jeudi, 26 juin 2008

Rapport Copé et télévision d'Etat

TV.jpgSuite à la proposition (improvisée ?) de Nicolas Sarkozy de supprimer la pub sur les chaines publiques, une commission présidée par Jean-François Copé s'est lancée dans une réflexion de 4 mois. Alors que son rapport tant attendu venait de sortir, Nicolas Sarkozy a su à nouveau imposer son rythme en corrigeant quelques unes des propositions établies au terme de ce travail collectif. La petite polémique sur la nomination du président de France Télévision (directe plutôt qu'en coulisse) par le Président de la République, un peu stérile, ne doit pas occulter le principal : ce rapport consacre le rôle prééminent de France Television en posant en préambule le caractère essentiel d'un service public fort de l'audiovisuel. Pas question, donc, d'abandonner la mission d'éducation, d'information et de divertissement des Français par l'Etat.

Le sujet de la télévision publique est polémique, particulièrement dans le microcosme parisien lecteur du Monde et téléspectateur déclaré d'Arte. Difficile de débattre sereinement du sujet, entre ceux qui critiquent TF1, avec la condescendance de celui qui ne regarde jamais cette chaine "populaire" (prononcé avec mépris), et ceux qui défendent Arte qu'ils ne regardent pas non plus (mais dont ils lisent le plus grand bien dans Telerama). Sur les chaines privées (chaque année plus nombreuses et plus diverses) comme sur les chaines publiques (également plus nombreuses), on trouve le meilleur comme le pire. Tous, nous traçons tous une ligne plus ou moins personnelle autour de ce que nous estimons être du divertissement (d'accès facile, délassant sans effort intellectuel) et de la culture (exigeante, ambitieuse, nécessitant un effort de concentration), parfois un peu des deux. Ces frontières sont l'objet de débats infinis qui permettent d'éluder la question principale : est-ce le rôle de l'Etat de trancher ce débat pour s'approprier un secteur spécifique ?

Bien entendu, comme le pointe  le rapport Copé, la gouvernance de la télévision publique est mauvaise. France Télévision ne s'est absolument pas adaptée à l'évolution technologique qui rapproche l'écrit, l'audio et la vidéo et multiplie les supports, poste traditionnel, ordinateur, téléphone portable. Mais l'essentiel n'est pas là. Le seul argument avancé par les tenants d'un audiovisuel public fort, c'est la défense de la culture que seul le secteur public serait capable d'assurer. C'est avec ce principe que la culture a été placée sous tutelle étatique au début des années 80, devenant le formidable outil de propagande que nous connaissons pour la gauche, pouvoir renforcé par l'esprit corporatiste dans l'audiovisuel. 

Bien que la BBC soit régulièrement citée comme modèle de service public de qualité (et je serais bien heureux que l'information du nôtre atteigne sa qualité !), une démocratie libérale doit-elle laisser aujourd'hui l'information aux mains du pouvoir de l'Etat, que celui-ci soit politique ou instrumentalisé par une corporation dominante du service public ? Il est paradoxal qu'un régime moderne se targue ouvertement de faire l'éducation du peuple au travers d'une "politique culturelle d'Etat", ce qui est en général le propre des dictatures. En France, cet anachronisme perdure dans l'indifférence la plus totale.

A défaut "d'éduquer" le peuple comme certains cercles le souhaitent, ne s'agirait-il pas de faire payer par l'ensemble des contribuables un contenu destiné spécifiquement à des classes moyennes supérieures qui évitent ainsi de cotiser seules pour financer ce plaisir et de se coltiner trop de pub (ou alors dans une émission consacrée à cet art si créatif de la pub en tant que création, pas en tant que...simple pub) pour assurer le financement de leur chaine. Le choix de taxer les opérateurs de téléphonie mobile et les FAI revient à diminuer le pouvoir d'achat général au profit de cette petite population qui veut continuer à voir Thalassa ou des Racines et des Ailes, émissions certes formidables, en les faisant financer par l'impôt.

Qu'il s'agisse de défendre de cette forme d'égoïsme social ou d'acheter la paix sociale d'une corporation ancrée à gauche, il n'en est pas moins difficile de comprendre pourquoi la droite s'enferme dans cette stratégie perdante pour elle. Espérons que Nicolas Sarkozy, qui en est parfaitement conscient, a un objectif à terme dans cette affaire. Souhaite-t-il restructurer France Télévision et réduire le nombre de chaînes publiques pour rendre un bel espace au secteur libre ? En attendant, nous nous engageons sur une voix bien sombre, pavée de nouvelles taxes pour cimenter des services publics consacrées.

samedi, 31 mai 2008

L'art, un secteur florissant

786213519.jpgLe monde de l'art se porte bien. Pas de crise pour les ventes d'art moderne et contemporain qui ne cessent d'aller de record en record. La demande grandit aussi dans le secteur des musées et des expositions. Le Louvre avait confirmé cette tendance début 2007 en annonçant l'ouverture d'une annexe à Abou Dhabi. Cela avait déclenché une polémique assez stérile dans le petit monde de la culture. Lorsqu'un mécène finance une nouvelle aile du Louvre, c'est formidable, mais lorsque nous louons nos oeuvres à l'étranger pour les faire circuler (le Louvre n'exposant que 10 % de son patrimoine de 300.000 pièces dans ses murs) et faire la promotion de notre richesse culturelle, c'est un scandale aux yeux des ayatollahs de la culture.
C'est au tour du musée Picasso, qui accueille une collection illustrant bien l'évolution du travail de Pablo Picasso, de louer ses oeuvres pour une coquette somme. Le "Picasso World Tour" a démarré en Espagne et terminera au Japon en 2011. Il se trouve actuellement à Abou Dhabi, nouvelle capitale culturelle du Golfe Arabique. A partir de l'année prochaine, l'Hôtel Salé qui abrite le musée Picasso sera fermé pour une grande restauration que cette tournée financera en grande partie. Beau montage.
 
