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lundi, 21 juin 2010

Équipe de France en grève : cantique de la racaille

Sud.jpgBien que non amateur de foot, il m'est difficile d’échapper à l’implosion en direct de l’équipe de France.  On ne voit que ça, on ne parle que de ça. La création du parti de DDV, les propositions d’Eric Woerth sur les retraites et même l’affaire Bettencourt sont passées à la trappe. Le pays pourrait annoncer un défaut de paiement, personne ne tiquerait. Si nos Bleus ne sont pas des champions du jeu de pied, ils ont des talents multiples : ils excellent au jeu de main, ce qui leur a valu une sélection douteuse à la coupe du Monde, ils sont très bons en coups de boule (surtout en finale). Nous venons de découvrir un talent caché de l’équipe de France, dans un domaine inattendu sur la scène sportive, mais dans lequel nos performances font rêver le monde entier : la grève. Le club des millionnaires qui font grève est né.

Si Rama Yade n’avait pas claqué 45.000 euros aux frais du contribuable pour faire un petit tour solo en Afrique du Sud, l'impertinence de sa critique des Bleus aurait pris tout son sens rétrospectivement. Mais après tout, elle est comme les bleus : elle n’a aucun sens du travail en équipe, elle joue tout solo et fait la gueule à tout le monde. Dans les sondages, cette fière arrogance dégoulinante de démagogie reste au sommet. La France va décidément bien mal. Au vu des matchs de l'Italie, de l'Espagne et même de l'Allemagne, l'Europe n'est pas en grande forme non plus. Vivement les plans d'austerité.

Domenech est-il responsable ? Me rappelant les attaques contre Aimé Jacquet avant 1998, je trouvais jusqu’ici excessives les critiques à son encontre. Mais en l’entendant se faire le porte-parole des quelques voyous qui ont mené l’ensemble de l’équipe des bleus à l’effondrement… et à la grève, et accuser celui qui a dénoncé les insultes d’Anelka plutôt que le comportement condamnable de ce joueur, je me rends compte qu’il n’était pas de taille pour construire un projet collectif. Mon observation de profane m'incite à penser que quelques caïds sont parvenus à imposer leur loi pendant plusieurs années à une fédération, à leur entraîneur, et aux coéquipiers qui s’affichaient trop respectueux des règles. Raymond Domenech n’avait l’autorité pour  faire respecter des règles de fonctionnement interne et instaurer un esprit d’équipe. Il était à l’image de cette fédération de foot, faible devant les stars et l’importance des sommes en jeu dans le sport de haut niveau.

La marchandisation du foot n’est pas pour autant en cause. D'abord elle répond aux attentes de centaines de millions d’amateurs dans le monde qui veulent que les meilleurs talents leur assurent un spectacle d'exception. D'un certain point de vue, le spectacle des Bleus vaut son pesant d'or. Ensuite, d’autres pays, ainsi que de nombreux clubs privés, sont confrontés à la même pression de stars excessivement bien rémunérées. On n’y retrouve pas pour autant la décadence du foot français des dernières années. Il faut l'admettre : la faute incombe aux autorités footballistiques françaises. A lire les témoignages, elles n’avaient ni le talent, ni la volonté d’obtenir l’excellence collective de ces joueurs de haut niveau. Lorsque l’autorité baisse les bras devant toutes les « incivilités » qui ont rongé et détruit le lien qui aurait dû unir ces joueurs, on obtient ce désastre. C’est vrai sur la pelouse comme sur le bitume.

Espérons qu’une nouvelle fédération saura restaurer les valeurs de respect, de discipline dans l’effort, et relever le niveau d’exigence et de résultats. Ce sont les conditions pour que les futurs joueurs de l’équipe de France retrouvent le sens du collectif.

Mais jusqu’à mardi soir, tout n’est pas perdu. Rappelons-nous que la France est un pays qui a déjà vécu des miracles.

Trackbacks

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Commentaires


"marchandisation" ; les joueurs sont ils payés lorsqu'ils jouent en équipe de france ?

