mercredi, 27 mai 2009

Le cannabis au secours des déficits

tax.JPGUn lecteur naïf pourrait imaginer, à la lecture de ce titre surprenant, que l'auteur incite les stressés de la dette à se rouler un pétard...et qu'il a montré l'exemple en s'imbibant de THC préalablement à la rédaction de ce post. Pas du tout du tout. Je suis le premier à reconnaître la toxicité du cannabis. Plus sérieusement, je souhaite évoquer le débat public qui est en train de se tenir en Californie autour de cette consommation à usage souvent festif mais aussi parfois thérapeutique (300.000 Californiens ont une carte autorisant l'usage de cannabis pour raisons médicales). Le sujet est très sérieux, quoi qu'en pensent les défoncés et les réacs. Il est difficile, personne ne le nie. Surtout pas les parents qui, comme moi, tentent d'apprendre à leurs enfants les risques d'une telle consommation. Pour mémoire, j'ai parlé de  la tribune de Willem Buiter, Professeur de la London School of Economics, publiée l'été 2007 dans un quotidien réputé pour ses penchants dangereusement libertaires, le Financial Times : "For the sake of liberty and security : legalise all drugs". Mais dans ce papier, il n'évoquait pas un autre aspect en train de devenir dominant dans le débat : le gain fiscal que les gouvernements pourraient escompter de la légalisation de la production et du commerce de drogues actuellement illicites. J'avais esquissé le sujet dés 2006.

 

Subissant la crise plein fouet, la situation économique de la Californie est catastrophique. Voyant l'Etat dont il est gouverneur au bord de la faillite, Arnold Schwartzeneger a commencé par couper le salaire et le temps de travail des fonctionnaires pour réduire la dépense publique. Il faut dire que la fête est finie et qu'il est temps de payer l'adition. Les Californiens sont ouverts à toutes les solutions...autres que la hausse de leurs impôts qu'ils ont été 70 % à rejeter, raisonnement parfaitement légitime et justifié. Monter les impôts a des effets négatifs sur le pouvoir d'achat, sur la croissance, et cela n'incite nullement l'administration à réduire ses dépenses comme elle le devrait. C'est à elle de faire des efforts, les citoyens sont largement sollicités comme ça. Alors il faut trouver d'autres idées. Et voilà comment, à l'instar d'autres Etats, la Californie commence à réflechir sérieusement à taxer le cannabis pour financer ses déficits. Un parlementaire de San Francisco a déjà déposé une proposition de loi créant un impôt sur la culture, l'achat, et la vente du cannabis. Sa base, conservatrice, est de 14 milliards de dollars de revenus annuels. Il faut dire que le développement d'une puissante agriculture cannabique semi-légale (le gouvernement fédéral ne reconnaît pas cette décision de l'Etat de Californie, d'où des bisbilles fréquentes avec les producteurs agréés) commence à susciter des envies du fisc...qui se verrait bien taxer le stock officiellement vendu mais aussi les volumes actuellement écoulés (simple hypothèse) au marché noir par les 500 dispensaires officiels.

 

Nous connaissons depuis longtemps les coûts induits de la prohibition : absence de suivi de la qualité des produits distribués au détail, absence d'encadrement de la vente, notamment auprès de la jeunesse, enrichissement de mafias qui ont d'autres activités autrement plus dangereuses, coût élevé des ressources déployées pour la lutte contre ce marché illicite, etc. Le Monde nous rappelle aussi un effet indésirable : Paul Gallegos, district attorney d'un comté ("chef procureur"), est arrivé à la conclusion que le mieux serait de légaliser le cannabis parce que "Le maintien de ces lois inapplicables sape l'autorité de l'Etat. La justice devient une farce, la population perd tout respect envers les institutions." Et puis il voit un avantage à la légalisation : "Le prix du cannabis s'effondrerait, les trafiquants se retrouveraient au chômage. En fait, les deux seuls groupes vraiment opposés à la légalisation sont les forces de l'ordre, pour des raisons culturelles, et les dealers, pour des raisons économiques." Bien vu, il pourrait ajouter que les forces de l'ordre évoquent aussi les risques de déflagration sociale de ghettos qui bénéficient aujourd'hui de la manne de cette économie parallèle.

 

Dans ce débat sociétal difficile, il y a des opposants : Eric Voth, président de l'Institut des politiques mondiales sur les drogues, juge que "le nombre de personnes qui deviendront des consommateurs ou qui vont aggraver leurs habitudes en raison de la disparition des contraintes imposées par la loi, va coûter au système bien plus que ce qui pourrait être généré sous forme de revenus fiscaux". Surtout que si le prix du cannabis s'effondre, les recettes fiscales escomptées aussi. A ce sujet, je recommande à la Californie de s'inspirer de la PAC et d'établir des quotas pour parvenir à une stabilité des prix au détriment du consommateur, comme pour le lait il y a encore quelque temps (non, c'est une boutade). Si l'usage récréatif de la marijuana reste interdit, treize Etats ont déjà dépénalisé sa consommation, et 40 % des Américains soutiennent sa légalisation selon plusieurs sondages. L'histoire va inexorablement dans ce sens.

 

N'oubliez jamais que si c'est le fisc qui a eu la peau d'Al Capone, c'est aussi lui qui a eu celle de la prohibition. Vous aimez les taxes sur l'alcool ? Vous adorerez celles sur le cannabis.

lundi, 02 février 2009

La Californie met ses fonctionnaires au chômage technique

La Californie est un Etat américain qui vit à crédit depuis trop longtemps. La crise aura eu raison de ses erreurs. Compte tenu de ses besoins financiers, la banqueroute du gouvernement californien est proche. En réponse, les Californiens vont avoir droit à une hausse des impôts, à une baisse des dépenses et à une suspension des salaires des fonctionnaires mis au chômage technique 2 jours par mois. Bref, le gouverneur fait feu de tout bois pour sauver le navire. A compter du 6 février, tous les bureaux publics (guichets d'immatriculation des voitures, sécurité sociale, bibliothèques, crèches, services sociaux) seraient ainsi fermés les premier et troisième vendredi de chaque mois. C'est triste d'en arriver là. Mais une fois de plus, nous découvrons à quel point les pouvoirs publics ont directement alimenté cette crise de surendettement par leur irresponsabilité.

 

En France, nous ne sommes pas loin de cette situation, et les Français en semblent conscients. Ll'inquiétude exprimée dans la rue jeudi 29 janvier s'accompagne d'une méfiance légitime à l'égard du gouvernement français. Pas grand monde ne croit encore en sa capacité à nous sortir de la crise. Il n'en a ni les moyens, ni les compétences. Et la gauche n'aurait pas fait mieux à lire les sondages. Si la notion de "réforme" fait peur, celle "d'action" rassure encore. C'est ainsi que 60 % déclarent souhaiter l'ouverture des transports ferroviaires à la concurrence (un vrai chantier créateur d'emploi et de valeur dans notre vie quotidienne), et 72 % une limitation stricte du droit de grève dans les services publics. Si la France ne peut honorer sa dette, peut-être sera-t-elle amenée à placer une partie de la fonction publique en chômage technique comme la Californie ?

18:05 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : californie, dette publique | | | Digg! Digg |  Facebook