lundi, 26 avril 2010

Burqa, épouse et concubines

Burqa.jpgLa France s'apprête à avancer 6.3 milliards d'euros à la Grèce (soit 100 euros par citoyen, mineur, majeur, gâteux ou non)  comme vont le faire les 14 autres pays de la zone euros. Lorsque viendra le tour du Portugal, il n'y aura plus que 13 pays à piocher dans les poches de leurs contribuables, en plus de nous, pour l'aider. Nous mettrons peut-être alors 150 euros chacun.  Puis plus que 12 pour l'Espagne (ou la Belgique qui pourrait imploser plus tôt que prévu). Et ainsi de suite, le dernier éteint la lumière pour économiser le peu d'énergie qui nous reste, svp (sauf sortie de l'Allemagne de l'euro). Le chômage est stable, entre 8.5 et 12.5 %, marge identique depuis 30 ans crise ou pas crise. La croissance oscille toujours entre 0 et 1.5 %, comme depuis 30 ans. Les banlieues, ça va exploser bientôt comme on nous le répète depuis 30 ans. Mais dans ce contexte de déclin, de paupérisation des classes moyennes et de moral général dans les baskets, la priorité nationale, c'est la burqa au volant. La dernière anicroche commence par un vulgaire PV, et se poursuit par l'attaque publique du conjoint salafiste aux 4 (ou 3) concubines, menacé de se voir retirer son passeport français pour être renvoyé dans son pays de naissance. Et ça finit avec le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Cette fois-ci, le Pen - Aubry (si vous y croyez aussi, c'est le moment d'acheter des samsonite avant la rupture de stocks en mai 2012).

Je vous recommande préalablement la lecture d'une excellente contribution de Me Eolas qui commence par ces mots :  "Ainsi donc, notre République, née d’une ivresse de liberté, s’enivre désormais d’interdictions." Il nous démontre avec une rigueur admirable que le PV dont tout le monde parle est plus que contestable, que la volonté de nos ministres de renvoyer un citoyen naturalisé, aussi antipathique soit-il, n'est pas juridiquement fondée et que toute cette histoire minable révèle avant tout une incompétence crasse de nos dirigeants qui ne parviennent même pas à être performants en démagogie. Ils ont vraiment perdu la main., ces gredins Voici son mot de la fin, comme ça vous aurez l'essentiel si vous ne lisez pas son analyse (mais ce serait vraiment balot) : "Comme vous le voyez, plus que la question de la burqa, cette affaire pose le problème du respect de la loi par le gouvernement lui-même, qui a tendance à considérer les obstacles juridiques à son action politique comme d’insupportables tracasseries, alors que ce sont précisément des gardes-fous, qui n’ont décidément jamais aussi bien porté leur nom.".

Je me sens moins proche de l'islam rigoriste que de l'islam ribériste et de ses pratiques cultuelles. Mais je suis contraint de réagir à cet acharnement minable de ministres qui le sont eux aussi (minables) envers le premier. Anne est une bonne française de souche qui s'est  convertie à l'islam tabligh. Elle accepte que son mari cohabite (l'expression est littéralement adéquate) avec d'autres concubines. Les enfants grandissent ensemble, grand bien leur en fasse. Certes, on peut critiquer le versement d'allocations familiales aux mères,  mais elles les reçoivent peut-être en parfaite légalité. Après tout, notre protection sociale encourage presque ce format familial. Bon, socialement, parlant la famille ne semble pas très intégrée à la communauté islamique locale qui avoue la trouver un peu fermée sur elle-même (Cf JDD de ce week-end) avec ses pratiques radicales et peu sociabilisantes.  Ce mode de vie n'est pas ma tasse de thé non plus, mais je trouve rigolo que la classe politique, réputée pour sa vivacité sexuelle et paraconjugale, lui jette la pierre. Allez, une dernière citation de Me Eolas pour la route : "On le sait, l’identité nationale française s’est bâtie sur la fidélité à un seul partenaire, et aucun auteur français n’aurait osé écrire une pièce de théâtre où un homme aurait plusieurs maîtresses. Ce n’est certes pas chez nous qu’on verrait deux femmes pleurer un président de la République à ses funérailles."

