vendredi, 31 août 2007

Schizo-Sarko canalise Suez

Ses gesticulations rendent folle l'opposition, plus habituée à se balancer dans les salons feutrés de la rue de Solférino des exemplaires de la bible des uns, "Le Capital", contre celle des autres, "La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie". Il est partout et impose un rythme infernal aux observateurs de la vie politique, plus habitués au long fleuve tranquille de notre presque regretté (mais non) Chichi (est-il toujours en vie ? En prison ?). Il fait rêver les patrons, les ouvriers et les commerçants avec des formules chocs qui valorisent l'effort, le travail et le respect de l'ordre. Pour les uns, il est ouvertement libéral. Pour d'autres, il est au contraire profondément gaulliste, dans une version modernisée et plus atlantiste.Selon l'auditoireauquel il s'adresse, il fait plus ressortir l'une de ses deux facettes. Ses actes, eux sont moins ambigus.

 

Mais force est de constater que les libéraux qui l'entourent n'ont pas beaucoup d'influence sur sa vision autoritaire, protectionniste et profondément interventionniste dans l'économie. La rupture, c'est finalement le passage du bon technocrate au "bon apartiste" (pardonnez-moi, c'est vendredi soir et la semaine a été rude). David Martinon, son porte-parole ex-DL et biberonné au Madelin frais, l'ex éminence grise Emmanuelle Mignon a été détrônée par Henri Guaino, Christine Lagarde fait ce qu'on lui demande de faire et Hervé Novelli n'a pas encore un large champ d'action. Quant au discours de Sarko, il ne s'arrange pas. S'il promet "d'aller beaucoup plus loin dans l'assouplissement des 35 heures" (suppression du temps de travail légal ?) ou dans "la remise en cause des prélèvements obligatoires" devant 4.000 patrons à l'université d'été du Medef, il n'hésitent pas à verser dans un populisme un peu nauséabond en s'en prenant aux "spéculateurs de la finance" (le coeur de votre dévoué serviteur n'a fait qu'un bond) qu'il oppose aux entrepreneurs, créateurs de vraie richesse, ou en attaquant à nouveau la BCE qu'il souhaiterait reprendre en main. Il serait temps que Nicolas Sarkozy comprenne que nous ne sommes plus en campagne et qu'il lui faut revenir sur terre avec des mesures cohérentes et non pas gadget.

 

L'affaire Suez, elle, est carrément inquiétante. Ce groupe international privé, qui pèse presque 45 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel, est en quête de croissance externe depuis longtemps. Son activité, c'est la gestion de services pour les collectivités locales, les entreprises et les particuliers dans les secteurs de l’électricité, du gaz, des services à l’énergie, de l’eau et de la propreté. Stratégie reconnue et appréciée par les actionnaires et les analystes. Propriété de l'Etat français à hauteur de 80 %, GdF constitue une cible naturellement intéressante pour sa direction. Cela fait donc 18 mois que les négociations avec l'Etat français ont lieu pour aboutir à cette fusion sensée. Sans réponse de la part de l'Etat. Au point de pousser son président, Gérard Mestrallet, a se fendre d'une lettre-ultimatum à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a rapidement réagi et imposé une réorientation stratégique majeure à Suez (cession des activités d'environnement) pour que la fusion soit acceptée, suivie d'une nationalisation partielle du groupe résultant de la fusion. Nicolas Sarkozy défend donc une ligne dirigiste très gaulliste. En cherchant à forcer la constitution d'un groupe (exclusivement) énergétique national, sans doute dans l'espoir de tenir la concurrence à distance, l'Etat montre qu'il veut rester au coeur de l'économie française. Cette remontée souhaitée de l'Etat dans le capital d'une multinationale, surtout lorsqu'elle présente de bons résultats et un bilan solide, va à contre-courent de l'histoire. Clairement, la liberté du marché de l'énergie n'est pas pour demain.

 

A priori, pareil rapport mériterait simplement que Suez oublie cette errance et se consacre à une cible plus sérieuse, l'Europe n'en manque pas. Selon la comm' de Suez, la direction compte tout de même passer le week-end à négocier les termes d'une telle opération avec Bercy. Autant dire que l'arrivée de l'Etat comme actionnaire principal, à hauteur de 34 % du capital, n'effraie pas cette direction pourtant censée défendre la propriété de ses actuels actionnaires. Certes, ceux-ci ont tout de même soutenu le cours avec une hausse de +1.8 % en fin de séance. Gérard Mestrallet, réputé pour être plus pôlitique que stratège, sait qu'il peut difficilement s'opposer trop ouvertement au projet de Sarkozy, même si ses actionnaires l'y incitent : n'oublions pas que nous sommes en France. La négociation, voire le refus de l'offre, va exiger beaucoup d'adresse. Si toutefois Suez devait céder aux conditions abusives fixées par Sarkozy, je n'ai qu'une recommandation à faire : vendre Suez !

19:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Medef, fusion Suez GdF | | | Digg! Digg |  Facebook