dimanche, 29 novembre 2009
Le Téléthon marche bien ? Parasitons-le !
"J’accuse: 100 millions d’euros pour le Téléthon, ça ne sert à rien"
L'auteur de cette attaque vicieuse a des raisons de déraper, il est un peu tendu depuis que son propre téléthon personnel le démange sur sa gauche : il a perdu le contrôle de la "ségolitude", maladie rare qui sombre dans la pathétique, et son chouchou Julien Dray risque de passer directement de la case palace et haute horlogerie à la case zonzon.
Depuis quinze jours et à la veille de la 23eme édition télévisée, la vénérable institution subit les assauts conjoints de personnalités influentes. Pierre Bergé a ouvert le feu en accusant le téléthon de "parasiter la générosité des Français". Après tout, lorsqu'un projet privé marche, il est de tradition nationale de le taxer d'une manière ou d'une autre : "Ne pourrions-nous pas enfin tenter de nous organiser tous ensemble pour que nos appels à la générosité soient mieux coordonnés et cette générosité mieux répartie ? Pour mettre plus souvent en place des programmes communs de recherche ou d'aide aux malades ? Pour être, enfin, plus transparents et mieux organisés ?" Ce type de propos pourrait figurer dans le Parrain : Bergé veut sa part du gâteau d'une affaire qui marche. Même s'il y va largement de sa poche, il ne voit pas pourquoi les Français n'iraient pas de la leur... pour son projet à lui plutôt que celui d'un autre.
Ajoutons que le Sidaction que préside Pierre Bergé semble lui-même bien mal géré. Cela explique peut-être son succès un peu plus faible que celui du Téléthon, et ce pic de tension inapproprié. Les frais de collecte de cette structure très fermée (et très peu contrôlée) semblent être près de deux fois et demi plus élevés que ceux de l'AFM. Bref, la critique de Bergé, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité. Malgré tout, ses coups de boutoir portent. Ca fait longtemps que certains réseaux, au sein des pouvoirs publics, voient cette initiative privée d'un mauvais oeil (depuis la première heure pour être précis). Ils ont vu dans cette attaque frontale et largement médiatisée une opportunité de faire trébucher le géant. Certains politiques ont ainsi remis en cause l'accès du Téléthon aux grands médias (notamment les chaines et radios publiques) ces derniers jours, quitte à proposer l'attribution de ce temps d'antenne aux initiatives concurrentes... et mieux contrôlées par l'Etat. Plus subtilement, Martin Hirsch a préféré demander à l'Etat d'encadrer l'accès aux médias des associations d'utilité publique et fondations. A quand des temps d'antenne fixés par décret pour les associations ?
"Est-ce qu'il ne manque pas une instance pour réguler tout ça? On va proposer de mettre en place une sorte de Haut conseil de la vie associative qui puisse organiser cela un peu de haut et pas de dedans"
Bref, la société civile forte, ce n'est pas pour demain. Ca ne rentre pas dans les objectifs de nos politiques. Il est vrai que le Téléthon a brusqué les habitudes en appliquant des méthodes de management moderne au secteur de la recherche, ouvrant la voie à des travaux considérables aux répercussions bien plus larges que leur objectifs initiaux. Ce n'est pas un hasard si ces méthodes tranchent avec les habitudes de la recherche dans le secteur public. Pour illustrer ce changement de culture, Barataud rapporte un échange avec un conseil scientifique à l'Institut Pasteur pour l'attribution de budgets :
"Monsieur Barataud vous avez réunie ici l'élite de la communauté scientifique, donc vous nous dites quels moyens vous pouvez fournir et nous nous occuperons du reste...
- Holà! lui répond Barataud, je voudrais d'abord vous expliquer ma vision des choses. Vous, vous avez les idées, moi j'ai de l'argent. Donc on va procéder autrement, vous exposez d'abord vos projets, c'est ensuite que je vous financerai..." Le résultat est incontestablement un succès, et un modèle pour d'autres associations.
