mardi, 19 octobre 2010

Ryanair, modèle ou voyou ?

ryanair_sarkozy.jpgRyanair est l'enfant de la dérégulation de l'espace aérien. La fin des monopoles d'Etat a vu émerger des compagnies à bas coût de ce type. Jusqu'alors, les monopoles d'Etat étaient des entreprises daux prestations médiocres mais paradoxalement coûteuses. La philosophie d'un monopole public est simple : quitte à ne viser qu'un public riche, autant le maltraiter.

 

Ryanair a su réduire tous ses coûts, au point de suggérer que l'usage des wc pourrait devenir payants, ou que les passagers pourraient bien avoir à voler debout, ce qui est un comble. Pour parvenir à des vols à 5, 10 ou 15 euros, tous les moyens sont bons, Ryanair a été à la pointe de l'innovation pour offrir à tous des vols accessibles, moins chers que le premier transport en commun public et monopolistique local. Résultat, le public a répondu présent, entraînant une croissance impressionnante  du chiffre d'affaire d'année en année malgré les annonces à la limite du mauvais goût (ou du dangereux lorsque Michael O'Leary, pdg de Ryanair, demande l'absence de copilote : "Si le pilote a une crise cardiaque, il sonne en cabine et fait venir une hôtesse qui a été préalablement formée pour faire atterrir l'avion."). Une deuxième clef du succès de la compagnie, moins glorieuse, c'est la chasse aux subventions publiques. Lorsque les villes ne refusent pas l'ouverture de nouveaux aéroports, elles choisissent au contraire de subventionner les compagnies qui s'y installent. Encore l'un des grands paradoxes français : comment imaginer un marché libre sans entraves, ou sans subventions ?

 

Ryanair est allé plus loin dans l'ingénierie sociale. Un conflit est alors né, opposant Ryanair à l'URSSAF. Navigant sur le droit européen de la libre circulation des travailleurs, Ryanair a choisi une interprétation un peu libre des textes, et n'a pas déclaré ses salariés installés en France sous le droit français. Pas de contrat de travail rigide, pas de charges sociales exorbitantes. Bref, les conditions pour offrir des billets pas cher. Cela n'a duré qu'un temps. Lorsque la sanction est tombée, le patron de la compagnie a préféré faire à sa compagnie une bonne pub, au détriment de la France, en annonçant son retrait progressif de Marseille, causant la perte d'environ 1.000 emplois. Qu'est-ce que 1.000 emplois quand on en détruit et qu'on en créé 20.000 tous les jours en France ? Marseille a d'autres priorités, comme de bien payer les grutiers de son port à pas faire grand chose.

 

Ce départ a vite fait saliver notre compagnie nationale, beaucoup plus chère : Air France a tout de suite vu la place que sa propre compagnie à bas coût pourrait saisir. L'annonce a été un peu rapide, car les autorités se sont alors apperçues que CityJet copiait sans vergogne les recettes de Ryanair. Une procédure est en cours pour "travail dissimulé". Fin du rêve pour la compagnie nationale.

 

Dans le sillage du Grenelle de l'environnement, la France est un pays qui a fait le choix courageux de ne destiner l'avion qu'aux riches. Au nom de l'environnement, sûrement.

vendredi, 04 juillet 2008

La libéralisation avance, lentement mais sûrement

Aujourd'hui, deux petites informations nous rappellent que derrière le rideau d'informations superficielles, le pays continue à se moderniser. Lentement mais sûrement. Grâce à l'Europe, Air France et Veolia vont faire rouler leurs propres TGV sur le Réseau Ferré de France et d'autres réseaux européens. A quand des RER privés en Ile de France ? La Poste réflechit (conseillée par Rotschild ET Baker & Mc Kenzie !) à un changement de statut pour affronter la concurrence en 2011. D'un statut d'entreprise publique, elle passerait à celui de simple société anonyme. Alors que les Français se demandent encore si la concurrence dans le rail est concevable, le monopole tombe sous la pression européenne. La Poste, privée, aura le même statut que la Poste suédoise qui l'est depuis plusieurs années avec succès. Très naturellement, les Français vont découvrir les charmes de la concurrence dans ces secteurs qui leur semblaient des bastions nationalisés indéboulonnables. Si la SNCF a su évoluer à la pointe des progrès technologiques depuis la naissance du TGV (sans doute à cause de la concurrence rude avec l'avion), les français vont découvrir que la Poste aussi peut innover et être à l'écoute des "usagers" devenus de vrais clients.

