mercredi, 20 février 2008
Royaume-Uni : la tentation socialiste
Un débat se tenait hier à l'Institut Montaigne sur le thème de la "politique industrielle". Sujet cher au monde politique français qui se rêve aux manettes de l'économie. Face à un Elie Cohen en pleine forme, plus Etatiste que jamais (et un Moscovici qui s'est vite eclipsé après des commentaires plutôt insipides), Alain Madelin à la peine, démontant laborieusement les arguments du premier. Après des explications un peu lourdes pour contester le bien fondé du principe même de politique industrielle, quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre défendre la nationalisation toute récente d'une banque britannique par le gouvernement anglais ! "C'était la seule bonne solution" a-t-il dit. Visiblement, même de grandes figures libérales françaises semblent destabilisées par ce cas de figure. "Les banques, ce sont le sang et le coeur du système économique. Une telle faillite reviendrait à un arrêt cardiaque. Rien ne justifie qu'on laisse le coeur s'arrêter de battre". En sacrifiant un principe fort sur l'autel d'un prétendu pragmatisme, pourtant infondé selon de nombreux observateurs , il cautionne l'évolution grave que connait depuis peu le Royaume-Uni.
Depuis le départ de Tony Blair, les travaillistes anglais semblent retrouver leurs vieux démons du "Old Labour". En chamboulant la fiscalité des grandes fortunes non anglaises installées au Royaume-Uni, Gordon Brown a enclenché un mécanisme qui sera difficile à stopper. L'effet de cette taxe n'est pas tant dommageable en termes de coût qu'en terme d'instabilité. Dans l'esprit de cette population dorée, rien n'est pire que d'entrer dans une période d'instabilité fiscale. Cette annonce, très contestée par les milieux d'affaire, a déclenché la première vague de départs de ces investisseurs/grands consommateurs qui ont tant contribué à la croissance britannique.
La nationalisation brutale de Northern Rock, dorénavant surnomée "National Rock", constitue donc le second faux pas de ce gouvernement rétrograde. Gravement menacée par la crise des subprime, cette banque spécialisée dans le crédit immobilier a bénéficié en septembre dernier d'une aide d'urgence colossale de la Banque d'Angleterre, la BCE anglaise, qui est montée rapidement à presque 30 milliards de livres (39 milliards d'euros !). Très récemment, le Chancelier de l'Echiquier, Alistair Darling, a choisi de rendre la banque publique, transformant cette aide de la banque centrale en dette publique et, pire, sans aucun dédommagement pour les actionnaires. Expropriation pure et simple dans la grande tradition autoritaire socialiste. La plus grosse association d'actionnaires de la banque a qualifié ce coup de force "d'immoral". Le monde de la finance devrait prendre en compte ce risque futur par une prime dans ses calculs d'investissement au Royaume-Uni. Pas bon pour l'économie britannnique, tout ça.
Rappelons que la banque était valorisée 1.5 milliars de livres en bourse, montant parti en fumé d'un claquement de doigts d'Alistair darling sans espoir, pour les actionnaires, de voir leur titre remonter un jour. Pourtant, plusieurs banques espagnoles également affectées par la crise ont aussi été soutenues par la BCE : le refinancement par la banque centrale (prêteur en dernier ressort) restait possible dans notre cas précis, le temps que Northern Rock retrouve des couleurs. Enfin, deux offres avaient été soumises pour la reprise de cette institution en difficulté après 5 mois de recherche. Pourquoi avoir ignoré l'offre de Richard Branson et celle du management de la banque elle-même ? Encore une fois, ces offres présentaient un vrai potentiel pour Northern Rock.
Le gouvernement anglais, en choisissant d'exproprier sauvagement les actionnaires en contradiction avec leurs droits les plus fondamentaux, se positionne en acteur de private equity (qu'il n'est pas) et prend un risque bien supérieur à son engagement initial avec l'argent des contribuables qui sera bloqué sur cette prise de risque. Une vraie politique industrielle, en quelque sorte ! Chaque ménage anglais a ainsi vu la dette publique pesant sur sa tête, maintenant que les comptes de Northern Rock sont intégrés au bilan de l'Etat, grossir de 3.000 livres.
Cet acte extrêmement grave illustre très bien l'irresponsabilité de l'Etat dans des situations de crise. Ilest dommage qu'une personnalité comme Alain Madelin ne l'admette pas.
10:35 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : Northern Rock, nationalisation, Gordon Brown, Alistair Darling |
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