mardi, 18 septembre 2007
Comment Jose Pinera mit en place la réforme des retraites au Chili
Cécile Philippe, présidente de l'Institut Molinari, est à l'origine d'une rencontre extrêmement enrichissante avec une grande personnalité réformatrice du monde moderne. Lundi soir, en présence de Pascal Salin, d'Edouard Fillias, de Sabine Herold, de Vincent Ginocchio et de militants libéraux, nous avons eu droit à un passionnant échange avec Jose Pinera, ancien ministre du travail du Chili. Dans un contexte de grande tension à la sortie de la guerre civile, il a su transformer un modèle social archaïque en un système responsabilisant et dynamique. Résultat : le Chili a rejoint la communauté des pays riches en vingt ans de forte croissance ininterrompue.Pour en arriver là, ce jeune professeur de Harvard a dû ferrailler dur, convaincre et mettre en oeuvre des mesures complexes et bouleversantes pour son pays. En 1978, Jose Pinera est rentré dans le gouvernement Pinochet alors que, contrairement aux Chicago boys, il était enseignant à Harvard où il avait obtenu son Doctorat quelques années auparavant. Pris entre un embargo des Etats-Unis et une menace de conflit avec l'Argentine, le Chili connait une période très difficile à la sortie de la guerre civile déclenchée par Salvador Allende et terminée par sa destitution par le Parlement en accord avec la constitution du pays. La junte militaire se montre rigide et peu sensible aux argumentations économiques du jeune économiste. La tension politique est palpable avec les exactions de cette même junte. Il parvient tout de même à expliquer les bienfaits de son plan d'action en termes de résultats et d'image pour les dirigeants. Comme il le dit lui-même, présidents élus démocratiquement, évêques ou tyrans ont la même obsession de l'image et de leur popularité.La répression de l'opposition politique mise à part, ils ne font rien si les mesures leur attirent l'opprobe.
Première étape, réformer l'environnement syndical conjointement avec le marché du travail. Il rétablit la liberté syndicale, suspendue depuis 1973, et va jusqu'à défendre un responsable syndical, Manuel Bustos, contre les généraux en 1981. Dans le même temps, il rend les syndicats responsables de leurs actes. Ceux-ci ne disposent alors plus du monopole de la représentation des salariés, ne peuvent plus prendre en otage le pays comme nos cheminots ou nos postiers. Le marché du travail devent soudainement bien plus flexible, les embauches se multiplièrent comme jamais auparavant.Deuxième acte, basculer d'un système de retraites par répartition, condamné et profondément injuste, en un système de retraite par capitalisation. Le rendement est bien plus élevé dans la durée pour chacun, le pays dispose enfin de capitaux qui viennent s'investir dans son économie et chaque Chilien décide librement de son âge de départ à la retraite. Parallèlement, les frontières sont ouvertes afin de faire profiter au pays du libre-échange, malgré les protestations des entreprises chiliennes qui craignaient, à tort, la concurrence du reste du monde (tout en appréciant les gains de productivité acquis avec l'accès aux technologies du monde entier). Après l'ouverture des frontièrs et l'abolition des corporatismes et monopoles, les Chiliens ne voulurent plus faire marche arrière tant les bénéfices de cette politique furent élevés. Tout au long de sonministère, il publia des articles en faveur du respect des Droits de l'Homme alors que le chef de la Junte, Pinochet, commettait ses exactions et réprimait la plupart des voix d'opposition. Pas la sienne.
Résultat évident, 25 ans après : le Chili a retrouvé un régime démocratique rapidement, dans un contexte économique porteur. Il a su éviter les erreurs de l'Argentine qui l'ont plongée dans une grave crise il y a quelques années. Bref, un succès économique et social malgré les années noires de Pinochet qui sont venues répondre au désastre Allende avec une grande brutalité. Il participe, partout dans le monde, aux chantiers de passage à la capitalisation.Le think tank "International Center for Pension Reform" est un grand succès. De nombreux pays ont depuis suivi cette voie avec ses conseils : Royaume Uni (1986, merci Margaret !), Pérou (1993), Argentine, Australie, Danmark (1994), Hongrie (1994, bye bye communism), Hong Kong, Pologne, Suède (avec une tranche réduite par répartition, le reste par capitalisation)... Aujourd'hui, Jose Pinera travaille pour la Cato Institute, l'institution américaine libertarienne par excellence. Il continue à se battre, avec un enthousiasme intact, pour nos libertés inaliénables.
Note : le matin même, Jose Pinera était longuement entendu par des membres de la Commission Attali pour la Croissance, si cela peut donner un peu d'espoir à certains d'entre vous.
21:50 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Jose Pinera, Chili, réforme des retraites


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