jeudi, 10 janvier 2008

35 heures maintenues, mais partage imposé des bénéfices en vue

Si le gouvernement a nié vouloir remettre en cause la durée légale du travail après avoir laissé entendre que les accords de branche ou d'entreprise pourraient prendre le pas sur les 35 heures (ce qui revenait à faire exploser l'usine à gaz sarkozyste des heures sup'), Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il réfléchissait à un partage légal des bénéfices des entreprises : 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires et 1/3 pour l'investissement. Sans évoquer les 33 % d'IS prélevés par l'Etat qui, lui, ne cherche aucunement à partager son pactole avec les autres acteurs, Nicolas Sarkozy semble en bonne voie de reprendre la direction des entreprises françaises d'une main ferme. A quand une école d'encadrement des pratiques managériales sous la tutelle de l'Elysée ?

 


Etrangement, je finis par me demander si Ségolène Royal n'aurait pas été plus sérieuse comme président de notre pays. Allons, allons, il ne faut pas que je m'égare...

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mardi, 08 janvier 2008

Politique de civilisation : SOS dépannage ou SOS Nounou ?

Nous le savions. Notre Président de la République a de la ressource et des idées. Avec lui, nous allons avoir cinq années de changement permanent. De quoi être épuisé d'avance. Attention, pas n'importe quel changement. Le mouvement doit obéïr à deux règles :

  1. Le pas de danse en cinq temps. Deux pas en avant, un pas en arrière, un de côté et un en diagonale (pour ceux qui connaissent le fameux pas du Professeur Rollin). Au final, ça bouge dans tous les sens, mais on ne sait pas très bien dans quelle direction. Les partenaires sociaux, étourdis, ne suivent plus. Moi non plus. Face à tant d'effort déployé, la seule idée qui vienne à l'eprit, c'est la suivante : tout ça pour ça ?
  2. Le maître de danse est partout à la fois. Egalité homme-femme, OGM, respect, identité, intéressement des salariés, pub à la télé, il se mêle de tout. Il n'est pas encore là pour nous border tous les soirs, mais en ayant un cousin éloigné bloqué quelque part dans le monde, ça devrait pouvoir se négocier avec la comm' de l'Elysée.

 

Le rythme est soutenu, le déroulé carrément sportif. Nicolas Sarkozy est une nouvelle civilisation à lui tout seul. Ce sera bientôt dans les livres d'histoire. Flippant. Et dire qu'on ne peut même plus s'en griller une en y pensant devant son petit noir du matin au comptoir ! Bon, je ne fume pas, mais ça me manquerait preque depuis l'interdiction.

 

Comprenant que le vent tournait avec le ralentissement économique qui menace l'occident, il est parvenu à sortir de son chapeau une idée originale, chargeant deux Nobels d'économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, d'une mission qui devrait renforcer son prestige international :

"Nous avons besoin de prendre en compte la qualité et pas seulement la quantité pour favoriser un autre type de croissance. Il faut changer notre instrument de mesure de la croissance." 

 

Dorénavant, la croissance ne se réduira plus à un seul chiffre brut, franchement déprimant, mais il deviendra un indice autrement plus subtil qui nous prouvera sans doute à quel point nous avons de la chance de vivre en France. Formidable, nous voici sortis du risque de récession d'un coup de baguette magique.

 

Que dire du reste ? Un bon point pour la promesse de mettre fin aux souffrances des 35 heures qui ne cessent d'agoniser (le gouvernement est revenu sur ce point le lendemain). Le reste est douteux : 10 "projets de rénovation universitaire" pour lutter contre le "délabrement" des universités françaises, signal que l'autonomie réelle n'est pas pour tout de suite, la fin de la pub sur les chaines publiques (d'où TF1 + 9.94 %, M6 +4.49 %) compensée par de nouvelles taxes sur les chaines privées...et sur Internet ou la téléphonie mobile (vive le pouvoir d'achat...de l'Etat !). Les propositions s'accumulent sans aucune cohérence, sans aucune vision. Nous sommes dans le réglage technocratique pur, loin de l'élan initial. En faisant de la Caisse des Dépôts «un instrument d'une politique de défense et de promotion des intérêts économiques primordiaux de la nation", il confirme bien l'orientation protectionniste de sa politique "de civilisation". Heureusement, il y a une atmosphère de mariage dans l'air qui emballe bien le tout.

