lundi, 26 janvier 2009

Plan de relance : la grande illusion

Logo la Tribune.gifPublié dans la Tribune du 23/12/08

(après une mise en ligne en décembre sur ce blog et sur le site du Parti Libéral Démocrate)

 

La crise financière n’a pas que des mauvais côtés. Elle a incité les grands pays à coordonner leur action et renforcé la dynamique de la mondialisation. Loin d’une « refondation du capitalisme » préconisée par Nicolas Sarkozy, le G20 à Washington a réaffirmé avec vigueur son attachement au jeu de la concurrence et au libre-échange. La crise révèle aussi des failles importantes. Derrière l’apparente relance de la construction européenne, l’Union Européenne subit un stress important. Les interventions publiques massives ont montré leurs limites et engendré de nouveaux dangers sans ramener la confiance des acteurs économiques. Aujourd’hui, le clivage grandit entre la France et l’Allemagne autour de l’orthodoxie budgétaire, et plusieurs pays de la zone euro connaissent des difficultés pour financer leurs besoins. Dans un tel environnement, les plans de relance sont périlleux et d’une efficacité contestable. S’il a la volonté de faire des choix difficiles, le gouvernement dispose d’autres moyens éprouvés pour favoriser la reprise.

 

L’impact de l’action publique est positif lorsqu’elle agit sur les bons leviers. Or, un « plan de relance » consiste à transférer à l’Etat la capacité d’investissement et le pouvoir d’achat des autres acteurs économiques. Après 34 années de déficits publics ininterrompus, les Français ne sont plus dupes et ne réagissent plus à ces déplacements temporaires. En revanche, ils savent que la dette ne cesse de grossir, qu’elle coûte de plus en plus cher et qu’elle n’intègre pas les engagements considérables de retraite. Un plan de relance constitue donc surtout un prétexte pour éviter de baisser la dépense publique et pour échapper à nouveau aux critères de Maastricht.

 

Les critères de convergence ont pour rôle d’assurer l’harmonie financière entre Etats de la zone euro, que la monnaie commune rend solidaires. La forte aversion pour le risque des acteurs financiers entraîne un effet d’éviction à l’encontre des investisseurs privés, mais aussi des Etats jugés fragiles comme la Grèce ou l’Autriche. Les capitaux vont en priorité aux Etats les plus solides : l’Allemagne ou la France. Face au dégonflement des actifs immobiliers et financiers se constitue donc une bulle sélective d’endettement public, alimentée par l’injection massive de liquidités par la BCE. Les plans de relance s’ajoutant au coût des premiers plans de sauvetage des banques, cet effet d’assèchement des marchés risque de placer des gouvernements en cessation de paiement et d’aboutir, comme le dit Angela Merkel, à une nouvelle crise d’une extrême gravité. Peut-être au point de faire exploser l’euro.

 

La reprise repose donc sur le dynamisme des locomotives de la croissance. Pour que notre pays libère les énergies profitables à tous, il doit atténuer la progressivité excessive des prélèvements obligatoires et supprimer l’ISF, tabou dont même le socialiste Zapatero est venu à bout, qui les bride et diminue ainsi notre capacité de rebond à tous. En mettant fin à la plupart des niches fiscales dont personne ne sait évaluer les effets, le taux marginal de l’impôt sur le revenu pourrait être abaissé sous la barre des 20 %. Un tel cadre constituerait aussi une incitation, pour les Français expatriés, à revenir investir leur talent et leurs capitaux sur notre territoire.

 

Pour lutter contre le fléau du chômage, la simplification de la réglementation du travail doit être accélérée, notamment pour parer aux effets de seuil qui bloquent la croissance des PME. Le coût du travail est un autre facteur pénalisant pour l’emploi. C’est une raison supplémentaire en faveur de prélèvement direct des assurances sociales auprès des assurés plutôt que sur les revenus des actifs. Pour nourrir ce débat, l’instauration du salaire complet rendrait le coût du travail transparent pour tous par la fusion des charges patronales avec le salaire brut. A ce sujet, le statut d’auto-entrepreneur qui sera mis en œuvre le 1er janvier 2009 va dans le bon sens, bien que ses plafonds soient trop bas. Il nous faut enfin soulager les entreprises des charges qui brident leur développement. La disparition  définitive des cotisations familiales et de la taxe professionnelle, et l’alignement de l’IS sur la moyenne européenne à 25 %, pourraient être financés en supprimant l’essentiel des 65 Mds d’aides aux entreprises.

