mardi, 11 septembre 2007
Le rôle des banques centrales dans la crise du subprime
Hier, au cours du Café Liberté hebdomadaire animé par Xavier Driancourt et Camille Barbier, nous étions une vingtaine à débattre de la crise actuelle sur les marchés. Trop tardivement hélas, les discussions sont parties sur la question du rôle des banques centrales... Trop brefs, ces échanges méritent qu'on y consacre une prochaine soirée. Cela dit, quelques arguments ont eu le temps d'être dégainés.
Pour commencer, la crise des subprime rappelle à tous qu’il n’y a pas de rendement sans risque. Avec une monnaie bon marché abondante, nombre d’investisseurs en quête de rendements élevés l’ont oublié à leurs dépens. En privilégiant les fonds titrisés aux prêts bancaires directs, moins rémunérateurs dans un contexte de taux bas, ils se sont exposés à des risques nouveaux. Les banques ont extrait de leur bilan des volumes considérables de crédits, dont les subprime, pour en transférer le rendement aux investisseurs. Ces derniers en ont alors négligé le risque de liquidité, non pris en compte par les agences de notation qui évaluent le risque de défaut.
La crise de confiance frappe d’abord les fonds trop exposés. Leurs actifs, devenus illiquides dans un marché paniqué, doivent être bradés s’ils ne peuvent être conservés. Responsables de leurs choix, les investisseurs apprennent le coût de ce risque au prix fort. En revanche, les banques présentent des bilans solides après des années de résultats mirobolants et avec l’arrivée de Bâle II. La diversification de leur activité leur permet d’affronter sereinement les pertes à venir tandis que les banques centrales assurent leurs besoins monétaires immédiats.
Sans nier l’impact probable de cette crise sur nos économies qui en ont vu d’autres, elle n’est pas tant due aux banques qu’à la baisse de vigilance des investisseurs. Echaudés, ils se tournent d’ailleurs à nouveau vers elles afin qu’elles reprennent les actifs illiquides à leur bilan. Si les banques souffrent aussi de leurs engagements, c’est par elles que la confiance reviendra.
En amont, certains libéraux mettent en avant le laxisme des banques centrales pour expliquer la récurrence de bulles, de crises et de chocs financiers. Le monde de la finance, complice, profiterait de son avantage prétendu pour gagner de l'argent sur le dos du peuple exploité. La croissance annuelle de la masse monétaire alimente l'inflation et/ou la croissance de la valeur d'actifs acquis avec cette monnaie abondante. Par ailleurs, l'argent bon marché inciterait les investisseurs à augmenter leurs risques pour obtenir des rendements corrects. Enfin, le sauvetage systématique du marché monétaire par les banques centrales pousserait pas les banques à s'exposer bien au-delà de ce que leur recommanderait la prudence.
Ces arguments me laissent plus que sceptiques. Il est vrai que l'argent émis chaque année facilite l'accroissement de l'exposition aux risques des acteurs du vaste univers de la finance, des mutuelles aux hedge funds les plus offensifs. Cet apport permet de gonfler aussi bien la dette publique que de la dette privée sous la forme de titres ou de crédits, les actions ou le marché immobilier. Les distorsions dans la valorisation de ces actifs par le marché sont-elles vraiment dues à cette monnaie nouvelle, ou plutôt à des choix douteux collectifs ? Je pencherais plutôt pour la seconde option. En revanche, la monnaie supplémentaire apporte à l'économie le carburant nécessaire à son dynamisme, améliorant la productivité mais aussi la richesse créée sous forme d'actifs. Certes, cela favorise au passage l'endettement des Etats. En contrepartie, les entrepreneurs trouvent de quoi financer leurs projets et les consommateurs de quoi se porter acquéreurs de leur logement. L'inflation courante, elle, reste plafonnée par une concurrence globalisée des biens de consommation courante. Une chose est certaine : cet argent n'est gratuit pour personne. Et tant qu'il n'est pas remboursé, il est porteur de risque. Il est donc également naturel que l'accumulation de risques financiers aboutisse à des échecs, à des crises qui viennent purger des erreurs ou des excès.
Au final, les investisseurs sont des acteurs responsables de leurs choix, des risques qu'ils prennent. S'ils commettent des erreurs, aucune intervention de banque centrale ne peut leur éviter le risque de faillite, ou au moins de pertes importantes. Les fonds disposent d'une totale liberté : ils ne sont contraints par aucun ratio prudentiel ou obligation de publication de leurs comptes. En contrepartie, ils n'ont pas accès aux facilités des banques centrales. Les banques, elles, se plient aux contraintes de Bâle II et ont un accès encadré aux banques centrales. Celui-ci porte un coût qui ne le rend pas indolore. Malgré un accès aux guichets des banques centrales, la faillite de banques n'a rien d'inévitable. En diversifiant leurs activités, elles ont fait preuve d'une grande prudence.
Bref, cette volonté de déplacer la responsabilité de ceux qui prennent des risques élevés sur autrui me semble dangereux.
06:20 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : crise des subprime, banques centrales, Federal Reserve Fed, BCE, banque centrale européenne |
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)