 

Au final, que penser de tout ceci ? Le vendeur est excellent, cela suffira-t-il à dissimuler l'absence d'originalité du produit qu'il nous impose ?

23:30 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, conférence de presse | | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 19 décembre 2007

En politique, il faut aller chercher les voix une par une

Nicolas Sarkozy l'a bien compris. Après avoir conquis le coeur d'une droite en manque de repère, il a gagné progressivement celui de Français du centre et de gauche. Les partis sarkozystes de gauche essaiment avec Eric Besson (qui le connaît ?) ou Jean-Marie Bockel en tête pour ne prendre qu'eux. Les intellectuels de gauche lui reconnaissent des qualités après avoir hurlé au loup. Les artistes s'y mettent à leur tour. On reconnait ses erreurs. Le temps est à la repentance. Et les réformes, bonnes ou mauvaises, passent avec le soutien plus ou moins implicite d'une opinion publique béate.

 

Nous avons clairement affaire à un mutant de la politique. Sans avoir fait le parcours habituel Sciences-Po Ena Cabinet ministériel, il gagne ses batailles sur le terrain où il va conquérir chaque voix, une par une. La seule qui compte pour lui, c'est celle qui est juste après les 50 %. Human Bomb n'a pas eu le temps de voter pour lui, mais je parie qu'il l'aurait fait après son entreveue avec Nicolas Sarkozy s'il n'avait pas été abattu dans l'école à Neuilly. En revanche, combien de grévistes CGTistes ou de marins pêcheurs encore en vie voteront Sarko après l'avoir vu venir leur parler d'homme à homme, avec des mots simples et des convictions (le chéquier en langage courant) ! Tout le monde aime ou a au moins aimé un instant celui qui ose se retrouver seul au milieu d'une foule en colère pour la retourner.

 

 

6921bc565747292a49688d6360a56532.jpgEt il ne retourne pas que les marins, notre Nicolas. Très récemment, c'est l'une des plus belles femmes du monde qu'il a retournée séduite. Et là, tous les mâles de la République ont dû penser la même chose. Nicolas est fort. Il est très très fort. Cécilia était très belle. Mais son dernier bulletin de vote arraché à l'ennemi, c'est de l'exceptionnel. Carla Bruni n'est pas seulement belle et riche, elle écrit, elle chante, elle est brillante. Au tableau de chasse de Sarko, quel beau trophée supplémentaire. Et c'est réciproque. Cette croqueuse d'homme qui n'hésite pas à arriver un week-end avec le père pour repartir avec le fils (ou l'inverse) pourra se vanter d'avoir connu l'intimité des plus grands de ce monde. Enfin...grand, façon de parler.

 

 

Elle avait soutenu Ségolène, elle se déclarait à gauche. Et hop ! la voilà dans le lit de l'icone de la droite, lui offrant son image qui n'a pas de prix pour les marques qui se l'arrachent. Espérons pour lui qu'elle met du coeur à l'ouvrage, car lorsque Nicolas serre Carla contre lui (NDLA : les services de l'Elysée me confirment bien qu'il s'agit d'un homme), ce sont un peu tous les Français qui la serrent contre eux. Bon, ils vont devoir accepter d'avoir affaire à deux caractères ingérables. Lui est un coureur. Elle avoue qu'elle "s'ennuie follement dans la monogamie". Avec un tel taux de phéromones dans l'air, ça va swinguer à l'Elysée.

 

Nicolas, il te manque un trophée. Une fois Carla envolée vers d'autres cieux clinquants, attaque Ségolène. Elle est seule, elle a un charme royal et elle pense un peu comme toi. Si vous finissiez en couple à l'approche de 2012, vous seriez assurés, ensemble, de battre ton record de 2007. 

08:40 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Carla Bruni | | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 21 novembre 2007

Nicolas Sarkozy engueule les salariés des Echos

9f1cadfb4c836a898d5f24416085a63d.jpgEtrangement, cette nouvelle est passée inaperçue. Un petit paragraphe dans le Monde, rien dans le Figaro, seule Rue89 l'a mise en tête de gondole. Alors que l'incident a de quoi inquiéter, je m'étonne que personne n'ose le relever.

