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mercredi, 26 août 2009
Sarkozy et le retour du socialisme d'antan
Nicolas Sarkozy a agi hier soir comme au bon vieux temps des nationalisations sauvages. Christine Lagarde était toute excitée à ses côté, acquiescant de la tête chacune des phrases pourtant insensées de son Président. Nous avons assisté à une première intrusion de l'Etat dans la rémunération de la performance. L'encadrement imposé des rémunérations dans les banques d'investissement et l'accord préalable au versement des bonus d'un représentant de l'Etat (Camdessus) constituent une atteinte grave au principe contractuel qui unit librement employeurs et salariés. Cette décision ouvre la voie à l'arbitraire du prince dans un domaine jusqu'ici relativement épargné. Et la barrière protectionniste qu'il a érigée au nom de prétendus principes est une menace de pacotille. Il a donc décidé de sacrifier l'industrie financière française sur l'autel de l'électoralisme le plus démagogique. Les banques françaises n'ont pas de responsabilité directe avec la crise, elles l'ont même plutôt bien traversée jusqu'ici. Pourtant, elles vont payer, comme les Français qui en subiront les conséquences.
L'argument de Nicolas Sarkozy est simple (et fondé en soi, on aimerait d'ailleurs qu'il l'applique aux entreprises non financières qui se goinfrent de subventions publiques récurrentes) : "Je ne suis pas contre le fait de gagner de l'argent, mais il n'est pas question que ce soit le contribuable qui paie lorsque les banques perdent de l'argent." Veut-il parler des montants faramineux d'impôt sur les société versés par les banques au trésor au cours des dernières années ? La première banque française, pour rappel, en a versé à elle seule environ 10 milliards au cours des 5 exercices passés. Non seulement le contribuable n'a pas coûté un centime d'aide aux banques, mais celles-ci auront versé au total 1.4 milliards d'euros à l'Etat français, à la fin de l'année, en plus de l'impôt sur les sociétés. Une petite surtaxe en temps de crise, ça fait toujours plaisir au gouvernement qui voit ses déficits filer. Explication du double mécanisme en jeu pour ceux qui ne savent plus trop comment l'Etat "aide" les banques :
- la SPPE a pris des participations dans le capital des banques françaises à un cours extrmement bas et moyennant une rémunération fixe de 8.2 %. Recapitalisation peu utile comme l'a affirmé le gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, dés janvier 2009 : "Leur recapitalisation publique n'est pas destinée à compenser des faiblesses ou des failles." Mais plutôt une incitation à augmenter le volume de crédits octroyés (malgré la baisse des demandes d'entreprises gelant leurs investissements). Bref, l'Etat a joué au hedge fund en investissant à crédit (merci les déficits publics).
- la SFEF, entreprise privée dont les banques sont les actionnaires, leur permet d'emprunter de l'argent en bénéficiant de la garantie de l'Etat. Surcoût : 4 % à payer à l'Etat qui n'a pas eu à débourser un centime. Vu l'état des banques françaises, le gain est conséquent pour un risque minuscule.
Sarko semble avoir une phobie pour la banque, simple effet des sondages ? Stratégie de conquête de l'électorat de gauche à la veille des régionales ? En tout cas, ses propos trahissent un rapprot presque pathologique avec ce secteur. Au cours d'une réunion préalable, il a ainsi traité «certains» traders de «fous furieux» (ben voyons, lui aussi a vu "Wall Street" au cinéma, il sait ce que c'est qu'une banque !) et taxé de «tissu de bêtises» les arguments de ceux qui s’inquiètent des conséquences d’une réglementation sur l’attractivité de la place de Paris. Ca c'est sûr : chez Bloomberg, Reuters et dans la presse étrangère, y a rien que des imbéciles qui ne comprennent rien à la marche du monde, pas comme lui. Résultat dont il se vante ce matin auprès des journalistes : le patron de la première banque française a divisé par deux la provision pour les bonus de ses traders sans la moindre opposition. le risque pour cette banque, c'est de voir les meilleurs talents partir pour des banques étrangères.
L'enjeu pour notre Sarko, maintenant, c'est l'harmonisation mondiale de ces règles lors du G20 de septembre. Car comme le rappelle Christine Lagarde, c'est « l’unique solution réellement efficace, pour que les traders ne contournent pas les dispositifs en allant s’installer ailleurs ». Ne priez pas pour cette cause, c'est inutile. Les autres pays vont sûrement voir là une belle occasion d'affaiblir la concurrence française (une banque française figure encore au top 10 des banques mondiales). Certes, Sarko a agité la menace protectionniste (qu'en dira l'OMC ?), mais son arrogance ne devrait que renforcer l'isolement de la France dans un monde en mouvement. La hantise des Etats-Unis et du Royaume Uni, c'est d'abord de voir la finance mondiale se déplacer vers des cieux plus accueillants : l'Asie (5 des 10 plus grandes banques mondiales sont chinoises).