La question fondamentale qui revient sans cesse et qui distingue deux camps manifestement incapables de se parler : pouvons-nous imposer à la femme ce que nous considérons être sa dignité en violant sa liberté ? Les positions respectives de ces deux camps sont-elles vraiment inconciliables ? N'est-ce pas faire de ces femmes de simples objets de nos propres préférences ? Ne pouvons-nous concevoir qu'une femme adulte n'accepte de vivre pleinement sa foi que brimée par un homme qui exploite ses faiblesses ? Pour avoir rencontré nombre de femmes profondément croyantes, avec des manifestations certes moins rebutantes que le voile intégral, je ne le pense pas. La vocation mystique ne s'impose pas comme on l'affirme, elle se choisit, s'assume et souvent évolue avec le temps et l'expérience. Et si, comme on le suppose, ces femmes sont violentées, il ne faut pas les brusquer davantage contre leur gré mais mettre à leur disposition les outils sociaux et juridiques pour en sortir si elles le souhaitent. Mais il ne semble pas que la question se pose, contrairement aux affirmations péremptoires de notre élite parisienne au pouvoir qui ne sort que trop rarement de la rive gauche pour aller s'encanailler dans les quartiers populaires.

Une fois de plus, le double piège vise les 5 à 6 millions de musulmans vivant en France et, pour la plupart, citoyens français. Chacun vit sa foi comme il l'entend, certains avec plus d'assiduité que d'autres, et parmi eux, un petit nombre sous des manifestations plus exotiques, pour ne pas dire plus sectaires que l'écrasante majorité des pratiquants (comme dans toutes les religions). Au départ,  ce type d'agression  politique ciblée oblige l'ensemble des musulmans à se prononcer sur son fondement. Entre la solidarité culturelle et cultuelle et le rejet de ces pratiques barbares, des millions d'individus hésitent et ne savent pas trop comment trancher cette épineuse question. Avec la multiplication des piques, des attaques, l'oppression unissant plus qu'elle ne divise, la réaction naturelle rassemble les diverses sensibilités qui finissent par faire front ensemble. Ainsi se taisent les critiques que les musulmans pouvaient exprimer par temps calme à l'égard de ces barbus barbants.

Ensuite, ces radicaux libres profitent de la perte de repères, d'identité des communautés islamiques en France pour séduire des individus un peu fragilisés. Même s'ils restent très marginaux, leurs manifestations sont très visibles. Leur force, c'est d'être ouvertement stigmatisés, histoire d'attirer les jeunes qui se sentent déjà rejetés par le système. En interdisant ces pratiques rares, le gouvernement fait un cadeau magnifique à ces mouvements sectaires en leur offrant une publicité efficace et gratuite. On ne lutte pas mieux contre cet équivalent arabo-musulman du Front National qu'on ne lutte contre le FN par la censure. Au contraire. Tout ce qui concentre le tir médiatique et politique sur ces groupuscules renforcent leur crédibilité auprès de tous ceux qui se sentent mal aimés. Et aujourd'hui, qui ne sent pas mal aimés par le pouvoir de notre petit caporal et de son duo de kapos Besson et Hortefeux (qui ne savent même pas qu'il n'y a plus d'allocation parent isolé depuis 2009, ni qu'on ne peut annuler une naturalisation plus de 10 ans après, qui plus est sans motifs juridiques) ?

Une fois de plus, quelques éléments de ce gouvernement sont consternants. Faut-il mettre les voiles avant qu'il ne soit trop tard ?

jeudi, 18 juin 2009

Port de la burqa bientôt interdit dans les espaces publics ?

Emmerder.jpgS'agit-il de la "burqa" (ou "burka" en perse, "buqra" en ourdou ?) grillagée, du "tchadri" pachtoune (qui a nourri le cliché talibanisé de "tchador") ou de "niqab" qui laisse voir les yeux (ou les lunettes de soleil) ? Déjà l'été dernier, une polémique avait suivi le refus d'accorder la nationalité française à une Marocaine mariée à un Français, ayant des enfants français et parlant parfaitement la langue française, au motif qu'elle avait "adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes".  Cet argument moral douteux s'appliquait d'abord pour bloquer une procédure simple d'acquisition de la nationalité. Aujourd'hui plusieurs parlementaires vont plus loin et souhaitent avoir la peau de cette "robe intégrale à voilette incorporée" qui perturbe leur vision lisse de la société, au risque de déclencher une nouvelle vague d'islamophobie primaire.

