mardi, 09 octobre 2007

Ecotourisme, une recette qui marche

Tout le monde parle d'écotourisme. C'est à la mode. Avant que la tendance ne soit si branchée, j'ai eu l'occasion de tester le concept, certainement pas pour vos beaux yeux mais pour ceux des zanimaux croisés dans des conditions uniques. L'écotourisme, c'est d'abord un plaisir intense dans un cadre exceptionnel.

 

85072a0230723e900a597f209bdb29d2.jpgPremière expérience, un lieu perdu au fond de l'Amazonie il y a environ 8 ans : le lodge Explorama, situé dans la forêt à plusieurs heures de bateaux d'Iquitos sur la rivière Napo. Iquitos, uniquement accessible par les airs (ou par le fleuve Amazone, si vous avez 3 ou 4 semaines à consacrer au transport aller), est une ville décatie, rafistolée de partout, totalement isolée au milieu de la forêt mais radieuse. On imagine la splendeur de ses villas coloniales à son apogée, il y a plus d'un siècle. Cette cité mystérieuse séduit toujours ceux qui ont l'audace de la visiter; une perle méconnue de plus dans un Pérou fascinant. Evidemment, passer une semaine dans ce lodge, c'est cher. Très cher. En fait, je constate qu'en général, l'écotourisme s'adresse à des voyageurs aisés. En partie parce que l'argent de cette forme de tourisme s'investit dans une mission associée aussi coûteuse que vitale. En échange, il offre un accès authentique à la biodiversité qu'il contribue à préserver. Contrat gagnant-gagnant.

 

Une part importante du prix de ce lodge rustique (pas d'électricité ni d'eau courante, le luxe se résume aux feuillées et à la moustiquaire fournie), 25 % me semble-t-il à l'époque, est reversée à deux fondations, l'ACEER et la CONAPAC. L'ACEER dispose d'un centre dédié aux scientifiques qui viennent affronter moustiques et conditions difficiles pour étudier la forêt primaire, la flore et la faune locale. Elle a notamment fabriqué une merveille pour les visiteurs, scientifiques ou profanes de mon espèce : un long chemin de plus de 500 mètres au-dessus de la canopée. De tout là-haut, vous dominez un océan vert uniquement animé par les oiseaux qui la survolent. Extraordinaire.

Et pour les enfants (anglophones), tout est prévu.

La CONAPAC, fondée en 1990 pour protéger la réserve "Conservacion de la Naturaleza Amazonica del Peru, AC", couvre plus de 100.000 hectares. Elle finance un dispensaire, des professeurs et divers projets destinés aux villages de la zone. Objectif : convaincre progressivement la population locale de participer activement à la préservation de cette réserve naturelle. Pour stopper la chasse d'espèces protégées, la déforestation visant à créer des champs cultivables et les différentes déprédations traditionnelles de l'environnement, les habitants de la zone doivent gagner au change pour se sentir impliqués dans cet objectif environnementaliste. C'est la première règle de l'écotourisme : impliquer les populations locales en leur faisant directement bénéficier des retombées du tourisme.

 

Si ce type d'initiative reste encore trop marginal, il n'en a pas moins un effet positif sur d'autres lodges moins ambitieux mais qui comprennent que leur modèle économique ne peut plus ignorer les populations locales. La déforestation n'est pas inéluctable, la protection d'espèces menacées est possible si des régions apprennent à faire de la forêt bien plus qu'un simple matériau périssable : de l'or vert. Cela passe par une privatisation de régions entières au profit d'associations ou d'entreprises qui ont pour ambition une exploitation durable de l'environnement. Les parcs publics, hélas, sont souvent sujets à la corruption. Sans direction responsable devant des membres ou des actionnaires exigeants, sans surveillance par une ONG présente, les fonctionnaires ont moins souvent la motivation nécessaire et cèdent plus facilement aux propositions de contournement des règles établies loin de là, dans un obscur bureau de technocrate. Deuxième règle de sauvegarde de l'environnement et des espèces protégées : appropriation des parcs par des organismes privés, responsables de leur entretien et de leur protection.

