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jeudi, 17 septembre 2009

Les syndicats instrumentaliseraient-ils les suicides en entreprise ?

Les derniers suicides chez France Telecom ont donné lieu à une vague d'indignation. Le président du groupe a même été convoqué à Matignon. Ces drames terribles concernent tous les Français. Mais sont-ils plus fréquents dans cette entreprise si on ramène ce taux de détresse extrême au taux national, hélas l'un des plus élevés au monde ? Quelles peuvent être les raisons de cette exception française ? Avant de mettre en cause la concurrence, le capitalisme et le mauvais management des entreprises concernées, ne faut-il pas être un peu prudent avec ce sujet douloureux ?

 

Les chiffres sont clairs : en 18 mois, 23 suicides pour 100.000 salariés en France, soit un triste taux de 1,53 pour  10.000 en rythme annuel. Rappelons que 160.000 personnes tentent de mettre fin à leurs jours, plus de 10.000 y parviennent chaque année, dont les (un peu moins de) 16 salariés de France Telecom (au pro rata temporis). En 30 ans, le taux de suicide a fortement augmenté dans notre pays : il 1,60 pour 10 000 habitants en 2006 (après un pic de 2.53 pour 10.000 en 1985 en plein bonheur socialiste), soit sensiblement plus que le seul segment des 100.000 salariés qui travaillent chez France Telecom. 

 

La France reste en 2006 l’un des pays européens où la mortalité par suicide est la plus forte

Au-delà du sondage anecdotique que chacun de nous peut faire autour de lui, il semble bien qu'une grande partie des Français est directement concernée : l'Union Nationale pour la Prévention du Suicide avait réalisé un sondage avec la Sofres en 2000. Celui-ci révèlait que  35 % des français avaient connu la mort par suicide d'un proche. Pour 18 % il s'agissait d'un membre de leur famille et pour 5 % d'un parent proche (père, mère, frère, soeur ou enfant). Le calcul suivant est inquiétant : "Pour les 25-34 ans, les suicides constituent la première cause de mortalité pour les hommes et la deuxième pour les femmes". Un tiers des morts violentes sont des suicides en France.

 

Bref, le coup asséné à France Telecom constitue une manipulation de l'opinion, et il est dommage qu'aucun média, ni aucun membre du gouvernement ne se soit posé la question. La question du suicide dépasse très largement le cadre de l'entreprise, et particulièrement de cette entreprise-là. Parlons de la police et du monde enseignantbien isolés de l'affreux monde de la concurrence. En revanche, les raisons pour lesquelles le taux de suicide est aussi élevé en France, comparé aux pays occidentaux, devrait soulever un débat de société : notre modèle étatiste qui repose sur la sainte trinité transparence-contrôle-répression rend-elle vraiment les Français heureux ? Une démocratie avec un tel taux e suicide n'est-elle pas une d!mocratie malade ?

 

Un Français sur deux porte l'autre sur ses épaules

Comme le décrit bien Jacques Marseille dans "La guerre des deux France", la reditribution forcenée qui exige que la moitié du pays travaille pour faire vivre l'autre moitié n'implique-t-elle pas une pression excessive sur les actifs, pressés comme des citrons par les charges sociales, le fisc et les impôts ? Sans parler de l'impact des 35 heures qui a véritablement désorganisé le travail et poussé la productivité horaire de chaque salarié un cran plus haut ? Si les pays bien plus libéraux que le nôtre (ce n'est pas difficile) ne connaissent pas de taux de suicide proche du nôtre, ce n'est pas la concurrence ou le capitalisme mais  peut-être bien la pression de l'Etat qui explique ce mal-être général.

 

Un modèle éducatif qui ne laisse pas de place à l'estime de soi

Bien en amont, notre modèle scolaire, plutôt destiné à former des élites selon l'idéal républicain, reste fondé sur la dévalorisation et l'humiliation. Les jeunes arrivent déprimés à l'âge adulte, sans estime de soi et sans confiance en l'avenir. Pour les quelques uns qui parviennent à HEC, l'ESCP, Polytechnique ou l'ENA, combien de centaines de milliers de jeunes ressortent brisés de notre système scolaire ? Ne faudrait-il pas voir là les failles graves d'un système qui refuse de se remettre en cause et sacrifie ses citoyens captifs sur l'autel d'un idéal dépassé ?