 

A côté de la tentation illusoire du plan de relance, la crise offre au gouvernement l’occasion de remédier aux faiblesses structurelles de notre modèle social. Ces réformes ambitieuses sont les plus favorables à un retour rapide à la croissance et à une baisse du chômage. Enfin, l’intégration européenne doit guider l’action du gouvernement, notamment pour mettre en place une coordination renforcée à l’échelon européen capable d’affronter les crises d’envergure. Comme le rappelle l’Allemagne, elle exige de revenir à l’orthodoxie budgétaire.

lundi, 24 novembre 2008

Sarkozy lance un fonds plus spéculatif que souverain

Dopé par la crise actuelle, Nicolas Sarkozy se sent pousser des ailes pour sauver la France, l’Europe et même le monde. Il sait que l’environnement actuel se prête aux mesures exceptionnelles, celles qui marquent l’histoire du sceau de leur initiateur. Mais comme beaucoup de ses chers compatriotes, le Président de la République découvre à peine la complexité de l’économie à l’échelle du monde. Lorsqu’il s’inspire des bonnes pratiques de nos voisins, il ne prend hélas pas en compte leur environnement propre, pas plus qu’il ne regarde leur mode d’emploi. Sa dernière trouvaille, le fonds souverain, va transformer l’Etat français en apprenti sorcier du LBO. Est-ce bien raisonnable d’endetter une fois de plus les Français pour spéculer à crédit ? Quelle est donc cette nouvelle morale que notre Président souhaite insuffler ?

 

Dans notre contexte financier extraordinaire, Nicolas Sarkozy aurait eu tort de se priver d'un tel effet d'annonce. Le fonds souverain, incarnation d'un Etat financièrement solide, est bel et bien dans l'air du temps. Pourtant, l'apparition du premier fonds souverain date de 1953. Il s'agissait du fonds souverain koweitien...

Depuis des années, les pays disposant de ressources énergétiques, tels la Norvège, le Koweit ou la Russie, ou d’une balance commerciale très largement excédentaire comme la Chine, accumulent des centaines de milliards de dollars dont ils ne savent que faire. Ils ont alors mis en place des fonds stratégiques dits souverains afin de recycler leur épargne nationale en investissements de longue durée.

Chacun le sait : la matière première du fonds est l'argent. Sans argent, le fonds souverain est une coquille vide. Pourtant le Président Sarkozy a annoncé cette semaine la création d'un fonds souverain de 20 milliards alors même que le déficit de l'Etat français tutoie les 50 milliards annuels et que la dette « officielle » (sans compter la dette sociale hors bilan) avoisine les 1.200 milliards d'euros.

Paradoxal ? Poser la question c'est déjà y répondre.

 

Que représente, pour la France, la constitution d'un fonds souverain à crédit ? Un emprunt supplémentaire de 20 milliards au taux de l'OAT dont le retour sur investissement dépendra en partie de la direction des marchés financiers. L’année 2009 s’annonçant difficile, nous ne pouvons exclure que le CAC 40 frise les 2.000 points. A ce niveau, la note risque d'être extrêmement salée pour le contribuable. Autrement dit, un verre supplémentaire dans notre marigot de dettes. Nicolas Sarkozy entendait-il refonder « le capitalisme financier » en lançant l’Etat français dans une telle opération spéculative à effet de levier ?

Quant à l'argument consistant à avancer que ce fonds souverain sera de nature à protéger nos entreprises de prédateurs étrangers, il n'est pas non plus très sérieux. Que fait-on aujourd'hui avec 20 milliards ? En admettant que le fonds français dit souverain soit effectivement classé dans la catégorie des fonds souverains, la mise en comparaison des fonds en termes de volume financier relègue l'Etat français au rang de petit poucet. L'Abu Dhabi Investement Authority gère plus de 600 Mds $, le Governement Pension Fund-Global de Norvège plus de 300 Mds, et la Chine dispose de plus de 2.000 Mds !