Finalement, le marché aura gagné sans coup férir. Pendant que nos médias se passionnent pour "les montres à 50.000 euros" du Président, pour Carla ou pour la libération formidable (merci Alvaro Uribe, dissident du parti libéral, le Partido Libera Colombiano) d'Ingrid Betancourt, la concurrence s'installe partout, grignote les espaces étatisés en silence. Le consommateur s'y retrouve, le citoyen comprend de moins en moins bien le rôle de l'Etat dans cette évolution. Et c'est bien ainsi, l'Etat étant voué à ne plus intervenir dans le marché pour mieux se centrer sur ses missions régaliennes. Celles-ci sont aussi régulièrement concurrencées par des prestataires privés, commerciaux (dans le secteur de la sécurité par exemple) ou associatifs.

samedi, 25 novembre 2006

Une excellente initiative de la SNCF !

La SNCF a décidé de faire sa promotion en comparant les prix, le temps et la pollution des différents modes de transport. Evidemment, l'avion s'en sort très mal. Air France, qui vit encore grâce à de précieux avantages nationaux (meilleurs emplacements dans nos aéroports par exemple) rue dans les brancards pour bloquer cette concurrence trop loyale. La publicité est un secteur extrêmement encadré par la loi, afin de prévenir les effets pervers d'une trop grande liberté de communication. La liberté en France, c'est mal.

Cette fausse pudibonderie morale permet aux annonceurs de placarder des femmes à quatre pattes à poil, tenues en laisse par une autre femme avec un contenu implicitement sexuel (pour vous, peut-être pas, mais l'effet que ça me fait ne me laisse aucun doute là-dessus), parce qu'il s'agit de mode ou de parfums. Lorsque nos enfants prennent le métro, ils ont régulièrement droit à d'immenses affiches de femmes (ou d'hommes) nues, pulpeuses. De quoi réveiller nos sens pour arriver à l'école ou au bureau en pleine forme. Aussi de quoi accélérer le processus de puberté pour les plus jeunes. Et je ne parle pas de violence : films, jeux vidéos dont la promotion s'avère extrêmement violente.

 

Mais comparer les émissions de CO2 et inciter aux comportements plus écolo, non. Jusqu'alors, la RATP a su jouer sur ce concept sans riposte des constructeurs automobiles. C'est exactement ce que propose « l'écocomparateur » lancé début octobre sur le site www.voyages-sncf.com. Premier acte, Air France a qualifié les chiffres, défavorables au transport aérien, de « grossièrement faux ». L'accusation a immédiatement été rejetée par l'Agence pour l'environnement et l'énergie, partenaire de la SNCF. Entre copains, on sait se serrer les coudes.

 

Avec l'explosion du commerce électronique (un Français sur trois a déjà acheté en ligne), les comparateurs de prix (parfois intéressés avec le soutien de certaines marques) multiplient les polémiques. Fin août, la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) annonçait une enquête sur le secteur. Plus les Français sont adeptes des comparateurs – 57 % des acheteurs en ligne les consultent avant achat –, plus ils s'en créent. Et la fiabilité est un argument souvent mis en avant. La DGCCRF entend donc contrôler « l'indépendance des sites vis-à-vis des vendeurs » et la fiabilité de l'information donnée aux consommateurs. Son rapport est attendu début 2007. Je préfèrerais que des associations de consommateurs, en concurrence, se chargent de cette comparaison des comparateurs. Après tout, c'est aux consommateurs qui le souhaitent de payer pour de telles institutions indépendantes. Nos gouvernants jacobins ont encore trop besoin de créer de nouvelles commissions pour caser les bras cassés de la politique.

 

En attendant, vive la publicité comparative !

Et bravo à la SNCF pour son initiative.