lundi, 08 janvier 2007
Le petit livre rouge du Ministère du Tourisme
Le tourisme est une activité essentielle en France, "le plus beau pays du monde". Une nouvelle source de touristes vient se déverser chaque année davantage dans nos hôtels : les Chinois. En 2005, ils ont été 600.000. Ils seront rapidement plus d'un million à venir découvrir les charmes de Paris et, qui sait, des chateaux de la Loire, du Mont Saint Michel et de nos belles provinces. Comme toute activité économique, elle se doit d'être solidement encadrée par son ministère de tutelle. Et il n'hésite pas à renier nos principes fondamentaux dans un document officiel. Le Ministre du Tourisme s'est ainsi chargé de former nos entreprises à l'accueil de cette nouvelle clientèle. C'est normal, le ministre et ses hauts fonctionnaires savent tout. Aussi est-ce toujours une joie de constater qu'ils ont même la gentillesse de partager un peu de leurs connaissances sans limites avec les rustres, en l'occurrence les professionnels du tourisme qui attendent la bonne parole divine avant de faire quoi que ce soit.
Un petit livre de 63 pages, publié par le Ministère du Tourisme, expose un peu la culture chinoise (je suppose en très très synthétique), les us et coutumes et la façon de les recevoir : aquarium (et petit filet pour les manger encore frétillants en apéro ?) et plantes vertes, pas de nourriture trop grasse mais des petit-déjeuners abondants, éviter le 4eme étage (qu'il suffirait de renommer arbitrairement "3eme bis" ou "8eme étage", mais l'astuce n'est pas proposée)... Bref, tout est bien clarifié pour ne pas mettre de baguettes dans les roues mais plutôt sur la table de nos nouveaux clients. Aucune distinction n'est faite entre les Chinois de Hong Kong, de Pékin, de Shanghaï ou d'autres villes qui ont leur culture propre. Non, l'ouvrage traite "le Chinois" comme un individu standard partageant les mêmes besoins, les mêmes attentes, les mêmes préférences et la même culture que les autres centaines de milliers de ses congénères. Entre le PCC et notre gouvernement, le planisme fait toujours des merveilles.
Là où nous retrouvons les petits défauts typiques de notre classe dirigeante, c'est l'approche "diplomatique" concernant les sujets à ne pas aborder. Le livre est clair là-dessus : il ne faut pas parler de sujets politiques avec nos amis chinois. Surtout les sujets qui fâchent : il ne faut pas évoquer Tienanmen, encore moins le Tibet. Au petit déjeuner, je comprends; mais ce moment de précieuse douceur passé, une telle restriction émise par une autorité publique est incompréhensible. C'est pourtant ce qui nous est explicitement demandé.
Amnesty International s'en est émue et a exprimé sa désapprobation de voir une instance Etatique encourager la dissimulation de sujets politiques d'une grande gravité. Je m'associe pleinement à ces propos et m'avoue profondément choqué de lire qu'un document officiel, payé avec l'argent du contribuable, incite à baillonner la Liberté et cacher notre respect des Droits fondamentaux de tout être humain à des touristes libres de voyager et de s'ouvrir au monde. Surtout qu'au même moment, la France a signé un traité d'extradition avec la Chine. Notre rapprochement n'a de sens que si nous procédons honnêtement, sans nous renier. Hélas, même nos ministres de seconde catégorie jouent en première série des clubs de faux-derches.
Et puis pour finir, je suis heureux d'avoir entendu Ségolène avoir fait montre d'un peu plus de courage en Chine même. Allez, un point pour cette candidate dont nous ne savons encore pas grand-chose du contenu de son discours.
11:10 Publié dans Economie, Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : Chine, tourisme Paris, Amnesty International, Ségolène Royal en Chine |
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)