 

Nicolas Sarkozy devrait écouter les 19 autres pays du G20 qu’il a été si fier de convoquer. Les grandes crises ne se résolvent pas en érigeant des lignes Maginot et en substituant des acteurs publics aux acteurs privés en difficulté. En matière financière, l’Etat n’a aucune raison de faire des choix plus judicieux que les entreprises, il n’en a ne les compétences, ni les moyens. Lorsque les politiques pratiquent une basse démagogie en présentant les investisseurs étrangers comme des « prédateurs », n’oublions pas qu’ils représentent avant tout une aubaine pour obtenir davantage de capitaux et ouvrir de nouveaux marchés. Le géant bancaire suisse UBS a été sauvé de la tempête financière grâce à l'injection de milliards du fonds souverain Singapourien.

Plus récemment, la banque française BNP Paribas a réalisé une belle opération dans son développement en rachetant la banque Fortis de l’Etat belge, qui n’a pas ce genre de préjugé. Plus que jamais, les entreprises françaises doivent être libérées de leurs entraves actuelles. C’est la condition essentielle pour que notre économie s’en sorte le plus vite. L’urgence est à la simplification du marché du travail et à l’allègement des prélèvements et des charges administratives pesant sur leur activité. Assumons enfin nos talents, et profitons des ouvertures qu’offre la mondialisation !

Co-écrit par Edouard Martin et Aurélien Véron

samedi, 22 novembre 2008

La fin du PS pour 42 voix ?

Aubry Royal.jpgSégolène Royal a perdu de quelques voix dans un scrutin que les deux candidates ont certainement bien truffé. Au jeu du bourrage d'urne probable, les clans "Tout Sauf Ségo" et la grande Martine ont été meilleurs que Ségolène. Cette dernière peut contester le scrutin,  et même légitimement, il n'en ressortira plus rien. La haine est trop forte, trop personnelle entre les deux camps. Un troisième scrutin serait -il obtenu d'un tribunal, il n'y aurait pas plus de chance de réconciliation, mais une certitude: un enlisement durable au moment où le PS a besoin de toutes ses forces pour redémarrer.  Bref, le PS va probablement exploser. Le camp autour d'Aubry, patchwork hétéroclite de petits notabliaux de la politiques soutenant chacun son éléphant, se serait résolu à la défaite parce qu'il a besoin de cette gamellle pour vivre (la politique se résume souvent à ça dans les grands partis). Pas le clan Ségo,  dont l'ambition est trop forte pour se satisfaire d'une pétaudière ringarde tenue par l'Aubry terne.

 

Premier vainqueur, Nicolas Sarkozy qui sait l'opposition au tapis pour au moins deux ans, européennes et (probables) régionales. Peut-être l'occasion de reprendre des régions au PS (s'il existe encore le jour venu).

Deuxième vainqueur, François Bayrou. Il va pouvoir ratisser large au PS et devenir officiellement le parti de centre-gauche de l'échiquier politique national. Et même tenter de faire monter Ségolène chez lui en loucedé pour discuter recrutement Bon, le jeu des egos domine trop pour rendre ce scénario crédible.

 

Bref, Ségolène se prend une seconde claque en 18 mois, et celle-là est plus grave que celle de la présidentielle. Cet échec marque la première faute lourde d'un parcours jusque-là cohérent et plutôt réussi vu les handicaps qu'elle a dû surmonter. Que ceux qui l'admirent se rassurent, elle a de la ressource. Et puis peut-être Carla Bruni-Sarkozy viendra-t-elle à son secours. Après le fond souverain de Nicolas, pourquoi pas un fond  Ségo par Carla ?