Le point important de cette histoire, c'est que la tournée rapportera 15 millions d'euros au musée Picasso, couvrant 2/3 des travaux prévus. Anne Baldassari, directrice du musée Picasso, est franche en évoquant les 3.5 millions d'euros reçus de l'Espagne et les 3 millions d'Abou Dhabi :
"Depuis un an et demi, nous n'avons plus d'ascenseur. Nous transportons les oeuvres par l'escalier. Et tout est à l'avenant, ici. Quand les Emiratis voient ça, je vous assure qu'ils trouvent normal de payer. Et nous devrions refuser leur argent par principe et faire appel au contribuable ? Franchement, c'est absurde."
 
Abou Dhabi a choisi d'investir massivement dans l'industrie touristique et a compris que la culture en fait partie intégrante. Cet Emirat Arabe a investi un milliard d'euros dans l'annexe du Louvre, et il soutient le musée Picasso dont il fait la promotion auprès de ses riches touristes. Que demander de plus ? Pourtant, la polémique repart dans les petits cercles de la culture qui voient là une évolution inquiétante...pour leur avenir. Ils vont devoir s'adapter à ce changement de paradigme.
 
L'élévation générale du niveau d'éducation, de la richesse et de la place accordée aux loisirs accélère la croissance du secteur culturel à l'échelle mondiale. Les musées et les expositions constituene dorénavant un enjeu économique important. Chaque exposition coûte de plus en plus cher mais peut rapporter beaucoup, directement et indirectement; et durablement pour le lieu et la ville qui l'hébergent. Ce domaine crééra d'autant plus d'emplois qu'il se pliera aux règles du marché et ira à la recherche de son public, de nouveaux financements et de mécènes. Une révolution culturelle à laquelle nos fonctionnaires de la culture ne semblent pas préparés. Il leur faudra pourtant s'y faire, car aujourd'hui dans la culture, le client est roi !

lundi, 14 janvier 2008

Le culte de la culture du résultat à la Culture

0f020a0d6c3a66a96690a5fd881a3553.jpgDans son action culturelle, le gouvernement a choisi une voie résolument dirigiste. Le mouvement vers l'autonomie totale des musées est stoppé net, la gratuité imposée constituant un grave retour en arrière. La fin de la pub sur les chaînes publiques va engendrer 800 millions d'impôts nouveaux, prélevés notamment sur les factures de téléphonie mobile et Internet. A ces mesures pas si anecdotiques qu'on peut le croire, les critères d’évaluation du travail du ministère de la culture vont ajouter la dimension de la performance. Ce qui est bien naturel à partir du moment où un Ministère existe pour "fonctionnariser" la Culture. Nous pourrons enfin connaître les priorités du pouvoir, en l’occurrence celles que Nicolas Sarkozy a fixées à Christine Albanel, son actuelle ministre de la Culture jusqu'au remaniement attendu.

 

Les grands axes de l'évaluation concernent l'éducation artistique, la démocratisation culturelle dans les musées, la lutte contre le piratage, la place de la France dans la compétition internationale et la politique du patrimoine. S’il est bien connu que "la Culture n'est pas une marchandise comme les autres", les notions utilisées "d'industrie de la culture", de "produits culturels", de "parts de marché" ou de "piratage" montrent qu'elle n'en reste pas moins une marchandise avec des acteurs économiques traditionnels, des segments de clientèle qu'il faut séduire et fidéliser et des produits qu’il faut protéger, vendre et exporter.

Ce qui peut choquer...ou rassurer selon l'angle choisi, c'est l'absence de critères concernant la création dans la grille proposée. Cela confirme que le Ministère de la Culture a pour mission essentielle de produire et de diffuser la Culture en gardant le contrôle maximal sur toute la chaîne, soumettant implicitement l’acte créatif, jugé accessoire, à la validation de ses responsables. La Culture n’est donc qu’un outil au service de l’administration et, dans une certaine marge, des gouvernements successifs, avec une double ambition implicite :

-         Eduquer et divertir le peuple selon des normes dictées par l’administration de la Culture. Ces normes mélangent le divertissement courant à des évènements plus médiatiques, modes éphémères qui donnent une impression d'élévation du niveau général selon des critères prétendus élitistes. Cette forme d’académisme moderne surfe sur un fond uniformément contestataire, forme de "pensée unique" de la création encouragée, sur lequel les gouvernements n’ont que peu d’emprise. En revanche, ceux-ci retirent tout le bénéfice de leur « volontarisme culturel », dernier espace où le nationalisme de gauche comme de droite peut s’épancher sans être taxé de xénophobe ou de ringard.

