dimanche, 17 décembre 2006

Presse française : victime de ses subventions ?

Chaque année, l'Etat attribue 280 millions d'euros aux différents secteurs de la presse en France. Et cette information est transparente. Avons-nous pour autant une presse indépendante, de grande qualité ? Ce n'est pas le sentiment général, ni celui de sensibilités politiques absentes de leur présentation. Ces aides sont assez bien réparties pour que tous les acteurs touchent leur écot et ne cherche à changer le système en rien. 

 
Pour commencer, plusieurs dizaines de millions d'euros viennent soutenir les démarches de modernisation des processus de production et de rénovation des relations du travail (quelle belle façon de tourner la chose). Il faut dire que l'ensemble de la presse quotidienne nationale dépend du syndicat de la presse parisienne (SPP) et du syndicat du livre-CGT, deux institutions particulièrement vérolées. Premier verrouillage de la presse prétendument indépendante.
 
Les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP) assument seules a distribution sur tout le territoire des 100 quotidiens et 3.600 magazines vendus au numéro. Ce monopole associé à des contraintes logistiques et d'urgence spécifiques fragilisent ce système coopératif de distribution de la presse. Chaque année, une douzaine de millions d'euros sont versés à cette filière de distribution bien étrange, et Lagardère, qui en possède 49 %, reçoit un dividende annuel de 17 millions d'euros tout de même). Ce second verrouillage est bien conçu, non ? Sauf qu'avec la crise de plus en plus grave de ce monopole inepte, les cinq coopératives qui possèdent les derniers 51 % du capital des NMPP ont proposé que les 17 milions de dividende ne soient plus versés à Lagardère. Et là, ça a bardé. Connaissant les relations entre Arnaud Lagardère et le PS aussi bien que l'UMP, il est probable que le monopole sera maintenu ET que Lagardère conservera son revenu récurrent.
 
Troisième morceau du Gosplan : le nombre des points de vente de presse et les modes de distribution sont gérés d'une manière centralisée qui ne laisse aucune place à l'initiative et à la réactivité face aux évolutions de la demande. La rémunération des distributeurs est arbitrairement fixée autour de 13 à 18% (contre 20 % dans l'Union Européenne) par les acteurs en amont de la distribution. Il faut dire que le prix de la presse est si élevée parvenue à ce niveau de la chaîne que la marge est faible pour le dernier maillon. Les distributeurs finaux payent le verrouillage coûteux en amont.
 
 
Les aides publiques en faveur de la presse se déclinent selon trois axes : le soutien à la diffusion de la presse comme on l'a vu, la défense du pluralisme et le maintien de la diversité des titres (c'est à dire subventions aux titres agréés), et l'aide au développement du multimédia (!!! Le multimédia aurait besoin de l'assistance de l'Etat ?). Soit 30 millions d'euros par an : aide à l'impression décentralisée des quotidiens, fonds d'aide à l'expansion de la presse française à l'étranger, fonds d'aide au développement des services en ligne, l'aide au transport de la presse par la SNCF 8 millions tout de même), fonds d'aide à la diffusion de la presse hebdomadaire régionale, développement du portage (8 millions pour pour conquérir de nouveaux lecteurs), fonds d'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires (6.5 millions) et fonds d'aide aux quotidiens d'information politique et générale à diffusion régionale, départementale ou locale à faibles ressources de petites annonces (1.4 millions de plus).
 
A cette aide directe s'ajoutent l'aide au transport postal de la presse d'information politiqueet générale (242 millions !), l'aide au pluralisme confiée à la direction du développement des médias (66 millions) et le produit d'une taxe instaurée en 1998. cette taxe de 1 % sur certaines dépenses de publicité hors médias alimente un fonds d'aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d'information politique et générale. En cinq ans, ce fonds a récolté et distribué 103 millions d'euros de subventions et 8.5 millions d'avances. 
 