 

Les syndicats ne devraient pas se laisser aller à de telles facilités. Instrumentaliser de tels drames humains à des fins idéologiques est malhonnête. En revanche, n'est-il pas temps de faire tomber ce tabou et de remettre à plat notre modèle social ?

 

Petite note : étrangement, le taux de suicide en Suisse dépasse le nôtre.

09:50 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : suicides, syndicats, violence, sociale | | | Digg! Digg |  Facebook

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Trackback par : 芸能ニュース | lundi, 28 septembre 2009

Commentaires


Sur BFM radio, l'analyse des experts invités, dans l'émission matinale des grand débats, allait dans le sens de ce billet.

Écrit par : Jules | jeudi, 17 septembre 2009


Quand tu parles des syndicats, tu parles du Medef, dont la présidente a affirmé que les suicides étaient dus aux 35h?

Écrit par : Jerry | jeudi, 17 septembre 2009


Face à l'assaut coordonné et médiatisé contre l'entreprise, le rôle du Medef est de montrer le caractère erroné des arguments mis en avant par les syndicats de salariés. Elle ne fait que reprendre l'analyse chiffrée et argumentée de Jacques Marseille et d'autres observateurs de la question.

Je ne sais pas ce qu'a dit Parisot précisément, et dans quel contexte. Les 35 heures ne sont pas la cause essentielle du taux de suicide en France, celui ayant culminé à des sommets bien avant. En revanche, tout ce qui contribue à accroître la productivité horaire des actifs va dans ce sens. Dans ce sens, les 35 heures n'ont pas amélioré les conditions de travail des salariés, bien au contraire.

Écrit par : Aurelien | jeudi, 17 septembre 2009


Je suis moyennement convaincu quand même là. Ce ne'est pas parce qu'on est libéral qu'on doit fermer les yeux sur certaines pratiques nauséabondes.

Que les statistiques soient cohérentes avec le reste de la population, soit.
Que des salariés du public aient du mal à s'adapter au privé, passe encore.

Mais qu'on occulte le fait qu'Orange fasse des mutations forcées et supprime des postes fixes pour des postes "fantômes sans envisager les éventuelles conséquences pour ses salariés, non. Il faut lire les géniales méthodes de management du personnel, http://www.marianne2.fr/France-Telecom-tous-ne-mourront-pas-mais-tous-seront-touches_a182113.html
Après les lettres des suicidés ou des tentatives, plus ces documents sur le management à Orange, on ne peux pas nier que ces suicides ont un lien direct avec l'environnement d etravail à Orange.

Écrit par : Bob | jeudi, 17 septembre 2009


Bob, je ne connais pas Orange et ne me permettrais pas de juger. Le droit du travail est ainsi fait qu'il est parfois tentant d'user un salarié et de le pousser à la démission plutôt que d'entrer dans la procédure coûteuse et incertaine du licenciement. C'est triste, cela pose la question de la "protection des salariés" sous un autre angle.

La Poste et l'Education Nationale traitent leurs fonctionnaires et vacataires de manière bien pire que ça. Et le taux de suicides dans certains secteurs de la fonction publique est alarmant. Cela ne fait pas tiquer les syndicats, visiblement. En tout cas, le management n'est jamais totalement hors de cause, tu as raison sur ce point.

Mais il faut savoir regarder un peu plus loin que le bout de son nez et regarder pourquoi les jeunes se suicident alors que la pression que connaissent des salariés vétérans ne les concernent pas encore. Réflechis un peu aux deux causes ce que je mets en avant.

Écrit par : Aurelien | jeudi, 17 septembre 2009


http://mondodingo.blogspot.com/2009/09/la-vie-des-autres.html

J'ai écrit un article comparable, mais je suis encore plus affirmatif que toi Aurélien. Je crois que personne n'ose prendre le problème du suicide par le bon bout et que tout le monde se voile la face. Et comme toujours dans ce genre de cas, on se tourne vers le usual suspect, le capitalisme.

Écrit par : Chitah | vendredi, 18 septembre 2009


Pour savoir si France Télécom est une entreprise particulièrement « suicidogène », il faut exclure les adolescents ou les retraités et se concentrer sur la population active. Et c'est là que les choses se compliquent.

