mardi, 25 août 2009
Le Modem se couche à gauche
Ca y est, c'est officiel. Le Modem a cherché jusqu'ici à se positionner en dehors de l'échiquier politique traditionnel pour ne servir que l'ambition de son président, François Bayrou. D'ailleurs, c'est amusant d'entendre Marielle de Sarnez fustiger l'«ultrapersonnalisation du pouvoir», l'«hégémonie» et la «partialité» de Nicolas Sarkozy vu la manière de rassembler de son président. En tout cas, n'ayant pas su transformer l'essai de son score de 2007 au cours des deux années suivantes, le Modem est aujourd'hui contraint de se rallier à la dynamique confuse de rassemblement de la gauche lancée avec panache par Vincent Peillon et soutenue par Cohn Bendit qui bouscule ainsi les vieux archaïsmes sectaires des verts français.
Mais c'est connu, le rose jure avec le orange, et encore plus avec le rouge. On se demande comment vont coexister les partisans de l'ex-parti stalinien, le PCF, les anticapitalistes primaires Noël Mamère et José Bové, avec les centristes du Modem parmi lesquels figurent quelques libéraux égarés. Autant dire que la ligne du Modem va devoir évoluer. Toutes ces manoeuvres sont évidemment réalisées sans avoir consulté les instances du parti qui, comme elles le savent depuis le départ, ne sont là que pour entériner les décisions du lider maximo. Son objectif est-il de faire une OPA progressive sur le PS moribond (de l'avis des intéressés eux-mêmes) ? Sans doute. Le seul leader sérieux des verts qui pourrait faire de l'ombre aux autres dans une primaire, ne veut pas en entendre parler. Quant au pari de faire la nique aux Ségolène, Vincent ou aux éléphants en lice est audacieux, c'est pas gagné. Soit Bayrou ne se sent pas encore assez affaibli pour accepter le principe de n'être que l'un des candidats d'une vaste primaire à gauche, soit, et c'est plus probable, il ne souhaite pas finir bras droit du futur vainqueur.
En tout cas, à la veille des régionales, il est contraint de s'engager dans cette voie qui confirme l'impossibilité de rester seul, isolé, compte tenu des règles du jeu dans notre pays. Et vu le comportement un peu trop confiant des verts depuis leur succès inespéré (largement dû à Dany), l'ambiance risque de vite chauffer entre partenaires. Surtout si les minoritaires finissent une fois de plus en "chambres de bonne" etriquées ou "à la cave". Et les centristes, alors ? Ni droite, ni gauche, c'était juste une tentative opportuniste finalement ? Le malaise grandissant des centristes historiques qui ont joué la carte du Modem va-t-il se traduire par une nouvelle vague de démissions ? C'est le pari de Jean Athuis et de son Alliance Centriste qui espère sans doute récupérer des notables déçus, promis à un refus d'investiture de la grande coalition de gauche aux prochaines échéances. Mais l'Alliance Centriste est un vrai centre mou, dévertebré. J'encourage ceux qui ont des convictions et de la ténacité à venir à la rencontre du Parti Libéral Démocrate lors de notre université d'été qui se tiendra en même temps que celle du Modem.
Si les stratégies essentiellement antisarkozystes montrent leurs limites, le sacrifice de toute ligne programmatique me semble condamner la stratégie du Modem. Le PS meurt avant tout de l'absence de projet, plus encore que des guerres de clan. Et sur ce point, la ligne de Bayrou ressemble à gigue endiablée. Marielle de Sarnez vient de donner des indices de son évolution récente : "Nous devrons mettre fin aux salaires abusifs, en les corrigeant par la fiscalité." (pourtant déjà très fortement progressive pour l'IRPP, et confiscatoire pour les hauts patrimoines). Il ne voulait plus déficits publics mais s'engage à la multiplication des dépenses publiques. Il voulait relancer l'emploi et la croissance, il affirme vouloir pénaliser fiscalement les locomotives de la croissance. Nous éloignons du discours axé autour de la responsabilité individuelle. Ce qui est attristant, c'est de constater que les propositions du gouvernement diffèrent assez peu du projet de société de cette coalition baroque, au règlage des écrous près.
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| Tags : modem, sarnez, bayrou, centre |
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vendredi, 05 juin 2009
Bayrou pète les plombs en direct
Quand on vise le sommet, le succès de l'ascension tient parfois à peu de choses. Après Giscard d'Estaing en 1981, ce fut au tour de Jacques Chirac de perdre les pédales (et donc la présidentielle) face au machiavélique François Mitterrand au 2eme tour de la présidentielle de 1988. Hier soir, l'autre François, notre Béarnais national, a sans doute perdu beaucoup de crédibilité dans sa course à l'échalote la présidentielle, même s'il ne s'agissait que d'un débat sur les Européennes. Presque un non-sujet tant le sujet est mal traité et mal apprécié. Lors de cette pétaudière en direct sur France Télévision, mal animé par une Arlette Chabot qui ne tenait pas mieux les commandes que le pilote de l'AF447, au cours duquel Xavier Bertrand s'est fait traiter de menteur par à peu près tout le monde sans qu'on entende d'arguments de fond de part et d'autre, François Bayrou a perdu son sang froid et a voulu effectuer ce genre de tacle qui entraîne un carton rouge. Un vrai pugilat. A quand la baston en direct comme en Corée du Sud (ou comme dans certaines salles de classe, sans qu'on sache qui inspire qui) ?
