mercredi, 19 septembre 2007

3 % de croissance, chiche ?

"...ce que je veux, c'est 3 %", ce ton péremptoire révèle peut-être l'inquiétude de Nicolas Sarkozy de voir cette croissance tant espérée lui échapper. Derrière la mission Attali, l'affaire du moment concernant les tests ADN dans le cadre du regroupement familial et les autres coups très médiatisés, on espère qu'existe un plan de réformes pour parvenir à cet objectif essentiel de surcroissance. Qu'il faudrait d'ailleurs rêver à 5 % plutôt qu'à 3. . Pour le moment, le plan est bien caché, tellement caché que personne ne le voit, pas même Hervé Mariton. Voici ce qu'il déclare dans le Monde concernant trois points essentiels :
  1. La profondeur de nos difficultés est sous-évaluée.
  2. La stratégie du mandat n'apparaît pas dans sa globalité.
  3. Si la France doit être pleinement épanouie dans le monde d'aujourd'hui, comment justifier l'évocation de l'exception française, l'invocation de la préférence communautaire, la mise en cause de la BCE ?

Ceux qui avaient tu leurs doutes à l'égard de Sarkozy commencent à manifester de l'agacement. Guy Sorman, qui n'hésitait plus à évoquer récemment un Sarkonaparte loin du sauveur attendu, vient de lui retirer 3 points de permis de conduire le pays pour excès de vitesse. C'est bref, c'est lapidaire, c'est pourtat hélas assez juste : "tout, tout de suite".


Pourtant, Guy Sorman ne posait pas l'équation Sarkozy dans les mêmes termes en juin dernier :
Ce qui, dans cette hypothèse de la continuité politique, caractérise Sarkozy, c’est donc moins l’originalité que le professionnalisme. Exactement comme Jacques Chirac qui fut longtemps son modèle, Sarkozy est énergique, ambitieux, déterminé ; jamais, il n’a dissimulé sa volonté de gagner. La politique, pour lui, c’est gagner ; en dehors de la politique, on ne lui connaît pas d’autres passions.


Après ce constat ambigu :
Mais, à ce tableau d’un Sarkozy bonapartiste et peu innovant, on peut en opposer un autre qui laisserait croire en une mutation de l’Etat et de la société.
[...]
Nous voici donc avec deux Sarkozy au lieu d’un, personnage ambigu, opportuniste ou personnage complexe ?


Il concluait, optimiste :
Nous voici donc avec deux Sarkozy au lieu d’un, personnage ambigu, opportuniste ou personnage complexe ?
[...]
S’il m’appartient d’anticiper avant que les événements n’en décident, je ne choisirais pas entre les deux Sarkozy ; car l’ambivalence du personnage est le miroir de la complexité française, d’une France qui mue, en profondeur, du patriotisme au mondialisme et de l’étatisme au libéralisme.
[...]
À trop regarder la vie politique, on finit par oublier que la société bouge plus vite que l’Etat et que les politiciens courent derrière ce changement. Sarkozy, je crois, a compris cela et il paraît bien décidé à ne pas se laisser dépasser.


Les faits démontrent le contraire, et Guy Sorman le reconnait douloureusement aujourd'hui. Certes, quatre mois se sont écoulés depuis l'élection et une nouvelle étape du plan d'action se met déjà en place, avec la remise en cause insidieuse mais efficace des 35 heures et des régimes spéciaux. Si nous ne devons pas nous arrêter aux questions personnelles (l'ego de Fillon, traité de "simple collaborateur", en a pris un coup) ou à cette tactique d'asphyxie générale (vivement la "journée sans Sarkozy" pour respirer un coup), notre degré d'exigence ne doit pas faiblir. Plus que jamais, la voix libérale doit être entendue aujourd'hui.