A lire sur rue89 :
http://eco.rue89.com/2009/09/17/est-ce-quon-se-suicide-plus-a-france-telecom-quailleurs

Écrit par : argone | vendredi, 18 septembre 2009


Tout à fait d'accord avec l'article.


>> Pour les quelques uns qui parviennent à HEC, l'ESCP, Polytechnique ou l'ENA, combien de centaines de milliers de jeunes ressortent brisés de notre système scolaire ?

Et ceux qui ont réussi l'ENA, etc... sont persuadés qu'ils ont "réussi", qu'ils savent tout sur tout, alors que, comme nous tous, ils ne savent en fait pas grand chose.

Mais on les encense, on les installe aux plus hauts postes de l'Etat et ils nous emmerdent toute leur vie durant à multiplier les conneries. (Jospin, Juppé, Royal, Chirac, Hollande, Villepin, Guaino, Guéant, etc... la liste des crétins duement diplomés par l'Etat serait trop longue à établir).

Écrit par : Le Champ Libre | vendredi, 18 septembre 2009


75% des jeunes rêvant de devenir fonctionnaires, on comprend que ceux qui atterrissent dans le privé ne soient pas des plus heureux. C'est d'autant plus dur pour eux qu'ils arrivent dans un système qu'ils méprisent et qu'ils savent que d'autres sont bien au chaud dans leur administration. Les 2 France ne sont pas qu'économiques, elles sont aussi d'ordre psychologique et se vivre comme éternelle victime n'est pas des plus sain pour la jeunesse. L'Etat et ses administrations étouffent même ceux qui n'en font pas partie ! Désespérant....

Écrit par : lolik | vendredi, 18 septembre 2009


"Notre modèle scolaire, plutôt destiné à former des élites selon l'idéal républicain, reste fondé sur la dévalorisation et l'humiliation." (AV)

J'aimerais bien savoir sur quoi vous vous basez pour dire ça. Vous voulez dire : sur la dévalorisation et l'humiliation des professeurs par les élèves ?

Parce que pour ces derniers, "au centre du système" depuis des décennies, entretenus dans l'idée que le passage en classe supérieure et le baccalauréat sont un droit de l'homme, encouragés à découvrir le savoir "en partant de ce qu'ils connaissent" par les pédagogistes fous de l'Education nationale, baignant dans une société qui leur parle sans rire des "droits de l'enfant" au plus haut niveau politique, bombardés depuis leur plus jeune âge d'une propagande gauchiste qui leur apprend que, s'ils échouent, c'est la faute aux capitalistes et aux "dominants", la tête farcie de relativisme culturel au point que, arrivés à l'université devant un professeur qui leur dit : la vérité, cela existe, ils tombent des nues, franchement, je ne pense pas que l'humiliation soit leur premier problème.

Bien au contraire. Un peu plus d'humiliation leur ferait le plus grand bien.

Surtout aux Arabo-musulmans, avec leur conception si dévoyée et si malhonnête de "l'honneur" et du "respect".

Écrit par : Robert Marchenoir | samedi, 19 septembre 2009


Quant aux suicides à France Télécom, je suis intimement persuadé que, selon une formule approximative mais que tout le monde comprendra, les torts sont partagés.

Je suis convaincu qu'il existe une forte responsabilité de la direction, avec des méthodes qui consistent à pousser à la démission par le harcèlement moral. Ce dernier est un grand classique de la fonction publique. Mais le management des entreprises privées, en France, n'est pas forcément de meilleure qualité.

Et puis je suis persuadé aussi que de nombreux salariés vivent sur une planète imaginaire, celle du fonctionnariat, des droits acquis, de l'anti-capitalisme.

Ils ont passé toute leur vie à répéter à qui voulait les entendre qu'ils étaient capables de marcher sur l'eau. Tous les corps constitués leur confirment, depuis un demi-siècle, que, oui, effectivement, non seulement ils peuvent marcher sur l'eau, mais que cela prouve qu'ils sont des espèces de saints laïcs, les prophètes de la République.

Quand ces gens-là se heurtent au mur de la réalité, ça fait d'autant plus mal qu'ils refusent de le voir depuis longtemps.

Comme d'habitude, nous ne disposons pas d'enquêtes journalistiques correctes. Mais j'ai pu lire une interview d'une salariée de France Télécom dont il fallait comprendre qu'elle avait été gravement harcelée. L'abominable crime de la direction : l'avoir mutée de Paris à "une banlieue éloignée". Il y a de quoi se suicider, en effet...