lundi, 17 novembre 2008

Le G20 accouche d'une souris...libérale

Si les médias français traitent d'abord du désastre de Reims, c'est que le G20 n'a accouché que d'une souris (alors que le le PS, de 2). En revanche, le reste du monde place ce G20 en tête de ses priorité, et analyse sobrement ce sommet qui marque peut-être la fin au G8. Au final, nous sommes loin de la "refonte du capitalisme" tant prônée par Nicolas Sarkozy. Au contraire, le sommet réaffirme la volonté de maintenir le cap libéral de la mondialisation : relance du cycle de Doha, défense du libre-échange, avec toutefois l'autorisation de procéder à des relances monétaires et fiscales et, enfin, de revoir les mauvaises règlementations. Rien de fondamental. Les fameux "paradis fiscaux" ne sont pas abordés, les hedge funds n'apparaissent quasiment pas dans les échanges. Le FMI disposera de fonds supplémentaires, mais continuera à imposer ses conditions draconiennes : équilibre budgétaire et ouverture des frontières. Alain Lambert parle même de kermesse (Sarkozy appréciera). Une fois de plus, la France s'est marginalisée en ratant son coup. Heureusement pour nous tous.

 

Pire, la France devient une menace pour l'harmonie européenne lorsque Nicolas Sarkozy invite Medvedev à renégocier avec l'Europe et l'Otan sans prévenir nos partenaires européens, et prenant les Américains de haut. Si les Russes sont des enfants de choeur, c'est surtout des choeurs de l'Armée Rouge. Medvedev voit sûrement là une occasion de diviser davantage un occident en proie au doute. En plus de ses propres erreurs, Nicolas Sarkozy se transforme malgré lui en agent de déstabilisation de la diplomatie des grandes démocraties. Effet boomerang inattendu.

mercredi, 22 octobre 2008

Nicolas Sarkozy parle comme un véritable socialiste européen

Nicolas Sarkozy s’enfonce dans une voie dangereuse avec sa lubie (ou celle d'Henri Guaino) d'un Bretton Woods II : contrôle partiel des changes, création d’un fond souverain européen (avec quelle ressource ?), fermeture partielle des frontières, « refondation du capitalisme », etc. Le ministre allemande de l’économie n'a pas tardé à dénoncer cette remise en cause d’années de construction européenne en balayant le droit de la concurrence et l’indépendance de la banque centrale. Le retour de l'Etat et la fermeture des frontières, très peu pour lui. Les Allemands ne goûtent pas à cette forme de populisme dont ils ont connu les effets désastreux dans les années 30 : « l’Allemagne restera ouverte aux capitaux du monde entier ». Vaclav Klaus, le président de la République Tchèque, a également déclaré que ce type d’action mènerait à la fin du capitalisme et au retour du bon vieux socialisme. Comme de nombreux économistes et de nombreux politiques plus courageux, il ose rappeler que la crise vient d’un excès de mauvaises régulations plutôt que d’une dérégulation, de mauvaises dépenses publiques et de mauvaises interventions gouvernementales.

 

Devant le silence des Réformateurs de l’UMP, que le Figaro appelle les « libéraux sarkozystes », Alain Madelin a sonné la charge. Après une belle tribune parue dans les Echos vendredi dernier et que nous publions avec son accord sur le site du Parti Libéral Démocrate, il avance lors du “Talk Orange Le Figaro” du 22 octobre, qu’il serait plus utile de « refonder l’Etat » que de « refonder le capitalisme ». C’est clair.

 

Le courant « libéral villepiniste » (il faudra qu’on m’explique ce qu’est le « villepinisme »), incarné par Hervé Mariton, ose aussi parler plus franchement. Après une réunion tenue lundi soir à l’Assemblée Nationale et au cours de laquelle nous sommes plusieurs à avoir rappelé les fondamentaux de cette crise, Hervé Mariton affirme que « le sujet n’est pas la refondation du capitalisme, mais comment remplacer une mauvaise régulation, largement responsable de la crise, par une régulation efficace. » Il ajoute que « si on se laisse aller comme le PS à crier haro sur la capitalisme aujourd’hui, on a toutes les chances de perdre la prochaine présidentielle parce qu’en 2012, les électeurs préfèreront voter Besancenot plutôt qu’une de ses imitations. » La charge est rude : Sarko se transformerait en une imitation de Besancenot ?

