mercredi, 23 mai 2007

Etonnante rencontre

Promenade dans le Marais pour aller à la rencontre des commerçants. Autour de la rue des Rosiers, la tendance est à l'ultra-sarkozysme. La volonté de changement y est extrêmement forte. L'accueil à mon programme est plutôt bon. Un changement est attendu tant concernant notre modèle social qui pénalise l'effort et le succès, que concernant la politique étrangère de la France.

 

En discutant avec celui qui semble être le patron d'un petit restaurant, il me désigne soudain un petit bonhomme qui approche, et me recommande vivement de lui parler, car il s'agit du président de l'association des commerçants du quartier. Cet individu tout simple arrive à notre niveau et s'installe alors à l'une des tables des lieux. Il est manifestement chez lui. En fait, j'apprendrai que plusieurs commerces lui appartiennent dans la rue. Nous engageons la conversation. Tout au long de notre longue discussion en terrasse, une partie du quartier semble défiler pour lui serrer la main. Je comprends vite pourquoi : c'est Jo Goldenberg.

Il me parle simplement de son enfance dans la France d'avant-guerre, de ses parents débarqués d'Istamboul, la France occupée et l'impossibilité de demander des tickets de rationnement de peur d'être raflé, la libération et son acte de bravoure de l'époque : la capture de vondcd43cda3b22121d8449e06f7c56fe2b.jpg Choltitz au cours de sa fuite de Paris. Ensuite, au cours de nos échanges sur la France, nous évoquons le refus de nos gouvernants et de notre fonction publique d'accepter la réalité de la collaboration active et de l'absence d'épuration au sein de l'administration après-guerre. Plus tard, il me raconte l'attentat de la rue des Rosiers, le 9 août 1982, au cours de laquelle un groupe de terroristes (extrême-droite ? Abou Nidal ?) assassinent 6 personnes et en blessent 22 dans un bain de sang. Le lendemain, il décide courageusement d'ouvrir son commerce, malgré la douleur difficilement soutenable, pour montrer qu'il ne s'avoue pas vaincu devant le terrorisme. Il me raconte comme il lui fut pénible de se remettre à travailler le lendemain du froid assassinat de son cousin et des proches du quartier.

 

 

En 2006, Jo Goldenberg ferme son établissement mythique au carrefour de la rue des Rosiers. Il m'avoue simplement : "trop de charges" ! 

 

Je dois avouer que ce type de rencontre inopinée constitue des instants magiques pour l'homme curieux que je suis.