On se demande ce que feront tous ces gens lorsque l'Etat, en faillite, licenciera 10 ou 20 % de ses fonctionnaires, comme cela se passe actuellement dans d'autres pays.

Tous ces gens-là sont probablement sincères dans leur folie. N'oublions pas que nous sommes au pays où un député français a fait un chantage au suicide parce qu'une usine devait se déplacer de quelques dizaines de kilomètres à l'intérieur (ou en dehors) de sa circonscription... et que sa menace a été jugée suffisamment sérieuse pour que les plus hautes autorités de l'Etat fassent pression sur le gouvernement japonais afin de lui sauver la vie.

Et il s'agissait d'un "centriste". Qu'est-ce que ça aurait été s'il avait appartenu "aux extrêmes", comme disent les bonnes âmes...

Les Français souffrent d'une pathologie mentale collective, tout simplement. Cela s'appelle le socialisme. Mais pas de souci : à bout de souffle, il sera remplacé d'ici peu par l'islamisme.

Au fait, la charia vient d'être introduite dans le code civil par le biais de la prétendue "finance islamique". L'Arabie Saoudite va nous faire la bonté de racheter la dette française, et imposer l'islam en échange.

Ca ne vaut pas un petit billet, ça ?

Écrit par : Robert Marchenoir | samedi, 19 septembre 2009


Robert Marchenoir, champion du monde. Oui, il existe un lien entre les suicides chez France Telecom et l'islamisation de l'univers. Extraordinaire, absolument sublime.

Écrit par : Chitah | dimanche, 20 septembre 2009


Pour ceux qui l'ignoreraient : Chitah est musulman.

Écrit par : Robert Marchenoir | dimanche, 20 septembre 2009


Et cela entraine une impossibilité d'être libéral voir plus ?

Écrit par : Ahmad | dimanche, 20 septembre 2009


Bien entendu, Ahmad (j'espère que vous n'êtes pas un nouvel avatar de Chitah). Etes-vous musulman ? Connaissez-vous l'islam ?

L'islam est fondamentalement contradictoire avec la démocratie et avec la liberté individuelle. Le dogme est clair à ce sujet, et cette position a été rappelée à de multiples reprises par d'innombrables responsables musulmans contemporains à travers le monde, qu'il s'agisse de religieux ou d'hommes politiques.

La démocratie, c'est la loi des hommes. C'est une impiété pour l'islam, pour lequel la seule loi qui vaille est la loi divine. C'est la raison d'être de la charia, qui ne gouverne pas seulement la sphère spirituelle, mais bien l'ensemble de la sphère temporelle.

La liberté individuelle n'a pas de sens dans une religion dont le nom signifie "soumission". En islam, l'esclave est soumis à l'homme libre, la femme est soumise à l'homme, le dhimmi (chrétien ou juif) est soumis au musulman, le musulman est soumis à Allah.

En matière économique, l'islam est explicitement anti-capitaliste, puisqu'il interdit le prêt à intérêt. Il institue, d'autre part, un impôt obligatoire, dont il fixe lui-même le taux.

Écrit par : Robert Marchenoir | dimanche, 20 septembre 2009


Robert Marchenoir, je partage plutôt votre analyse sur les mentalités d'une partie de la population attachée à des acquis de plus en plus inadaptés et nocifs. Les jeunes sont heureusement plus lucides et plus ouverts au changement. Mais au terme de votre propos, vous repartez sur un axe inapproprié. On ne va pas rouvrir ici le débat sur l'islam, même si sa compatibilité avec le capitalisme est un sujet intéressant. Autre billet en perspective.

Écrit par : Aurelien | lundi, 21 septembre 2009


Un axe "inapproprié" ? Diable ! Que signifie ce morceau de novlangue ? Inconvenant, parce qu'on ne parle pas de ces choses-là ? Parce qu'il ne faut pas froisser nos nouveaux maîtres ? Parce que c'est constitutif du crime de malpensée ?

Moi, je connais "vrai" et "faux". Mais "inapproprié"... non, je ne vois pas, vraiment. Mais je lirai votre futur billet.

Écrit par : Robert Marchenoir | mercredi, 23 septembre 2009

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