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jeudi, 15 juillet 2010
Méfiez-vous du petit personnel
Ou comment un majordome attristé par les abus dont est victime sa patronne est en train de faire s'effondrer tout un système.
A défaut d'aboutir un jour au pénal (pour des raisons techniques et juridiques et certainement pas politiques, pour ceux qui auraient des doutes), tout ce qui découle de son malheureux enregistrement autorise même les plus innocents des Français à penser que 100 % de la classe politique est corrompue. Ils n'ont pas tort. Pour commencer, un immense bravo à Me Metzner qui est à l'origine de ce feu d'artifice ! Prêt à faire tomber la Ripoublique pour gagner une affaire, ça c'est de l'avocat comme on les aime, acharné, digne des plus grands films d'Hollywood. Et tant pis pour cette journaliste du Monde qui ne doit plus dormir davoir laissé passer ce scoop au profit de Médiapart et Plenel.
Chaque jour apporte son lot de perquisitions, de découvertes, de rebonds et de gardes à vue. Ce qui est très étrange,dans cette affaire, c'est qu'habituellement en France, dés qu'on dépense des grosses sommes d'argent, des très grosses sommes je veux dire, du genre 100.000 euros, c'est de l'argent de poche, eh bien c'est interdit, contrôlé, déclaré, surveillé, encadré, taxé et réglementé. Le cash est interdit, les virements sont déclarés par la banque, le fisc ausculte chaque liasse de billet, chaque montant à 6 zéros et plus. Et là, personne n'est au courant de rien et on découvre une île aux Seychelles, des comptes en Suisse et des mallettes hebdomadaires par dizaines de milliers d'euros chacune. D'un certain côté, c'est rassurant, ça prouve qu'on est pas si pisté que ça. En même temps, les éléments de l'affaire donnent à penser que nous n'avons pas affaire à un angle mort fiscal par hasard. Si le fisc ne s'est pas penché sur les affaires de Bettencourt comme il se penche sur les nôtres, il y a peut-être une raison. Certes, personne ne veut qu'elle s'en aille payer ses impôts (qui se comptent en centaines de millions d'euros sur 10 ans malgré le bouclier fiscal) ailleurs (alors que nous ...). Mais les 3 rendez-vous obtenus par Patrice de Maistre auprès d'Eric Woerth montrent bien que le ministre entretenait une relation particulière avec ce "dossier".
Ce n'est pas un hasard si Eric Woerth a demandé seul, contrairement à ce qu'il avait affirmé au départ, que l'employeur de sa femme, Patrice, (accessoirement également porteur de valises pour les pontes de l'UMP dont il était trésorier) reçoive une décoration digne des services qu'il rendait à la collectivité, tout au moins à l'UMP... et au parti d'Eric Woerth (en parfaite légalité, ce qui prouve bien que nos politiques n'avaient pas la tête ailleurs lorsqu'ils se sont autoamnistiés et ont commencé à encadrer strictement le financement de la vie politique sans pour autant se priver des mallettes à l'ancienne). Le discours de Woerth, cité par le Canard Enchainé de cette semaine, vaut ses 1.20 euros. Le ministre félicite en des termes on ne peut plus chaleureux le patron qui, dans le même temps, trouve sa femme sans aucun intérêt sur le plan professionnel (toujours selon les eregistrements de majordome). Etc.
En tirant le fil, la pelotte se déroule autour du couple Woerth : France Galop (vive les jeux en ligne cadrés sur mesure pour avantager certains acteurs amis), la société des courses de Compiègne (vive l'hippodrome acquis une bouchée de pain) et Hermès (où cette femme sans réelles compétences à écouter son employeur, est membre du conseil) sont les amis de Florence Woerth, l'épouse du ministre, et sans doute du ministre et trésorier de l'UMP son époux. (mais après tout, Laurent Wauquiez fait pareil à Londres, la double casquette lui sied bien) A tel point qu'Eric Woerth a fait vendre par l'Etat, de sa blanche main, l'hippodrome, son terrain de golf et ses installation à cette dernière société pour un montant dérisoire qui ferait saliver n'importe quel investisseur sensé. Dorénavant, tous les actes du maire de Chantilly, et ministre intouchable (trésorier de l'UMP, vous imaginez) accessoirement, mais aussi de sa femme qui a cherché à travailler pour le Crédit Suisse (après l'utilisation frauduleuse de bases de données volées par Eric Woerth, le parcours d'embauche a dû traverser des moments difficiles auprès de la DRH de Crédit Suisse) vont être décortiqués, analysés et mis sur la place publique.