 

Depuis plusieurs mois, nous savons que Bernard Arnault, propriétaire de la Tribune dont il prépare la cession, convoite les Echos et, sans doute, le Financial Times dans la foulée pour reconstituer le groupe de médias que Pearson avait mis du temps à mettre en place. En ne cherchant pas à compenser sa froideur naturelle par des gestes en faveur de l'équipe éditoriale du quotidien, il est parvenu à déclencher une violente réaction de rejet de l'ensemble de la rédaction. Les Echos se sont même mis en grève une journée, historique de la part d'un journal aussi réputé !

 

Bernard Arnault a alors réalisé un joli coup en débauchant Nicolas Beytout, ex-directeur en chef des Echos, au même poste au Figaro depuis 2004. Il va donc prendre la tête de DI group, la structure médias de LVMH. Réputé pour ses grandes qualités professionnelles, sa vision stratégique et son indépendance d'esprit vis-à-vis de tout pouvoir, le Figaro fait un peu la tête. Mais la manière dont les Echos ont appris la nouvelle a laissé sa direction pantoise. Alors que Nicolas Sarkozy recevait Erik Israelewicz et ses collègues à l'Elysée pour un entretien, il glisse rapidement vers la question sensible du rachat de leur journal par Bernard Arnault. «Et Nicolas Beytout ? Vous croyez qu’il est content au Figaro ?» Suit un grand silence des interlocuteurs des Echos, qui n’étaient pas venus pour ça. Récit de témoins :

 

Sarkozy annonce aux Echos le nom de leur patron

 

Erik Izraelewicz et ses collègues n'en croient pas leurs oreilles. D'un ton cassant, Nicolas Sarkozy leur déclare qu'ils sont idiots de refuser le rachat, qui a été annoncé le 5 septembre: Bernard Arnault, leur explique le président, est un homme très bien, et "il va investir" dans leur journal...

Catherine Pégard, la conseillère de l'Elysée qui a organisé la rencontre, semble surprise du tour pris par la conversation.

[...]

 

A la fin de l'entretien de vendredi soir, Nicolas Sarkozy lâche, sec:

"Et Nicolas Beytout?"

 

Silence de mort des visiteurs, estomaqués [...] Rompant le silence, Sarkozy répète:

"Et Nicolas Beytout?"

 

C'est désormais officiel: le Président de la République annonce lui-même les nominations des patrons de presse!

 

Nicolas Beytout lui-même, grand professionnel de l'information, a semblé très surpris par la manière dont cette annonce a été faite...et alors que tout n'était pas encore bouclé. Bien que proche de Nicolas Sarkozy, ce qui n'est pas choquant en soi, il sait à quel point la pression aussi directe du pouvoir sur des journalistes est dangereuse. Lui-même a toujours mis l'indépendance au coeur de sa ligne éditoriale. Sans menacer pour autant la liberté de la presse, une telle intervention est inquiétante. Il semble que notre président joue aussi bien au monopoly avec Alstom, Suez, EADS ou Areva qu'avec les médias nationaux. Demain, poussera-t-il Bouygues à vendre TF1 à Bolloré ou à Arnault pour se constituer un bastion de soutiens inconditionnels ? En tout cas, cet incident doit nous inciter à la vigilance.

 

Note tardive : je vous recommande l'interview de Nicolas Beytout dans le Monde

lundi, 12 novembre 2007

Poker menteur sur les rails

Les syndicats du secteur public veulent nous faire revivre 1995 : 5 semaines de grèves dévastatrices qui ont fait de Chirac la loque que nous connaissons. Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent refaire 2003 pour mieux continuer les réformes au rythme actuel et asphyxier leurs adversaires. Les syndicats savent que Sarkozy n'a pas le choix, et que l'opinion est avec lui. S'ils ne sentaient pas leur base aussi chaude, ils seraient certainement moins pressés de descendre dans la rue. Eux non plus n'ont plus le choix. S'ils cèdent ici, ils savent que Sarkozy abordera en position de force les négociations autour de la refonte du Code du Travail, de la vie syndicale et de multiples autres sujets qui, eux, pourraient se retourner plus facilement contre lui que les régimes spéciaux.