-         Maintenir accessible une production plus hermétique, fort onéreuse (opéra, ballet, théâtre, art contemporain) destinée à un petit public exigeant, essentiellement parisien. Les contribuables de toute la France financent ainsi 75 % du coût de spectacles et d’évènements qui se prétendent 'élitistes' destinés principalement aux intellectuels et CSP++. 

 

Bref, on le voit bien : la 'Culture' n'est pas une marchandise comme les autres, elle est avant tout comme un outil politique ciblé, entièrement au service des différentes composantes du pouvoir.

mardi, 08 janvier 2008

Descente aux enfers d'un junkie

a7c087f0d6c41959bed5e53994274b23.jpgIl allait bien, sa vie était une grande réussite. Son oeuvre, sa fierté. Et puis tout s'est effondré après une lente descente dans la dépendance. Une dépendance physique, celle qui vous empêche de dormir, de penser puis de respecter les autres comme soi-même. Celle qui vous rend accroc, violent, qui vous emmène en garde à vue et vous fait passer la nuit au commissariat. Il risque gros aujourd'hui. Le témoignage des individus agressés est édifiant :

" Quand j'évoque le gel des 4 %, il brandit une chaise en fer qui est partie en direction de l'administratrice, puis une deuxième, qui me vise et fracasse une armoire de verre. Une troisième pulvérise mon bureau.". Dans le couloir, il concasse les photocopieuses et arrache les radiateurs avant de sortir dans la rue et d'être cueilli par la police.

 

Comment un homme lucide, responsable et sensible peut-il en arriver là ? La drogue. En fait, une drogue bien particulière : les subventions. Le fondateur du merveilleux cirque Zingaro est devenu un vulgaire junkie en quelques années. Au point de jeter des chaises à la tête de fonctionnaires du Ministère de la Culture d'Etat ? Pourtant, lui même n'y aurait jamais cru au lancement de son école équestre à Versailles, en 2003. Bartabas estimait alors que l'Académie pourrait s'autofinancer avec les visiteurs payants, la diffusion de spectacles et le mécénat. En 2006, premier trou. L'Etat comble en bon dealer qui rend ses clients dépendants. On offre un peu de marchandise dans un creux, histoire de bien ferrer le client. Bartabas est un bon client, mais il replonge en 2007 avec un trou de 350.000 euros ! L'Etat avance 110.000 euros, rallonge de 100.000 euros mais ne va pas plus loin. La Ville de Versailles complète un peu, la région, elle, refuse de mettre l'argent des contribuables sur la table. C'est la crise.

 

"Toucher des subventions tue"

 

Bartabas ne comprend pas qu'on "chipote sur 100 000 ou 200 000 euros alors que l'Académie est unique". La Culture, après tout, n'est pas une marchandise comme les autres. Il est bien naturel d'exiger un chèque en blanc auprès de contribuables captifs, comme les milliers de troupes qui ont des projets également intéressants. Le dealer de subvention, appelé "Ministre de la Culture", propose hélas ses doses sur un marché qui explose. Tout le monde en veut : cirque contemporain, théâtre de rue, nouvelles troupes, opéras, ballet contemporain... Comme tant d'autres, Bartabas l'indomptable a plongé, dompté par le mal.

 

Bartabas, je te recommande une bonne cure de désintoxication. Ré-apprends à vivre sainement, librement, sans dope d'Etat. Retrouve tes esprits...et la santé.

 

 

mercredi, 12 décembre 2007

Etre épicurien, c'est être libéral

(l'inverse n'étant pas forcément vrai)

 

b616683d82c8cf518b207df7dd2014fb.jpgMerci à mes amis de Liberaux.org qui ont déniché cette lueur d'espoir dans notre monde de plus en plus hygiéniste et prohibitionniste. Le site des Amis des Plaisirs et du Goût commence avec cette belle sentence qui donne le ton :

"Le bien-être sanitaire doit être la démarche responsable de chaque individu et non pas un dogme imposé par l'Etat ou des lobbies "bien-pensants".

 

La seule lecture de ces mots me met l'eau à la bouche. La suite confirme cette philosophie simple : "Une tendance prohibitionniste s'installe peu à peu en France... Notre plaisir, celui de la table, celui du goût, ne saurait être bridé par l'hygiénisme ambiant.[... nous ne nous résignerons pas à la malbouffe au mal-manger, au mal-vivre.  ". Cela tombe bien, nous non plus. Le siège social se situe rue des fêtes, normal. Les bonnes adresses ne sont pas encore révélées aux gourmands que nous sommes, ça ne saurait tarder. Nous espérons que vins, alcools et bons petits plats seront au menu.

 

Comme moi, empressez-vous d'aller signer leur pétition.

 

Hélas, le diable ne rôde jamais bien loin, tapi dans un coin comme à son habitude pour nourrir insidieusement nos angoisses et nos frustrations :

 

Surtout, n'oubliez pas d'aller sur mangerbouger.fr après avoir lu ces insanités.

mercredi, 05 décembre 2007

L'exception culturelle en France : une mort annoncée ?

