jeudi, 12 octobre 2006

Un projet de loi viserait-il à interdire la remise en question du réchauffement climatique ?

medium_h_9_ill_819306_claude-allegre.jpgTout a commencé par un article de Claude Allègre dans l'Express, dans lequel il déclarait : "La cause de cette modification climatique est inconnue. Est-ce l'homme? Est-ce la nature? Les archives glaciaires ou historiques nous indiquent que le climat est un phénomène capricieux. Les théories météorologiques mathématiques le confirment. Donc, prudence. ".

Mais son véritable crime de lèse-majesté venait fermer ce billet : "En attendant, l'écologie de l'impuissance protestataire est devenue un business très lucratif pour quelques-uns!".

Des noms ! Des noms ! Chercheurs du CNRS, Instituts de climatologie qui se gavent, ONG sur un créneau porteur ?

 

Ecrit par un éminent géophysicien, on comprend l'effet de tels propos ! Surtout que, contrairement à ce que laissent filtrer les médias, il n'est pas seul. Ses thèses sont partagées par les géophysiciens de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), dont le directeur a déjà émis des propos assez proches. Mais le texte d'Allègre fut le point de départ d'un ouragan scientifique et médiatique. Certains députés, de droite comme de gauche, s'en émurent et tinrent à son endroit des propos peu amènes.

 

Un panel de scientifiques (tous fonctionnaires) transmit à l'Express une réponse "officielle" et scientifique à chaud : "On pourrait s'attendre à ce qu'un chercheur "éminent", ancien ministre de la recherche et académicien, donne une information d'expert scientifique responsable et non une information tronquée, presque partisane et fausse, surtout lorsque cela concerne un sujet sociétal"... et, surtout, un sujet qui les fait tous vivre aux frais du contribuable !

Après l'article de Stéphane Foucart dans le Monde, plutôt ouvert, Sylvestre Huet, dans Libé, fut incendiaire : [Claude Allègre] "s'y livre en effet à une série d'affirmations dont on hésite entre mensongères ou ignorance grave pour les qualifier.".medium_ass.2.jpg

 

Véronique Anger-de-Friberg, dans AgoraVox, intitula son texte "Claude Allègre, hérétique ?". Son texte révèle qu'elle comprend bien l'enjeu qui se dissimule derrière ce débat : "Les similitudes avec la tyrannie de la religion sont troublantes. Elles ne pouvaient que sauter aux yeux du libre penseur que je suis... dussé-je finir sur le bûcher ! ". Et en effet, les politiques commencèrent à tiquer. Comment séduire un public désabusé, autrement qu'en surfant sur les poncifs du moment ? C'est la voie (facile) empruntée par des politiciens qui s'accrochent à leur siège comme les moules à leur rocher, pour reprendre l'heureuse formule de Galouzeau à l'égard des fonctionnaires.

 

La réaction de Claude Allègre fut posée, franche et claire : "Ma chronique sur le «réchauffement climatique» ayant suscité trois ou quatre réactions d'une violence hors de propos, je me dois de mettre les points sur les i. ".

Son approche le distingue nettement du business écolo traditionnel, ces marchands de peur. Elle se fonde sur l'étude et la raison : "ce qui me distingue des fanatiques de l'effet de serre, c'est que leurs proclamations consistent à dénoncer le rôle de l'homme sur le climat sans rien faire pour combattre ce danger, si ce n'est organiser des colloques et préparer des protocoles qui restent lettre morte. C'est l'attitude de l'écologie dénonciatrice. Je me situe clairement dans l'écologie réparatrice. Celle qui propose des solutions concrètes pour préserver notre planète. Dans le cas présent, en aménageant le territoire pour la préservation de l'eau et la prévention contre les cyclones, en défendant l'idée des voitures hybrides ou électriques dans les villes et les recherches sur la séquestration du CO2." [...] "Allègre manipule le texte, trompe ses lecteurs". Rien que ça !

Et, pour finir, une conclusion qui cogne : "Ce dont je rêve, c'est que l'écologie soit le moteur du développement économique et non un obstacle créateur de peurs.". Un politique pareil me plait, même si je ne partage pas ses convictions sur certains sujets pour lesquels il réagit en vrai paléo-collectiviste. Il n'est manifesteemnt pas là pour se faire des potes ! La méthode est parfois brutale, mais elle a le mérite d'être claire, non alambiquée.

 

Hélas, il est trop tard. Un projet de loi commencerait à circuler dans l'hémicycle et pourrait être proposé dans les prochaines semaines. Pendant que Daniel Schneidermann réagissait avec une parfaite mauvaise foi sur Big Bang Blog, un député UMP aurait avancé : "on ne peut permettre aux intellectuels, aux scientifiques, de remttre en question des vérités que personne de sérieux ne conteste". Du côté du Parti Communiste, même type de réaction visiblement. Si le PS défend plutôt Claude Allègre, les tensions actuelles se traduisent aussi par de belles petites trahisons dans le dos. Certains n'hésiteraient pas à le désavouer et à soutenir ce projet de loi. Bref, il pourrait transcender le clivage gauche-droite et passer en force avant la fin de l'année.

Contester le réchauffement climatique risquerait alors de devenir un délit, sanctionnable par de la prison avec sursis et des amendes pouvant atteindre 45.000 euros !

16:55 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : rechauffement, allegre, environnement | | | Digg! Digg |  Facebook