lundi, 25 juin 2007

Le traité avance, l'Europe recule

c8a3fa92e7e7938d8f46fcbdda651e5b.jpgAlors qu'Angela Merkel termine sa présidence de l'Union Européenne sur le projet de traité dont tout le monde parle, l'arrivée de Nicolas Sarkozy lui a volé la vedette en s'appropriant adroitement ce succès. Ne lui en tenant pas rigueur, elle semble heureuse de voir la France de retour sur la scène européenne, et en grande forme. Notre président tappe sur l'épaule de Barroso en le tutoyant, bouscule volontiers le protocole et prend un ton beaucoup plus coopératif et pragmatique que son prédécesseur. Compte tenu des blocages de la Pologne et du Royaume-Uni, justifiés ou non, les dirigeants européens s'appuient déjà sur le tonus nouveau venu pour désamorcer des crispations identitaires avec son enthousiasme contagieux.

 

La semaine dernière, Sarkozy a pourtant lâché une bombe qui, bien que passée inaperçue dans notre pays baignant dans l'euphorie générale, a passablement perturbé nos partenaires européens. Le manque de réaction de leur part semble être autant dû au charme de Sarkozy, incontestablement efficace, qu'à la crainte de plomber une ambiance enfin redevenue constructive après deux ans de morosité. Sarkozy, arrivé au bon moment et muni de la bonne volonté souhaitée par nos partenaires européens, il sait qu'il peut imposer ses priorités sans trop de risque. Et celles-ci ne sont pas rassurantes pour les libéraux.

 

Cette bombe, c'est le retrait demandé du principe de "libre concurrence" des objectifs principaux de la construction européenne demandé par Nicolas Sarkozy. Bref, l'Europe deviendrait une grosse administration couvrant les protectionnismes de chaque pays membre. Fin du grand marché, de la compétition ouverte. Retour des barrières douanières et des services publics monopolistiques. Certains hauts fonctionnaires européens cherchent à minimiser la portée d'un tel changement. Mais les experts en droit de la concurrence savent qu'un tel changement, s'il est validé, serait lourd de conséquence pour l'Europe, pour la concurrence et, finalement, pour le consommateur.

 

Car rappelons-le, le premier bénéficiaire de la libre concurrence, c'est bien le consommateur !

 

Pendant que Neelie Kroos s'alarme de l'absence de réaction de Barroso, complètement séduit par la personnalité de Sarkozy, et des dirigeants européens libéraux, Sarkozy enfonce le clou : "le mot 'protection' n'est plus tabou" et "La compétition comme idéologie, comme dogme, qu'est-ce que ça a fait pour l'Europe ?". Espérons tout de même qu'une prise de conscience des européens fera retirer cette proposition du traité en cours de finition.

Nous ne sommes qu'au début d'un mandat qui risque d'être long... très long.