jeudi, 21 décembre 2006

Microcrédit : succès de l'entrepreunariat social

medium_Portraits_micro-entrepreneurs.jpgLe microcrédit me fascine depuis longtemps. La philosophie et le mécanisme de cette activité économique sont révolutionnaires. Les Etats sont incapables de faire ce que cette forme d'initiative privée a su développer au cours de toutes ces années. Pour illustrer ce décalage fondamental, je me souviens avoir suivi les pérégrinations de Jacques Attali dans un secteur proche, plus axé sur les investissements lourds, dans des entreprises existantes ou dans les infrastructures. Le microcrédit faisait partie de sa réflexion globale. Attali était parvenu à faire la risée de toute l'Europe avec la création de la BERD le 29 mai 1990. A l'inauguration de la banque para-publique qui devait accompagner la transition des pays nouvellement libérés du joug communiste à l'Est vers le capitalisme, le 15 avril 1991, les donateurs se sont rendus compte que Jacques avait consacré l'essentiel de leurs dons nationaux aux marbres et essences rares qui avaient servi dans la construction du splendide siège de la banque (par un architecte ami d'Attali d'ailleurs). Avec ses 170.000 FRF de notes de restaurant, ses 40 voyages en jet privé en plus des 570 millions de FRF dilapidés dans la construction du siège (plus que l'ensemble des prêts engagés par la suite !), Attali fut poussé à la démission rapidement. Malgré les erreurs magistrales qui ponctuent son parcours de brillant intellectuel de gauche, il est toujours en selle. En spécialiste des gabegies publiques, il publie notamment un ouvrage intéressant, co-signé avec Muhammad Yunus : Portraits de micro-entrepreneurs.


Attali ou non, le microcrédit a pu prospérer parce qu'il n'y avait aucun apparatchik de ce type pour "contribuer" à som développement. Le succès est colossal, loin des débuts lorsque le Professeur Yunus donnait ses cours d'économie au Bangladesh, sa ville d'origine. A partir du jour où il proposa à ses étudiants d'aider 42 artisans en leur prêtant 27 dollars au total pour développer leur activité, le microcrédit n'a pas arrêté de se développer, atteignant aujourd'hui un volume global considérable. Le sommet de la campagne de microcrédit a recense 3.133 établissements de microcrédit et une population emprunteuse de ces mini montants de 113 millions d'individus, à 84 %des femmes ! Or, chaque emprunteur a une famille, ce qui donne une estimation de presque 600 millions d'individus qui bénéficient de cette dynamique formidable. La Grameen Bank, après 30 ans d'existence sous la direction de Professeur Yunus, accorde des crédits à plus de 6.7 millions d'emprunteurs. Grameen bank appartient pour 90 % à ses emprunteurs (qui détiennent automatiquement des parts de la banque), les 10 % restants étant aux mains des autorités du pays.

 
medium_M._Yunus.2.jpgDimanche matin, j'ai eu l'honneur et le plaisir d'être invité à rencontrer Muhammad Yunus en petit comité de libéraux, aux Hilton de l'avenue de Suffren. Les explications sur le fonctionnement pratique du microcrédit m'ont enfin permis de saisir les fondements de cette révolution. Les banquiers de ce type d'établissement ne travaillent pas dans un bureau, derrière leurs écrans ou leurs téléphones. Ils passent leur vie sur les routes et dans les villages pour aller à la rencontre de la population et tisser un réseau d'emprunteurs solidaires et entreprenants. Résultat : mutualisation des ressources, décentralisation optimale et coûts fixes très faibles.


1) Les femmes sont leur cible essentielle, beaucoup plus fiables que les hommes (eh oui !) : l'argent est investi intelligemment, et il est remboursé avec fiabilité.


2) Emprunter, une démarche personnelle fondée sur un projet entrepreneurial, un engagement moral et une reconnaissance sociale : les emprunteurs doivent s'entourer de témoins fiables, s'associer  d'autres emprunteurs et accepter les clauses du contrat oral.


3) Les emprunteurs sont incités à respecter 16 règles simples dans la vie courante. L'objectif de la Grameen n'est pas tant de capitaliser les intérêts (élevés) du microcrédit, que de faire monter le niveau de vie de populations entières par l'initiative individuelle.


4) Ce sens de l'initiative peut être encouragé et accompagné par la responsabilisation individuelle, l'éducation, la mise en place progressive d'infrastructures et de technologies. Aussi, au-delà du crédit lui-même, la Grameen propose bien d'autres types d'actions : Grameen Trust, Grameen Fund (orienté vers les projets risqués en technologies), grameen Communication, Grameen Energy, Grameen Education, Grameen Family...


La philosophie du microcrédit consiste à faire sortir des centaines de millions d'individus de l'extrême pauvreté non pas en donnant de l'argent, mais en offrant un accès payant au capital. Non pas par l'assitance mais par l'encouragement à se prendre en main et par l'accès à l'endettement. Le premier obstacle à l'expansion du microcrédit, ce sont les règlementations bancaires et la bureaucratie d'Etats qui n'apprécient pas de perdre la main sur des populations jusque là soumises. Une concurrence perverse s'est ainsi établie entre la charité internationale aux réseaux bien établis souvent avec le soutien des Etats qui nourissent leur bureaucratie) et l'incitation privée et directe à la responsabilisation individuelle.
Comme Muhammad Yunus l’écrit dans son autobiographie Banker to the Poor : « La bureaucratisation encouragée par les subventions, la protection économique et politique, et le manque de transparence détruit tout et encourage la corruption. Ce qui a commencé avec de bonnes intentions a créé un désastre. Les gouvernements n’ont pas les réponses et ne les auront jamais. C’est aux entrepreneurs sociaux de résoudre nos problèmes. »

10:35 Publié dans Dans le monde, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Microcrédit, Yunus, Nobel, Grameen, Attali | | | Digg! Digg |  Facebook