 

Ce n’est pas faux. Le président du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schulz, a félicité mardi Nicolas Sarkozy pour son action face à la crise financière : « Nicolas Sarkozy parle comme un véritable socialiste européen ». Confirmation dans un sondage Opinion Way LCI-TF1 : +12 % d’opinions favorables chez les communistes, +7 % chez les verts. Le pauvre DSK, sans doute plus libéral (et libertin) que Nicolas Sarkozy, n'est pas en état d'apporter sa contribution pour contrer sa dérive dirigiste.

mardi, 15 juillet 2008

Union pour la Méditerranée, succès sur un projet encore flou

14 juillet.jpgFaire avancer le processus de paix entre Israël, l'autorité palestinienne et la Syrie, restaurer la paix au Liban avec, ici aussi, la Syrie en acteur clef, assainir les relations entre le Maghreb et l'Europe, le tout en replaçant l'Europe (et la France) au coeur des affaires du Moyen-Orient, voilà quelques uns des grands axes implicites d'un projet qui ne manque visiblement pas d'ambition. Comment être contre ce projet de paix et de prospérité ? On peut tout de même le juger naïf. Pourtant, là où tant d'autres se sont cassés les dents, Nicolas Sarkozy a décidé de mettre toute son énergie et son crédit international en jeu. Même Angela Merkel, initialement défavorable à l'initiative de notre président, a décidé de le suivre pour voir où il nous emmènerait. Pour autant, nous n'en savons pas beaucoup plus sur le contenu de l'UPM. Les obstacles sont immenses, et les réticences multiples.

Mauvais casting pour commencer : le Monde évoque l'incompétence de l'initiateur du projet, Henri Guaino, notamment sa méconnaissance patente de l'Europe lorsqu'il néglige le processus de Barcelone lancé par Jacques Chirac en 1995, processus moribond mais pas disparu. Sous la pression d'Angela Merkel, Sarkozy s'est donc vu contraint à son remplacement par des personnalités plus compétentes sur le dossier : Jean-David Levitte et Alain Leroy. D'ailleurs, Guaino n'était pas visible parmi les invités lors du défilé du 14 juillet, confirmation axplicite de cette mise à l'écart. Il y a aussi le colonel moutarde qui dénonce cette initiative française comme une arme de division du monde arabe malgré la promesse française de lui livrer des centrales nucléaires. En langage clair, Mouammar Khadafi a peur de voir la région se stabiliser et rentrer dans un processus d'appaisement qui pourrait rendre ses achats colossaux d'armements inutiles. Plus ennuyeux, la Turquie voit d'un mauvais oeil ce processus qui permettrait de l'envoyer graviter sur une trajectoire secondaire autour de l'Europe, l'éloignant définitivement d'une intégration tant attendue. Car à ce stade, l'UPM n'est qu'un cadre de coopération, certainement pas d'intégration, par exemple avec un marché unique.

Mais que cache ce projet qui n'est, à ce stade, que mondain diplomatique ? Dépolluer la Méditerranée ou renforcer certaines formes de coopérations telles que les échanges universitaires ne va pas bien loin et reste très étatique. Or, nombre de ces pays ont avant tout besoin de croissance et de développement. Cela passe par l'instauration du règne du droit et le recul de la bureaucratie, par la reconnaissance et la protection absolue de la propriété privée, par l'émergence d'un marché des capitaux ouvert et libre, et, enfin, par l'ouverture des frontières commerciales. Pas seulement de l'ouverture entre l'Europe et les pays du sud, mais entre ces derniers qui vivent aujourd'hui repliés sur eux-mêmes au lieu de contribuer mutuellement à leur développement économique par la spécialisation.S'il est un peu tôt pour parler de libre-échange complet au sein du Club Med, fixer clairement cet objectif aurait eu le mérite de donner la direction : libéralisation.