10708fb929d333d167a96e57fb0ad1a5.jpgScandale dans le microcosme culturel français. Time Magazine a choisi une confrontation directe avec la création française. On peut dire que l'article "The Death of French Culture" fait des remous en France. Cette revue internationalement reconnue met sur la table les arguments habituels, ceux que l'intelligentsia parisienne nie systématiquement. Après un bilan un peu noirci, et avant une fin plus lumineuse et optimiste, l'analyse est rude :

 

L'exception culturelle française est avant tout un concept protectionniste, sinon nationaliste. Ce sentiment est d'autant plus fort que la Culture est utilisée comme un outil politique, tant sur le plan intérieur qu'à l'étranger au nom du "rayonnement de la France" :

France has led the charge for a "cultural exception" that would allow governments to keep out foreign entertainment products while subsidizing their own. French officials, who believe such protectionism is essential for saving cultural diversity from the Hollywood juggernaut, once condemned Steven Spielberg's 1993 Jurassic Park as a "threat to French identity." They succeeded in enshrining the "cultural exception" concept in a 2005 UNESCO agreement, and regularly fight for it in international trade negotiations.

 

L'art de la fin du XIXeme siècle et du XXeme siècle a cherché à s'émanciper de l'Etat et du pouvoir. Malraux a tenté un retour subtil de l'Etat comme grand mécène. Jack Lang a remis l'Etat au coeur de la politique culturelle, quitte à aboutir à de nouvelles formes de normes académiques contemporaines. En tout cas, l'art est à nouveau sous la tutelle du pouvoir dans notre pays.

"A lot of French artists were created in opposition to the education system," says Christophe Boïcos, a Paris art lecturer and gallery owner. "Romantics, Impressionists, Modernists — they were rebels against the academic standards of their day. But those standards were quite high and contributed to the impressive quality of the artists who rebelled against them."

 

Effet pervers de la reprise en main du secteur de la création par l'Etat et ses 11.000 fonctionnaires de la culture, les Français ne sont pas tentés de s'y impliquer eux-mêmes. Le régime des fondations, l'un des plus stricts au monde, leur impose la présence d'un représentant de l'Etat au conseil d'administration. Pourtant, partout dans le monde, c'est l'argent du secteur libre, privé, qui fait vivre la création pour l'essentiel. Quoi qu'on pense de l'état actuel de notre création, cette analyse n'en reste pas moins fondée. Art libre = argent libre.

Another problem may be the subsidies, which critics say ensure mediocrity. In his widely discussed 2006 book On Culture in America, former French cultural attaché Frédéric Martel marvels at how the U.S. can produce so much "high" culture of lofty quality with hardly any government support. He concludes that subsidy policies like France's discourage private participants — and money — from entering the cultural space. Martel observes: "If the Culture Ministry is nowhere to be found, cultural life is everywhere."

 

Enfin, la notion commerciale reste un grand tabou dans le monde de la culture. Une pièce, un film ou un livre à succès, c'est dégradant. Ce principe constamment défendu par cette intelligentsia isolée du "grand public", dont elle a une tendance à mépriser ouvertement les goûts, vise à rompre le lien entre l'artiste et le public. L'artiste ne doit pas penser au public, à son public, bref à la demande. La culture n'est pas une marchandise comme les autres. L'artiste subit donc davantage les normes établies par son microcosme fermé, par les serviteurs de l'Etat qui, le cas échéant, lui assurent sa pitance. Personne ne peut nier la distinction évidente qui sépare la culture-loisir de la culture-exigence, même si la frontière est difficile à fixer tant chacun peut la déplacer à sa guise. mais cela ne change rien au principe général. A chaque segment de trouver son public...donc son financement, qu'il provienne de ventes au détail ou du mécénat.

 

Plus important, ériger des barrières entre les différentes cultures pour protéger les unes des autres, c'est limiter arbitrairement la libre circulation des idées et de la création selon des critères très arbitraires. Un film produit en France et joué par des acteurs français sur notre territoire n'est-il pas français parce qu'il est financé par des capitaux étrangers ? Un peintre qui a vécu toute sa vie à New York est-il encore français ? En privilégiant un certain périmètre au détriment du reste, on limite l'émulation et la diversité. On fragilise la vitalité culturelle qui, heureusement, a suffisamment de ressource pour ne pas s'éteindre. Il est temps de remettre en question notre Etat culturel afin de redonner son essort à la création.

vendredi, 23 novembre 2007

Face au télechargement libre : on encadre, on filtre et on balance des baffes

b6ef8929c5a40fefc8642963211ebec1.jpgLe télechargement est. Légal ou illégal, il est et cela suffit. Le seul fait d'appeler "Piratage" le téléchargement illicite n'y change rien. Je télécharge, tu télécharges, il télécharge, nous téléchargeons, vous téléchargez, ils téléchargent. Tout le monde télécharge. Même le fils de Denis Olivennes télécharge. Il n'a pas dû lire le livre de son père : "La gratuité, c'est du vol - quand le piratage tue la Culture". Cela dit, Madame la Ministre Christine Albanel n'a pas la même vision de la gratuité que Denis Olivennes à qui elle a pourtant confié le délicate mission de proposer des pistes dans cetts lutte acharnée et perdue d'avance contre le téléchargement libre. En rendant de nombreux musées "gratuits", elle vole bien les contribuables qui renfloueront par leurs impôts les caisses de ces institutions arbitrairement aupauvries.

