lundi, 12 novembre 2007

Poker menteur sur les rails

Les syndicats du secteur public veulent nous faire revivre 1995 : 5 semaines de grèves dévastatrices qui ont fait de Chirac la loque que nous connaissons. Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent refaire 2003 pour mieux continuer les réformes au rythme actuel et asphyxier leurs adversaires. Les syndicats savent que Sarkozy n'a pas le choix, et que l'opinion est avec lui. S'ils ne sentaient pas leur base aussi chaude, ils seraient certainement moins pressés de descendre dans la rue. Eux non plus n'ont plus le choix. S'ils cèdent ici, ils savent que Sarkozy abordera en position de force les négociations autour de la refonte du Code du Travail, de la vie syndicale et de multiples autres sujets qui, eux, pourraient se retourner plus facilement contre lui que les régimes spéciaux.

 

 

a47ac0e39aafadbb3f23791b61f49b37.jpg«Le mouvement de grève annoncé, coûteux pour ceux qui y prendront part, n’apportera rien de bon pour l’entreprise et les cheminots» 

 

Anne-Marie Idrac n'est pas née de la dernière pluie, et la lutte contre ce "mouvement social" semble plutôt bien préparée cette fois-ci (les facs occupées ont vite été fermées pour limiter la propagation du mouvement). En écrivant à ses 160.000 cheminots pour proposer des aménagements importants sans passer par leurs représentants, en négociant avec un syndicat minoritaire mais surpuissant, la FGAAC, elle est parvenue à diviser les rangs syndicaux. Objectif : faire de la grève du 13 novembre un demi-succès...ou plutôt un demi-échec en vue de la grande mobilisation de toute la fonction publique, une semaine plus tard. 

 

Les syndicats de la SNCF sentent bien le risque. En accusant leur présidente de «semer le trouble sur le terrain pour diviser les cheminots et minimiser les effets de la grève», ils avouent être en position fragile. Les salariés vont-ils jouer quitte ou double compte tenu de l'ambiance, des sondages, de la posture du gouvernemnt et dui risque de perdre leur salaire pour rien en faisant une grève inutile ? Il semble déjà que la CFDT et la CFE-CGC, qui représentent 18 % des cheminots, seraient en train de négocier pour se retirer du mouvement. Bref, une fois de plus, la stratégie de rachat des privilèges et de négociation musclée semble porter ses fruits. Nous avons une bonne chance de ne plus entendre parler de grève ­à la fin du mois. Cela dit, rien n'est joué.