Rétrospectivement, le souhait de Christine Lagarde de refaire de Paris une place financière majeure est une mauvaise blague. Par sa réaction des derniers jours, elle se moque du monde. Le poids des charges sociales, des taxes et les rigidités du marché du travail ont tué la place de Paris depuis longtemps. Avec ce dernier coup de Sarkozy, le gouvernement signe l'arrêt de mort de ce qui reste de Paris. Une fois de plus, la France étouffe les secteurs producteurs de richesse, elle montre la porte aux fleurons nationaux au détriment de l'emploi, de la qualité de vie des Français qui n'ont plus que des charges et des dettes à porter.
18:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : banques, bonus, sarkozy |
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Commentaires
Où vont s'exiler les pauvres financiers français matraqués par le gouvernement ? Aux Etats-Unis ? Le gouvernement américain a pris des mesures de limitation autoritaire des grosses rémunérations dans les banques, qui ont l'air assez drastiques.
Voir cet article d'Irwin Stelzer dans le Weekly Standard, hebdomadaire très conservateur, qui n'en justifie pas moins l'intervention gouvernementale en la matière :
"Pay day, why it makes sense to worry about executive compensation"
http://www.weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/016/865lxoru.asp
Mais Stelzer, "senior fellow" du Hudson Institute, est peut-être lui aussi "un imbécile qui ne comprend rien à la marche du monde", selon cette ironie facile qui tient si souvent lieu d'argument en France, à droite comme à gauche.
Franchement, le débat français ne vole pas très haut. Les Degauche répètent leur refrain "on n'aime pas les riches" : on est habitués. Mais que la libéralosphère s'en tienne au discours automatique d'avant la crise : "greed is good", si vous nous empêchez de gagner tout l'argent qu'on veut on partira à l'étranger, vous avez besoin de nous, nous sommes les fleurons français, blabla... Avec l'humour qui va bien, en plus.
Cette morgue commence à devenir insupportable. C'est ça aussi qui conduit les gens à menacer de faire sauter leurs usines.
Quel rapport entre la limitation des bonus et le montant des impôts payés par les banques ? Nulle part je ne vois abordée, dans ce billet, la question de la pertinence économique des incitations constituées par les fameux bonus.
Sans compter qu'aux Etats-Unis, on attend de ceux qui se prennent position sur une politique qu'ils déclarent, au préalable, les intérêts personnels qu'ils pourraient avoir dans le sujet qu'ils abordent.
Quels seraient les résultats éventuels des mesures critiquées ici sur le compte en banque du responsable du Parti libéral-démocrate ? Il me semble que les électeurs ont le droit de le savoir. Ce billet, comme l'émission correspondante de Radio-Courtoisie, laissent la désagréable impression d'un plaidoyer purement corporatiste.
J'ai quand même une furieuse impression que nous sommes toujours dans le capitalisme de connivence à la française. Avec une casquette libérale par dessus, pour faire plus cool et plus moderne.
Écrit par : Robert Marchenoir | jeudi, 27 août 2009
Aurelien,
Ton propos serait mieux perçu si :
1) tu exposais les mécanismes existant -ou proposables- que les banques ont déjà mises en oeuvre pour limiter la "chasse au bonus à court terme sans se soucier des risques".
2) Même si cela concerne plus les dirigeants que les traders, tu ne peux pas nier que certains dirigeants (aux USA, bien sûr, la frontière française arrête la crapulerie) ont ouvertement joué leur bonus à court terme contre l'intérêt de leurs actionnaires à long terme (poor risk management).
Si je suis d'accord que l'état n'est pas le meilleur acteur pour y remédier, un parti doit reconnaître que le problème est réel, que certaines interventions de l'état, d'ailleurs, le renforcent (le copinage inter-énarques au sein des CA, les législations empêchant les petits actionnaires d'exercer un meilleur contrôle sur les CA...), et que si l'état a tort de vouloir régler le problème d'une certaine façon, il est légitime qu'il s'en préoccupe, puisque, rappelons le, il doit être garant du droit de propriété, et donc s'assurer que des dirigeants salariés ne trouveront pas dans le système des moyens de voler leurs actionnaires... Et de mettre à mal le système financier en général.
Sans ces constats, le risque d'apparaître "corporatiste" est patent.
Écrit par : vincent | jeudi, 27 août 2009
Robert, lorsqu'un secteur économique français parvient à se hisser au niveau des leaders mondiaux, qu'il rapporte des sommes considérables au contribuable français, je préfère l'encourager que de participer à cette autoflagellation habituelle. Je ne souhaite qu'une chose : que l'Etat ne l'aide pas et n'intervienne pas dans son organisation et ne s'occupe que des règles prudentielles et comptables, très nombreuses et manifestement contestables, qui doivent être améliorées au niveau européen. Je ne serais pas choqué par la disparition du monopole bancaire sur le crédit.
Hélas, je constate comme vous que le capitalisme français reste trop largement un capitalisme de connivence. Ces liens incestueux exigent leur lot de sacrifices rituels pour satisfaire une partie de l'opinion. En échange de quoi la classe politique et certains dirigeants qui lui sont proches continuent à se goinfrer sur le dos des Français.