Écrit par : Patrice Legoux | lundi, 21 juin 2010


combien coute le sejour de Roselyne Bachelot ?

Écrit par : Le Parisien Liberal | mardi, 22 juin 2010


Le comportement des joueurs de foot fait étrangement penser à celui des traders : des stars qui vivent dans un monde irréel et qui ont oublié leur "métier" de base avec l'éthique et les compétences techniques de base qui vont avec.
Faut-il en conclure que la marchandisation du sport est en cause ? Comme pour la crise financière, ce serait trop facile. On peut quand même s'interroger.

On a fait de gamins des banlieues de 23 ans des millionnaires et des stars, et on veut en plus qu'ils gardent la tête froide. Avec leur argent, Anelka et ses camarades ont beau jeu de dire : "on est les rois du monde, on vous em... tous".

La marchandisation du foot, ce sont ces gamins qui bavent devant les cartes panini ou autres maillots, rêvent des voitures des joueurs de ligue 1 mais s'ennuient quand ils regardent un vrai match : triomphe du superficiel. Ils aiment tout, sauf le foot.

Le problème, c'est que si on veut des sportifs de haut niveau, il faut beaucoup d'argent. Y a -t-il une alternative à la marchandisation ? Les pouvoirs publics peuvent tout prendre en charge, comme en Corée du Nord. Mais l'Etat n'a plus les moyens d'assurer ses missions de base, il est surendetté. De plus, si l'Etat décide, le sport devient l'otage de la politique. Et ce sont les politiques qui décideront quels sports privilégier (pourquoi le foot et pas le hand ? au nom de quoi ?)

Alors, quelle est la solution ? Modestement, Michel Platini propose un fair-play, notamment financier (limiter les salaires des joueurs, interdire l'endettement excessif des clubs, obliger les clubs à embaucher au moins la moitié des joueurs dans leur pays, etc...), bref il propose d'instaurer une vraie régulation.

Je suppose que sur ce blog, proposer des règles contraignantes, c'est le premier pas vers la soviétisation. Mais qu'on le veuille ou non, il ne suffit pas de dire que Domenech et les patrons de la FFF sont nuls, comme il ne suffit pas de dire que les traders sont nuls.
C'est un système qui va mal, et qu'il faut changer.

Écrit par : Emmanuel | mardi, 22 juin 2010


Je dirai même plus, combien coûte Roselyne Bachelot? :D Et tous les autres? Combien coûte un Sarko à la France? :D

@ Patrice Legoux

Si je ne dis pas de bêtises, oui les joueurs sont payés lorsqu'ils jouent en équipe de France, mais les montants sont bien loin de leur salaire en club.

Écrit par : Mateo | mardi, 22 juin 2010


Emmanuel, je connais des personnes aux revenus faibles qui ont oublié les principes de base de leur métier et son éthique, et traitent autrui de manière insupportable. L'argent ne change pas grand chose à l'affaire.

Ces joueurs agissent comme tout le monde : ils tirent sur la corde et testent l'autorité. Etrangement, les clubs privés gèrent parfaitement ce rapport et voient rarement s'installer ce genre de comportement incivique.

La vraie question, comme dans les banques (où les traders, dans leur ensemble, sont loin d'être ces caricatures arrogantes et déconnectées de la réalité), c'est l'encadrement et la culture d'entreprise. Ca commence au niveau de l'équipe, ça s'étend au service puis jusqu'à la marque défendue, fut-elle la France.

Aujourd'hui, nous savons que la fédé n'a pas fait ce boulot, pas plus que Domenech qui a même cautionné implicitement le comportement de voyou des 3 ou 4 meneurs.

Écrit par : Aurelien | mardi, 22 juin 2010


"les clubs privés gèrent parfaitement ce rapport et voient rarement s'installer ce genre de comportement incivique".
Les clubs privés sont devenus des entreprises comme les autres. Pour exister dans un monde concurrentiel, ils s'endettent trop et donnent à leurs joueurs des salaires sans rapport avec la réalité.

