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vendredi, 13 novembre 2009

La France n'est pas l'UMP, monsieur Raoult

Je ne connais pas Marie Ndiaye, prix Goncourt cette année. Je ne connais pas son livre et ne partage peut-être pas ses convictions politiques. Un première interview dans les Inrocks, l'été dernier, précédait sans le savoir le débat houleux sur l'identité nationale, en évoquant brièvement le sentiment de décalage étrange provenant de sa culture française et de ses racines africaines :

J’ai été élevée dans un univers 100 % français. Dans ma vie, l’origine africaine n’a pas vraiment de sens – sinon qu’on le sait à cause de mon nom et de la couleur de ma peau. Bien sûr, le fait d’avoir écrit des histoires où l’Afrique est présente peut paraître contradictoire. Je suis allée deux ou trois fois en Afrique, c’est un lieu qui m’intrigue, me fascine aussi, car je sens que j’y suis radicalement étrangère. Quand j’y suis et que les gens voient mon nom et la couleur de ma peau, ils pensent que je suis des leurs. Or, par mon histoire, c’est faux. J’ai souvent rencontré des Français qui ont été élevés en Afrique et qui sont plus africains que moi. Alors qu’eux, en Afrique, dans le regard des autres, ils restent étrangers… Ironiquement, c’est en France que je peux paraître étrangère.

 

Ce n’est pas ce qu’a retenu Eric Raoult, qu’on n’a pas encore entendu sur l’identité nationale. Il a surtout saisi l’opportunité de lancer une polémique bien droitière, considérant comme à l’UMP que les Français doivent tous marcher sur un seul rang, doigt sur la couture, au sacrifice de la liberté d’expression…et parfois de l’intelligence. Bref, Eric Raoult a donc choisi de rebondir sur ce passage de l’interview qui, je le rappelle, date…du mois d’août dernier peu après la remise du prix Goncourt à l’écrivain :

Question : "Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ? "

Réponse de Marie Ndiaye : "Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. "

 

Qu’on partage ou non son propos, rien ne permet à quiconque d’exiger de cette femme un prétendu « devoir de réserve »  (non pas "dû aux", mais "dû par" la lauréate") qui concerne (parait-il) les fonctionnaires (pas les derniers à attaquer gouvernements et élus de la nation). Débattre avec elle sur ce point, certainement. Vouloir la faire marcher au pas n'est pas digne d'une démocratie libérale. Ce que Raoult a du mal à comprendre, c'est que la France n’est pas l’UMP. Les Français ne sont pas les militants obéissants de l’UMP qui agitent les petits fanions à l’effigie de Sarkozy lorsqu’on le leur demande, qui mordent par réflexe ceux qui s'attaquent à leur idole. Le droit d’afficher une position critique est fondamental, il faut le défendre, même lorsque les propos nous déplaisent.


Certes, Marie Ndiaye n'aime pas la droite, et particulièrement la droite française. Et si "Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. " Sur ce point, elle n'a pas entièrement tort. En tout cas, qu'Eric Raoult soit en profond désaccord avec elle ne justifie pas qu'il rappelle à notre lauréate un prétendu « devoir de réserve dû aux lauréats du Prix Goncour. » parce qu’une « Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions ». Rappelons que le prix Goncourt est privé, et qu'il promeut des talents littéraires libres de s'exprimer (à moins que soit instaurée une "maison des écrivains" comme dans les régimes communistes). Cette position est dangereuse pour une démocratie. Notre ministre de la culture, vif à défendre Polanski, s’est pour le moment montré réservé sur ce dossier. Que voulez-vous, la culture est une affaire d’Etat, en France, certainement pas de liberté.


Française de naissance et de culture, Marie Ndiaye finira peut-être avec la double nationalité franco-allemande, comme Cohn Bendit. Pourquoi ne pas plutôt intégrer sa réflexion nourrie au débat sur l'identité nationale, sans doute aussi sur celle de la France dans l'Europe ?

10:14 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : raoult, ndiaye, monstrueuse | | | Digg! Digg |  Facebook

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Commentaires


Quand les libéraux se déclarent de droite, ils sont un peu solidaires de cette dérive "droitière", non ? Ensuite, il faut assumer.