 

En fait, aucun des millions de français qui téléchargent librement ne pense à mal. Cette pratique est naturellement devenue courante, quoi qu'en pensent quelques élites parisiennes et quoi qu'en pense une industrie en voie de reconversion forcée. Comme la siderurgie a disparu, les majors du disque vont devoir s'adapter ou disparaître à leur tour. La Culture a vécu sans elles, elle leur survivra aisément. Evidemment, le réflexe de survie d'un secteur en difficulté, c'est de demander des subventions et une réglementation protectrice. C'est à dire qui pèse sur les choix des consommateurs et sur les prix des biens ou services achetés. Les produits numériques n'ont plus de raison d'être payants, leur circulation étant gratuite et instantanée à l'échelle mondiale. Les artistes et leurs producteurs doivent trouver un modèle économique viable, quitte à pratiquer leur passion bénévolement, comme la plupart d'entre eux aujourd'hui. Vivre de son art n'a jamais été un dû, et il n'a aucune raison de l'être. C'est une passion qui appelle un public, des mécènes et/ou des entreprises qui peuvent en vivre et faire vivre l'artiste avec elles.

 

Vivre de sa musique signifie qu'il faut trouver un moyen d'être rémunéré. Si les politiques veulent nous imposer très arbitrairement un mode de rémunération dépassé (et de moins en moins accepté), certains d'entre eux commencent à comprendre que le monde avance dans une autre direction. En ligne, le seul espoir passe par la publicité, par des abonnements, peut-être par des prestations complémentaires payantes. Les supports matériels (CD) vont devoir apporter une réelle plus-value à leurs acquéreurs s'ils ne veulent tout simplement pas disparaître des rayons. De plus en plus, les artistes reprennent le chemin de la scène pour vivre de leur musique. Demain, la même question se posera pour le film, même si les contraintes technologiques rendent son téléchargement plus difficile.

 

En tout cas, les trois pistes suggérées par Denis Olivennes vont à l'encontre du mouvement de l'histoire. Cette vision répressive et réglementariste n'est donc pas réaliste à terme. Ce dernier sursaut n'aura pas de suite.

Filtrer les échanges de contenu constitue une grave intrusion dans notre vie privée. Pendant que des sites mondialement connus tentent de trouver des parades temporaires, le rythme des échanges continue à augmenter à toute vitesse. Malgré la multiplication des poursuites pour recel, bonne façon de se faire de l'argent sur le compte de monstres du net, la contrefaçon progresse à toute vitesse et ne dérange personne. Au contraire, le public est très largement favorable à cet accès gratuit et facile à toutes ces informations, culturelles ou non. 

Deuxième piste, le développement du téléchargement légal n'a pas attendu Denis Olivenne. Le vrai débat est là pour les entreprises qui veulent survivre.

Dernier axe : la "riposte graduée", jolie formulation pour mieux durcir les sanctions à l'égard des contrevenants. Le principe est assez choquant : il s'agit de transformer les FAI, entreprises privées, en magistrats pour instruire, condamner et appliquer les peines fixées (par exemple suspension de l'abonnement !). On évoque aussi la naissance d'une nouvelle agence publique (encore une !) qui se chargerait de faire ce sale boulot en lieu et place des FAI pour ne pas confier un pan de la Justice à des acteurs commerciaux privés. Une agence de contrôle du net : la Chine l'a fait, la France va s'y mettre.

 

En tout cas, attendons le rapport Olivennes définitif, et préparons nos armes pour le débat qui reprendra au printemps à l'Assemblée. Nicolas Sarkozy a rappelé son « son attachement à la création artistique et sa volonté de tout faire pour que les artistes puissent vivre de leurs oeuvres et voient leurs droits respectés sur les nouveaux réseaux ». Derrière la langue de bois se cachent des enjeux essentiellement économiques, et les premiers pénalisés seront les consommateurs de culture et les citoyens.

 

Notes :

  • Econoclaste nous livre une belle analyse de la dérive du droit d'auteur. Je vous livre sa conclusion :

Car le vrai problème est là : s'il y a une façon "romantique" de voir le téléchargement comme instrument sapant le capitalisme et la propriété privée : la réalité plus prosaique, c'est que le téléchargement gratuit est un choc susceptible de stimuler la création, de faire disparaître des intermédiaires inutiles et peu performants, et de garantir un accès plus général à une culture plus vaste et plus diversifiée.

mercredi, 21 novembre 2007

Nicolas Sarkozy engueule les salariés des Echos

9f1cadfb4c836a898d5f24416085a63d.jpgEtrangement, cette nouvelle est passée inaperçue. Un petit paragraphe dans le Monde, rien dans le Figaro, seule Rue89 l'a mise en tête de gondole. Alors que l'incident a de quoi inquiéter, je m'étonne que personne n'ose le relever.

 

Depuis plusieurs mois, nous savons que Bernard Arnault, propriétaire de la Tribune dont il prépare la cession, convoite les Echos et, sans doute, le Financial Times dans la foulée pour reconstituer le groupe de médias que Pearson avait mis du temps à mettre en place. En ne cherchant pas à compenser sa froideur naturelle par des gestes en faveur de l'équipe éditoriale du quotidien, il est parvenu à déclencher une violente réaction de rejet de l'ensemble de la rédaction. Les Echos se sont même mis en grève une journée, historique de la part d'un journal aussi réputé !

