jeudi, 31 janvier 2008

N'aggravons pas la situation de la Société Générale

Un jeune homme qui voulait devenir "trader exceptionnel" est devenu "escroc exceptionnel" (voici comment). Pas de bol pour la Société Générale qui s'est retrouvée contrainte à liquider une position gigantesque dans les pires conditions. Ce timing très malchanceux a multiplié la perte initiale par plus de 3. Aujourd'hui, ce beau fleuron bancaire français est affaibli, un genou à terre. La Société Générale est devenue une proie idéale pour un groupe bancaire en quête d'expansion (son cours s'est d'ailleurs envolé de +10 % le jour où les actionnaires l'ont compris !), quoi qu'en pensent Nicolas Sarkozy et  Henri Guaino. Ce dernier ose avancer que «Dans le système financier tel qu'il est, nulle part dans le monde, un patron de banque ne sait exactement ce qui se passe dans sa banque. Plus personne ne sait où sont les risques et quelles sont les valeurs exactes des actifs». Notre conseiller spécial n'a pas dû lire la presse : les positions de notre trader malhonnête concernaient des produits extrêmement simples et faciles à suivre, très loin des montages sophistiqués.

 

Mais voilà. Personne n'est plus mauvais que l'Etat dans la gouvernance et le pilotage d'entreprises ! Du Crédit Lyonnais à EADS, l'Etat accumule les prix au hit parade des scandales. D'ailleurs, le conseil d'administration de la banque a choisi de garder Daniel Bouton pour le moment, contrairement aux exigences d'un Sarkozy totalement incompétent pour enjuger, totalement illégitime pour en décider. On ne jette pas le capitaine par-dessus bord en pleine tempête, quoi qu'en pensent nos politiques.

 

Reprenons. Un monde sans risque n'existe pas. Le risque zéro, c'est l'activité zéro. Même dans un univers bancaire réputé pour la qualité de son contrôle des risques, l'acumulation d'erreurs et le talent d'un fraudeur peuvent aboutir à ce type d'accident. Fort rarement heureusement. Si les procédures se renforcent continuellement, elles ont un coût financier mais aussi un coût en terme de déperdition d'énergie (procédures multiples qui ralentissent la réactivité et limitent les capacités d'action de nombreux opérateurs de marché). Ces procédures, en se compliquant, offrent aussi des failles de plus en plus complexes à déceler une fois qu'un opérateur malhonnête sait les exploiter. C'est particulièrement vrai dans des multinationales dont les structures centralisées sont vite très lourdes. L'équilibre n'est pas facile à trouver entre un niveau de contrôle élevé, coûteux, et un niveau trop faible qui expose à des erreurs et des fraudes d'ampleur.

 

En attendant, chaque intervention de nos gouvernants met de l'huile sur le feu, amplifiant la médiatisation du scandale, fragilisant les plans de reprise du groupe par des banques qui pourraient faire grimper le cours de la banque et lui offrir un bel avenir. Bref, l'immixtion des politiques dans cette affaire pénalise les salariés du groupe ainsi que les actionnaires, dont il ne faut pas oublier que 10 % sont aussi salariés de la SG.

 

Les membres du gouvernement et notre président de la république ont tous largement montré leur totale méconnaissance des rouages économiques. Dans une situation aussi grave, je leur recommande d'éviter les déclarations populistes dont ils sont coutumiers. Elles sont non seulement extrêmement dommageables pour la résolution de cette crise, elles le sont aussi pour l'ensemble de notre économie.

10:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Jérôme Kerviel, Société Générale, Daniel Bouton | | | Digg! Digg |  Facebook