Ne soyons pas bégueules, savourons au moins l'évènement pour ses avancées diplomatiques. Faire asseoir à la même table le premier ministre israélien, Mahmoud Abbas, Hosni Moubarak et Bachar el-Assad est déjà un succès en soi. Réamorcer le dialogue entre des acteurs aussi hostiles les uns envers les autres est de bon augure, même si cette tentative n'est que la dernière d'une longue série. Cet atlantiste et ami d'Israël saura-t-il nous surprendre à nouveau sur ce terrain explosif ? Espérons-le, mais n'attendons rien de plus de cette UPM dans sa version actuelle.

mercredi, 25 juin 2008

Tournée générale !

Le président de la République et le Gouvernement ont mis en place, depuis juillet 2007, une série de mesures pour initier et accompagner un mécanisme vertueux de relance du pouvoir d’achat.

Quelle chance de pouvoir profiter de cette générosité évidente, nous, simples citoyens qui poussons parfois l'ingratitude au point de la nier. Et pour convaincre les derniers sceptiques, le gouvernement n'hésite pas à débourser 3.3 millions d'euros en campagne publicitaire dans une perspective purement...pédagogique. Il faut dire qu'en 2007, pendant que notre pouvoir d'achat grimpait correctement, Nicolas Sarkozy n'a cessé de nous inquiéter sur ce thème et de nous promettre de nous le remonter dare-dare. Cette année, le pouvoir d'achat a vraiment plongé vers le zéro pointé avec la hausse des prix de l'essence et de l'alimentation, et les Français commencent à avoir des raisons de s'inquiéter.

Pourtant, le fond du discours de la majorité, comme celui de l'opposition, fait sourire (ou plutôt pleurer) par sa (fausse) naïveté. Certes, le programme est séduisant : Gagner plus - Dépenser moins - Payer moins d'impôts - Etre soutenu. Quatre fois oui. Dans le détail, on retrouve la trop fameuse technique du rebouchage de trous...en creusant d'autres trous. Cette activité serait sans risque sans ses effets secondaires douloureux, ce que le gouvernement refuse hélas de comprendre.

Exemple typique de fausse bonne idée, le dépôt de garantie locative réduit de 2 à 1 mois. Plus une réduction de l'index d'augmentation des loyers. Formidable pour les locataires. Mais une fois de plus, l'intrusion de l'Etat dans la sphère privée aura des conséquences négatives, en l'occurrence sur le marché du logement. Comment ne pas comprendre que les propriétaires exigeront deux fois plus de garanties, quand ils ne laisseront pas tous simplement vide(s) leur(s) bien(s) compte tenu du rapport rendement/risque. En protégeant arbitrairement les uns au détriment des autres, le gouvernement prend le gros risque de perturber biendavantage le marché locatif semi-libre déjà très tendu [correction suite à la très juste remarque de Mateo].

En face de cela, la réduction sensible des droits de succession et le bouclier fiscal vont dans le bon sens, même si nous étions en droit d'attendre un peu plus d'ambition, ainsi qu'une refonte des 486 niches fiscales dont la plupart méritent de disparaître. Bref, voilà un triste résumé de la politique gouvernementale : incohérente, fourmillant de mauvaises idées parmi lesquelles surnagent quelques bonnes mesures. Espérons que ces dernières suffiront à relancer la machine et à améliorer notre qualité de vie. Autant allumer un cierge pour le salut des Français, ou aller méditer sur le talent d'Alain Ducasse au Jules Vernes.

mercredi, 18 juin 2008

Les 35 heures en fin de vie

Xavier Bertrand a des convictions. Il en a même à revendre tant il en déborde. Un jour, il défend les 35 heures avec presque plus d'ardeur que Martine Aubry. Dix jours plus tard, il nous explique avec la même conviction qu'il met en oeuvre la promesse de campagne de Nicolas Sarkozy de défaire le carcan des 35 heures. Du grand Xavier Bertrand ! En tout cas, l'essentiel est là : les 35 heures sont en train de glisser subtilement vers la sortie. Les syndicats n'en croient pas leurs yeux : Nicolas Sarkozy, plus malin qu'eux, les a pris à leur propre jeu.