 

 

a47ac0e39aafadbb3f23791b61f49b37.jpg«Le mouvement de grève annoncé, coûteux pour ceux qui y prendront part, n’apportera rien de bon pour l’entreprise et les cheminots» 

 

Anne-Marie Idrac n'est pas née de la dernière pluie, et la lutte contre ce "mouvement social" semble plutôt bien préparée cette fois-ci (les facs occupées ont vite été fermées pour limiter la propagation du mouvement). En écrivant à ses 160.000 cheminots pour proposer des aménagements importants sans passer par leurs représentants, en négociant avec un syndicat minoritaire mais surpuissant, la FGAAC, elle est parvenue à diviser les rangs syndicaux. Objectif : faire de la grève du 13 novembre un demi-succès...ou plutôt un demi-échec en vue de la grande mobilisation de toute la fonction publique, une semaine plus tard. 

 

Les syndicats de la SNCF sentent bien le risque. En accusant leur présidente de «semer le trouble sur le terrain pour diviser les cheminots et minimiser les effets de la grève», ils avouent être en position fragile. Les salariés vont-ils jouer quitte ou double compte tenu de l'ambiance, des sondages, de la posture du gouvernemnt et dui risque de perdre leur salaire pour rien en faisant une grève inutile ? Il semble déjà que la CFDT et la CFE-CGC, qui représentent 18 % des cheminots, seraient en train de négocier pour se retirer du mouvement. Bref, une fois de plus, la stratégie de rachat des privilèges et de négociation musclée semble porter ses fruits. Nous avons une bonne chance de ne plus entendre parler de grève ­à la fin du mois. Cela dit, rien n'est joué.

vendredi, 02 novembre 2007

Tempête dans un verre d'eau

Le réchauffement se traduirait par une accélération du dérèglement climatique. En français : "Ya plus d'saison, ma bonne dame". Remarquez que la formule a peu changé depuis les années 70, et mes parents pourraient confirmer qu'on disait déjà ça juste après la guerre. Pareil en politique. Et là, je l'avoue, ça tire trop vite dans tous les sens, je suis largué. La commission Attali veut faire sauter le "principe de précaution" de la constitution, els lois Galland et Royer/Raffarin, le code du travail et les licences de taxi, officiellement ou en "off". Là-dessus, le Medef négocie la refonte du contrat de travail avec les syndicats, le Grenelle de l'environnement finit en gosplan qui veut faire de nos vies un enfer fiscal, réglementaire et fondé sur la prohibition et la commission balladur lance le chantier de réforme des institutions. Qui suit encore ? Pour simplifier le tableau, les syndicats vont bloquer la France dans 15 jours, histoire de faire une vraie ratatouille molle de l'ensemble. Les rares mesures libérales s'empilent avec un keynésianisme raté et, bien pire, la tentation d'un vrai retour à la planification la plus sordide, le tout dans une opacité totale, et en retouchant  dans le même temps nos institutions... mais sans déplaire à Sarkozy qui a un oeil sur tout et tout le monde. Fadela Amara attaque le PS en le pointant du doigt à l'assemblée, elle est défendue par la droite qui a ainsi sa "beurette de service" comme bouclier anti-gauche, surtout après l'épisode malheureux des tests ADN, laquelle ne parvient pas ­à sortir de ses contradictions d'ENArques parisiens adeptes de la "pensée unique". Pensée insipide tout à fait digne de celle de la droite. Bockel (ex PS) sera tête de liste UMP aux municipales. La gauche est à droite, la droite est perdue. Tout le monde patine dans ce bourbier guignolesque, personne ne suit plus ce qui se passe vraiment, et allez expliquer ça à vos électeurs sur le terrain. Chaque jour, les médias effacent les discussions de la veille en ouvrant un nouveau chantier majeur, sans cohérence avec le reste. On en a le tournis.

 

Bref, personne ne sait où on va. Le barrage a laché, le flux est parti, rasant tout sur son passage sans distinction des tendances, des couleurs politiques, sans cohésion non plus. Les sondages suivent encore, mais jusqu'à quand ? Derrière cette tempête que personne ne peut plus arrêter, quelles sont les mesures structurelles qui vont débloquer notre pays ? Même en regardant à la loupe, pas grand chose. C'est vraiment une tempête dans un verre d'eau. Le vrai changement, ce sont les mentalités des Français, dorénavant prêts pour des changements plus radicaux. Il est temps que Nicolas Sarkozy comprenne que la confusion actuelle n'est pas seulement favorable au changement des mentalités, elle l'est aussi pour des mesures réellement audacieuses : vaste réforme du syndicalisme, simplification drastique du code de travail, ouverture du débat sur la sécurité sociale et notre modèle social, statut de la fonction publique.