Sur le fond, Sarkozy impose brutalement des règles qui ont du sens dans certains secteurs. je vous signale à ce titre que la banque qui prend le plus de risques sur les marchés, Goldman Sachs, paye nombre de ses traders sur 5 ans, l'essentiel sous forme d'actions. Mais une fois de plus, Sarkozy impose par la loi à tous des idées déjà existantes et sensées pour certains acteurs spécifiques, sans nuance pour l'adaptation ciblée. Il agit comme un lider maximo agirait en économie socialiste, planiste, autoritaire. On en connait les effets.
Écrit par : Aurelien | jeudi, 27 août 2009
La question de la rémunération des dirigeants et du copinage me semble importante, est-ce le même sujet ? Franchement non.
Cela dit, je trouve plutôt pas mal le principe de transparence sur les plus gros bonus afin que les actionnaires puissent juger de leur nécessité. Il leur faudra alors comparer avec la concurrence, évaluer le coût du risque associé à cette rémunération...et le gain de l'opérateur pour le groupe.
Écrit par : Aurelien | jeudi, 27 août 2009
Ah, la belle Christine. "Rappelons-nous quand elle disait dans un communiqué officiel : Au-delà de ces mesures indispensables pour notre pays, j’aurai à cœur de mener une politique d’attractivité de la Place de Paris. Pour moi, c’est un enjeu politique, économique et stratégique. L’industrie financière, c’est une industrie de haute technologie, qui représente près d’un million d’emplois et contribue à hauteur de 4 % à 5 % de la richesse nationale. Dans beaucoup de domaines, elle dispose d’atouts reconnus : la gestion d’actifs, notre plate-forme boursière NYSE-Euronext, les dérivés notamment action, et nos formations d’excellence en mathématique financière qui font du français la deuxième langue la plus parlée sur les trading floors."
Elle avouait déjà : "Je sais également que le monde de la finance, c’est une industrie extrêmement internationalisée, où les professionnels doivent pouvoir bouger entre les grandes places financières. "
Écrit par : henri | jeudi, 27 août 2009
Le ridicule ne tue pas ; mais le cynisme ?
Écrit par : Rubin | jeudi, 27 août 2009
Si je me rappelle bien il y a certaine personne qui voulait se rapprocher de l'UMP ? Est ce que la réalité suffit maintenant pour faire comprendre que nous devons être indépendant de ces gens-là ? Surtout quand ces gens là vont des centristes aux souverainistes, en passant par des chrétiens-démocrates, gaullistes, ... Pas vraiment de quoi nous permettre de nous exprimer. Alors que le centre est en déliquescence, profitons en pour nous imposer !
Écrit par : Poupidoum | jeudi, 27 août 2009
Une banque, française, qui a défrayé la chronique pendant la crise, se refait actuellement sur la clientèle de détail sa marge perdue dans ses investissements hasardeux. Elle a ainsi décidé 1) de pousser ses clients à imprimer eux-mêmes leurs relevés mensuels sous couvert hypocrite d'écolo-attitude tout en 2) augmentant les frais de tenue de compte (dans le cadre d'un forfait bancaire) de +40%/mois (ah, bon le client ne bénéficie pas un peu des énormes économies de papier et d'impression et d'affranchissement réalisées par la banque ?) et tout en 3) restructurant son réseau à une échelle suprarégionale pour faire des économies de taille et accessoirement éloigner le client de son conseiller personnalisé, car par les temps qui courent, mieux vaut mettre de la distance entre un conseiller client et son client... Bref, toujours plus de frais pour le client (ou de marge pour la banque) en contrepartie de toujours moins de services. Le tout dans un système oligarchique qui limite le nb de banques sur le territoire national, alors qu'il faudrait ouvrir les vannes à l'implantation de banques étrangères sur notre sol pour espérer voir de vrais services clients s'imposer au milieu de ce foutage de gueule de la clientèle. Après ça, il est un peu difficile d'accepter le gavage des grands actionnaires/patrons et traders de banques, alors que ces dernières n'assument pas le risque ultime de leurs conneries, la faillite, qui devrait être compensée par le dépeçage de l'actif privé de ses propriétaires et actionnaires - qui feraient peut-être enfin leur boulot dans les Conseils d'Admin. (à quand la responsabilité illimitée, jusqu'aux biens privés de ces monsieurs, dames, p. ex. yachts, villas de luxe et Lexus, etc. pour les épargnants auxquels on reconnaîtrait leur entier droit de propriété sur leur argent ?). La prise de risque bancaire devrait s'en ressentir et les hautes rémunérations y trouveraient un peu plus de justification. Mais actuellement, c'est de la foutaise : les hautes rém' ne correspondent pas à une prise de risque excessive, puisque in fine, l'Etat (et le couillon de contribuable qui vote pour les plus étatistes) vient à la rescousse de cette mascarade financière.
Écrit par : Banco | lundi, 31 août 2009
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