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mardi, 30 juin 2009

L'emprunt obligatoire, la goutte qui fait déborder le vase ?

Le Premier Ministre François Fillon a déclaré aujourd'hui aux députés UMP qu'il était hors de question que l'emprunt national voulu par Nicolas Sarkozy soit obligatoire. On est moyennement rassuré. Certes une fois de plus, notre discret Premier Ministre exprime avec courage un bon sens hélas peu partagé par la majorité. A-t-il réagi par crainte de voir notre pays glisser un peu plus vers le socialisme, ou plus prosaïquement pour sauver la peau de la majorité ? L'équation n'est pas évidente, surtout quand on n'a pas de courage comme il l'admet lui-même : "Il faut d'un côté réduire la dépense publique --et je serais interessé de savoir dans quels secteurs la gauche nous proposerait de le faire-- et en même temps choisir les dépenses d'avenir qui procureront demain la croissance et les emplois dont nous avons besoin" (voulait-il parler de la droite ?). Il sait que le dernier mot sera celui de l'omniprésident Sarkozy.

 

Les besoins de financement de l'Etat pour 2009, initialement prévus à 192 milliards d'euros, pourraient avoisiner les 250 milliards d'euros avec l'explosion des déficits publics. Soit directement à l'Agence France Trésor (AFT), soit indirectement en apportant sa garantie à la Société de financement de l'économie française (SFEF) et à la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades). En atteignant presque le double qu'en 2008, les chiffres font peur. Philippe Herlin nous rappelle d'ailleurs l'estimation de la Cour des Comptes. Cette année, la charge de la dette («intérêts payés par les administrations publiques» page 9) atteindra 54.6 milliards d'euros, soit 850 euros par habitant, ou 1950 euros par actif (il s’agit de la charge de la dette, pas de la dette elle-même). L'Etat court ainsi à la ruine, entraînant l'économie avec lui. Il comble la dette avec de la dette. Encore faut-il qu'il y ait toujours des volontaires pour participer à cette cavalerie. Et comme Charles-Amédée de Courson, du Nouveau Centre, l'avance : «l'État envoie indirectement le signal qu'il peine à se financer»

 

Bref, l'effet recherché par Sarkozy est raté. L'impact de cet emprunt est en effet très négatif dans l'esprit de 56 % des Français. N'est-ce pas idiot ? Quoi qu'en pense notre Henri Guaino national (qui dénonce "cette politique imbécile de la rigueur qu'on mène depuis 30 ans", audacieux, non ?), il est donc menacé au mieux de bide, au pire de surcoût inutile. C'est pour cette raison que plusieurs parlementaires commencent à avancer l'idée d'emprunt obligatoire. L'Etat faisant n'importe quoi, ils exigeraient des Français qu'ils participent aux bêtises en confisquant leur épargne malgré eux. Jean Arthuis est franc dans sa démarche, aussi inique soit-elle : «Dans le contexte actuel, cette idée a du sens», estime-t-il. «Il ne faut pas un taux nul car sinon la mesure serait confiscatoire». On vole, mais avec le sourire. Hervé Mariton assène le dernier coup de massue. L'obligation de souscription concernerait «Les ménages payant l'ISF ou ceux qui sont dans le haut de la quatrième tranche imposable à l'IR». Nouvelle fuite des capitaux et des talents en perspective. Mais autrement (Mariton l'a-t-il compris ?), la grogne populaire pourrait bien déclencher un mouvement de fond difficile à contrôler. Un bon motif d'en rester là pour François Fillon. L'obligation ajoute un caractère particulièrement immoral à ce prétendu "projet d'investissement". Après 35 ans de déficits prétendument "d'investissement", qui peut encore prendre cette idée au sérieux ?

 

 Pierre-Antoine Delhommais, dans un son très bon billet du week-end, cite Mirabeau : "La dette publique fut le germe de la liberté. Elle a détruit le roi et l'absolutisme. Prenons garde qu'en continuant à vivre, elle ne détruise la Nation et nous reprenne la liberté qu'elle nous a donnée."

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Commentaires


Le vase est plein depuis longtemps, depuis trop longtemps. Il est temps de se bouger, et d'emmerder un max l'UMP plutôt que de leur manger dans la main

Ecrit par : Max | mardi, 30 juin 2009


On a largement atteint la deuxième partie de la citation de Mirabeau...

Ecrit par : Criticus | mardi, 30 juin 2009


Oui, on a passé le point de non retour. La question est donc, maintenant que l'élastique est tendu à mort, quand cassera-t-il ?

Ecrit par : h16 | mardi, 30 juin 2009


Et n'oublions pas la pétition contre les mesures de relance que, dans les faits, ce genre d'emprunt voudrait financer : http://www.relancedurable.fr

Signez et faites signer!

Ecrit par : Lexington | mardi, 30 juin 2009


Aurélien,

Le pire c'est ce que Gaino (il ne mérite pas Monsieur) : "le but c'est d'arriver à rembourser la dette sans avoir à augmenter les impôts, sans avoir à faire cette politique imbécile de la rigueur qu'on mène depuis 30 ans et qui ne fait que creuser les déficits, diminuer la croissance, augmenter les dettes et provoquer une augmentation des prélèvements".

Quel c**, 30 ans de rigueur avec des déficits pareils et l'AFP qui réagit avec toute la réflexion dont est capable un nourjaliste français... Heureusement que vous êtes la pour nous alerter.

Ecrit par : Nicolas B. | mardi, 30 juin 2009


L'UMP n'occupe pas le terrain des idées (en a-t-elle seulement ?), elle occupe le terrain tout court. Vivement un Parti Libéral reconnu pour offrir la contradiction à cette formation de plus en plus ouvertement antilibérale.

Ecrit par : Aurelien | mercredi, 01 juillet 2009

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