèves inscrits, ne doivent pas interdire l'apparition de nouvelles structures concurrentes. Chaque école, maître de son budget, de sa gestion des ressources humaines et de son projet pédagogique (programme et méthode), a vocation à attirer des élèves correspondant à son orientation. Ceux-ci peuvent facilement être ciblés, au préalable, en fonction d'une étude du secteur environnant : enfants turbulents ici, section élitiste là, ambiance familiale et/ou polyglotte, ... Pourquoi ne pas laisser chaque école proposer librement un projet complet aux familles et tenter d'atteindre les objectifs présentés ?
16:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : Ecole privée, rentrée scolaire, carte |
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