mercredi, 06 décembre 2006

France is getting old

Arrivée mardi à Roissy à 5h30 du matin de mon vol de Hong Kong. La police est là, juste à la sortie de l'avion. Ambiance. Les journaux français, dans l'avion, ne parlent que de Ségo et de Nico. Discours sécuritaires, sauvegarde de notre modèle social, rien n'a changé après quelques jours d'absence. Mais après plusieurs décennies d'immobilisme, il ne fallait pas rêver. Après une petite semaine passée à Hong Kong, le choc du retour est rude. J'avais bien entendu amis et collègues vivant à l'étranger me raconter comme ils se sentaient de plus en plus éloignés de la France. Mais là, ce n'était plus du tout abstrait. En quelques jours, ma perception du retard français est plus réel que jamais.

 

Connaissant tant Londres et les US que la mentalité anti-anglo-saxonne de certains Parisiens, je ne me permets plus, depuis longtemps, de mettre en avant les formidables qualités de ces modèles un peu plus libres que le nôtre. La moindre remarque dans ce sens et tout le monde me tombe dessus. "Et la misère sociale ?", "et le communautarime ?", "ça ne va pas durer", "ce sont des pays individualistes, égoïstes"...avec le traditionnel "Si ça te plait tant, vas-y !". En gros, je n'ai qu'à me barrer si je ne suis pas content du système français. Heureusement, l'engagement politique reste une bonne alternative quand on aime son pays. C'est mon cas. J'ai encore bon espoir de voir notre système se moderniser avant de baisser les bras et d'aller payer mes impôts ailleurs.

 

Dorénavant, l'échantillon du modèle asiatique que j'ai découvert me donne de nouveaux arguments pour secouer les esprits autour de moi. Ici, le poncif anti-anglais ou anti-américain ne joue plus. Dans cette zone surpeuplée du monde, des centaines de millions d'individus sont sortis de la pauvreté pour former une vaste classe moyenne. En quelques années, 150 millions de Chinois sont sortis de la très grande pauvreté. L'Inde voit de vastes zones vivre une révolution sociale et économique. Tout le continent est en marche vers le progrès social et l'amélioration générale des conditions de vie. Et dans cette perspective, Hong Kong constitue une belle vitrine de ce que pourrait être cette Asie de demain.

 

Propreté étonnante quand on vient de Paris, sentiment de sécurité permanent, transports en commun extraordinairement efficaces, totalement privés (eh oui, même le métro !), architecture audacieuse, une activité économique permanente bien palpable, un sentiment favorable à l'immigration et le sentiment qu'il faut croquer dans la vie à pleines dents. Certes, les bas salaires sont bas. Mais pas de SdF comme un peu partout en France, et un ascenseur social qui fonctionne à plein régime. Des salaires les plus bas aux plus élevés, tout le monde a des projets et épargne pour les réaliser. Un autre univers.

 

La France dispose de tous les atouts nécessaires pour exporter services et produits en Asie. Excellente technicité, haut niveau de formation général et réseau international important. Mais elle n'a plus la mentalité nécessaire pour relever ce défi. Cela dit, le sentiment général de rebellion pourrait rapidement se transformer en énergie positive si certains verrous importants sautaient. Au lieu de tout attendre du politique, de l'Etat, de la réglementation et de la "solidarité" forcée, les Français doivent prendre conscience que la richesse est en eux, nulle part ailleurs. A eux de savoir l'exploiter en reprenant confiance en eux-mêmes. Aucune entité supérieure ne les aidera à se réaliser.

 

Cette nouvelle ambition ne doit plus être une ambition commune, nationale, c'est à dire presque collectivisée mais une ambition de chacun. Il y a de la place pour toutes les bonnes volontés. Le gateau grossit tous les jours, et les besoins sont largement supérieurs aux capacités produites. A chacun de savoir se placer dans ce monde d'échanges sans limites.

 

Une dernière anecdote pour conclure. Dans l'avion de la ligne chinoise Cathay Pacific, chaque passager s'est vu remettre une pochette pour une association caritative à l'aller comme au retour. Chacun y laisse ses devises inutilisées. Un moyen intelligent de sensibiliser les voyageurs à la solidarité consentie (l'opposé de la taxe sur les billets d'avion). Espérons qu'Air France se mettra un jour au rythme de l'Asie.

11:25 Publié dans Dans le monde, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Hong Kong, Chine, Asie, modèle social, France | | | Digg! Digg |  Facebook