mercredi, 10 octobre 2007

Ornithologie politique

Vous avez senti le froid dans l'air ? Après un été pourri, tout le monde démarre l'automne avec la grippe et la tension monte parfois très vite. En quelques jours, sans avoir besoin d'être très attentifs, les Français ont pu entendre des noms d'oiseaux voler de toutes parts. C'est extrêmement rare que cette sauvagerie de la jungle politique soit publique, elle est d'habitude réservée aux intimes du nid. Soyons attentifs et profitons de cette formidable expérience d'observation ornithologique. Les politiques peuvent être très insultants, sans manières et sans chichis : "Ce petit con prétentieux ne m'intéresse pas" ou "Des crétins y en a toujours eu. Qu'est-ce que vous voulez que je réponde à autant de conneries ?". Pensez-vous qu'il s'agit du poivrot au bistro du coin de la rue ? Pas du tout, ce sont les mots du  bras droit ultra-gaulliste du président, le pingouin Henri Guano Guaino. Ces propos un peu crus venaient en réponse aux commentaires du fier BHL sur le discours de Dakar. Ce Guaino me rendrait BHL presque sympathique ! Dans ce discours prononcé par Sarko, il avait déployé une prose qu'on ne retrouvait plus depuis l'Algérie française : "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. [...] Jamais il ne s'élance vers l'avenir. [...] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès". Il aurait pu avoir le tact de déployer ce même talent pour insulter BHL comme il l'a fait avec l'Afrique, plutôt que de dégainer l'invective insipide, dénuée de toute subtilité.

 

Hier, c'était la majorité, puis la gauche, qui en prenaient pour son grade. Fadela Amara, à la langue bien pendue,  lâchait des propos très francs dans un monde politique plus habitué aux estocades discrètes dans son environnement feutré, souvent bien plus assassines : y en a "marre qu'on instrumentalise à chaque fois l'immigration" suivi d'un "Je trouve ça dégueulasse !" sorti du coeur. Pour calmer les ardeurs d'une gauche plus hypocrite que jamais, elle stoppa nette leur tentative d'instrumentalisation de l'anti-test ADN : « je n'ai pas de leçon à recevoir des députés de gauche qui nous ont laissés vivre dans des endroits dégueulasses quand ils étaient aux affaires. ». Pan dur le bec. On ne sait plus très bien qui instrumentalise qui et quoi dans ce chaos, mais ça bouge dans les travées qu'on croyait endormies depuis la politique "d'ouverture" de Sarko. Tout le monde a vite repris le mot "dégueulasse" qui redevient très à la mode. Nous devrions bientôt le retrouver dans les cours d'école. François Goulard lui a rétorqué que quand "on trouve les membres d'un gouvernement dégueulasses, on le quitte". Et le très dégueulasse Maxime Gremetz a aussi eu son temps de parole pour exprimer une pensée profonde : "Moi, si j'estime qu'un gouvernement auquel je participe prend une décision aussi dégueulasse, je m'en vais tout de suite (...). On ne peut pas rester dans un gouvernement de dégueulasses". Allez, si ça peut un peu redonner du tonus à la gauche au tapis, ce n'est pas si mal.

 

Alors que la droite et la gauche se sont enfin trouvés un sujet de discorde avec ce fameux (trop fameux) test ADN qui n'en méritait pas tant, Sarko a lancé un appel au calme depuis Moscou, un appel qui s'adresse à chacun (entendez : la gauche ET la droite). En tout cas, c'est clair : dés qu'il tourne le dos, c'est le bordel dans la majorité. Pour ma part, je désapprouve profondément cette vision étriquée de la majorité concernant l'immigration. Les pays les plus dynamiques ouvrent largement leurs portes aux migrants comme le rappellent, entre autres, deux textes récents : l'un dans la Tribune hier, l'autre dans le Figaro cet été. Le discours actuel fait de la lutte contre l'immigration une priorité malsaine. La France, une fois de plus, choisit le repli sur soi, cet isolement qui nous éloigne de la croissance espérée et qui nous coupe davantage des bienfaits de la globalisation.

 

Allez Fadela, ne te laisse pas faire !