vendredi, 06 février 2009
Annonce : une banque allemande déplafonne les salaires
Barack Obama a fait la une des médias lorsqu'il s'est indigné contre des excès scandaleux de banquiers d'affaire pris la main dans le sac. Il avait pleinement raison compte tenu des sommes mises en jeu par le gouvernement pour sauver le système bancaire américain. S'il n'est pas concevable que les bonus indécents continuent à être versés aux opérateurs de marché de ces établissements en difficultés portés par le contribuable américain, il n'est pas plus raisonnable de les supprimer purement et simplement. Dans le sillage de cette colère médiatisée, il a imposé le plafonnement des salaires des dirigeants de banques soutenues par l'Etat américain à 500.000 dollars par an (390.000 euros, déjà un joli pactole). Il y a une double logique dans cette décision. La logique financière veut que l'argent des contribuables n'aille pas rémunérer les salariés des banques mais plutôt leur activité de prêts. La logique politique veut exploiter l'idée de faire des banques les bouc-émissaires de la crise, ce qui permet d'éluder la responsabilité des autorités administratives et de la banque centrale américaines, et le fait que les banques américaines sont inutilement hyper réglementées.
Mais en réflechissant un peu plus à la question, ce raisonnement présente des failles importantes. La banque est un métier de compétences humaines. Refuser d'investir dans cet élément essentiel peut aboutir à des effets pervers évidents. C'est ce qu'a compris le patron de la Deutsche Banj, Joseph Ackerman, qui annonce que la Deutsche Bank (qui n'a sollicité aucune aide publique) est prête à accueillir les talents des banques américaines qui voudraient échapper à cette toise punitive. Même s'il ne s'agit que d'un effet d'annonce de cette banque qui a beaucoup souffert de la crise, elle révèle ce qui va se passer. Cela peut vous paraître indécent, et pourtant... Rappelez-vous Carlos Ghosn parti reprendre Nissan pour le compte de Renault. Pensez-vous qu'il agissait en philanthrope ?
Les banques ont vécu des mois extrêmement difficiles, suivis de purges lourdes, très lourdes. La seule Citibank a licencié 52.000 salariés à cause de la crise financière. Les primes se sont effondrées, même pour ceux qui avaient réalisé de bonnes performances, contribuant ainsi à limiter la casse. Vous imaginez bien que dans ce carnage, les meilleurs managers sont particulièrement recherchés pour reprendre les rennes des établissements, manager leur redressement périlleux et revenir à un modèle économique solide et rentable. D'autres seront sollicités par les hedge funds et le private equity qui offrent des primes incomparablement plus élevées que les banques. La compétition est donc ouverte entre toutes les banques, et certaines se retrouvent bêtement bloquées par ce plafond arbitraire fixé par Obama. Devinez où iront les meilleurs. Pas dans les banques américaines qui devront faire avec les derniers fidèles...et les restes. Au final, il n'est pas certain que le contribuable américain s'en sorte mieux avec cette mesure certes populaire, mais ô combien coûteuse.
19:21 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : ackerman, deutsche, bonus |
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