mercredi, 17 octobre 2007

FIAC : la concurrence, c'est bien; mais pour les autres

La grande foire internationale d'art (moderne et) contemporain, la FIAC, ouvrira ses portes le 18 octobre prochain au Grand Palais. Les galeries prestigieuses du monde entier s'y retrouveront pour proposer leurs oeuvres phares et, le cas échéant, leurs jeunes artistes. Exposition exceptionnelle et harassante pour les uns, occasions de rêve pour les autres, ce sera vraiment la foire. Il n'y en aura pas pour toutes les bourses. Les premiers prix, autour du millier d'euros, sont rares et difficiles à trouver dans la masse. En revanche, pas de limite vers le haut. Si vous souhaitez y faire un tour, évitez le week-end : longue queue pour rentrer, allées bondées, aller de galerie en galerie devient vite un combat épuisant. Et si vous avez l'audace de demander le prix d'une chouette petite toile sympa qui irait bien au-dessus du canapé, ne blêmissez pas si le vendeur galeriste vous répond tranquillement "600.000 euros"...et ne répondez pas "Tiens, j'aurais pu le faire" car vous n'auriez jamais pu réaliser pareille oeuvre, ni même la concevoir. C'est cruel à dire, mais c'est ainsi. En tout cas, si cela vous donne des idées, lancez-vous. N'attendez toutefois pas d'être présenté à la FIAC 2008 : si le marché augmente rapidement pour répondre à une demande insatiable, sachez que le nombre d'artistes croît bien plus vite encore. Ceux qui trouvent leur place dans ce marché d'exception sont extrêmement rares.

 

Malgré tous les reportages qui glorifient la production culturelle de notre pays et la FIAC, le marché de l'art ne va pas bien en France. Régulièrement attaquée pour son manque d'audace (la simple comparaison des sites Internet des foires illustre bien la distance qui les sépare), les mini crises qui ont frappé la FIAC l'ont incitée à inviter une création plus jeune et moins convenue, installée dans la Cour Carrée du Louvre comme l'année dernière. Mais les collectionneurs exigeants qui font le déplacement à Paris pour acheter attendent bien plus qu'un tel geste. Aussi les foires parallèles ont-elles tendance à se développer pour capter ce flux de visiteurs, le fidéliser et l'augmenter. Plus l'offre est riche et variée à un moment donné (18 au 22 octobre) dans un espace donné (le coeur de Paris), plus les chalands sont nombreux...et meilleures sont les affaires.

 

293560e48c06e7e5b8f8a08b1eee568e.jpgC'est ce qui a motivé Les Elysées de l'Art à s'installer sur les Champs Elysées entre les Tuileries et le Grand Palais. Cette foire parallèle viendra s'ajouter à Slick dans le 20eme arrondissement, Show off avenue Gabriel et, plus tard en novembre, Diva consacré à l'art digital et vidéo. Elle regroupera 60 galeries réputées entre les deux espaces de la FIAC (Grand Palais et Cour Carrée). Surtout, le succès de ce nouveau concurrent ne peut que bénéficier aux autres foires parisiennes. La capitale a peut-être même l'occasion, avec cette agressivité commerciale, de remonter dans le classement du marché international de l'art. Un tel renouveau du dynamisme français aurait rapidement un impact très positif aussi bien sur les artistes que sur les collectionneurs français.

Rappelons que la première foire d'art au monde, Art Basel, réunit tous les ans les les plus prestigieuses galeries internationales à Bâle (et à Miami). Une partie d'entres elles néglige aujourd'hui Paris pour son manque d'ambition. A Londres, la Frieze gagne rapidement du terrain par la grande qualité de son choix qui joue sur l'audace et l'originalité de la création exposée. Rappelons qu'une nouvelle génération d'artistes contribue largement à ce dynamisme du marché anglais...sans parler du nombre de collectionneurs fortunés qui entraînent le mouvement.

