lundi, 28 mai 2007
Mobilisation contre Hugo Chavez, pour la liberté d'expression
La fermeture de Radio Caracas Television (RCTV), fondée en 1953, est une grave atteinte à la liberté d’expression. Elle est un mauvais coup porté à la démocratie et au pluralisme. En s’en prenant à RCTV, Hugo Chávez a réduit au silence la télévision la plus populaire du pays et la seule chaîne nationale encore critique à son égard. Cette fermeture est faite en violation de toutes les règles de droit, le matériel de diffusion de RCTV ayant été saisi au profit de la nouvelle chaîne publique. Les motifs invoqués - et notamment le soutien que RCTV avait apporté, avec d’autres médias, à la tentative de coup d’Etat du 11 avril 2002 - sont des prétextes : les autres chaînes de télévision privées qui avaient eu la même attitude à l’époque n’ont pas connu le même sort ayant, depuis, adopté une position complaisante vis-à-vis du régime" a déclaré Reporters sans frontières.
Il m'arrive souvent d'entendre des idéalistes de gauche, proches d'ATTAC, admirer l'action de Hugo Chavez. Ce populiste primaire, avec sa vision militaire de l'idéal socialiste, soulève l'anthousiasme des antilibéraux. Ses exploits commencent pourtant avec une tentative de coup d'Etat en 1992. Ce « fléau de l'oligarchie et héros des pauvres » autoproclamé finit par remporter légalement, 6 ans plus tard, les élections au Venezuela. Depuis lors, Chavez laisse libre cours à sa tendance tyranique, à commencer par une mofidication de la constitution qui lui assure sa réélection à vie. Il s'est rapidement engagé dans un vaste mouvement de nationalisation et de développement de "services publics" éducatifs, de santé, etc. Le peuple, qui se prit à rêver d'un pays plus agréable à vivre, déchanta vite comme tous ceux qui subissent de tels mouvements de collectivisation. La misère n'a pas reculé, l'ascenseur social n'existe toujours pas. L'ordre moral de Chavez règne sans contestation.
Pourtant, le Vénézuéla est riche. Cinquième producteur mondial de pétrole, il détient la huitième production du monde. Lorsque les cours du pétrole flambent, Chavez annonce une expropriation des compagnies pétrolières sans préavis et sans indemnités pour se réapproprier l'argent de l'or noir. Du vol pur. Se rendant compte qu'une telle décision aurait des conséquences dramatiques, laissant le pays sans les compétencs requises pour l'exploitation de ces champs pétrolifères, il s'engage alors dans de dures négociations avec les multinationales pour leur confisquer plus de 50 % de leur activité et les confier la société nationale PDVSA.
"Nous ne voulons pas que les multinationales s'en aillent, même si bien sûr celles qui souhaitent partir peuvent le faire" (sans indemnités bien entendu) a indiqué Chavez avant de rappeler que l'Etat prendra le contrôle des gisements à travers un déploiement "pacifique" de l'armée sur les sites. Ces multinationales "savent que nous occuperons les gisements le 1er mai. Celui qui souhaite déposer un recours en justice peut le faire mais je crois qu'une bonne partie d'entre eux veulent rester et ont compris que ce pays est souverain". Avec ce chantage, Chavez a donné le ton.
Chavez tisse son réseau parmi les grandes dictatures en place afin de mieux affirmer son opposition aux Etats-Unis, son principal ennemi. En échange de livraisons de pétrole, le gouvernement cubain de Fidel Castro fournit à son pays environ 20 000 médecins (ce qui sera très mal vécu à Cuba qui manque déjà de tout). Ailleurs, il se fournit en armes. Il se rapproche de l'Iran, de la Chine. En 2004 il reçoit le controversé Prix Kadhafi des droits de l'Homme de la Libye, remis auparavant à Fidel Castro. Enfin, il soutient les nouveaux élus populistes d'Amérique Latine, comme Evo Morales en Bolivie, rêvant de prendre la relève de la résistance anti-américaine d'un Fidel Castro vieillissant. Au Brésil heureusement, Lula se méfie vite de lui et préfère appliquer de bonnes vieilles méthodes libérales à son pays. Avec succès.
Il faut dire que Chavez ajoute les propos choquants aux actes : lors du sommet du 60e anniversaire de l'ONU, il déclare : « nous proposons que le siège des Nations unies quitte un pays qui ne respecte pas les résolutions de l’Assemblée générale » et propose un transfert de son siège. Révélant une profonde paranoïa, il annonce ensuite à la télévision américaine ABC que les États-Unis veulent envahir le Venezuela. Encore plus drôle, il annonce son souhait de voir disparaitre purement et simplement le FMI. Fin avril, il y a seulement quelques semaines, le Venezuela a annoncé sa sortie du FMI. Lors d'un discours à l'assemblée générale de l'ONU en 2006, il qualifiait le président américain de « menteur » de « tyran » et de « diable ». Bref, ce personnage ferait rire s'il n'était pas aussi dangereux pour son peuple et pour la région.
Dans le droit fil de sa politique, Chavez a enfin décidé de reprendre les médias en main. La liberté d'expresion n'est pas de son goût. La plus ancienne chaîne de télévision vénézuélienne, RCTV, n'a pas vu sa concession renouvelée et a dû disparaître sans réel préavis. Au même moment naissait la nouvelle chaîne de "télévision socialiste" (TVES), financée par le gouvernement et dont les transmissions ont commencé dès que se sont interrompues celles de RCTV. Parallèlement, Chavez lance des attaques contre les chaînes libres diffusées par cable ou satellite. Globovision est accusée de diffuser des messages subliminaux appelant à l'assassinat du président. CNN est aussi l'objet d'une plainte du ministre de la communication "pour incitation à la violence". Des manifestations se sont tenues un peu partout dans le pays pour protester contre cette décision qui retire l'accès à l'information aux uns, les divertissements aux autres. Chavez a simplement proposé de reprendre les divertissements populaires sur la nouvelle chaine publique. Version socialiste ? En attendant, c'est avec des balles en caouthchouc que l'armée assure le spectacle dans la rue.C'était le dernier média libre du pays. Dorénavant, le pays est plongé dans l'obscurité de la dictature socialiste de Chavez.
21:45 Publié dans Dans le monde, Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
| Tags : Hugo Chavez, Vénézuéla, RCTV, nationalisation, Cuba, socialisme |
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