Reims, Lens, Saint-Etienne furent naguère en tête du classement de ligue 1 parce que les habitants de ces villes aimaient vraiment le foot. Le foot était une affaire de tripe et de patriotisme. Jouer à lens, c'était faire partie d'un collectif, appartenir à un groupe, être capable d'oublier son ego. On était avant tout joueur de Lens, Saint-Etienne ou Reims. Le même raisonnement valait pour les nations.

Aujourd'hui, un "bon" club c'est un club qui peut aligner des sommes faramineuses (quitte à s'endetter plus que de raison) pour se payer les meilleurs joueurs. Ce n'est plus qu'un business.

Mais je suis peu-être ringard. Aurélien, vous semblez expliquer que les dirigeants des clubs privés sont plus compétents que les quasi-fonctionnaires de la FFF.

Alors, que faire ? Privatiser la FFF ? Mais il faut alors aller jusqu'au bout et privatiser l'équipe de France (ou mieux la dissoudre), décreter que les équipes nationales-étatiques, héritage du passé, n'ont plus lieu d'être. Il faut aussi en finir avec les clubs amateurs subventionnés (quelle horreur) par les communes, et tant pis pour les gamins qui n'auront pas le bon goût d'être sélectionnés par les pros. Le foot doit être rentable ou ne pas être.

Écrit par : Emmanuel | mardi, 22 juin 2010


Comme tu l'indiques, des petits clubs parviennent à des résultats étonannants, portés par la passion du foot et un haut niveau d'exigence. Mais ces clubs n'ont pas la régularité des grands clubs qui ont les moyens de capter les meilleurs talents, tant les joueurs que ceux qui les entrainent et les encadrent.

Vu le nombre de licenciés et de pratiquants, ce sport reste un sport de passion populaire. On y trouve du plaisir à tous les niveaux, et c'est sans doute ce qui accroit l'appréciation du niveau des grandes équipes.

Je ne dis pas qu'une fédé est forcément moins performante qu'un club, mais que la fédé française n'est pas au niveau et qu'elle porte une grande responsabilité dans la situation actuelle. Je ne connais pas son fonctionnement, mais qu'elle soit publique ou privée, ceux à qui elle rend des comptes auraient dû agir beaucoup plus tôt. Par exemple en exigeant qu'il ne cède pas aux lubies des joueurs, en lui demandant d'exiger des joueurs le respect de l'autorité et des règles. Ca parait élémentaire, et l'argent n'a rien à voir là-dedans, ni la structure. Nous sommes dans la gouvernance de la fédé.

Écrit par : Aurelien | mardi, 22 juin 2010


D'accord avec toi, l'argent n'est pas la cause de tous les maux. Il me semble quand même qu'on a dépassé les bornes. La question est de savoir s'il faut établir un minimum de règles ou non.

Des anciens comme Platini ou Rocheteau ne cessent de dire que l'esprit d'équipe n'existe plus dans le foot. Peut-on croire que le système n'a pas sa part de responsabilité ?

Écrit par : Emmanuel | mardi, 22 juin 2010


Les règles sont inhérentes à toute vie sociale. Nous assistons effectivement ici à une absence de règles, ou du moins au non respect de ces règles du sommet à la base.

Les règles ont longtemps existé sans être écrites, et les grands théoriciens du Droit distinguent la régulation et réglementation. Je suppose que tu veux parler de la première. Dire "il faut plus de règles" veut tout dire et rien dire. Déjà, les faire respecter serait un grand pas en avant.

Écrit par : Aurelien | mardi, 22 juin 2010


Empêcher les clubs de s'endetter à des niveaux inimaginables (reste à fixer ce niveau), plafonner les salaires des joueurs (de façon arbitraire, certes), obliger les clubs à faire jouer la moitié au moins de nationaux : voilà pour les règles.

