mardi, 26 décembre 2006

Finance internationale : ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas

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 Le secteur de la finance fait l'objet de critiques virulentes de tous les médias français en cette période de l'année alors que sont fixés les bonus de la profession. Et pour 2006, ils vont être historiquement élevés tant l'année a été favorable. Il semble difficile d'accepter qu'un simple salarié puisse gagner plusieurs centaines de milliers ou millions d'euros de bonus par an. Pourtant, ce ne sont pas moins de 170 000 banquiers et courtiers qui travaillent dans les cinq premières banques d'affaires américaines qui recevront, pour l'année qui s'achève, 36 milliards de dollars de bonus (soit 160.000 euros par tête en moyenne !) : Goldman Sachs, première banque d'affaires mondiale, distribuera à elle seule 16 milliards à ses 27.000 employés (presque 600.000 $ par salarié ! Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, touchera 40 millions et certaines stars recevront jusqu'à 100 millions de dollars). A Londres, plus de 4.200 financiers devraient recevoir plus de 1 million de livres Sterling, sans plafond. Chaque vague de chiffres donne le vertige. Pourtant, ces personnes n'ont pas créé leur entreprise, ni quoi que ce soit de visible et de palpable. Simplement, ils surfent sur un secteur vital mais mal connu et donc mal aimé pour ses excès : les marchés financiers.

 
Tout cet argent ne tombe pas du ciel, il n'a pas été extorqué à autrui mais n'est que le fruit de prestations considérablement productives pour l'économie globale. Bien que cela soit dur à avaler, cet argent a été mérité car il vient de prestations spécialisées extrêmement utiles aux clients qui les payent. Les marchés financiers contribuent largement à la croissance mondiale, aux restructurations et assainissements économiques et à l'amélioration du niveau de vie des pays qui ont fait le pari de la globalisation. La fonction de cet immense espace consiste à allouer les capitaux du monde entier de façon efficace. Si vous mettez vous-même une petite épargne de côté, il est probable que vous la placiez dans les mains de professionnels qui sauront non seulement vous conseiller mais aussi placer vos économies sur différents supports diversifiés afin de limiter votre risque et de vous assurer un rendement raisonnable (notion subjective qui dépend grandement de vos attentes et de votre sens du risque). Ce que vous ne voyez pas, ce sont les multiples intermédiaires et la destination finale de votre argent.


Les marchés financiers sont constitués de trois types d'acteurs : les investisseurs à la recherche de placements, ceux qui ont besoin de capitaux et les rouages intermédiaires qui permettent à cette machine complexe de fonctionner sans trop de frottements.

Les investisseurs sont, pour l'essentiel, des particuliers (sans négliger le monde de l'assurance ni celui des banques centrales aux réserves de change parfois considérables) : directement ou, plus généralement, au travers de fonds qui gèrent l'épargne collective. Ces industriels de la finance sont décriés par les démagogues de tout poil alors qu'ils ne font que faire travailler utilement l'argent des épargnants.
A l'autre bout de la chaine, les Etats ramassent une partie de cet argent pour financer leurs déficits récurrents, appauvrissant souvent ainsi leurs habitants et leur pays. Les entreprises consomment elles aussi du capital, mais pour créer de la richesse. Elles naissent et se développent pour l'essentiel grâce aux capitaux d'autrui. Elles se tournent donc vers les marchés financiers lorsque leur taille le leur permet. Certes, l'inverse arrive parfois. En l'absence de projet, certaines grosses entreprises se désendettent, voire décident de racheter une partie de leurs actions : les dividendes futurs seront versés à une quantité moindre de titres, augmentant le rendement de leurs actionnaires fidèles. Surtout, le rachat remet l'argent en circulation afin qu'il aille aux meilleurs projets du moment. Loin de la vision qu'en donnent les politiques qui ne comprennent pas ces mécanismes, il s'agit d'une réallocation intelligente des capitaux.
Enfin, les intermédiaires assurent que les intérêts des deux premiers types d'acteurs, la plupart du temps inconciliables, se rencontrent et que la machine fonctionne malgré sa complexité naturelle.


Ces intermédiaires extrêmement nombreux vivent une concurrence féroce dans un secteur aux carrières courtes. Les banques d'affaire les plus réputées ont constitué de lourds réseaux internationaux (salles de marché, technologies de pointe, contrôles des risques multiples...), recruté à prix d'or les meilleurs spécialistes de leur domaine dans le monde entier et doivent assurer quotidiennement des risques considérables pour faire tourner la vie des entreprises clientes. Malgré toutes les protections coûteuses mises en place par ces banques, un incident peut rapidement leur coûter des millions, parfois des dizaines de millions d'euros. Les erreurs (ou, très rarement, les malversations) d'un seul salarié peuvent mettre son employeur en difficulté, entamer son image voire entrainer des poursuites de clients qui se sentent lésés (ou profitent d'une belle opportunité de tondre leur banquier) et des poursuites pénales. Au contraire, un opérateur financier exceptionnel peut ouvrir de nouveaux marchés, augmenter les volumes captés et/ou attirer les clients sur de nouveaux produits hautement rentables tant pour le client que pour la banque. Aussi le recrutement des meilleurs éléments et, tout aussi difficile, leur fidélisation passent-elles par la distribution de bonus proportionnels à leur productivité : à productivité considérable, rémunération considérable.


C'est à ce prix que les capitaux des uns sont alloués aux autres de façon optimale. C'est à ce prix que les économies progressent et que la qualité de vie moyenne s'améliore dans les pays ouverts dont les Etats ne commettent pas trop d'erreurs.