 

Pourtant, les organisateurs de la FIAC ne l'ont pas compris. Dans une vision tristement malthusienne, ils ont attaqué cet excellent projet des Elysées de l'art pour "concurrence déloyale"... avec le soutien du maire du 8eme, François Lebel (cela lui vaudra de bons repas, sans doute aussi une oeuvre au passage). Bertrand Delanoë ayant eu le bon sens d'accorder son autorisation, le tribunal de commerce a débouté la FIAC de son action en référé. Les Elysées de l'Art peuvent respirer. Mais ce qui est amusant (ou atterrant du point de vue des acteurs du marché de l'art) dans l'histoire, c'est que Martin Berthenod, commissaire général de la FIAC, vient de se voir confier une mission par Christine Albanel et le ministère de la culture. Ajoutons cette expertise aux premières mesures annoncées par la ministre,  et il apparaît clairement que l'« élan de renouveau pour le marché de l'art français » n'est pas pour demain ! 

07:00 Publié dans Culture, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Fiac, Elysées de l'Art, Art Basel, Frieze | | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 30 octobre 2006

La Fiac est de retour au Grand Palais

medium_FIAC2006.jpgComme chaque année, la Foire Internationale d'Art Contemporain se tient à Paris. Mais avoir été installée Porte de Versailles pendant de nombreuses années, la voici de retour au Grand Palais comme à l'origine, répartie entre une tente dans la Cour carrée du Louvre, le Jardin du Louvre et le Grand Palais à la magnifique verrière ultra contemporaine. Si les chanceux du vernissage ont pu éviter cette épreuve pénible, le commun des visiteurs doit patienter jusqu'à une heure avant le guichet d'entrée. L'entrée à 20 euros ne rebute pas grand monde. A l'intérieur, c'est le grand plein. Un truc : prenez votre billet à l'entrée du Carrousel du Louvre, l'attente est bien moins longue, et vous n'aurez pas à faire les 300 mètres de queue du grand Palais.

 

Tout est à vendre, même les sculptures monumentales contemporaines du Jardin des Tuileries (attention, pas les grandes oeuvres de Henry Moore ou les animaux étranges de Germaine Richier, qui font partie du patrimoine national !). Si les jeunes galleries de la Cour carrée du Louvre abritent de belles surprises, notamment dans le secteur du design, les merveilles se trouvent dans le Grand Palais. En général, les prix ne sont pas affichés. Si vous n'avez aucune idée des "cotes" du marché de l'art, lorsque vous demandez le prix d'une oeuvre d'un artiste déjà connu, imaginez un prix, et rajouter deux...voire trois zéros. Vous serez plus proche de la réalité.

 

Un détail choquant pour tout amateur d'art qui conçoit la création comme indépendante du pouvoir : le plus gros acheteur de cette foire, c'est l'Etat français !

Comme l'indiquent de très nombreux jolis cartons munis de la pastille rouge et signés par le Centre National des Arts Plastiques,  de très nombreuses oeuvres ont été acquises par le du ministère de la Culture. Avec notre argent de contribuables, ou en endettant encore davantage les générations futures, l'Etat acquiert des oeuvres qui iront s'entasser dans des FRAC, dans le FNAC ou qui décoreront les bureaux d'obscurs hauts fonctionnaires. Il me parait important de revoir ce type d'institution qui constitue une immixtion anormale de l'Etat dans le monde de la création plastique.

 

La foire de Basle ou la Frieze Art Fair de Londres sont extrêmement dynamiques et se passent très bien de ce type d'intervention Etatique. En revanche, la règlementation concernant les fondations est bien plus avenante et favorable aux fonds privés de soutien des artistes. Au contraire, l'environnement français du marché de l'art est un peu vicié. La fondation Pinault a fini par s'expatrier à Venise après des années d'attente. Les droits de suite pésent sur le marché secondaire des enchères. Enfin, les grands collectionneurs ont tendance à se faire discrets pour ne pas être repérés par le fisc. Bref, la faiblesse du marché "libre" de l'art moderne et contemporain tient à divers facteurs cumulés. Premières victimes : les artistes et la création plastique.

13:40 Publié dans Culture, La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Fiac, art contemporain, grand palais | | | Digg! Digg |  Facebook