vendredi, 31 août 2007
Damien Hirst, la folie des grandeurs
Derrière son look bobo qui ne paye pas de mine, jean-baskets et style négligeant, notre quadra est un businessman remarquable. Ce requin-là n'est pas du genre à se laisser découper pour finir, comme The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, dans un bassin de formol. Le vrai concept de Hirst, c'est de ne plus s'adresser qu'aux stars, aux vraies qui valent leur poids, et plutôt en diamants qu'en or. Si David Beckham vient d'acheter l'une de ses toiles pour presque 500.000 livres (738.000 euros), ses oeuvres les plus fameuses s'échangent pour 10 à 15 fois plus cher dans les grandes salles de vente. Son nom est devenu une marque pour multimillionnaires et milliardaires qui trouvent en lui de la transgression sans risques.
Comme tout membre de la YBA qui se respecte, il vend ce qui choque, ce qui perturbe; et toujours à des prix indécents. Tracey Emin, dans une fameuse installation, laissait capotes usagées et tampons ensanglantés dans son lit. En 1999, Chris Ofili faisait l'objet d'attaques assez dures de la part du maire de New York, Giuliani, pour son oeuvre The Holy Virgin Mary exposée au Musée d'Art de Brooklyn en 1999, au terme de la tournée de Sensation, l'exposition aussi sulfureuse que réussie lancée au Royal Academy of Art par le mécène des YBA, Charles Saatchi. L'oeuvre dont Giulliani a assuré involontairement une proomotion mondiale, représentait une femme noire entourée de collages de photos d'organes génitaux tirés de revues pornographiques... et de petites tâches en bouse d'élephant.
L'un des plus connus d'entre eux, l'Américain Jeff Koons, après avoir épousé la députée Cicciolina qu'on ne présente plus, a beaucoup exploité l'univers pornographique pour la série Made in Heaven. So shocking ! Evidemment, cette vague d'artistes, dont la liste des provocations est longue, ne s'intéressent pas qu'au sexe ou aux effets pervers de la société de consommation dont ils sont les premiers à profiter. Mais leurs oeuvres les plus sulfureuses leur ont assuré une notoriété suffisante pour devenir des icones vivantes de l'art contemporain... enfin d'un certain segment de l'art contemporain qui est parvenu à transformer du sperme et de la bouse en or ! Alors : alchimistes ou artistes ?
Le dernier projet de Damien Hirst est simple, et nombreux sont les artistes "trendy" qui doivent se mordre les doigts de ne pas y avoir pensé avant lui : vendre la création d'un artiste vivant la plus chère au monde. Et cet artiste, en l'occurrence, c'est lui-même. Si sa sculpture n'atteint pas les sommets des trois premiers lots vendus en salle (tiercé gagnant, tous morts : Pollock - de Kooning - Klimt, Picasso n'arrive que 6ème !), son Skull, à 100 millions de dollars, dépasse de loin le niveau de toutes les oeuvres vendues par un artiste de son vivant. Prix de fabrication : 10 à 15 millions de dollars (dont 7 pour l'achat des diamants), 30 % pour la galerie, reste 55 millions pour l'artiste. Car un aussi joli coup ne peut être que l'oeuvre d'un artiste.
Ce montant vous parait indécent ? Pourtant, les acteurs les plus célèbres reçoivent des cachets de plusieurs dizaines millions de dollars par film à Hollywood. Réflechissez un peu. Ce n'est pas tant leur travail qui a une valeur, que la satisfaction apportée par ces individus, par leur talent ou par leur prestation, à une industrie (le fim) comme à un individu collectionneur. Cette valeur, profondément subjective, peut aboutir à des échanges sidérants pour le commun des mortel dont je suis. Aussi sidérants pour les uns que bien-fondés pour les autres. Pour ma part, Damien Hirst demeure une énigme. Si je comprends l'intérêt qu'il peut suciter sans pour autant aimer son oeuvre, je ne parviens pas à comprendre ce qui déclenche une telle hystérie parmi les immenses fortunes. Cet effet de mode vient-il offrir un zeste de scandale dans des vies trop bien réglées ? Restera-t-il le Warhol des années 90 et 2000, ou bien apparaîtra-t-il comme le sommet de l'art pompier avec quelques décennies de recul ? En tout cas, il restera l'un des artistes les plus avides de l'histoire de l'art après le Titien, Rubens et quelques "démiurges" qui, depuis que Léonard de Vinci s'est imposé comme l'égal des rois, n'ont pas hésité à exiger de véritables fortunes pour leurs créations. Est-ce suffisant pour rejoindre le panthéon des grands maîtres ? Pas sûr...
07:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : Damien Hirst, Art contemporain, ventes aux enchères, crâne, skull, Jeff Koons, Chris Ofili |
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lundi, 30 octobre 2006
La Fiac est de retour au Grand Palais
Comme chaque année, la Foire Internationale d'Art Contemporain se tient à Paris. Mais avoir été installée Porte de Versailles pendant de nombreuses années, la voici de retour au Grand Palais comme à l'origine, répartie entre une tente dans la Cour carrée du Louvre, le Jardin du Louvre et le Grand Palais à la magnifique verrière ultra contemporaine. Si les chanceux du vernissage ont pu éviter cette épreuve pénible, le commun des visiteurs doit patienter jusqu'à une heure avant le guichet d'entrée. L'entrée à 20 euros ne rebute pas grand monde. A l'intérieur, c'est le grand plein. Un truc : prenez votre billet à l'entrée du Carrousel du Louvre, l'attente est bien moins longue, et vous n'aurez pas à faire les 300 mètres de queue du grand Palais.
Tout est à vendre, même les sculptures monumentales contemporaines du Jardin des Tuileries (attention, pas les grandes oeuvres de Henry Moore ou les animaux étranges de Germaine Richier, qui font partie du patrimoine national !). Si les jeunes galleries de la Cour carrée du Louvre abritent de belles surprises, notamment dans le secteur du design, les merveilles se trouvent dans le Grand Palais. En général, les prix ne sont pas affichés. Si vous n'avez aucune idée des "cotes" du marché de l'art, lorsque vous demandez le prix d'une oeuvre d'un artiste déjà connu, imaginez un prix, et rajouter deux...voire trois zéros. Vous serez plus proche de la réalité.
Un détail choquant pour tout amateur d'art qui conçoit la création comme indépendante du pouvoir : le plus gros acheteur de cette foire, c'est l'Etat français !
Comme l'indiquent de très nombreux jolis cartons munis de la pastille rouge et signés par le Centre National des Arts Plastiques, de très nombreuses oeuvres ont été acquises par le du ministère de la Culture. Avec notre argent de contribuables, ou en endettant encore davantage les générations futures, l'Etat acquiert des oeuvres qui iront s'entasser dans des FRAC, dans le FNAC ou qui décoreront les bureaux d'obscurs hauts fonctionnaires. Il me parait important de revoir ce type d'institution qui constitue une immixtion anormale de l'Etat dans le monde de la création plastique.
La foire de Basle ou la Frieze Art Fair de Londres sont extrêmement dynamiques et se passent très bien de ce type d'intervention Etatique. En revanche, la règlementation concernant les fondations est bien plus avenante et favorable aux fonds privés de soutien des artistes. Au contraire, l'environnement français du marché de l'art est un peu vicié. La fondation Pinault a fini par s'expatrier à Venise après des années d'attente. Les droits de suite pésent sur le marché secondaire des enchères. Enfin, les grands collectionneurs ont tendance à se faire discrets pour ne pas être repérés par le fisc. Bref, la faiblesse du marché "libre" de l'art moderne et contemporain tient à divers facteurs cumulés. Premières victimes : les artistes et la création plastique.
13:40 Publié dans Culture, La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : Fiac, art contemporain, grand palais |
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lundi, 09 octobre 2006
Une Nuit Blanche solidaire, festive et citoyenne
Cette année, une fabuleuse Nuit Blanche, la 5eme depuis le lancement de cette idée formidable qui se répand dans toutes les grandes capitales du monde, a encore une fois illuminé le coeur et la nuit des Parisiens, des Franciliens, de tous ces citoyens du monde qui se sont retrouvés dans des embouteillages monstrueux pour communier ensemble autour de cette nouvelle foi. Evidemment, il fallait prendre le métro, le vélo ou ses rollers. Hein Mamie !
L'art contemporain attire peu en France. Même cette Concorde en bleu, référence au 1er degré à Yves Klein, le gaz et les ballons en moins, vallait le coup. Un éclairage bouleversant en bleu. D'habitude, la lumière est un peu jaune. Là, bleue ! Sidérant !