 

Quelques parlementaires réclament donc une enquête (au résultat jugé d'avance) sur la burqa et le niqab, au travers d'une résolution "Tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national". Objectif clairement affiché :

  • valider dans la loi (une fois de plus) le fait que cette tenue symbolise une soumission de la femme "qui dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme ‘’portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d’intégration et d’organisation de ces enseignements, obligatoires pour les étrangers admis pour la première fois en France,"
  • fixer "l’obligation de retirer le niqab ou la burqa pourrait être justifiée par des buts légitimes qui sont les exigences de la sécurité publique, d’identification des personnes ou encore la protection des droits et liberté d’autrui."

 

Si vous lisez bien, les deux points permettent de glisser de la démarche d'intégration destinée à ceux qui postulent à l'obtention de la nationalité française, au comportement de tous, Françaises inclues. Les unes seraient identifiées par une "soumission portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d'intégration", les autres par leur atteinte à la sécurité publique ou la nécessité d'identification des personnes. Je ne savaient pas que les femmes voilées brûlaient des voitures ou caillassaient des policiers. Ni qu'il fallait à tout prix être identifiable dans la rue. Les perruques, masques, déguisements et tenues dissimulant ce qui permet une identification seraient ainsi proscrits ? La proposition va loin, très loin au nom d'une lutte cimplicite contre la pratique d'un islam radical (ces voiles intégraux datent de bien avant l'Islam, et rien ne les impose dans les textes religieux).

 

Certes, lorsque je vois (ou plutôt je devine) une femme sous une burqa, je ne peux m'empêcher d'avoir mal pour elle, pour sa pratique de la foi et cette forme de soumission à Dieu (bien plus qu'à son mari sans nier son influence légitime). De même que je plains les femmes mutilées par des piercings ou des tatouages multiples (parfois non assumés) qui, eux, constituent une véritable atteinte à leur integrité physique, les gothiques satanistes qui vivent et voient tout en noir, les femmes juives orthodoxes parfois rasées et emperruquées, etc. J'y vois davantage une soumission étrange à Dieu, à Satan ou à des idéaux douteux qu'une atteinte "aux valeurs de la république" (certains se posent certainement la même question à mon sujet en me lisant). Cette répulsion personnelle ne m'incite pas pour autant à vouloir interdire ces comportements. Au nom de quoi devrais-je porter atteinte à leur liberté d'expression religieuse dans des espaces publics ? C'est la porte ouverte à une surenchère anti-cléricale dangereusement liberticide.

 

Burqa.JPGSurtout, j'aimerais que nos politiciens si prompts à restreindre nos droits fondamentaux s'intéressent un peu plus à ces femmes qu'aux moyens de leur pourir la vie (ce principe est évidemment applicable à tous les domaines). Une très belle enquête du supplément Le Monde 2 s'était penchée sur les motivations des femmes portant le "hijab", le voile simple en voie de banalisation. Comme je le disais alors : "Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués[...]" La burqa est d'un contact bien plus brutal pour l'observateur néophyte, mais elle ne contredit en rien la nécessité d'une écoute et d'une attention respectueuse de ces femmes pour comprendre leurs préférences.

 

Gardons bien à l'esprit que nous sommes tous visés par ce réflexe liberticide chronique de nos politiques. Ce n'est pas parce qu'il vise ici une religion dans sa pratique la plus primitive, que nous devons accepter ce cancer qui ronge le lien social dans notre pays.  Si nous légifèrons en fonction de nos peurs primales, les fondements des valeurs que nous souhaitons protéger seront à leur tour menacés. Tout ceci ouvre sur un autre débat autrement plus complexe, concernant les éléments constitutifs de  la communauté nationale.