mardi, 15 janvier 2008

Les enseignants et l'économie

49897d97471e249de3d7e2e31d3c1eb4.jpgLe Figaro nous ressort un vieux sujet, connu de tous mais jamais traité : Les manuels scolaires d'économie en accusation. Sous-entendu : les profs d'éco en accusation, les premiers clients des maisons d'édition. Après tout, ici aussi l'offre répond à la demande, rien de plus. Père d'une jeune fille en prépa d'école de commerce, dont j'ai bien suivi le parcours scolaire depuis l'origine, je confirme le bien-fondé de cette critique. Même dans le semi-privé, le contenu laisse de quoi inquiéter. Il révèle surtout le gouffre qui sépare les enseignants du monde réel. Voici la critique émise par l'article :

 

En classe de seconde, avant même de parler du monde de l'entreprise, un ouvrage comme Magnard consacre une trentaine de pages à la précarité et au chômage. À peine évoquées en seconde, les relations sociales au sein de l'entreprise sont principalement développées en première puis en terminale. Mais le plus souvent étudiées à travers les conflits sociaux que les différents ouvrages valorisent pour faire évoluer le sort des salariés.

En outre, ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent «remédier aux défaillances du marché». Soit près de 70 pages contre à peine une trentaine pour l'entreprise , quelques pages dans l'ouvrage de Magnard… Agrémenté de caricatures parfois savoureuses sur les patrons et les actionnaires. L'économie de marché n'est pas non plus épargnée.

Source : Le Figaro

 

Le Figaro et moi ne sommes pas seuls à faire ce constat de déformation de la réalité par bon nombre d'enseignants, hélas de bonne foi. L'ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, est allé jusqu'à qualifier de «catastrophe ambulante» l'enseignement de l'économie, qu'il rend «responsable du blocage du dialogue social dans notre pays». Or, voici que je retombe sur un blog que j'aime et que je recommande à tous, même si je ne me retrouve pas toujours dans les idées qu'il défend. Notre professeur d'histoire-géographie au collège "Félix-Djerzinski de Staincy-en-France" a écrit ceci en novembre dernier : L'invasion des adolescents ultra-libéraux. Rien que le titre fait saliver le moindre libéral en chasse de perles. Il prend le problème de l'autre côté. Ce ne sont pas les livres qui racontent mal le monde, mais le monde qui ne répond pas à leur vision.

 

Les échanges avec des élèves spontanés, très logiques avec ce qu'on leur présente, sont très savoureux. Les commentaires de l'enseignant confirment le décalage qui existe entre ses convictions personnelles et la perception de la réalité d'une nouvelle génération sans illusions.

 

Moi. -Bernadette, lis-nous le texte 3, s'il te plaît.
Bernadette (en ânonnant). -Préambule de la Constitution de 1946. Article 11. La Nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.
Moi. -Bon, voyons si vous avez compris ce texte. Qui bénéficie d'une protection particulière ?
Bogdan. -Ben "l'enfant, la mère et les vieux travailleurs", non ?
Moi. -Oui, bien Bogdan. Et pourquoi est-ce qu'il faut les protéger ? Parce qu'ils sont plus...
Stéphanie. -... fragiles ?
Moi. -Bravo, Stéphanie, c'est exactement ça. Ils sont plus fragiles, donc il faut mieux les protéger.
Ilias. -Eh mais monsieur, c'est de la discrimination, ça.

 

Que c'est bien vu ! A force de jouer aux nounous, l'Etat parvient à des contradictions tellement énormes qu'elles apparaissent immédiatement à de jeunes enfants. 

 

Moi. -Voilà. Et c'est pour ça qu'on dit qu'en France, l'impôt est progressif : plus vous êtes riche, plus vous payez.
Pierre. -Et les plus riches, ils paient combien ? Style, Pauleta ?
Moi. -Ah eh bien les plus riches, et notamment les footballeurs professionnels, puisque ça t'intéresse, les plus riches peuvent être imposés jusqu'à 50 %.
Pierre. -Ah.
Moi. -Je veux dire qu'ils versent à l'Etat la moitié de ce qu'ils gagnent. S'ils gagnent deux millions, ils doivent en donner un.
Pierre (qui a compris). -Ouaaah !
Une voix. -Tu m'étonnes qu'ils vont tous en Angleterre !
Plusieurs élèves. -C'est pas juste.
[...]

 

En fait, ils posent eux-mêmes la question cruciale :

Moi. -Oui, bien sûr, ça ne fait rigoler personne, de devoir payer des impôts. Mais vous devez essayer de comprendre que ça n'est pas du vol. L'argent des impôts, il va dans une sorte de très grande caisse, qui s'appelle le Trésor public. Et avec cet argent, l'Etat peut financer plein de choses qui rendent la vie meilleure. Et ce sont des choses dont vous profitez, d'ailleurs.
Cindy-Lou. -Style ?

 

Eux ne voient rien venir...

 

Alors, égoïsme ? Oui, sans doute un peu. Mais surtout une lucidité sans concession sur les limites du rôle de l'Etat. Censé assurer notre bien à tous, il a fini par figer la mobilité sociale, porteuse de risque en soi, et la vie sociale, captive de multiples partenaires sociaux supposés représentatifs et associations agréées par les différents pouvoirs publics. Quand l'Etat fait aussi mal ce qu'il fait, n'est-il pas temps de réflechir autrement ? Ces bambins, eux, ont déjà commencé à y penser. Peut-être que l'enseignant qui tient ce blog devrait tenter de regarder le monde différemment.