 

Monsieur le président, vous avez du courage, vous avez de l'audace. Ayez aussi l'intelligence de faire les bonnes réformes derrière le brassage d'air actuel. Profitez de la confusion que vous avez instaurée vous-même !

mercredi, 24 octobre 2007

De Guy se Môquet-on ?

17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous.

 

0841e439ff69751b70854bdb5c4ff552.jpgComment ne pas être ému par ces mots si simples d'un jeune garçon devant la mort ? Guy Môquet a été fusillé le 22 octobre 1941 avec 26 autres otages, un an après son arrestation (il n'avait alors que...16 ans)  pour quelques tracts et des convictions communistes. Résistant de la première heure, héros du "parti des fusillés" comme le PCF le présente ? Malheureusement, la réalité est moins romantique. Aussi triste que soit son histoire, Guy Môquet reste avant tout une victime collatérale de la guerre comme tant d'autres.

 

Il n'est pas inutile de rappeler les causes de détention du jeune Guy Môquet. Il est arrêté par les autorités françaises dans le cadre du décret Daladier qui a dissout le PCF en septembre 1939 pour son soutien au pacte Germano-soviétique. En clair, le PCF est allié avec les nazis, il négocie même avec eux (doc intégral), notamment pour pouvoir publier L'Humanité. L'action du parti stalinien va du pacifisme militant jusqu'à des actes de sabotage contre notre appareil de production d'armement. Il constitue donc une menace pour notre patrie en ces temps de guerre. Pire. Une fois la France occupée, les communistes décident, sur ordre de Staline, de ne pas s'opposer à l'occupation allemande. Essayez d'expliquer à un voisin que le parti communiste a été le premier collabo de l'ennemi à l'époque, personne ne vous croira. Travail de l'Education Nationale ? Bon marketing de "la gauche de la gauche" qui s'évertue encore à faire du Che une idole ? Pourtant, c'est un fait.

 

Guy reste alors très jeune, trop jeune pour rester en prison une année entière. Mais alors que le Tribunal pour enfants et adolescents de la Seine a ordonné, en janvier 1941, qu'il soit « remis à sa mère, en liberté surveillée », un arrêté préfectoral d'internement administratif le renvoie à la prison de la Santé, puis à celle de Clairvaux. On peut dire que l'Etat français fait déjà bien son boulot à l'époque. Avec un Etat aussi efficace, les Allemands n'ont plus qu'à cueillir les otages selon leurs besoins. Guy Môquet périt en représailles à l'assassinat de Karl Hotz par trois jeunes militants communistes (qui ont manifestement désobéi aux ordres du parti, encore allié du Reich). Pris dans les contradictions d'une page sinistre de notre histoire, Guy Môquet disparaît tristement sans jamais avoir commis le moindre acte de résistance.

 

 Pierre-Louis Basse nous propose un discours de vérité dans ce sens dans le Monde

 

"Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des "résistants de la première heure" relève de la téléologie, puisque la plupart d'entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant. Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue "impérialiste" et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l'effort de guerre au printemps 1940, le Parti a profité de l'effondrement militaire de la France et de la chute de la République bourgeoise pour prendre à l'été 1940 une série d'initiatives qu'aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : tractations avec les autorités d'occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du "patriotisme" du Parti."

 

 

Tout le monde trouve profondément choquant de voir un parti instrumentaliser le drame d'un jeune homme assassiné dans ces conditions avec la complicité de l'Etat français, surtout s'agissant du parti communiste, celui qui défendit si longtemps le boucher Staline et n'exprima jamais aucun regret pour ses dizaines de millions de victimes.

 

Mais voir un président de la république se saisir de l'affaire pour l'instrumentaliser à son tour en jouant sur la corde compassionnelle n'est pas plus glorieux. C'est certainement un coup de maître sur un plan tactique, au moment où la gauche doute, où Serge July se permet lui-même de défendre le courage de Sarko. Mais il entretient cette vision de l'Etat omniprésent et omniscient qui se permet de réécrire l'histoire et de l'imposer à nos enfants. Hier les colonies, aujourd'hui Môquet. Glorifier un jeune communiste, si triste soit son destin, n'est pas tolérable pour des parents attachés aux Droits de l'Homme et à la démocratie moderne. Est-il bien raisonnable de faire usage de pareilles idoles de pacotille, symboles d'une idéologie meurtrière, pour faire la nique à la gauche ?