 

 

Autre voyage plus récent : la Tanzanie. 58aa0b45f230a638232bc0d3bbe0bb01.jpgParallèlement à l'Amérique du Sud, l'Afrique a travaillé dans cette même direction pour sauver certaines espèces animales et préserver des écosystèmes menacés. Aujourd'hui, certaines populations qui étaient en voie d'extinction il y a peu, telles le rhinocéros noir, retrouvent une croissance démographique encourageante. Ici aussi, cet équilibre passe par l'implication des habitants des réserves, qu'elles soient publiques ou privées. Il faut savoir que les braconniers ne peuvent chasser sur un territoire sans le soutien de guides locaux. La surveillance de vastes réserves n'est donc jamais aussi efficace (et juste) que lorsqu'elle est assurée par les villageois qui vivent sur le territoire protégé. Plutôt que d'ériger d'inutiles clotures, aider les habitants constitue la solution idéale.

 

CC Africa est l'un des leaders de l'écotourisme responsable sur le continent africain. Ils ont décidé de former leurs guides et leurs managers dans une école intégrée extrêmement valorisée dans les six pays où l'entreprise est présente. Un guide passé par cette filière sait sa carrière assurée, ses compétences étant largement reconnues grâce à la qualité de la formation reçue. Chaque lodge est donc dirigé par un autochtone formé par CC Africa. A terme, une génération plus entrepreuneuriale devrait émerger de ces guides talentueux bien formés et sensibles à leur mission.

 

Par ailleurs, Africa Foundation est née en 1992 pour accompagner l'entreprise commerciale mère. En plus des 5.5 millions de dollars de dons recueillis par les fondateurs de CC Africa parmi de riches familles sensibilisées à la préservation de la biodiversité en Afrique, une partie des recettes de chaque lodge doit être reversée aux villages proches par le biais de cette fondation. Un manager de lodge doit donc piloter simultanément les projets issus du lodge : écoles, dispensaires,... Très vite, chaque village se trouve impliqué dans cette mission de sauvegarde de leur environnement. Villageois salariés par les lodge ou indirectement bénéficiaires de leur activité, missions d'intérêt général financées par la fondation, développement de nouveaux lodges dans le sillon des plus connus.

 

6e224cc9b3d8467b7bd67a7f7c043502.jpgLe succès du modèle est tel que CC Africa se développe en Inde avec Taj Safaris depuis plusieurs années, sachant qu'une démographie gallopante met en péril certaines espèces comme le tigre actuellement au bord de l'extinction. D'une population estimée à 40.000 au début du XXeme siècle, il n'en reste que 1.300 à 1.500 aujourd'hui, moitié moins qu'en 2000. Le seuil de non renouvellement de l'espèce est loin derrière nous. Sans une politique vigoureuse de préservation des tigres, nous n'aurons bientôt plus que Shere Khan comme seule référence animée. CC Africa cherche donc à recréer le lien qu'elle a su développer en Afrique depuis de nombreuses années. Pour le moment, les mauvaises habitudes prises par des villageois, excédés par les dépradations causées par les tigres et par le comportement distant des lodges plus anciens, rendent la mission de CC Africa périlleuse. Mais cette entreprise est pugnace, forte de ses conviction et de son ambition commerciale. Les prochaines années seront décisives. Mais déj, forte de son expérience dans la préservation de zones dévastées, le positionnement de cet expert de l'association du luxe et de l'authenticité commence à porter ses fruits. Les villages alentours ont apprécié les gains apportés par cette politique active d'implication de tous les acteurs locaux dans la mission générale de préservation de la faune et de la flore. Un processus vertueux serait-il enfin enclenché ?

 

 

L'écotourisme a de beaux jours devant lui. Avec l'augmentation du nombre de touristes dans le monde et du budget moyen consacré à ce plaisir, le nombre de parcs devrait se multiplier sur tous les continents. Le modèle devrait se répandre dans les lodge moins inaccessibles, et généraliser ainsi un code de bonnes pratiques. En attendant, n'hésitez pas à vous faire plaisir avec un bon petit safari labellisé "écotourisme responsable" en famille ou une balade dans les arbres au fond de l'Amazonie. Et revenez doublement heureux avec le sentiment d'avoir fait une bonne action !