 

Bernard Arnault a alors réalisé un joli coup en débauchant Nicolas Beytout, ex-directeur en chef des Echos, au même poste au Figaro depuis 2004. Il va donc prendre la tête de DI group, la structure médias de LVMH. Réputé pour ses grandes qualités professionnelles, sa vision stratégique et son indépendance d'esprit vis-à-vis de tout pouvoir, le Figaro fait un peu la tête. Mais la manière dont les Echos ont appris la nouvelle a laissé sa direction pantoise. Alors que Nicolas Sarkozy recevait Erik Israelewicz et ses collègues à l'Elysée pour un entretien, il glisse rapidement vers la question sensible du rachat de leur journal par Bernard Arnault. «Et Nicolas Beytout ? Vous croyez qu’il est content au Figaro ?» Suit un grand silence des interlocuteurs des Echos, qui n’étaient pas venus pour ça. Récit de témoins :

 

Sarkozy annonce aux Echos le nom de leur patron

 

Erik Izraelewicz et ses collègues n'en croient pas leurs oreilles. D'un ton cassant, Nicolas Sarkozy leur déclare qu'ils sont idiots de refuser le rachat, qui a été annoncé le 5 septembre: Bernard Arnault, leur explique le président, est un homme très bien, et "il va investir" dans leur journal...

Catherine Pégard, la conseillère de l'Elysée qui a organisé la rencontre, semble surprise du tour pris par la conversation.

[...]

 

A la fin de l'entretien de vendredi soir, Nicolas Sarkozy lâche, sec:

"Et Nicolas Beytout?"

 

Silence de mort des visiteurs, estomaqués [...] Rompant le silence, Sarkozy répète:

"Et Nicolas Beytout?"

 

C'est désormais officiel: le Président de la République annonce lui-même les nominations des patrons de presse!

 

Nicolas Beytout lui-même, grand professionnel de l'information, a semblé très surpris par la manière dont cette annonce a été faite...et alors que tout n'était pas encore bouclé. Bien que proche de Nicolas Sarkozy, ce qui n'est pas choquant en soi, il sait à quel point la pression aussi directe du pouvoir sur des journalistes est dangereuse. Lui-même a toujours mis l'indépendance au coeur de sa ligne éditoriale. Sans menacer pour autant la liberté de la presse, une telle intervention est inquiétante. Il semble que notre président joue aussi bien au monopoly avec Alstom, Suez, EADS ou Areva qu'avec les médias nationaux. Demain, poussera-t-il Bouygues à vendre TF1 à Bolloré ou à Arnault pour se constituer un bastion de soutiens inconditionnels ? En tout cas, cet incident doit nous inciter à la vigilance.

 

Note tardive : je vous recommande l'interview de Nicolas Beytout dans le Monde

mercredi, 17 octobre 2007

FIAC : la concurrence, c'est bien; mais pour les autres

La grande foire internationale d'art (moderne et) contemporain, la FIAC, ouvrira ses portes le 18 octobre prochain au Grand Palais. Les galeries prestigieuses du monde entier s'y retrouveront pour proposer leurs oeuvres phares et, le cas échéant, leurs jeunes artistes. Exposition exceptionnelle et harassante pour les uns, occasions de rêve pour les autres, ce sera vraiment la foire. Il n'y en aura pas pour toutes les bourses. Les premiers prix, autour du millier d'euros, sont rares et difficiles à trouver dans la masse. En revanche, pas de limite vers le haut. Si vous souhaitez y faire un tour, évitez le week-end : longue queue pour rentrer, allées bondées, aller de galerie en galerie devient vite un combat épuisant. Et si vous avez l'audace de demander le prix d'une chouette petite toile sympa qui irait bien au-dessus du canapé, ne blêmissez pas si le vendeur galeriste vous répond tranquillement "600.000 euros"...et ne répondez pas "Tiens, j'aurais pu le faire" car vous n'auriez jamais pu réaliser pareille oeuvre, ni même la concevoir. C'est cruel à dire, mais c'est ainsi. En tout cas, si cela vous donne des idées, lancez-vous. N'attendez toutefois pas d'être présenté à la FIAC 2008 : si le marché augmente rapidement pour répondre à une demande insatiable, sachez que le nombre d'artistes croît bien plus vite encore. Ceux qui trouvent leur place dans ce marché d'exception sont extrêmement rares.

 

Malgré tous les reportages qui glorifient la production culturelle de notre pays et la FIAC, le marché de l'art ne va pas bien en France. Régulièrement attaquée pour son manque d'audace (la simple comparaison des sites Internet des foires illustre bien la distance qui les sépare), les mini crises qui ont frappé la FIAC l'ont incitée à inviter une création plus jeune et moins convenue, installée dans la Cour Carrée du Louvre comme l'année dernière. Mais les collectionneurs exigeants qui font le déplacement à Paris pour acheter attendent bien plus qu'un tel geste. Aussi les foires parallèles ont-elles tendance à se développer pour capter ce flux de visiteurs, le fidéliser et l'augmenter. Plus l'offre est riche et variée à un moment donné (18 au 22 octobre) dans un espace donné (le coeur de Paris), plus les chalands sont nombreux...et meilleures sont les affaires.