En avril, le Medef, la CGPME, la CGT et la CFDT avaient adopté une "position commune" sur la possibilité de fixer par des accords d'entreprise, à "titre expérimental", les modalités de dépassement des contingents d'heures supplémentaires. Un tout petit pas au sein de l'usine à gaz de la défiscalisation des heures supplémentaires. En douce, le gouvernement est allé bien au-delà de cette position timorée. Et nos syndicats ont autant de souffle que de crédibilité, c'est à dire aucun. Leurs appels à la grève ne prennent même plus.

Un projet de loi est présenté en Conseil des ministres qujourd'hui pour autoriser toute entreprise à déroger aux 35 heures avec l'accord des organisations syndicales représentant plus de 50 % des salariés. La mesure libère non seulement le temps de travail en douceur, mais elle offre une approche prometteuse de la réforme du Code du Travail. Cet avant-projet de loi permettrait de généraliser les accords d'entreprise dérogeant aux réglementations du travail, faisant enfin primer la négociation et le bon sens sur l'arbitraire et l'absurde.

Après la réforme profonde de l'assurance chômage, ce sont plusieurs mesures positives qui ont été mises en place et dont nous verrons bientôt les effets positifs. Parmi les incohérences de la politique Sarkozy, il y a heureusement un peu de lueur d'espoir.

samedi, 19 janvier 2008

Sarkozy nous étonnera toujours

Vous comprenez quelque chose, vous, à Edgar Morin ? Honnêtement. La pensée complexe ? L'auto-éco-organisation ? Le principe dialogique et celui de récursion ? Oui ? Et celui hologrammatique ? Et les six volumes de La Méthode, vous avez lu une seule intro ?

Et puis, il y a "la politique de civilisation". Pour Edgar Morin, la politique de civilisation "vise à remettre l'homme au centre de la politique en tant que fin et moyen et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être". Ouah ! Entre la complexité complexe et le banalissime "bien-vivre", on a dû louper des cours intermédiaires...

Sérieux. Qu'un philosophe décrive aujourd'hui la complexité du monde et se risque à la déchiffrer en faisant appel à une "méthode" complexe est très louable et très nécessaire. Personne ne doute qu'Edgar Morin est un penseur intéressant.

Mais que Nicolas Sarkozy le reçoive et adopte brutalement sa "politique de civilisation" pour nous en bassiner depuis Noël, en France comme à l'étranger, alors là, on reste interloqué. Le dirigeant le plus matérialiste que la France a eu depuis Pépin le Bref, qui nous expose continûment en "une" ses yachts et ses petites pépés, qui aime l'argent et ne s'en cache pas, qui a fait de la croissance sa priorité - ô combien avec raison -, nous évoque maintenant l'amour et Dieu.

 

Ce n'est pas moi qui exprime ainsi ce sentiment d'étonnement mais Eric Le Boucher dans son edito de ce soir. Le ton est rude, la critique sans appel :

Le hic du truc, c'est que Nicolas Sarkozy manquait de cohérence, et voilà qu'il nous propose une métacohérence : tir au-dessus, disent les artilleurs. Au mieux c'est une diversion, au pire c'est une erreur.

 

 Lisez l'intégralité du texte, ça vaut le coup !

jeudi, 10 janvier 2008

35 heures maintenues, mais partage imposé des bénéfices en vue

Si le gouvernement a nié vouloir remettre en cause la durée légale du travail après avoir laissé entendre que les accords de branche ou d'entreprise pourraient prendre le pas sur les 35 heures (ce qui revenait à faire exploser l'usine à gaz sarkozyste des heures sup'), Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il réfléchissait à un partage légal des bénéfices des entreprises : 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires et 1/3 pour l'investissement. Sans évoquer les 33 % d'IS prélevés par l'Etat qui, lui, ne cherche aucunement à partager son pactole avec les autres acteurs, Nicolas Sarkozy semble en bonne voie de reprendre la direction des entreprises françaises d'une main ferme. A quand une école d'encadrement des pratiques managériales sous la tutelle de l'Elysée ?

 


Etrangement, je finis par me demander si Ségolène Royal n'aurait pas été plus sérieuse comme président de notre pays. Allons, allons, il ne faut pas que je m'égare...

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