 

Laissons le pauvre Guy Môquet reposer tranquillement, n'agitons pas sa mémoire pour des motifs déplaisants et, surtout, laissons l'école faire son travail. Voici une lettre bien plus instructive que tous nos enseignants et parents d'élève devraient lire attentivement :

 

Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet
Par Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP.

Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.

Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.

Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.

Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire.

jeudi, 04 octobre 2007

Scandale EADS : le capitalisme d'Etat a besoin de libéralisme

Si l'affaire EADS ressort aujourd'hui, les éléments de ce casse de l'année sont connus depuis mai, comme l'indique cet ancien post. Simplement, le rapport de l'AMF vient remis au parquet après ces mois d'enquête préliminaire. Espérons que Rachida Dati laissera l'instruction suivre son cours normal. Parmi les 21 dirigeants menacés de mise en examen pour «délit d'initié» et «diffusion de fausses informations»,  il y a en effet le pote du président de la république, Arnaud Lagardère. Ensuite, il y a aussi 1.200 investisseurs qui ont manifestement eu connaissance des mauvaises nouvelles latentes et qui ont volé les autres actionnaires en vendant leurs titres avant leur publication. Une première association de petits porteurs s'est déjà constituée partie civile contre eux. D'autres suivront. CDC Ixis, qui s'était engagé à racheter de grosses quantités de titres (forcément à la demande de Bercy, alors que l'APE, agence de gestion des particpations de l'Etat, avait recommandé dés janvier à l'Etat de liquider son stock d'actions EADS) au prix de l'époque, réflechit à un moyen d'annuler son engagement sous la pression médiatique. Augustin de Romanet, directeur général de CDCva plus loin : "Si des agissements nuisant aux actionnaires étaient avérés, la CDC se joindrait à la procédure". En tout cas, Thierry Breton va pouvoir sortir de l'ombre avec cette affaire qui l'implique directement.

 

Pour sa défense, Arnaud Lagardère a choisi de se présenter comme un idiot plutôt que comme un escroc. J'aimerais savoir en quoi l'un empêcherait l'autre. La star des parachutes dorés, l'ex-président "au courant de rien" Noël Forgeard, réfute tout en bloc. Pourtant, les faits devraient leur coûter cher. Parmi les 21 responsables mis en cause, les langues commencent déjà à se délier : « Aucun des deux coprésidents exécutifs d'EADS à l'époque n'avait de compétence en matière de relations avec les marchés financiers. Ceux-ci n'ont pas été informés comme ils l'auraient dû ». Pour une entreprise du CAC 40, c'est un peu léger. Visiblement, la culture managériale du groupe n'était pas plus leur spécialité, la maitrise technologique non plus. La gouvernance d'Etat, comme d'habitude, fait monter les meilleurs. Au moins ces responsables qui témoignent couverts par l'anonymat avouent-ils leur faute : « Nous avons été laxistes. Nous avons même commis une faute. La direction financière devait prendre des mesures conservatoires et, au minimum, bloquer toutes les demandes de cessions de titres dès septembre 2005. Personne n'aurait dû vendre en novembre 2005 et mars 2006 ainsi qu'a fortiori en avril 2006 ». Si Forgeard et Lagardère pouvaient faire de même... Il faut dire qu'ils risquent deux ans de prison et une jolie fortune au terme de la loi.

 

Sans être juriste, un délit d'initié est une affaire très grave. C'est pourquoi je ne peux qu'espérer que les dirigeants seront condamnés à des peines de prison pour l'exemple. Pour les libéraux, la meilleure régulation est avant tout judiciaire, certainement pas législative ou réglementaire. Laissons faire dans le respect du Droit, et sanctionnons rigoureusement les délits qui conteviennent aux règles de fonctionnement des marchés. Nous retrouvons la distinction fondamentale entre le capitalisme, qui n'est qu'un mode de production, et le libéralisme qui est une pensée. Le capitalisme est un système qui peut prendre différentes formes et ne peut donc rien avoir de "moral" en soi. Le capitalisme de connivence français, le capitalisme d'Etat russe,  le capitalisme sauvage chinois ou le capitalisme trop rigoureusement encadré (loi Sarbanes-Oxley, lois anti-trust ...) des Etats-Unis constituent chacun un environnement économique singulier.  Aucun ne satisfait les libéraux, même si leur jugement est plus sévère avec certaines formes vraiment trop choquantes. Pour rendre un système capitaliste plus éthique, il est nécessaire d'instaurer un cadre libéral : abolition des corporatismes et autres privilèges, ouverture des frontières, suppression de réglementations inutiles ou indirectement coûteuses et judiciarisation des actes de fraude et autres délits.