 

293560e48c06e7e5b8f8a08b1eee568e.jpgC'est ce qui a motivé Les Elysées de l'Art à s'installer sur les Champs Elysées entre les Tuileries et le Grand Palais. Cette foire parallèle viendra s'ajouter à Slick dans le 20eme arrondissement, Show off avenue Gabriel et, plus tard en novembre, Diva consacré à l'art digital et vidéo. Elle regroupera 60 galeries réputées entre les deux espaces de la FIAC (Grand Palais et Cour Carrée). Surtout, le succès de ce nouveau concurrent ne peut que bénéficier aux autres foires parisiennes. La capitale a peut-être même l'occasion, avec cette agressivité commerciale, de remonter dans le classement du marché international de l'art. Un tel renouveau du dynamisme français aurait rapidement un impact très positif aussi bien sur les artistes que sur les collectionneurs français.

Rappelons que la première foire d'art au monde, Art Basel, réunit tous les ans les les plus prestigieuses galeries internationales à Bâle (et à Miami). Une partie d'entres elles néglige aujourd'hui Paris pour son manque d'ambition. A Londres, la Frieze gagne rapidement du terrain par la grande qualité de son choix qui joue sur l'audace et l'originalité de la création exposée. Rappelons qu'une nouvelle génération d'artistes contribue largement à ce dynamisme du marché anglais...sans parler du nombre de collectionneurs fortunés qui entraînent le mouvement.

 

Pourtant, les organisateurs de la FIAC ne l'ont pas compris. Dans une vision tristement malthusienne, ils ont attaqué cet excellent projet des Elysées de l'art pour "concurrence déloyale"... avec le soutien du maire du 8eme, François Lebel (cela lui vaudra de bons repas, sans doute aussi une oeuvre au passage). Bertrand Delanoë ayant eu le bon sens d'accorder son autorisation, le tribunal de commerce a débouté la FIAC de son action en référé. Les Elysées de l'Art peuvent respirer. Mais ce qui est amusant (ou atterrant du point de vue des acteurs du marché de l'art) dans l'histoire, c'est que Martin Berthenod, commissaire général de la FIAC, vient de se voir confier une mission par Christine Albanel et le ministère de la culture. Ajoutons cette expertise aux premières mesures annoncées par la ministre,  et il apparaît clairement que l'« élan de renouveau pour le marché de l'art français » n'est pas pour demain ! 

vendredi, 05 octobre 2007

99F, cocaïnomane nihiliste filmé par un bouffeur de champignons hallucinogènes

C'est le film à la mode. Salles pleines, chiffres excellents. Le bon coup. Avec Jean Dujardin en pôle position du casting, il ne devait pas y avoir de surprise, et je ne suis donc pas surpris. Il faut dire qu'avec Jan Kounen aux commandes (rappelez-vous "Doberman", cette jolie pépite mal dégrossie mais hypnotisante), comment ne pas imaginer un résultat à la hauteur du livre de Frédéric Beigbeder ? Vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde (avant la reprise probable des ventes grâce au succès du film), ce premier succès était amplement mérité. Ce projet de transposition à l'écran, pour un investissement de 11 millions d'euros, était condamné au succès. Mission réussie.

 

3cff3dfd7852c189089e6e16f6cead11.jpgEn blaireau encravaté qui se respecte, je n'ai pas résisté à la tentation. Je reconnais que je fais partie de cette France d'en bas qui veut s'amuser (ne dites pas à mère que j'ai aimé "la vengeance dans la peau", elle croit que je parle "Mon frère est fils unique", certes aussi excellent). Ce fut un bon moment. Ce clip de 90 minutes n'est certes pas inoubliable mais on en a pour son argent. Plus qu'avec le navet "Blueberry, l'expérience secrète"; que dis-je, plus qu'un "navet", c'était une ratatouille psychédélique aux couleurs aubergine et tomate. Mais sans saveur. Hélas, Kounen n'est toujours pas complètement guéri de son voyage dans le chamanisme, nous avons encore un peu droit aux trips visuels ratés qui donnent mal à la tête au spectateur s'emmerdant sec dans le noir. Sa manière de montrer les effets de la drogue n'a pas la puissance visuelle qu'on trouve chez Daren Aronofsky dans Requiem for a dream. Mais ces lignes et ces cercles aux couleurs flashys qui tournent, ça me rappelle un peu Le jeu du Kaléidocope avec Garcimore et Denise Fabre, c'est déjà ça.

 

Attention, 99Francs est bien plus qu'un divertissement, c'est un livre-film engagé. Très engagé : "Ce film est un produit culturel, mais cela ne l'empêche pas de dire des choses que les comédies en France n'osent plus dire depuis Jean Yanne.". Quelle audace ! Le final donne le ton : "Chaque année, la publicité représente 500 milliards de dépense dans le monde. Avec la moitié de ce montant, l'ONUestime qu'on pourrait réduire la faim dans le monde de moitié". Dire que personne n'y avait pensé avant. C'est ballot ! Bon, l'un n'a rien à voir avec l'autre, mais l'effet est garanti. Et jusqu'au bout, le message se décline sous plusieurs formes : système pourri, manipulateurs dégueulasses, règne de l'argent et des beaufs. En tout cas, Kounen et Beigbeder vont pouvoir sabrer le champagne (et la coke) pour ce jackpot financier. Ils nous confirmnt qu'ils sont bien meilleurs à la cueillette qu'au crachat. Des artistes, je vous dis.