L'un des candidats les plus impliqués dans la construction européenne, c'est Daniel Cohn Bendit. Ce Franco-Allemand est devenu une référence européenne, quoi qu'on pense de ses idées. Sa pensée "libérale-libertaire" obtient de bonnes performances sur la scène politique nationale. Il sait bien destabiliser ses adversaires, parfois de façon virile (ainsi à Marine le Pen "tais-toi, tu ne racontes que des conneries"). Mais il le fait souvent avec panache. Hier, il a répliqué un peu méchamment à une attaque digne d'une cour de récréation de Bayrou qui dénonçait ses déjeuners à l'Elysée, en le piquant sur son obsession : «Mon pote, tu es trop minable, tu ne seras jamais président de la République». Bingo. Le gros François est sorti de ses gonds en rappelant très vilement un passage très contestable d'un livre de Dan datant de...1975. Daniel ne s'est pas privé d'en remettre une couche : «Ah, j'étais sûr que tu venais là-dessus. Ah la la c'est la grandeur présidentielle.» En jeu, le fait que la liste de Cohn Bendit dépasse les listes Modem dans les sondages.
Si le projet de François Bayrou n'a jamais été très clair, il sombre dans la confusion depuis 2 ans avec son penchant de plus en plus marqué à gauche, surtout en recrutant ceux qui ne comptent pas aller à la gamelle de la majorité : Jean-François Kahn, le plus vicelard des journalistes d'opinion, Yann Wehrling, ex président des verts, l'ancien vert Jean-Luc Benhamias (qui aurait d'ailleurs demandé des explications à Bayrou sur sa saillie du plus mauvais effet hier soir). J'avoue apprécier les personnalités telles que Christian Saint-Etienne (il ne garde du Modem que la couleur orange) que je sens en plein doute, ou Jean Peyrelevade obsédé à juste titre par la dette. Mais ces rares responsables lucides du Modem pèsent de moins en moins face au déferlement de personnalités à gauche de la gauche. Comment réagiront-ils après la soirée d'hier soir ?
Ce Cohn Bendit en a certainement retiré un bon bénéfice qu'on jugera dimanche soir. Et il le prend avec humour : "J'ai demandé l'asile politique à Mélenchon (Front de gauche), Xavier Bertrand (UMP) et Besancenot (Nouveau Parti anticapitaliste)", a-t-il ironisé dans"A vous de juger" qui suivait le débat. "Il va mal dans sa tête et je crois que c'est mauvais pour lui", a conclu Daniel Cohn-Bendit, accusant François Bayrou d'avoir "sacrifié son MoDem à son ego parce qu'il ne pense qu'à devenir président de la République". Le Modem n'e serait qu'un parti d'opportunistes dirigé par un opportuniste sans projet autre que purement personnel, comme le pense Authueil ? Au final, nous n'en savons pas plus sur l'Europe...
10:53 | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : bayrou, cohn bendit, verts, modem, europeennes |
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vendredi, 12 décembre 2008
La politique, c'est du sport !
Jean-François Copé a remporté un joli combat contre François Bayrou dans l'émission "A vous de juger". Je l'ai trouvé pugnace, maitrisant bien ses sujets et très incisif dans ses répliques, particulièrement brillant dans l'art de la petite digression assassine. Bref, il est vraiment parvenu à déstabiliser l'ancien candidat à la présidentielle sur tous les sujets abordés. A commencer par le positionnement du Modem sur l'échiquier politique. En reprenant le programme de Bayrou à la présidentielle, il a bien mis en évidence la posture du Modem : reniement des mesures défendues en 2007, opposition systématique pour mordre sur le centre-gauche alors que Bayrou reste un chrétien démocrate de centre droit, expliquant ses contradictions fréquentes. Il faut dire qu'il doit être difficile de rester cohérent lorsque la critique colle constamment à l'incohérence des réformes de Nicolas Sarkozy. Pourtant, la volonté de Bayrou d'inscrire dans la constitution l'interdiction des déficits publics de fonctionnement (j'attends néanmoins sa définition du fonctionnement et de l'investissement) est une mesure forte qui le distingue de l'UMP. Mais il n'ose visiblement pas trop appuyer ce raisonnement dans une conjoncture difficile, bien qu'il ait rappelé que les gouvernements rigoureux en période de croissance sont ceux qui disposent des meilleures marges de manoeuvre au moment des crises.
Bayrou s'est alors saisi du grand sujet de la semaine, la décision de faire nommer le président de France Télévision directement par le Président de la République. Le symbole peut choquer, la réalité a toujours été limpide pour tous. Copé, qui a présidé la commission sur l'audiovisuel public, connait donc ces questions sur le bout des doigts. Pas Bayrou manifestement. Au point de se prendre les doigts dans la porte en félicitant Valéry Giscard d'Estaing pour une décision qui était en fait celle de François Mitterrand. Copé a d'ailleurs bien appuyé sur la porte, on sentait le sourire de Marielle de Sarnez plus que crispé dans le fond. Il s'est repris une autre couche avec la réforme constitutionnelle. Bref, il était temps que le match s'arrête lorsque la pub a mis fin à cette séquence.
Certes, cette joute n'est pas grand-chose à côté de la colère de Sarkozy à l'encontre de Rama Yade, dorénavant mise sur la touche (et enfoncée assez méchamment par Kouchner) après avoir un peu pris la grosse tête, ni de l'assassinat en règle de Rachida Dati (commandité par Frédéric Lefebvre qui se débarrasse ainsi de la dernière proche de Cécilia ?) par le Point. Elle est tout de même parvenue à faire bondir Sarkozy en rappelant, en fin d'article, qu'elle "connaît les histoires de famille et du département des Hauts-de-Seine pour s’être occupée pendant quelque temps, en 2005, du secteur sensible des marchés publics, [et qu'elle] saura, le cas échéant, se rappeler aux bons soins de son protecteur".
La politique, c'est vraiment du sport !
16:54 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : bayrou, cope, ump, audiovisuel |
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