 

 

Pour information : Art. L. 465-1. du Code Monétaire et Financier, Titre VI "infractions relatives à la protection des investisseurs"

Est puni de deux ans d'emprisonnement et d'une amende de dix millions de francs dont le montant peut être porté au-delà de ce chiffre, jusqu'au décuple du montant du profit éventuellement réalisé, sans que l'amende puisse être inférieure à ce même profit, le fait, pour les dirigeants d'une société mentionnée à l'article L. 225-108 du code de commerce, et pour les personnes disposant, à l'occasion de l'exercice de leur profession ou de leurs fonctions, d'informations privilégiées sur les perspectives ou la situation d'un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d'évolution d'un instrument financier admis sur un marché réglementé, de réaliser ou de permettre de réaliser, soit directement, soit par personne interposée, une ou plusieurs opérations avant que le public ait connaissance de ces informations.

mardi, 25 septembre 2007

Politique anti-immigration, une obsession malsaine du gouvernement

"Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement" (concept sulfureux) confié à Brice Hortefeux, loi relative à l'immigration du 25 juillet 2006 (la 4eme en 4 ans !), tests ADN (contestables) et, maintenant, division par deux du délai de recours contre les décisions de l'OFPRA pour les réfugiés qui demandent le droit d'asile. Difficile de comprendre cette obsession anti-immigratoire du gouvernement Fillon Sarkozy. Certes, notre président a choisi de prendre en compte les peurs révélées (et instrumentalisées) par Le Pen pour terraser la bête et récupérer son électorat. Bon, cela relève du jeu démocratique. Mais attention, les sondages confirment que les Français n'apparaissent pas hostiles à l'immigration. Au contraire. Ce sondage réalisée fin 2006 par le Financial Times/Harris montre même que notre pays est le plus ouvert sur ce sujet. Notamment concernant les clandestins, 40 % des sondés y déclarent qu'ils souhaitent qu'on leur offre une chance de rester légalement (contre 32 % pour le renvoi pur et simple, ce qui n'est pas marginal...mais minoritaire).

 

e24e039bd2017f0231a8fb43cdf62d5f.jpgDu point de vue libéral, rien ne justifie l'interdiction faite aux individus de se déplacer librement d'un pays à l'autre, tant que ceux-ci respectent les droits d'autrui. L'humanité a besoin d'échanges culturels, sociaux et économiques. Visages nouveaux et idées neuves favorisent le développement et la croissance. Les pays les plus dynamiques ont une approche beaucoup plus positive de la question, car ils savent que ce sang neuf peut largement alimenter la croissance et poser des ponts avec des pays partenaires. Espagne, Etats-Unis, Irlande ou Hong Kong cherchent activement des migrants pour leur force de travail.

 

Le noeud de blocage français, c'est donc sur notre modèle social. La sclérose de notre économie, la gestion ghettoïsée du logement, notre école inadaptée, la lutte de plus en plus acharnée contre le travail des clandestins et les multiples interventions publiques, tout est mis en oeuvre pour bloquer l'accès au travail à ces nouveaux arrivants, pour les enfermer dans la précarité et la dépendance. Lorsque des familles en situation difficiles voient arriver des populations étrangères aidées, difficile d'éviter le ressentiment. Surtout quand le poids des aides à ces nouveaux arrivants grimpe : sécu, logement, école pour les enfants, aide sociale. Evidemment, ces sommes financées par l'impôts peuvent être vues comme un investissement dans l'avenir, les familles rejoignant naturellement les forces vives du pays et devenant à leur tour des contributeurs au système. Pourtant, ce n'est pas si simple ni si facile.