Bref, c'est ce modèle autonome ayant fait ses preuves et survécu à tous les blocages lors de sa création qui est visé. Hélas, plusieurs signaux inquiétants nous indiquent que nous allons probablement assister à une reprise en main de la vie des associations d'utilité publique de ce type par l'Etat. Les tireurs sont en embuscade depuis le lancement du Téléthon, comme le raconte l'un de ses fondateurs, Bernard Barataud, ancien employé d'EdF qui fait partie des "des gens comme nous, des corniauds, des sans statut". Dés les années 80, le patron de l'INSERM voit dans ses fondateurs des adversaires qui menacent son pouvoir : "le génome humain, c'est l'affaire des fonctionnaires de l'Etat..." Au moins, c'est clair. Et ils sont nombreux à partager cette opinion lapidaire. Encore aujourd'hui, il est fréquent d'entendre des collectivistes considérer que tout ce qui relève de la recherche ou de la santé relève de l'Etat, point barre. L'attaque en règle de Pierre Bergé et Line Renaud dans une tribune publiée par le Monde risque de faire avancer ce camp rétrograde.
Allons, il ne faut pas s'en faire. Comme le dit gentiment Pierre Bergé : A aucun moment le Sidaction n’a voulu «la mort du Téléthon». Bien au contraire. Nous voilà rassurés pour les maladies rares, qui concernent tout de même 5.000 maladies, 4 millions de personnes en France et qui coûtent 15 % des frais de santé.
19:00 Publié dans Santé et Sécu, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : telethon, berge, hirsch, sidaction, charité, solidarite |
|
|
Digg |
Facebook
mercredi, 28 janvier 2009
Investissez dans Ségolène Royal
Je croyais le financement de la vie politique extrêmement règlementé. Les dons aux partis politiques sont plafonnés à 7.500 euros par an, les dons pour les campagnes, à 4.600 euros. Et la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques ne rigole pas. Je lis avec surprise que Pierre Bergé finance les nouveaux locaux de Ségolène Royal, 150 m2 au 95 bd Raspail (à titre personnel j'espère, pas au travers d'une personne morale autre qu'un parti politique, ce qui est totalement prohibé en politique). Il semble que ces locaux étaient aussi ceux de l'association de soutien de Royal, ainsi décrits dans le Monde du 4 décembre 2007 : "très chic appartement aux murs blancs [est] mis à disposition par Pierre Bergé, le mécène de la gauche socialiste"
. Si politique.net parle d'une valeur de 1.5 million d'euros pour ces 150 m2, il ne doit pas lire les annonces du 6eme arrondissement souvent. Le montant d'un tel loyer doit avoisiner 4 à 5.000 euros mensuels, soit 50 à 60.000 euros par an, loin des plafonds légaux.
Et il est prêt à aller beaucoup plus loin (interview auprès de l'AFP rapportée par politis.org) :
Q : Vous continuerez donc à soutenir Ségolène Royal ?
R : Je la soutiens complètement depuis des années et je continuerai. J’irai plus loin s’il le faut dans l’aide (financière) que j’apporte à (son mouvement) Désirs d’avenir. C’est autre chose qu’un courant car il y a des militants qui en ont marre du vieux parti socialiste, des courants dans lesquels seul le commandant Cousteau pourrait s’y retrouver.
De la part d'un soutien indéfectible de François Mitterrand et, aujourd'hui, de Julien Dray, c'est assez logique de mélanger l'argent et la politique. Ca doit être sacrément rentable comme investissement. Mais est-ce bien légal ? politique.net signale que Ségolène Royal s'est exprimée dans ce sens sur Europe 1 le 14 janvier 2008 : "il y a "des règles, des lois qui permettent à des associations de fonctionner, à des dons de se faire, à des structures de réfléchir et c'est tant mieux"
. C'est un peu court et j'aimerais entendre l'avis de la CNCCFP sur ce point. Le principe ne me choque pas, ce sontr les plfonds actuels qui me scandalisent. Encore faut-il que la règle soit la même pour tous, et qu'elle soit claire.
10:26 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : royal, berge, financement |
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)