Et quoi qu'on pense d'Eric Woerth, de sa gueule d'ange, ce qu'on sort sur son dossier n'est pas propre propre. La comptable Claire T, hyper angoissée (au point de s'expatrier dans le sud chez ses parents pour fuir la pression des paparazzis), avance le plus innocemment du monde que sa patronne et feu son mari distribuaient des enveloppes à tout le monde politique sans se rendre compte de l'impact de ses déclarations (alors là, Me Metzner, encore bravo ! Un usage aussi performant des témoins, c'est historique, tout ça pour mettre Lilianne sous tutelle et récupérér l'héritage pour la fille !). Bon, personne ne suit plus à ce stade. Sachez tout de même que le majordome viré sous pression du méfiant de Maistre a reçu 200.000 euros d'indemnités de Lilianne, et Claire T. 500.000 euros. Et Patrice de Maistre, grand ami de Claire la comptable (qui avait les clefs du coffre qu'il lorgnait) 5 millions (il ne touchait que 2 millions par an hors avantages en nature du type voilier de 21 mètres, le pauvre, contre seulement 180.000 euros pour Florence Woerth, l'épouse du ministre). Même Dallas n'avait pas osé inventer un scénario aussi fou. Alors que Claire T. change un peu les détails de son témoignage (sans bouleversement non plus, mais on imagine la pression lors d'interrogatoires inattendus en pleine nuit), permettant de douter de l'ensemble, voilà que les autres domestiques de Lilianne s'y mettent aussi et confirment ses propos. Lilianne ne sait plus où donner ce qui lui reste de tête. Nous non plus. Bannier, en garde à vue, doit se marrer de voir tout l'édifice s'effriter. Pour un artiste photographe, terminer sur un happening pareil !
Non, on ne peut vraiment pas se fier au petit personnel.
21:30 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : eric florence woerth, lilianne bettancourt, claire t thibout, majordome, financement des partis, laurent wauquiez |
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Commentaires
Tout cela me fait penser aux lois sur la prostitution, tolérée en France, sauf que le proxénétisme et le racolage sont interdits.
Vous avez le droit de travailler, à condition de ne pas attirer les clients et de ne pas avoir de patron !
Les grands partis sont comme de grosses entreprises qui devraient vivre avec les moyens d'une assoc. de quartier.
En attendant, il n'y a que des ragots dans ce que tu rapportes Aurélien, et on ne peut déboulonner Woerth sur cette base. "Témoignages" de gens à qui "on ne la fait pas" mais qui n'ont pas vu l'ombre d'un euro passer de la main de Bettencourt et associés à un politicien.
On a poussé au suicide des gens sur la base de racontards dans le passé (rappelons-nous Salengro). Cela devrait inciter à la modestie.
Écrit par : Emmanuel | vendredi, 16 juillet 2010
En politique, c'est l'inverse de la prostitution : le proxénétisme et le racolage sont encouragés. Laurent Worth et Eric Wauquiez...pardon, Eric Woerth et Laurent Wauquiez portent plusieurs casquettes : tantôt ministre (aux frais remboursés, aux médailles généreuses et aux attentions sur mesure), tantôt leveur de fonds.
Écrit par : Aurelien | vendredi, 16 juillet 2010
On nage en pleine hypocrisie. Admettons que l'UMP ait sa bettencourt, je vis dans un département où le PS est au pouvoir (ville-préfecture, région et département).
Je connais des fonctionnaires qui ne foutent rien de leur journée mais qui sont protégés parce qu'à l'occasion des élections, ils "lèvent" des milliers d'électeurs grâce à leur travail associatif. Je connais des bénévoles d'association de foot qui obtiennent des subventions pour leur club parce qu'ils s'occupent des gosses de l'adjoint au maire.
Et je ne parle pas des entreprises du BTP, dirigés par des patrons libéraux et très socialistes.
Dans cette affaire, les petits savent aussi bien se débrouiller que les gros. "Droite...gauche..centre..." comme disait Céline.
cela n'enlève rien au fait que les rumeurs, les "tout le monde sait" ne tiennent pas dans un état de droit. Imaginons que Woerth soit totalement innocent : on n'a pas le droit de jeter son honneur aux chiens, comme dirait l'autre.
Écrit par : Emmanuel | vendredi, 16 juillet 2010
Les soupçons, lorsqu'ils sont suffisamment forts, suffisent à discréditer un ministre. Laurent Wauquiez devrait démissionner immédiatement dans une démocratie anglo-saxonne ou scandinave. Eric Woerth a largement mélangé les genres : vente de l'hippodrome à des amis, sans appel d'offre et à un prix défiant toute concurrence. Sa femme baigne dans le milieu des paris sportifs, son intervention auprès de Patrice de Maistre pour la conseiller, puis l'embaucher à un salaire de 200.000 euros (mention manuscrite sur demande de Woerth selon de Maistre) n'est pas saine. Son travail de levée de fonds auprès de gros contribuables surveillés par Bercy alors qu'il est ministre du budget (et voit de Maistre trois fois à sa demande), n'est pas non plus très propre. Tous ces éléments s'agrègent et aboutissent à une solution : la démission. Tant pis pour la réforme des retraites qui trouvera un autre négociateur (Chatel, Bertrand ou un autre).
Beaucoup de pays ont une démocratie nettement plus propre que la nôtre, alors faisons le ménage et instaurons de vraies sanctions dissuasives : inéligibilité à vie lorsque des fraudes importantes pour financer un parti ou une campagne sont avérées par exemple. Mettons fin au cumul des mandats, modifiions la loi de financement des partis.
Écrit par : Aurelien | samedi, 17 juillet 2010
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