lundi, 14 mai 2007

Déclaration de candidature

Ce matin, tous les candidats aux élections législatives avaient rendez-vous au bureau des élections de la préfecture de Paris. La période officielle de déclaration de candidature s'étale jusqu'au 18 mai. Venir le premier jour à la première heure a des avantages.
 
 
Jusqu'à 9h00 pile, les derniers arrivés sont tous considérés comme premiers. Je m'explique. Autrefois, les panneaux d'affichage des bureaux de vote étaient attribués aux candidats selon leur ordre d'arrivée. Depuis de nombreuses années, le tirage au sort des premiers arrivés s'est imposé comme me l'a expliqué une charmante fonctionnaire, ancienne de ces services. Autrefois, les militants s'installaient et assuraient une rotation de permanence sur le trottoir trois jours avant la date légale afin d'être certains que leur candidat soit le premier inscrit sur la liste de leur circonscription, et donc d'avoir le panneau numéro 1, le plus beau et le plus visible de tous. La différence peut en effet être de quelques voix, mais chaque voix compte dans cette aventure pour le pouvoir.
 
 
Résultat : lorsque les portes s'ouvraient vers 8h30 ou 9h00, la ruée dans les couloirs et les escaliers faisait de la préfecture un champ de bataille, surtout lorsque les matraques télescopiques ont fait leur apparition. 9 étages, 9 occasions de blesser ses concurrents. Plaintes et intervention fréquente des forces de l'ordre ont incité le Préfet à imposer le tirage au sort, sauf accord unanime des "premiers arrivés", c'est à dire ceux qui ont pointé le bout de leur nez avant 9h00 pile. Les suivants sont inscrits dans l'ordre de leur arrivée. Plusieurs candidats de l'UMP ont choisi de s'inscrire en dernier afin d'avoir le dernier panneau des bureaux de vote, sorte de numéro 1 à l'envers, le premier qu'on voit en approchant du lot de panneaux. Arrivé dernier des officiels "premiers", j'ai eu droit au tirage au sort. Sorti 3eme, j'aurai donc droit au panneau numéro 3.
 
 
Ensuite, l'informatisation encore fragile et la quantité de précisions que chaque candidat doit apporter au bureau rendent le processus un peu lent et laborieux. Compter une à deux heures d'attente et 45 minutes de remplissage du dossier. L'accueil des fonctionnaires de la préfecture est plutôt bon, avec une patience qui les honore. 
 
 
Entre les candidats et suppléants présents, l'ambiance est étrange. Altermondialistes, trotskystes, écolos et frontistes du FN doivent cohabiter dans un espace exigu toute la matinée. On bavarde autour du café servi à tous et de quelques viennoiseries sommaires. Rapidement, on distingue deux catégories de candidats. Les cravateux et les autres. Les cravateux sont essentiellement les élus, les éligibles et les assistants parlementaires et autres apparatchiks du système. Pour l'essentiel à Paris, il s'agit de membres du PS et de l'UMP. Ceux-là sont ici pour continuer leur carrière, empiler un second mandat à un premier, ou prolonger leur actuel mandat parlementaire. Leur campagne ne leur coûte rien puisque 30.000 à 32.000 euros (selon un barème très précis établi par la Préfecture selon les circonscriptions) de dépenses de campagne leur seront remboursées par l'Etat, c'est à dire nous, les contribuables. Les autres font campagne avec leurs propres économies sans aucune assurance de se faire rembourser. Les verts font un peu exception avec leur look bobo, mais ils rejoindront peut-être le deuxième groupe s'ils ne parviennent pas à faire réélire leurs rares députés. D'ailleurs, les discussions entre verts et socialistes sont un peu tendues depuis le désaccord officiel annoncé par les verts hier soir.
 
Les notables, qui vivent de la politique et ne risquent pas un sou de leur poche, rigolent entre eux des kamikazes non affiliés aux deux grands partis de pouvoir qui s'agitent pour rien, dans l'espoir fou de rentrer dans leur monde fermé et verrouillé. Ironie mordante, private jokes et commentaires un peu acerbes peuvent être entendus si on tend l'oreille discrètement près d'un de leurs groupes. Combien de temps tiendront-ils ainsi notre démocratie confisquée ?
 
 
Ensuite, ces notabliaux parisiens rejoignent leur voiture de fonction qui les attend en bas de l'immeuble. Chacun repart dans sa campagne (électorale) après cette demi-journée perdue en formalités administratives.

15:25 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Déclaration de candidature | | | Digg! Digg |  Facebook