Je ne sais pas si c'est réguler ou réglementer (je sais que les libéraux sont chatouilleux sur cette question). Mais c'est poser des limites.

Écrit par : Emmanuel | mardi, 22 juin 2010


@ Emmanuel

"Empêcher les clubs de s'endetter à des niveaux inimaginables"

Pour l'endettement, c'est déjà le cas en France, bien plus qu'à l'étranger (la sanction étant la relégation administrative en division inférieure, voire le dépôt de bilan).

"obliger les clubs à faire jouer la moitié au moins de nationaux : voilà pour les règles."

Heu... C'est non seulement liberticide (l'état n'a pas à dire qui l'entraîneur doit faire jouer et qui il ne doit pas faire jouer, c'est quoi cet esprit dictatorial?), mais également inefficace (l'entraîneur est quand même plus à même de choisir ses joueurs que l'état!).


D'autre part, je remarque que les joueurs sont beaucoup mieux payés à l'étranger (Espagne, Angleterre, notamment) et qu'en même temps le niveau est largement meilleur et qu'on n'entend pas ce genre d'histoires.

Écrit par : Mateo | mardi, 22 juin 2010


"Pour l'endettement, c'est déjà le cas en France" et le résultat et que la France n'a pas de clubs de dimension européenne (Lyon est un nain financier par rapport à Madrid).
Ce pourrait être un prétexte à encore moins de règles, ou au contraire à de nouvelles règles, mais internationales celles-là.

"l'état n'a pas à dire qui l'entraîneur doit faire jouer". Je sais, l'Etat ne doit jamais rien imposer. Il m'arrive souvent d'être d'accord avec ce leitmotiv libéral, sauf quand il devient obsessionnel. Et puis soyons logiques, on demande aux pouvoirs publics de financer des stades de sport pour l'euro 2016, le foot compte donc sur la manne publique. En échange, il est normal que les pouvoirs publics imposent des règles.

"les joueurs sont beaucoup mieux payés à l'étranger". C'est vrai, c'est pourquoi nos meilleurs joueurs s'en vont à l'étranger, parce que les clubs français sont pingres. Anelka désormais célèbre l'a dit clairement : je quitte la France parce qu'à Londres, on me paie mieux et ma carrière de footballeur bien payé à Londres compte plus que l'équipe de France, dont je n'ai pas besoin. CQFD.

Écrit par : Emmanuel | mardi, 22 juin 2010


Oui mais Anelka ne s'est il pas fait connaître à travers l'équipe de France ?
Ne doit il pas toute sa formation aux structures du pays ?
Ne doivent ils pas tous une partie de leur fortune à ce qu'ils méprisent ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anelka

Écrit par : Stupido | mardi, 22 juin 2010


"Ne doivent ils pas tous une partie de leur fortune à ce qu'ils méprisent ?"
J'allais vous le dire, stupido.

Écrit par : Emmanuel | samedi, 26 juin 2010


Cette coupe du monde 2010 est un désastre pour le football français ! C'est un énorme fiasco où les joueurs ont la plus grande part de responsabilité à mon sens. Mais voyons les points positifs : A défaut d'animation sur le terrain de jeu, il y en a eu à l'exterieur ! De plus, au moins cette cacophonie va permettre de faire le grand ménage au sein des institutions du foot français.

Écrit par : Jogos vestir | mercredi, 30 juin 2010


Stupido c'est parce que je n'ai aucune qualification pour écrire, mais je peux pas m'en empêcher parfois..
Alors j'y connais rien au foot mais si c'est dans la veine de la moralisation du capitalisme ça devrait pas mieux finir, le "Grand ménage".
Remarque j'y connais rien non plus en finance, si ça tombe tout va bien..

Je parierais bien un bouton de culotte que les futures instances chercheront à assurer des rentrées d'argent égales à celles de leurs prédécesseurs, si ce n'est plus, avec des méthodes tout aussi modernes, si ce n'est plus ...

Écrit par : Stupido | vendredi, 02 juillet 2010

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