 

Allez, j'en profite pour vous livrer un détail qui permet de mieux comprendre à quel camp appartiennent les crétins congénitaux qui fabriquent des yaourts dans le film. Beigbeder déteste Danone (tiens, le nom de la société ressemble étrangement, vous avez remarqué ?). Il a d'ailleurs monté le site  jeboycottedanone.com au moment où Danone délocalisait des usines Lu, avant de subir des procès (gagnés en appel) en retour, ce qui lui a ainsi assuré un vrai succès médiatique dans sa niche...et une rente de situation exceptionnelle. Pourtant, la pub anime, elle informe et peut même se révéler créative. Beigbeder et Kounen admirent sûrement les grands créateurs qui ont marqué les années de Culture Pub. Alors pouquoi tant de haine ? Le message est confus dans son ensemble, contradictoire et parfois malsain. Cette autoflagellation concerne-t-elle vraiment la pub en soi, ou plutôt les relations entre individus qui recherchent la transgression permanente ?

 

Le projet de Jan Kounen a su utiliser toutes les ficelles du système qu'il dénonce pour s'assurer un succès commercial. Buzz, pubs imaginatives et plan média exceptionnel. La forme du film correspond aux conventions actuelles qui privilégient la provocation, la critique primaire de tous les piliers du capitalisme. Jan Kounen, vrai fils de pub, a tout repris à l'état brut. Prétendument "politiquement incorrect", son film se cantonne à un discours extrêmement conventionnel. Il nous a ressorti tous les poncifs anti-pubs, bêtement anti-consumériste, pour faire un cocktail heureusement coloré et bien secoué pour faire passer la fadeur du goût. Il y a les artistes d'un côté, déjantés mais tellement vivants et originaux. Et puis les culs-terreux de l'entreprise, les gestionnaires chiants, les beaufs qui n'ont pas bais depuis des mois. Tous les spectateurs se retrouvent un peu dans ces cadres propres sur eux. Ils aspirent à se retrouver de l'autre côté de la barrière, avec les artistes qui vivent à 200 à l'heure, sautent les plus belles filles, sniffent la meilleure coke...et vomissent parfois par erreur sur une femme avachie au terme de carnages orgiaques. Mais ces pauvres génies sont soumis à l'ordre desde l'argent et de la rentabilité. Alors il faut se compromettre. Comme le dit notre Octave de génie : "Quand tu présentes une idée géniale et que l'annonceur veut l'abîmer, pense très fort à ton salaire, puis bâcle une bouse sous sa dictée en trente secondes chrono et rajoute des palmiers dans le story-board pour partir tourner le film une semaine à Miami.".

 

C'est drôle, c'est percutant et, comble du bonheur, le spectateur s'assimile facilement aux artistes brimés le temps du film. Symbiose extatique qui nous permet de pardonner les travers de ces vies déréglées : superficialité, mépris de l'autre... Mais voilà : l'opulence indécente de notre jeune héros est autant due à son grand talent qu'à ce règne dégueulasse de l'argent et de ses maîtres qui exige de baisser continuellement son froc. C'est alors que démarre le mouvement d'émancipation d'Octave, autobiographique "quête de rédemption" de Beigbeder. Il s'émancipe, rompt les chaines, presque au prix de sa vie. On ne sait pas très bien comment termine ce pauvre Octave. Mais Beigbeder a dorénavant pour maîtres les médias et le grand public qui regarde TF1. Au moins a-t-il un sentiment de liberté, à condition qu'il fasse ce pourquoi on l'attend : mener une critique très primaire du système qui lui permet de mener grand train. Dans cette rubrique contestataire, L'Idole était un film moins trash, moins prétentieux mais, à mon sens, beaucoup plus original et innovant. Malgré une fin un peu baclée, on sentait déjà percer le grand talent de compteur et de metteur en scène de Guillaume Canet. 99Francs ne devrait pas laisser une trace aussi forte que l'Idole.

 

Ce qui est amusant, c'est qu'en ouvrant le site officiel de Jan Kounen, un pop up ouvre une page de pub. On y apprend que ce farouche anti-pubs continue à réaliser deux clips publicitaires par an. Pour (très bien) vivre: "Avant, j'en réalisais plus, mais c'était en Angleterre, où les décideurs sont plus délirants. Normal : ils ont été biberonnés aux Monty Python". Sa critique du monde de la pub apparait finalement très "politiquement correcte", faussement compassionnelle et jouant sur des mécanismes classiques qui fixent la sympathie du public. Si Kounen cite le Royaume-Uni avec nostalgie, Beigbeder a un autre modèle : "l'impertinence, l'insolence et la liberté de ton, on ne les trouve qu'aux Etats-Unis, dans les films de Sacha Baron Cohen (Borat) et des frères Farrelly (Mary à tout prix)." Bref, nos deux stars semblent nettement attirés par le modèle anglosaxon, royaumes de la pub. Cette belle contradiction révèlerait-elle plutôt un rejet de leur part d'une France figée, conformiste et, finalement, trop étriquée pour leur ego ?

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