Ce ne sont pas l'agitation médiatique autour de coups bien superficiels et l'omniprésence  de notre président dans nos journaux, sur nos écrans de télévision et sur les ondes qui vont libérer la croissance. La croissance, ça ne se décrète pas. Elle est le fruit de nos échanges, certainement pas de l'Etat. C'est pourquoi les verrous de la croissance doivent être rapidement retirés, dont voici quelques axes forts ont fait leurs preuves partout dans le monde :
  • Un Etat plus réduit dans son périmètre et plus efficace dans son fonctionnement, ce qui passe par la suppression de statut spécifique de fonctionnaire.
  • Ficalité simplifiée et allégée.
  • Abolition des monopoles et corporations qui limitent l'accès à de vastes secteurs d'activité.
  • Code du travail simplifié pour donner la priorité à la négociation.
  • Réforme de notre modèle social, retraites et assurance santé.

 

Allez, monsieur le président, encore un effort. De la cohérence, de la consistance et du courage sont les conditions du succès de votre politique. En multipliant les mesures qui captent l'attention d'un public hypnotisé, vous risquez de vous perdre, et le pays avec, dans des élucubrations stériles.

vendredi, 13 octobre 2006

Guy Sorman risque la prison !

medium_annuaire.4.jpgLe ci-devant Guy Sorman était déjà un traitre à la pensée unique nationale. Libéral déclaré, qui avait même l'outrecuidance d'afficher son atlantisme (cela dit, c'est une bonne méthode pour avoir son visa pour les US où il passe la moitié de son temps), il se permettait de contester la notion de génocide sur le plan juridique, concernant la fameuse affaire du "génocide arménien". Dorénavant, il pourra aller en prison (un an + 45.000 euros d'amende) grâce au courage, à la pugnacité et au sens de l'histoire de Patrick Devedlian et de 128 autres de nos députés (les 448 autres n'ont pas participé au vote !). Patrick Devedjian, que je respecte pour sa liberté de ton habituelle, a choisi aujourd'hui une voie bien obscure : "la France est le pays des droits de l'homme, le pays qui nous a medium_annuaire.5.jpgaccueillis dans la souffrance et dans la détresse, et qui nous permet d'être aussi protégés dans notre mémoire, dans notre identité, par cette loi qui, justement, vient s'opposer à l'agression que nous subissons par l'organisation en France du négationnisme turc par les autorités turques". Son engagement nous a fait franchir un palier important dans notre descente liberticide.

 

Guy Sorman, pour revenir à ce futur condamné, ne nie pas les faits : "Génocide ou pas ? Les autorités et les élites turques ont longtemps nié l’ampleur du massacre. Puis, les faits étant avérés , ces Turcs ont tenté de les réduire à une interprétation strictement militaire : des Arméniens armés alliés aux Russes ,attaquaient l’armée ottomane sur son front oriental, ce qui aurait déterminé les Ottomans à transférer les Arméniens vers le Sud de la Turquie. De fait, la plupart des Arméniens sont morts au cours de cet exode atroce ; des cortèges entiers furent assassinés par des soldats ottomans et des bandes armées . "

 

Mais il précise que l'emploi d'un terme précis comme "génocide" exige de la rigueur : "Génocide ou pas ? L’ordre d’une extermination des Arméniens par le gouvernement ottoman n’a semble-t-il , jamais été donné ; il n’a en tout cas , pas été trouvé . Ceci est important car la définition internationale du génocide exige cette implication directe comme en Allemagne nazie ou au Rwanda "

Et les conséquences de cette définition est lourde : "Or ce terme précis de génocide a une définition juridique internationale et des conséquences légales tel le droit à restitution des biens, ce que l’État turc n’est pas du tout prêt d’accepter, sauf à déstabiliser la société turque." Bref, la question est délicate. Les relations entre la diaspora arménienne et les Turcs étant extrêmement tendues, la loi vot

Jusque là, il ne recevait que des invectives : "Le 6 juin dernier , j'ai publié un texte sur ce sujet qui m'a valu énormément d'insultes et de menaces venant de tous bords.". Dorénavant, cette loi permettra aux associations arméniennes de l'attaquer en justice, de l'obliger à payer des avocats pour sa défense. Et il risque sérieusement de lourdes condamnations pour ses propos bloguiques.

 

Note : il est "amusant" de constater que celui qui écrit quoi que ce soit sur l'affaire arménienne risque la prison : en France s'il nie le génocide, en Turquie s'il l'affirme. Si la Turquie n'est pas près de rentrer dans l'Europe, la France est en train de rejoindre la Turquie ur le terraind es Droits de l'Homme.