 

Ces motifs obligent hélas notre pays à freiner les flux d'individus qui viennent s'installer sur le territoire national. En attendant que notre croissance reparte, libérée de ses boulets actuels. Est-ce une raison pour en faire autant ? Pourquoi multiplier les signes d'un repli identitaire nauséabond ? Si nombre de libéraux avouent leur écoeurement devant cette tendance de la majorité, je constate que des Sarkozystes historiques commencent aussi à avoir du mal. Ainsi ai-je été heureux de lire sous la plume de koztoujours :

Je n’ai pas voté pour Nicolas Sarkozy en raison de sa politique d’immigration. J’ai voté pour lui malgré certains propos.

[...]

Je refuse un certain angélisme sur le sujet, j’admets que l’on puisse souhaiter réguler l’immigration, ne fais pas de bonds à l’évocation d’une “immigration choisie“, et ne suis pas choqué par principe par les reconduites à la frontière… mais ne ressens pas spécialement l’urgence qu’il y a à consacrer tant d’énergie à la question.

Et il y a certaines “convictions” auxquelles je commence à être profondément lassé de me trouver, même très indirectement, associé.

 

Il serait temps que cette prise de conscience finisse en pression réelle sur cette majorité élue. Libérons rapidement la croissance, laissons l'emploi repartir, mais ne faisons pas de la vie humaine un enjeu électoraliste. les premiers coupables de ces difficultés (que je ne nie pas), ce sont les politiques qui ont mis en oeuvre une politique collectiviste depuis des décennies. Il devient urgent de mettre en oeuvre les grandes réformes libérales qui ont transformé tant de pays dans le monde !

mercredi, 19 septembre 2007

Sarkozy à l'assaut de la fonction publique

A Nantes, Nicolas Sarkozy est passé à la vitesse supérieure en recentrant ses réformes. Son discours, d'un classicisme impeccable, a mis sur la table des éléments lourds et structurants de l'aspect le plus libéral de son plan de route : la réfome de la fonction publique. Son plan "service public 2012" évoque un "nouveau pacte entre fonctionnaires et citoyens". En précisant vite sa pensée : opposé à "notre gestion par corps, à notre gestion cloisonnée", il demande la mise en place d'un "droit à la mobilité reconnu pour chaque fonctionnaire de France". Soit, plus précisément, l'individualisation des carrières, l'accès à la formation continue et, surtout, le choix "entre le statut de fonctionnaire ou un contrat de droit privé négocié de gré à gré". Sous-entendu implicite : abolition des concours comme mode de recrutement. Il fallait oser. Il l'a fait. Bravo pour cette audace. Certes, j'aurais préféré un acte plus radical, mais je suis déjà positivement surpris par cette attaque en règle de l'immobilisme ancien prôné par nos syndicats hélas aussi minoritaires que conservateurs.

 

En cherchant à introduire une "culture du résultat" dans la fonction publique, il ouvre la voie à une véritable révolution des mentalités. Suggérant "que l'on abandonne la composition strictement paritaire des instances de dialogue social" de la fonction publique, "comme on l'a fait dans la fonction publique hospitalière", il souhaite que la rémunération des agents, comme les carrières, ne dépendent plus de commissions paritaires bloquées par des "partenaires sociaux" qui n'ont de représentatifs que le titre. Autre révolution.

 

"Dans la fonction publique aussi, on doit gagner plus quand on travaille plus", a lancé le président pour qu'on étende l'application de la loi sur les heures supplémentaires aux fonctionnaires. Cette mesure permettrait, selon lui, d'ouvrir les guichets le samedi ou de faire encadrer les enfants après la fin de la classe par des enseignants. Encore une révolution.


Maintenant que le débat est lancé, les tabous ont des chances de tomber. Les syndicats tenteront de bloquer les avancées obtenues dans l'opinion par cette audace réformatrice. Mais sans doute sans réel effet. Grâce au travail d'associations comme Contribuables Associés ou Liberté Chérie, les mentalités sont de plus en plus acquises à ces changements. Observons la réaction des syndicats, pour le moment tétanisés, et soyons vigilants pour que cette percée aboutisse et ne donne pas lieu à une reculade comme, en son temps, le duo Juppé-Chirac. C'est le moment de nous battre pour que, le plus rapidement possible, le statut de la fonction publique disparaisse de notre pays comme il l'a fait partout ailleurs. Les employés de l'Etat y sont très satisfaits et l'Etat y fonctionne toujours un peu mieux au terme de pareille réforme.