Les Français sont certainement bêtes...ou incultes aux dires du personnel pléthorique du ministère de la culture (dont le budget approche tout de même de celui de la Justice). Ils ne comprennent pas les enjeux de la modernité artistique. Les requins découpés et plongés dans le formol d'un Damien Hirsch ou la bouse d'éléphant séchée sur des vierges de Chris Offili ne les émeut point. Quant à Fabrice Hybert, ils ne savent même pas que c'est l'un des plus brillants artistes de sa génération ! On se marre. Pitoyables, ces Français. Et bien si les gens ne vont spontanément à l'art contemporain, la ville de Paris fait venir l'art aux gens ! C'est excellent pour le tein...et surtout pour les élus qui gardent une image branchée par ce contact avec l'avant-garde de l'avant-garde.
Cette petite folie a un coût. 1.15 millions d'euros pour une seule nuit (en plus des 500.000 euros de sponsors heureux de festoyer aux côtés du PS montant). Jeff Gleich, de la galerie g-module, apprécie cet engagement citoyen dans la création contemporaine : "La Mairie de Paris soutient dix fois plus d'initiatives culturelles que celle de New York, ville où tout est aux mains du privé." Encore un qui a eu sa part du gateau ! Toutefois, une réaction corporatiste pointe déjà : les galeristes regrettent la date retenue, juste avant les foires d'art contemporain de Paris (Fiac) et, surtout, de la foire la plus à la mode : la Frieze de Londres. Elles n'ont pas eu le temps de s'y consacrer, c'est à dire de tenter de vendre leurs artistes à la mairie généreuse. Delanoë, ce mini-Jack à l'image déjà déclinante, l'a promis : il y aura un gros budget pour les oeuvres qui accompagneront le tramway ! Un si petit budget méritait bien quelques oeuvres d'art pour arrondir l'ensemble. Espérons que les automobilistes à l'arrêt dans les embouteillages interminables de la petite ceinture pourront en profiter aussi.
Des 1.5 millions de touristes et de Franciliens qui ont tenté de voir un, voire deux lieux transformés, combien ont eu l'immense honneur de suivre les 24 heures montées au Palais de Tokyo autour du philosophe Michel Foucault, ou de rencontrer l'un des 140 médiateurs qui ont arpenté la ville pour répondre aux questions du public ? La capacité de création de jobs bidons par les pouvoirs publics, à quelque niveau que ce soit, est épatante. En tout cas, tout le monde s'accorde à trouver cette nuit spectaculaire, ludique, mais anecdotique et éphémère.
Etrange, plus l'Etat met d'argent des contribuables dans l'art, moins le sentiment général change. Le public féru d'art contemporain n'a pas évolué en 20 ans. "C'est désespérant de se dire qu'à Londres, il y a autant de public pour l'art qu'à Paris pour le cinéma, et de devoir vulgariser l'art pour aller vers le grand public. ". Pourtant, c'est gratuit pour le contribuable londonnien ! Ceci explique peut-être cela. Quand on met de sa poche, on apprécie mieux que quand on vient s'y servir comme l'Etat. Même Freud n'avait pas imaginé pareille méthode pour impliquer ses clients ! Hélas en France, quand on aime, on ne compte pas...surtout quand c'est l'argent des autres.
Voici un passage pris dans le Monde de ce début de semaine. Laurent Godin est un galeriste qui a dirigé plusieurs années le Rectangle, centre d'art de Lyon. Il défend la Nuit blanche : "Il y a une grande agressivité dans le monde de l'art. Mais moi qui ai connu le désert de l'art contemporain, je ne peux me plaindre de cette masse de gens, ni de voir que les puissances publiques s'en emparent. Et tant pis s'il y a des dérapages.". Lui aussi a dû recevoir de belles miettes du gateau.
Dérapages ? Un commissaire d'exposition indépendant, qui préfère rester anonyme, dénonce : "Il y a une ingérence totale du politique. La Nuit blanche est le joujou des grands chefs. Un jouet cher, stupide, cassable et épouvantable à vivre. L'initiative est populiste, contre-productive, au détriment d'une vraie pensée, et conforte le public hostile dans son idée que l'art, ce n'est que ça ! Quand on sait à quel point tout le monde galère dans les structures parisiennes de l'art contemporain, c'est une déroute grave et misérable."
Ce sera ma conclusion.
20:55 Publié dans Culture, La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : nuit blanche, culture, creation, art contemporain |
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