16:00 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : Enseignement, manuels scolaire, économie | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 16 août 2007

Réchauffement économique en Afrique ?

c23737589cbf6e5f05724c928fd10d80.jpgLorsqu'on évoque l'Afrique, l'homo occidentalis moyen pense spontanément pauvreté, sida, coruption, guerres tribales. Les solutions qui lui viennent à l'esprit sont tristement banales : ONG, annulation de la dette et aide financière d'Etat à Etat avec condescendance. Bref, les clichés ont la vie dure. Pourtant, nombre d'observateurs constatent une réelle évolution depuis quelques années. Au lieu de ne constituer qu'une réserve de matières premières, octroyées à nos multinationales par des pouvoirs corrompus contre pots de vin et livraisons d'armements divers, ce continent longtemps maudit commence à attirer talents et capitaux. La route est encore longue avec leurs grandes métropoles sans bitume où s'entassent des millions d'exilés des campagnes, mais ce changement notable indique que ce continent pourrait offrir le plus grand potentiel de croissance et de développement de la prochaine décennie.

 

Certes, les pays occidentaux commencent à comprendre que les "plans Marshall" en série ont surtout contribué à maintenir en place des régimes corrompus et violents, limitant par là le développement économique et social de leur pays. Les ONG ont pris le relais, venant en aide à des micro-projets divers qui vont de la construction d'écoles et de dispensaires à la lutte contre les fléaux de la malaria ou du sida. Mais globalement, de plus en plus d'entrepreneurs et d'intellectuels africains expriment leur exaspération face à cette vision d'un continent condamné à la misère et à l'assistance pendant que l'Asie et l'Amérique Latine, portées par une vague de forte croissance depuis de nombreuses années, sont regardées avec admiration. Et ils comptent bien nous montrer de quoi ils sont capables comme nous le dit l'écrivain nigérian Uzodinma Iweala : "Cessez de vouloir sauver l'Afrique !".

 

Aujourd'hui, les chiffres confirment les nombreux reportages sur le continent africain : l'activité économique décole. Partant de très bas, les chiffres ne sont pas forcément très éloquents. Mais l'afflux d'investisseurs chinois et le retour d'Africains expatriés, formés au business, devraient faire réflechir ceux qui cherchent de nouvelles opportunités d'investissement dans le monde (et qui ne sont pas englués dans des subprime jusqu'au cou !), sans corrélation avec les autres marchés dans le monde. Déjà, des fonds ont commencé à investir ce terrain où tout reste à faire, souvent en installant une tête de pont en Afrique du Sud. Les talents ne manquant pas, et les salaires moyens restant extrêmement modestes, l'Afrique, et notamment l'Afrique sub-saharienne, pourrait devenir le nouvel atelier du monde.

 

Les fonds de private equity ont levé plus de 2 milliards de dollars depuis janvier, et le mouvement restait encore fort il y a peu. Plusieurs hedge funds ont aussi apporté de l'argent frais. Pour eux, on assiste à un changement non pas ponctuel ou cyclique, mais bien structurel. De nombreux pays se sont imposés une vraie discipline fiscale, ont privatisé et libéralisé des pans entiers de leur économie, ouvrant la voie aux investisseurs privés. Le Kenya ou le Nigeria font partie de ceux-là. Si les 48 pays sub-sahariens restent au bas de l'échelle des pays les plus pauvres, on y trouve 7 des 20 pays à la croissance la plus forte depuis 5 ans.

 

Cet espoir reste fragile, les fonds pouvant rapidement se retirer si ces pays changent de voie. Mais une fois la dynamique lancée dans ce champ où, souvent, tout est à faire, l'optimisme est bien fondé. L'Europe pourrait aujourd'hui faire un geste important : supprimer progressivement les barrières douanières avec le continent africain, et supprimer les subventions aux exportations de nos produits agricoles qui font tant de mal à l'agriculture africaine.

samedi, 18 novembre 2006

Un géant est mort à San Francisco

Prix Nobel d'économie en 1976 et père du monétarisme, Milton Friedman est l'inspirateur essentiel de l'action de Ronald Reagan, dont il a été un conseiller, et de Margaret Thatcher. Défenseur inlassable de l'ouverture des marchés, de la réduction des impôts et des dépenses publiques, il a résumé sa position par cette simple phrase : «Personne ne dépense l'argent de quelqu'un d'autre aussi consciencieusement que le sien.»
 
Son ouvrage publié en 1962, "Capitalisme et liberté", a marqué toute une génération. Sa lutte pour «réduire la taille et l'étendue du gouvernement» constituait une véritable promotion des libertés individuelles et du rôle essentiel de la société civile. Il prônait un gouvernement dont le rôle se limiterait à fixer les règles du jeu et à veiller à leur application. Enfin, il affichait une grande confiance dans la mondialisation pour réduire «les différences entre les pays» et permettre à ceux du Sud de «parvenir à la croissance économique et à la prospérité».
 
Alternative Libérale rend aujourd'hui hommage à Milton Friedman, l'un des plus farouches combattants de la liberté du XXeme siècle.
 
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