Écrit par : henri | vendredi, 13 novembre 2009


Eric Raoult ne fait que confirmer que, pour lui comme pour beaucoup dans son parti ou dans d'autres, être français se rattache à une idéologie politique et non à l'idée de Nation!
Pour lui, Marie Ndiaye trahit la France en n'épousant pas les idées de l'état actuel, tout comme les protestants cévénols trahissaient la France en contrevenant aux ordres du Roi sur l'exercice de la religion réformée. La France n'est pas l'UMP et la France n'appartient ni à Sarkozy, ni à Raoult, pas plus qu'elle n'a appartenu à Louis XIV, à Charles de Gaulle ou à Léon Blum

Soit dit en passant, les défenseurs de la liberté seraient fondées de demander la démission d'Eric Raoult pour avoir oser s'attaquer aussi frontalement et aussi impunément à la liberté d'expression! Petit à petit, on nous insuffle l'idée que la liberté d'expression doit être contenue, régulée, contrôlée. A propos des caricatures de Mahomet, Chirac avait dit que la liberté d'expression ne doit pas être une excuse pour heurter la sensibilité d'autrui. Raoult nous dit que la liberté d'expression ne doit pas être une liberté d'agression.

Moi, je dis que la sensibilité d'autrui et la liberté d'agression ne doivent pas devenir des prétextes pour entraver la liberté d'expression qui est indissociable de la liberté de conscience!

Écrit par : Tim | vendredi, 13 novembre 2009


Eric Raoult ne fait que confirmer que, pour lui comme pour beaucoup dans son parti ou dans d'autres, être français se rattache à une idéologie politique et non à l'idée de Nation!
Pour lui, Marie Ndiaye trahit la France en n'épousant pas les idées de l'état actuel, tout comme les protestants cévénols trahissaient la France en contrevenant aux ordres du Roi sur l'exercice de la religion réformée. La France n'est pas l'UMP et la France n'appartient ni à Sarkozy, ni à Raoult, pas plus qu'elle n'a appartenu à Louis XIV, à Charles de Gaulle ou à Léon Blum

Soit dit en passant, les défenseurs de la liberté seraient fondées de demander la démission d'Eric Raoult pour avoir oser s'attaquer aussi frontalement et aussi impunément à la liberté d'expression! Petit à petit, on nous insuffle l'idée que la liberté d'expression doit être contenue, régulée, contrôlée. A propos des caricatures de Mahomet, Chirac avait dit que la liberté d'expression ne doit pas être une excuse pour heurter la sensibilité d'autrui. Raoult nous dit que la liberté d'expression ne doit pas être une liberté d'agression.

Moi, je dis que la sensibilité d'autrui et la liberté d'agression ne doivent pas devenir des prétextes pour entraver la liberté d'expression qui est indissociable de la liberté de conscience!

Écrit par : Tim | vendredi, 13 novembre 2009


Alternative Libérale et le Parti démocrate libérale sont isssus du libéralisme pure et dure initié par la droite dure de Madelin que Bayrou a même qualifié un jour de "fasciste".

Le libéralisme n'est pas forcément un totalitarisme, mais il y a des exemples comme ceux de Reagan, Bush ou Tchatcher qui prouve que le libéralisme est tout de même une idéologie très autoritaire. Quand je vois le programme d'alternative libérale, beaucoup de leurs propositions sont aux anti-podes du progressisme et la social-démocratie. Leur sarkophobie de pacotille est très risible et la preuve qu'aux dernières européennes ils étaient très mal placé avec leur mini-score.

Fillias, Herold et Véron avec leur prétention j'ai les ai vu plusieurs fois dans leurs discours démagogiques et poujadistes n'ont aucune chance de remporter la timballe à moins qu'ils entrent à l'UMP devenu le parti hyper-populiste de tous les nouveaux petits rateliers entre autres.

Écrit par : Aurélien | vendredi, 13 novembre 2009


Les déclarations de Raoult et de Ndiaye sont aussi grotesques l'une que l'autre. A un détail près, toutefois.

Raoult veut imposer le devoir de réserve aux Goncourisés. Le devoir de réserve, c'est pour les fonctionnaires. Les écrivains, comme tous les "artisses" en France, sont des fonctionnaires, de leur propre aveu et selon leur propre revendication incessante : des moyens ! des subventions ! un ministère ! des privilèges ! des exemptions ! des taxes ! des impôts ! des locaux ! des postes ! du pognon ! du pognon ! du pognon !

