mercredi, 02 janvier 2008

Smoking - No smoking

Ca y est, les fumeurs sont officiellement bannis des cafés, des restaurants, des brasseries et de tous les lieux publics privés où se retrouvent salariés et clients supposés "captifs". Fumer ne sera plus possible que chez soi, dans la rue, dans les collèges, les lycées et les facs où aucune mesure n'est jamais parvenue à cette fin. Je ne fume pas, je n'aime pas respirer la fumée ni puer la cigarette en rentrant chez moi le soir. Pourtant, cette répression préventive me perturbe profondément. Bien que le sujet, tabou comme tant d'autres en France, ne permette pas un débat serein, je ne suis pas seul à me poser publiquement des questions sur cette dérive de l'Etat nounou. Le premier numéro du Monde daté 2008 ose même publier  une opinion politiquement incorrecte signée Micheline Benatar, médecin.

 

L'interdiction de fumer dans des lieux privés ouverts au public repose sur ce motif principal : les fumeurs menacent la santé des salariés de l'établissement. La liberté est indissociable de la responsabilité individuelle, qui implique notamment le respect de la santé d'autrui. A partir du moment où l'Etat se permet une telle intrusion dans la sphère privée que constitue un commerce, deux questions viennent immédiatement à l'esprit :

 

  • Où commence une menace répréhensible pour la santé autrui ?

Un skieur hors piste peut déclencher une avalanche et tuer des skieurs sur les pistes. Les alpinistes, lorsqu'ils sont coincés dans des conditions dangeureuses, mettent en danger la vie des sauveteurs. Même chose pour les marins qui prennent la mer. Un conducteur représente un danger permanent pour autrui, non seulement en cas de conduite à risque, mais aussi en cas de malaise, de perte de contrôle ou de faute d'inattention. Certes, nous parlons de probabilités alors que la fumée intoxique à coup sûr. Mais cette "intoxication" relève aussi de la statistique en ne faisant qu'augmenter les chances de pathologies graves des fumeurs passifs, sans aucune certitude. D'autres facteurs tout aussi dangereux existent et ne sont pas encore la cible des mesures restricitives du gouvernement : l'hérédité (pourquoi autoriser des profils "à risque" d'avoir des enfants à la santé menacée ?), l'hypertension artérielle, le diabète sous toutes ses formes...

Et puis alors, que penser des usines et véhicules motorisés qui émettent des particules nocives avec certitude pour notre organisme ? Que penser des agriculteurs qui mettent la santé des habitants de leur région en danger en polluant les nappes phréatiques ? Aujourd'hui, ces acteurs subissent essentiellement taxes et réglementations. Dans la droite ligne de la loi sur le tabagisme passif, pourquoi ne pas envisager leur interdiction pure et simple ? Plus de cars, plus de voitures, plus d'usines émettrices de particules toxiques. Voilà qui réglerait les préoccupations hygiénistes de nos responsables politiques.

Que proposons-nous pour tous les métiers à risque, bien plus dangereux que de travailler dans un bar enfumé : le BTP, la maintenance industrielle qui exige de subir des émanations hautement toxiques, les carrières, les mines... Pénibilité et risques multiples sont le lot de nombreuses professions qui n'en ont pas moins dignes. Ceux qui choisissent ces voies sont-ils moins importants que les barmans et les salariés de la restauration ? Devons-nous alors abandonner notre modèle économique et revenir à l'époque, certes moins, mais dont l'espérance de vie moyenne était moitié moindre que la nôtre ?

 

  • Où arrêter l'application de ce principe ?

Les multiples interdictions frappant la publicité montrent qu'elle est aussi perçue comme responsable des agissements à risque des spectateurs jugés passifs. Les publicités pour la cigarette y sont donc interdites comme celles de divers produits classés nocifs. Il faudrait inclure dans cette liste toutes les publicités pour automobile, pour les camions, pour les produits industriels dont la production est polluante, donc toxique pour les riverains captifs.

Pourquoi permettons-nous aux adultes de fumer dans des appartements où vivent des mineurs ? Pourquoi ne pas permettre à la police de verbaliser les parents qui fument ou laissent fumer chez eux, au nom de la protection de l'enfance ? Après plusieurs récidives, les enfants seraient confiés à la DDASS, "pour leur bien". Après tout, dans un pays qui place l'hygiénisme au sommet des valeurs sociales, pourquoi les familles échapperaient-elles à cette tendance de fond ? Dans un monde aseptysé, quel besoin de défendre les notions de convivialité, de plaisir ou de famille ? Ce qui prime, c'est d'interdire TOUS les comportements à risque pour d'autres individus jugés captifs.

 

Cette forme de jugement moral d'Etat permet surtout de maintenir un pouvoir certain sur des individus et une société de plus en plus émancipés de son autorité que la globalisation affaiblit chaque jour un peu plus. Cet aspect qui participe de la mode environnementale confirme bien que la prochaine grande source de décisions intrusives et liberticides, ce sera l'écologie. Devant ses échecs de plus en plus visibles dans le domaine économique et social, l'environnement ouvre à nos dirigeants de nouvelles perspectives dirigistes derrière l'alibi du "bien commun". Inquiétant.