vendredi, 07 décembre 2007
SMIC en Allemagne : un outil au service du monopole de la Poste
En Allemagne, la rémunération minimum, comme le temps de travail, n'est pas établie au niveau national, mais librement déterminée par des accords de branche entre partenaires sociaux, sans intervention de l’Etat. Après une première tentative infructueuse du SPD, cette année, l'idée de fixer un salaire minimum légal vient de l'emporter. Angela Merkel vient de céder et d'accepter son introduction dans un secteur en passe de s'ouvrir à la concurrence : le service postal. Les conséquences d'une telle intrusion de l'Etat dans un domaine privé peuvent pourtant être dramatiques pour le pays. Surtout que l'Allemagne compte déjà 3.5 millions de chômeurs. Bien que son principe soit généralement populaire, ce seuil minimum remontant les plus bas salaires dans l'esprit du public, la réalité est toute autre. Concrètement, le seuil exclut des catégories d'emploi dont l'utilité lui est inférieure, ainsi que toutes les personnes dont l'expérience et les compétences sont trop faibles pour espérer rentabiliser une telle rémunération.
Cette barre ressemble à celle du saut en hauteur. Elle est d'autant plus difficile à franchir qu'elle est haute. Lorsque Tony Blair l'a introduite au Royaume-Uni, il a choisi un niveau suffisamment bas pour exclure le moins de salariés possibles du marché de l'emploi. Il mesurait déjà la corrélation directe entre la hauteur de la barre et celle du taux de chômage parmi les couches les plus précaires. Résultat, seuls 3 % des salariés sont rémunérés à ce seuil minimum légal, et le chômage est inférieur à 5 % depuis de nombreuses années. En France, au contraire, le niveau du SMIC est suffisamment élevé pour coller 20 % des salariés à ce niveau. C'est la fameuse "SMICardisation" tant décriée. Effet voiture balais, ce SMIC, que la droite a considérablement relevé, contribue lourdement au chômage des profils les moins qualifiés, et souvent durablement. C'est une véritable trappe à exclusion décidée arbitrairement par des politiques qui se fichent éperdument des conséquences économiques et sociales de cette mesure, pourvu que les sondages aillent dans le bon sens.
La semaine dernière, Angela Merkel vient de faire un grand pas en arrière en dédidant d'établir un salaire minimum de 8 à 9.80 euros de l'heure à partir de janvier 2008 dans les services postaux au moment où ceux-ci s'ouvrent à la concurrence. Le principe est clair : couper la concurrence dans son élan, protéger l'ex-monopole public, Duetsche Post, et maintenir des tarifs postaux élevés pour le consommateur. C'est ce que Jean-Claude Trichet, gouverneur de la BCE, vient de dénoncer lui aussi, come de nombreux observateurs locaux. Réaction immédiate : les concurrents de la Poste allemande ont annoncé les coupes dans leurs effectifs : 1.000 licenciements pour Pin Group, TNT et de nombreux autres opérateurs sont en train de refaire leurs calculs. Estimation : un tiers des 60.000 emplois sont mis en danger par l'instauration de ce revenu plancher. Les 20.000 emplois menacés sont bien entendu ceux qui auront le plus de mal à trouver un autre emploi, faisant partie des moins qualitifés.
Portée par le sentiment de confiance des entreprises et par une croissance consistante, Angela Merkel semble vouloir étendre cette mesure à dix autres secteurs de service non délocalisables. L'un de ses arguments de poids, c'est qu'en l'absence de revenu minimum légal, de trop bas salaires pèsent lourd sur la protection sociale qui vient compléter leur revenu. Mais le chômage plus élevé qui en résultera ne sera-t-il pas plus élevé que ces gains estimés ?
12:05 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : SMIC, Angela Merkel, Allemagne, Deutsche Post |
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