Alors, quand un politicien fait mine de les prendre au mot et de les traiter pour ce qu'ils veulent être, faudrait pas trop qu'ils viennent nous casser les couilles, hein.

Écrit par : Robert Marchenoir | vendredi, 13 novembre 2009


@henri : au sein de la droite, les libéraux trouvent davantage de personnalités ouvertes à ce courant de pensée qu'à gauche. Et les thématiques économiques développées par les libéraux sont carrément inexistantes à gauche. C'est bien dommage, car l'observation nous montre que dans le monde, ce sont souvent des gouvernements de gauche, "travaillistes", qui ont mis en oeuvre les préceptes libéraux pour relancer l'ascenseur social, diminuer le chômage et la pauvreté. Mais en France, la gauche a malheureusement encore un train de retard.

@Tim : effectivement, c'est une idée. "Raoult, démission !", mais il faudrait ajouter Xavier Bertrand à la liste pour avoir signé un accord entre l'UMP et le Parti Communiste Chinois, et la liste serait vite longue.

@Aurélien N : j'accepte Reagan et Thatcher au sein de la famille des figures politiques libérales, mais certainement pas Bush. Lorsqu'un gouvernement souhaite faire sauter des privilèges, des corporatismes pour défendre les droits individuels, il se trouve vite confronté à des blocages violents. Soit il cède, et les castes se maintiennent en place avec leurs privilèges qui détruisent lentement le lien social et le dynamisme économique et culturel de notre pays, soit il respecte les électeurs qui l'ont porté au pouvoir et met en oeuvre ses promesses. Peut-être n'aimez-vous pas la démocratie ?

@ RM : pas faux pour certains segments du monde de la culture, par exemple les intermittents bruyants. Mais franchement, pas les écrivains. Les interventions de Marie NDiaye sur ses racines africaines et sa culture française m'ont rendu curieux. Je vais lire ses livres et tenter d'en savoir davantage sur elle.

Écrit par : Aurélien | samedi, 14 novembre 2009


Les libéraux existeront le jour où ils diront merde à l'UMP, or pour le moment vous êtes un collabo.

Écrit par : Aurélien | samedi, 14 novembre 2009


Merde à l'UMP !!

Écrit par : Jerome | samedi, 14 novembre 2009


Raoult est un idiot très inutile, enfin il peut servir comme bouffon.

@Aurélien libro veritas : vous vous renseignerer sur le libéralisme avant d'étaler vos remarques stupides en vous basant sur le programme d'un tout petit parti qui s'en réclame.

Écrit par : théo2toulouse | samedi, 14 novembre 2009


Ce serait quand même la moindre des choses qu'un commentateur intervenant sur le blog d'un nommé Aurélien prenne un autre pseudonyme qu'Aurélien, surtout si c'est pour lui rentrer dans le lard...

C'est bien beau de s'élever contre "les discriminations racistes, sexistes et handiphobes" (*), si c'est pour faire preuve d'un pareil manque de courtoisie envers les lecteurs du présent blog...
___

(*) Mon Dieu que ce mot est un abîme de stupidité à lui tout seul. Vous connaissez beaucoup de gens qui haïssent les handicapés, ou qui en ont peur ?

Écrit par : Robert Marchenoir | dimanche, 15 novembre 2009


"handiphobe", "homophobe" et même "biphobe". L'imagination sémantique n'a pas de limites...

Écrit par : emmanuel | lundi, 16 novembre 2009


Dans le Monde, ce rappel opportun :

Eric Raoult n'en est pas à son coup d'essai. Le 31 octobre, déjà, il avait justifié l'expulsion de Tunisie d'une journaliste du Monde, Florence Beaugé, sous le prétexte qu'il ne faut pas s'étonner "quand on fait de la provocation à l'égard du président Ben Ali", d'être "remis dans l'avion" à l'arrivée à Tunis. Eric Raoult, qui préside le groupe d'amitié France-Tunisie à l'Assemblée nationale, légitimait ainsi, selon Le Monde, "les attaques personnelles les plus farfelues et les plus ignobles, quotidiennement formulées dans la presse tunisienne" à l'encontre de la journaliste accusée tour à tour, d'être : "psychotique", "hystérique", "bonne pour la psychanalyse", "maléfique", et par-dessus le marché "idiote", sans compter, "c'est bien connu, volage"...

Écrit par : henri | lundi, 16 novembre 2009

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