On ne parle pas des 106 millions d'euros annuels pour maintenir à flot la très inutile AFP, agence officielle d'information d'Etat. 
 
On comprend mieux pourquoi la presse française est souvent de médiocre qualité, maintenue en vie mais affaiblie par ce planisme d'un autre âge, et pourquoi elle a du mal à entendre des remises en question trop brutales du système qui la fait vivre. Heureusement, Internet est là...
 
Allez, un cadeau d'Outre-Manche pour vous détendre :
 

mardi, 24 octobre 2006

La Croix Catelan : un vrai tir au pigeon !

triathlon RacingTout le monde a suivi l'appel d'offre lancé par la Mairie de Paris pour la concession de la Croix Catelan, un prestigieux site sportif situé dans le Bois de Boulogne (qui, lui, est sous l'autorité de la Ville de Paris). Bien qu'occupée depuis 1886 ans par le Racing Club de France, le principe d'un appel d'offre au moment du renouvellement de cette concession n'était pas absurde en soi. Après tout, la mairie pouvait naturellement chercher une meilleure proposition que ce que le Racing Club de France offrait jusque là. Mais en étudiant de plus près le fil du dossier, qui est une première dans l'histoire de cette concession, et sans être parano, comment ne pas imaginer que cet appel d'offre n'est pas le fruit d'un arrangement préalable entre Lagardère et le PS ?


Le PS et la droite ont largement soutenu le projet d'Arnaud Lagardère qui est à la fois l'ami de Sarko (il a même "conseillé", selon le Canard Enchainé, de ne pas s'opposer à son projet) et de Delanoë. D'ailleurs, super-Delanoë ne s'est jamais justifié de cette relation politico-financière et de son incidence sur cette affaire. mais il faut avouer que quand on dirige un grand groupe dont l'Etat français est un client important, ces amitiés sont bien utiles. Le capitalisme de connivence à la française repose essentiellement là-dessus. En jouant sur l'image guindée du Racing (même Villepin y est inscrit) et en négligeant la formidable usine à promouvoir les talents des banlieues difficiles et à former des champions, la botte secrète de Lagardère était imparable.


Bref, après deux mois de (fausses) négociations, toutes contestées par les verts (contestations étouffées par le PS) qu'on ne peut accuser d'être les amis du Racing (ils ne fument pas le même gazon), la décision de la commission de 13 élus a tranché en faveur d'Arnaud. En quelques mois d'un intense lobbying, Lagardère mettait KO un Racing Club de France pris de court. Pour autant, Lagardère n'a rien promis concernant les activités de la Croix Catelan.


Aujourd'hui, l'inquiétude remonte en ce qui concerne les projets de Lagardère. Derrière ses soirées VIP, le champagne et son marketing flamboyant (même des journalistes ont joué le jeu de Delanoë et déformé le fond des dossiers), des questions de fond n'ont pas encore eu de réponse. La Croix Catelan, pour le Racing, c'était 7 millions de recettes de cotisations affectées aux sections sportives, 5.000 enfants de la région parisienne qui profitaient d'un encadrement (et d'un cadre) exceptionnel. Les nombreux bénévoles ont baissé les bras après cet échec. La lassitude est forte, après tant d'années d'implication personnelle, financière, de lourds investissements qui tombent aujourd'hui dans les mains d'un coucou venu voler leur nid évalué à 40 millions d'euros. Pire, Lagardère cherche à rcupérer les autres concessions du racing, notamment les immeubles de la rue Eblé et de la rue Saussure. Au total, c'est un patrimoine de 100 millions d'euros, patiente accumulation des cotisations réinvesties des membres du racing au cours des décennies, qui changeraient de mains brutalement, sur simple décision du prince.


Le Racing vient d'annoncer qu'il fermerait ses sections sportives. Derrière, c'est le néant Lagardère pour le moment.

Bravo Delanoë ! Bravo à l'opposition UMP !